Fernandel : « Je suis un enfant de la balle » (Pour Vous 1937)


Pour fêter le 115° anniversaire de la naissance de Fernandel le 8 mai dernier, nous avons décidé de lui rendre hommage en publiant la série de quatre articles paru dans Pour Vous dans lequel il raconte ses souvenirs, en 1937, l’année où il tourne en parallèle Regain et Le Schpountz de Marcel Pagnol. Rien que ça !

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En effet, car si Fernandel appartient à une catégorie de comédiens délaissés par les honneurs officiels du Ministère de la Culture ou de la Cinémathèque française (je provoque!), il n’en demeure pas moins qu’il fût et demeure l’un des plus grands acteurs populaires (au sens noble du terme) français. Tournant beaucoup, il ne put, bien sûr, éviter de tourner dans de nombreux navets, mais il a suffisamment tourner de très grands films pour que ceci rattrape cela. Il est vrai que de nos jours les comédiens populaires préfèrent l’humour qui nivelle par le bas.

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Alors, bien sûr il y a les Pagnol, sans doute ce qu’il a fait de mieux  mais il est épatant dans les comédies de Christian-Jaque (François 1er et Ernest le rebelle ) de Bernard Deschamp (Le Rosier de Madame Husson), de Maurice Lehmann (Fric-Frac) pour lequel nous avons un faible, sans parler de ses succès des années 50 et 60.

Même à ses débuts, dans des petits rôles, il crève l’écran : Paris Béguin d’Augusto GeninaCœur de lilas d’Anatole LitvakLes Gaîtés de l’escadron de Maurice TourneurL’Hôtel du libre échange de Marc Allégret.

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Bref, les souvenirs de Fernandel, tels qu’ils ont été retranscrit par Francia-Rohl, évoque son enfance et ses débuts dans un Marseille du début du siècle dernier, le monde du Music-Hall et ses chansonniers, du cinéma bien sûr avec Pearl White. Nous apparaît un Fernandel simple et sincère que nous sommes heureux de partager avec vous..

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Nous lui avions déjà rendu hommage il y a deux ans :

La belle histoire de Fernandel par Philippe Soupault (VU 1933)

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Bonne lecture !

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« Je suis un enfant de la balle » part I par Fernandel

paru dans Pour Vous du 18 mars 1937

paru dans Pour Vous du 18 mars 1937

paru dans Pour Vous du 18 mars 1937

En revendiquant le titre d’enfant de la balle, je ne crois pas exagérer. Je serai né en scène si je n’avais, par discrétion, retardé le moment de faire mon entrée dans le monde.

Mes père et mère faisaient partie d’une société d’amateurs comme il en existe à Marseille par dizaines. Les plus sombres mélodrames constituaient un répertoire qui avait ses fidèles, de braves gens que le ronflement des tirades transportait d’aise, public vibrant, ému, dont l’innocence touchait au sublime.
La stature de mon père le vouait aux rôles tragiques ; il exprimait avec un naturel pathétique toute l’horreur de situations que sa conviction rendait presque vraisemblables. Ma mère brillait dans l’emploi des ingénues. Qu’elle se trouvât dans une position visiblement intéressante n’incommodait en rien les spectateurs. Nous autres, Marseillais, nous exagérons parfois à rebours !

Si la nature exauçait les vœux des parents en extase devant leur progéniture, les enfants resteraient de petits animaux domestiques. Mes auteurs ont dû soupirer : « On devrait pouvoir le garder à cet âge ! » quand je tétais encore mon pouce. Mais rien ne peut arrêter la croissance de la plante humaine. Avant l’âge de raison, la personnalité apparaît. Ce qui précède ne vaut pas qu’on s’y arrête.

Notre domicile était dans la Plaine, en haut du département. Les noms des quartiers de Marseille ont des origines quelquefois obscures et quand on m’apprit ce qu’est une plaine, je souris de pitié. Je savais, moi, que la plaine jouit d’une situation élevée. Je devais mes mollets musclés à la pente que je gravissais quotidiennement pour rentrer chez nous.

paru dans Pour Vous du 18 mars 1937

paru dans Pour Vous du 18 mars 1937

 

Je fus mis à l’école communale de la rue des Vertus. J’y donnai l’exemple d’une grande application… à distraire mes petits camarades. Pendant la classe, j’improvisais des grimaces ; les punitions distribuées par le maître, impuissant à rétablir l’ordre, me renseignaient avec exactitude sur mes possibilités. J’appris à reconnaître les effets qui portent. Je découvrais avec une satisfaction mêlée d’orgueil ma vis comica. Après les grimaces, j’essayai la chansonnette. Faire rire ! Quand je voyais autour de moi des mines réjouies, je me sentais inexprimablement heureux.

Le prof d’arithmétique avait la physionomie austère des règles auxquelles je m’efforçais en vain de trouver un charme quelconque. Les chiffres qu’il dessinait sur le tableau noir exécutaient dans mon esprit une danse macabre.Tout, dans ce cours en noir et blanc, inspirait des idées funèbres et ma gaieté m’abandonnait. Le calculateur distingué contracta un rhume de cerveau d’une violence inouïe ; son mouchoir était une serviette entretenue dans un état constant d’humidité. Il faisait néanmoins sa classe, le col entouré de lainages. J’entendis sa voix enchifrenée :
« Fernand, venez, je vous prie. Comment faites-vous cette division ? »

Je jure que je n’avais pas prémédité mon geste ; mais, renonçant à prendre la craie qu’il me tendait d’une main tandis qu’il se mouchait de l’autre, je tirai brusquement le mouchoir. Les livres, les plumiers, les cahiers volèrent dans la classe et mon public trépignait de joie. Ce fut mon premier gag dont le succès se doubla d’une retenue générale.

paru dans Pour Vous du 18 mars 1937

paru dans Pour Vous du 18 mars 1937

On le vit ensuite représenter « Lidoire », le héros de Courteline

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Entre les classes, j’étais reçu à l’œuvre Timon David. Ne rêvant que plaies et bosses, je galvanisais les enfants les plus timides et, payant de ma personne, je me couvrais de gloire comme en témoignaient les boutons arrachés et les reprises de ma culotte. Le jeudi et le dimanche, je servais la messe avec recueillement. Dans ma soutane rouge, trop courte, sur laquelle une aube amidonnée tendait ses plis raides, j’étais comique malgré moi. Pendant que je chuchotais les répons, je surprenais des rires étouffés dans l’assistance.

paru dans Pour Vous du 18 mars 1937

paru dans Pour Vous du 18 mars 1937

et jouer, aux côtés de Paulette Dubost, un personnage de Maupassant dans « L’Ordonnance ».
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Quand la guerre éclata, je venais de passer mon certificat d’études. Ma mère élevait mes deux frères et ma sœur en bas âge. Conscient de mes responsabilités, je commençai l’apprentissage de la vie chez un marchand de tapis. J’étais plein de bonne volonté, mais j’aimais le mouvement. Je changeai donc ma place pour celle de facturier dans une savonnerie. Dans une tâche fastidieuse, j’introduisis la fantaisie : je chantais les additions. Mon deuxième patron n’approuvait pas cette manière d’opérer et me le fit comprendre. J’entrai dans la Banque.

J’étais très petit — je devais grandir d’un seul coup. Quand je fus présenté au directeur, celui-ci considéra d’un air perplexe ma chétive personne. Satisfait du courage dont je fis preuve pendant cet examen, je le vis sourire : « Allons, dit-il, ce n’est pas un dragon, mais nous en ferons un chasseur. »

Je lui promis qu’il ne regretterait pas sa décision et je tins si bien parole que le petit chasseur prit rapidement des galons. Je fis, sans quitter la B. N. C, plusieurs services et l’on m’y considérait comme un employé modèle. Mes collègues m’avaient adopté. J’avais le sentiment d’appartenir à une grande famille.

Quelques farceurs eurent l’idée d’une blague à faire au Chef du Personnel et sollicitèrent mon concours que je n’osai pas leur refuser. Un monte-charge servait au transport des dossiers dans le bureau de la victime ; je tenais facilement dans cette cage. On m’y installa, on me hissa, et le Chef en m’apercevant poussa un hurlement de terreur : « Il y a un cadavre dans l’ascenseur ! »

Nous ne lui laissâmes pas le temps de revenir à lui et je fus redescendu par les auteurs de cette plaisanterie qui me félicitèrent sur la manière dont j’avais tenu mon rôle. Ils ne furent pas exécutés, car une conspiration du silence les assura de l’impunité.

paru dans Pour Vous du 18 mars 1937

paru dans Pour Vous du 18 mars 1937

Fernandel dans Angèle

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Avais-je renoncé aux planches ?
Non pas !
Toutes les semaines, dans les sociétés, dans les cercles, je donnais avec mon frère un numéro de duettistes à transformations. Chavat et Girier avaient créé ce genre dont la fortune semblait devoir être inépuisable. Que les personnages fussent des agents de police, des civils ou des tourlourous, les caractères présentaient dans leurs rapports quelque chose d’invariable : il y avait l’abruti et le malin ; le supérieur — en grade — avait toujours le dessous. Nous changions de coiffure et de personnage en passant derrière le rideau. Ce n’était pas très compliqué ni très fatigant et, dans la même soirée, nous pouvions, étant très demandés, faire trois cachets.

Trois cachets de quinze francs.

Mes appointements à la banque étaient de l’ordre de vingt-cinq francs par mois.
Sans être Inaudi, on peut calculer avec exactitude un avantage dont le poids va jouer dans la décision à prendre.
D’autres facteurs ne sont pas négligeables et certains arguments, pensais-je, légitimaient ma confiance et l’ambition qui me soulevait au-dessus de terre.

(A suivre.)

Souvenirs recueillis par Francia-Rohl

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« Je suis un enfant de la balle » part II par Fernandel

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

LA VOCATION

La vocation ?

Elle se déclare comme la maladie, quand on s’y attend le moins. Il y a de fausses vocations come il y a de fausses angines et de fausses couches. Ce sont des accidents. Pour les véritables vocations, le temps d’incubation est soumis aux circonstances, il suffit d’un événement favorable pour déterminer l’évolution qui se poursuit alors normalement.
Polin fut l’auteur du choc dont les suites devaient influencer, profondément, ma destinée : Le prestige de l’uniforme n’est pas une expression dénuée de sens ! Et le troupier français, avec son képi à pompon, sa veste courte et le pantalon rouge à basanes, c’était rudement beau ! Je fus ébloui par ce coup de rouge !
Rentré chez nous, j’imitai Polin et fis tant que mon père, qui tenait à sa tranquillité, m’acheta le costume du tourlourou. Ma joie ne connut plus de bornes et, je le dis en toute modestie, mon succès fut considérable. J’avais six ou sept ans…

A Marseille, on chante à tous les coins de rues. Les concerts de quartiers avaient, à cette époque, une vogue insensée. On n’était jamais a court de prétextes pour monter une estrade en plein air. L’endroit chic était le Garden-Parc ou le Jardin d’Eté, à l’extrémité du Prado. Les consommateurs entouraient les tables couvertes de boissons rafraîchissantes ; ils s’efforçaient d’entendre le chanteur dont un coup de mistral emportait soudain la voix et qui, la bouche en O, les veines du cou gonflées à éclater, semblait muet.

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

Comme la banlieue parisienne, la banlieue marseillaise est envahie le dimanche. On se rendait à La Barrasse, où le directeur de  Printania faisait d’excellentes affaires. Dans un grand jardin, à l’ombre des pins, il avait installé un cabanon. A Marseille, on nomme cabanon une petite maison basse dont l’unique pièce est la chambre, la cuisine et la salle à manger. Un toit de tuiles rouges. Des volets peints en vert. Je vous jure qu’un couple de jeunes fous dans un cabanon, fait un heureux ménage ! De celui-ci — je parle du cabanon — on avait fait un théâtre avec un rideau à l’italienne, du même rouge que les tuiles. Les décors, simplifiés, se réduisaient à des portants dont l’emploi judicieux suffisait à créer l’ambiance pour les spectacles de café-concert ou les Revues organisées par les sociétés d’amateurs. Elles se composaient d’une troupe fixe et faisaient appel, comme les plus grands théâtres, à des vedettes.

Pendant longtemps, le petit Fernand fit la navette de l’une à l’autre et s’acquit une réputation dont il portait au fond de son cœur la fierté.

LES CONCOURS D’AMATEURS

Les premiers concours d’amateurs furent organisés par le Palais de Cristal — aujourd’hui le Pathé-Palace. Ces concours avaient lieu devant le grand public. Le cochon de payant se comportait comme un tigre après un long jeûne. Il avait acheté le droit de siffler : il ne s’en privait pas. Et de crier ! Et s’il tirait des pétards dont le claquement sec était un stimulant de premier ordre, pouvait-on lui reprocher de réagir à sa manière contre l’insuffisance ou la prétention ? Le coup du crochet, ça n’était rien auprès de ces manifestations impressionnantes qui se répétaient tous les mercredis.

Faire partie du jury était un honneur aussi recherché par les notabilités et les gros commerçants que les palmes académiques par les instituteurs. Des prix en espèces étaient offerts par les vedettes et les éditeurs : c’étaient les plus convoités. Les commerçants offraient les prix en marchandises.

On s’écrasait dans cette salle immense.
Les ouvriers, les dockers venaient en bleu de chauffe, leurs poches bourrées des munitions les plus invraisemblables ! Certains pauvres amateurs n’ouvraient même pas la bouche et, vers la fin de la soirée, le plateau disparaissait presque sous les oignons et les pommes d’amour, sous les épluchures et les petits poissons. Je me souviendrai toute ma vie de ce panier de favouilles qui, lancé des galeries, éclata sur la scène en projetant son contenu aux quatre points cardinaux. Quand vous saurez que les favouilles sont de petits crabes, particulièrement vifs, et que l’accompagnateur n’en pouvait apercevoir un seul sans tomber en pâmoison, vous jugerez de l’effet produit. Le jury qui en avait vu d’autres ne broncha point, mais le pianiste se tortillait sur son tabouret et pressait le mouvement. Quand un crabillon plus hardi que les autres fut sur le point d’atteindre la pointe de sa bottine, il s’enfuit, laissant le chanteur continuer seul son numéro.

C’est dans cette atmosphère dramatique que le petit Fernand remporta à moins de sept ans le premier prix de prodige comique : vingt francs en espèces, un engagement d’une semaine, les sociétés qui se disputent le phénomène, la gloire à Marseille.

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

Fernandel dans Les Gaietés de l’Escadron

JEAN MANSE

J’avais retrouvé à la B. N. C. Jean Manse avec qui j’avais noué, aux environs de la douzième année, une solide amitié. Jean avait une sœur plus jeune. Henriette — je me répétais son nom avec le plaisir qu’on éprouve à sucer un bonbon délicieux — Henriette était la plus sage des jeunes filles, et la plus jolie, me semblait-il, avec de grands yeux excessivement noirs et des cheveux comme de la soie qu’elle arrangeait avec une inconsciente coquetterie. J’étais reçu chez les parents de Jean Manse. Mon ami et moi discutions, à perte de vue, d’un sujet qui nous tenait pareillement à cœur : le théâtre comique. Nous prenions notre revanche sur les chiffres, les balances et les états de comptes !

Manse écrivait une revue en deux actes ; il y intercalait mon tour de chant dont je vous parlerai tout à l’heure. L’actualité locale fournissait les sujets de sketches en même temps qu’elle assurait la fortune de l’entreprise. Nous achetâmes une camionnette pour le transport de la troupe : en tout quatre hommes et trois femmes.

Nous répétions le soir ; les représentations avaient lieu le samedi en soirée et le dimanche en matinée, car le service de la banque ne devait pas souffrir du service de l’art. Nous construisions l’estrade et nous battions le rappel des spectateurs. Les braves gens !

Leur empressement était une chose touchante. Nous faisions tout par nous-mêmes, contrôle et placement. Le pianiste était à lui seul un orchestre. Je n’ai pas tenu la comptabilité de nos bénéfices. Y eut-il des bénéfices ? Je n’en suis pas absolument sûr, mais je sais bien que cela nous importait peu.
Nous visitâmes Sénas, les Martigues, Pertuis, la Roque d’Anthéron
C’est un monde fut un succès.

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

Dans ma villa de Marseille avec Josette, Janine, mes filles et Franck-Gérard, mon fils.

MON TOUR DE CHANT

J’en viens à mon tour de chant. J’interprétais toujours le répertoire de Polin, mais j’avais renoncé à le copier. J’avais remarqué avec autant d’étonnement que de plaisir que mes effets n’étaient pas ceux de Polin ; la même chanson ne déterminait pas chez le public des réactions identiques. Ainsi fus-je amené à conclure, en toute modestie, que j’avais ce qu’on nomme une personnalité.

Cette découverte m’enhardit au point que je me livrai quotidiennement à des expériences qui m’enrichissaient.
Jean Manse était d’avis que je devais constituer
mon répertoire et, passant aux actes, il écrivit ma première chanson. Le titre ?… Moi, je vais au cinéma. Un tourlourou dévoilait des mystères favorisés par l’obscurité des salles de projection et peignait les satisfactions qu’on y trouve, lesquelles ne sont pas — c’est la chanson qui le dit — d’un ordre purement artistique. Notre collaboration se présentait sous les meilleurs auspices.

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

LE FILM POLICIER

J’aimais le cinéma. Je n’envisageais nullement que je pourrais y faire-une carrière. Le plus souvent possible, je me payais un fauteuil « avancé » d’où je suivais, les tempes battantes et les mains moites, désolé de mon impuissance, le combat de l’ange et du démon qui opposait l’exquise Pearl White, crânement coiffée d’un béret de velours noir, à l’homme à la cagoule. Je savais bien qu’elle serait sauvée, mais l’ayant laissée dans une situation critique, pour ne pas dire désespérée, je passais la semaine en proie à des tourments pleins de charmes. Je ne suis pourtant pas un sadique, mais j’entretenais cette angoisse dont j’étais soulagé aux premières images de l’épisode suivant.

Ah ! ces Mystères de New-York !… Ils tenaient des foules en haleine pendant un trimestre entier. On ne pensait plus qu’à cela, c’était le sujet de toutes les conversations. Les plus beaux crimes n’ont jamais eu tant de publicité ! Je connus à cette époque Le Masque aux dents blanches qui laissera un souvenir bien plus durable que Greta Garbo.

(A suivre.}

Souvenirs recueillis par Francia-Rohl

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« Je suis un enfant de la balle » part III par Fernandel

paru dans Pour Vous du 1 avril 1937

paru dans Pour Vous du 1 avril 1937

paru dans Pour Vous du 1 avril 1937

ETRE UN BANDIT INTERNATIONAL

J’ai conservé le goût des romans policiers que je voulais vivre à l’écran. Car je me vois assez bien dans le personnage d’un bandit international, d’un agent de la police secrète, d’un escroc, d’un inspecteur plein de finesse ou, plus modestement, d’un gentleman-cambrioleur… Hélas ! on ne m’a pas apporté jusqu’ici de scénario me permettant de satisfaire une ambition aussi légitime que celle d’être un bon comédien !
Pourtant, je ne sais quoi me dit que mon rêve sera prochainement réalisé.

LE TOMBEAU DE LA MUSIQUE

Donc, je fréquentais avec la plus stricte fidélité les cinémas de quartiers. Bondés le samedi et le dimanche, ils servaient à leur clientèle un programme copieux, dont la digestion se trouvait grandement facilitée par la musique. L’orchestre, composé d’un piano, d’un violon et d’un violoncelle pour les plus pauvres établissements, accompagnait mécaniquement le film et l’on pouvait les yeux fermés suivre l’action cinématographique. Les trémolos signalaient un danger imminent tandis que la plainte du violon était réservée aux adieux déchirants ; les pizzicati donnaient plus de légèreté à la fuite du ravisseur à cheval. (La proie déjà consentante qu’il avait jetée en travers de sa selle n’oubliait pas de laisser flotter une écharpe claire.) Le coup d’archet très lent poétisait le baiser passionné qui pouvait être prolongé sans crainte du ridicule. J’avoue que je le préférais au bruit incongru qui souligne dans le film sonore et parlant :
Le point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer.

A l’heure de la retraite, les flonflons de l’orchestre nous parvenaient dans la rue avec des bouffées de chaleur. Ainsi la transition du rêve à la réalité s’accomplissait sans heurts. Nous reprenions pied dans la vie avec une tranquille assurance, au lieu qu’à présent les contrastes violents nous jettent d’un extrême dans l’autre.

Il semble que notre sensibilité n’existe plus. Le cinéma suit la mode parce qu’il ne peut pas faire autrement.

Quand le film muet eut été détrôné par le film sonore et parlant, le Châtelet changea de nom et devint le Capitole.
De la fosse des musiciens congédiés, des plantes vertes jaillirent en feu d’artifice. On voyait bien que la direction n’avait pas regardé à la dépense et les palmiers représentaient une oasis de fraîcheur entretenue par de fréquents arrosages. Devant cette végétation mon cœur se serra, une boule dans la gorge m’empêchait de respirer, mes
 paupières battaient et je sentais dans mes yeux des picotements…
Le soir, je dis à Jean Manse : « J’ai vu le tombeau de la musique. »

paru dans Pour Vous du 1 avril 1937

paru dans Pour Vous du 1 avril 1937

UN AVENEMENT

Cette salle du Capitole fut le théâtre d’un événement historique. Je devrais dire d’un avènement, puisqu’il s’agit du premier concert donné par T. S. F. Un poste émetteur avait été aménagé à la Préfecture.

Bien avant l’heure, le Capitole était plein à craquer. Un film muet fut sans effet sur le public tenaillé par la curiosité. L’entracte parut d’une longueur démesurée et le conférencier, d’une éloquence un peu baveuse, chargé de donner des explications techniques, parla dans l’inattention générale… Mais quand, à la minute fixée, une symphonie portée par les ondes remplit le théâtre, ce fut du délire !

Après cette expérience, les petits inventeurs se multiplièrent. La fabrication de leur poste à galène occupait le bourgeois et l’employé. A la B. N. C, nous dissimulions sous les bordereaux des croquis révélateurs. Pour nouer une conversation, il suffisait de fil à l’antenne et de fil à la terre.

paru dans Pour Vous du 1 avril 1937

paru dans Pour Vous du 1 avril 1937

MON MAÎTRE LE PUBLIC

Le public du Midi justifie sa réputation : il est le plus difficile. C’est aussi le public le plus constant dans ses affections. Mais, gare ! Il ne vous permet pas la plus légère défaillance, et s’il constate un relâchement dans le jeu de l’acteur il traite avec la dernière sévérité celui qu’il a comblé de ses faveurs.

J’aime ce public ; si je suis une vedette, c’est à lui que je le dois et je tiens à l’assurer de ma reconnaissance.

Dois-je dire que je n’ai jamais eu le trac ? Est-ce de la prétention ? Que non pas ! Je suis sûr des spectateurs avant d’être sûr de moi et j’ignore cette appréhension douloureuse dont les effets m’ont été décrits par des camarades que je plains de tout mon cœur.

Je n’ai pas voulu d’autre maître que le public ; ses réactions m’ont été d’un enseignement que j’estime mille fois plus profitable que les leçons d’un professeur dont la science n’exclut pas la convention. J’ai seulement écouté Dalbret. Ce Belge, français d’adoption, qui résidait à Marseille — jurant qu’il ne pouvait se passer de soleil et de lumière — était le plus fin diseur que j’aie connu.

MARSEILLE-PARIS

Je fus demandé par l’Odéon de Marseille — direction Paramount. C’est à l’Odéon que je pris mon billet pour Paris. Je ne quittai  cet établissement que pour commencer — toujours sous la direction Paramount — une tournée de music-hall dont les étapes étaient de grandes villes de France.
Vous ne croyez pas à la chance ? Moi, si !

La chance m’avait assigné à Vichy un rendez-vous auquel mon destin me conduisait fatalement. C’est à Vichy que je fis la connaissance d’Henri Varna. Il m’offrit, après m’avoir entendu, un engagement d’un an au Concert Mayol. Mon tour de chant fut incrusté dans la Revue, monture brillante, superbement ornée de perles fines représentées par les mannequins aux rondeurs nacrées.

J’ai une extrême sympathie pour le public du music-hall. Il ne porte pas la cuirasse des idées toutes faites contre laquelle s’émoussent les plus fines pointes de l’esprit. Le public du théâtre siège comme un tribunal. Le public de cinéma ? Je l’adore. Il est épatant, mais pour arriver jusqu’à lui, il ne faut pas craindre le vertige. Je veux dire qu’au studio on joue dans le vide ; les effets demeurent sans écho. C’est très impressionnant.

paru dans Pour Vous du 1 avril 1937

paru dans Pour Vous du 1 avril 1937

C’est au Concert Mayol que Bernard Deschamps vint me chercher pour tourner dans Le Blanc et le Noir, de Sacha Guitry, le rôle du chasseur. Il ne savait pas quelle carrière j’avais faite sous l’uniforme à la B. N. C.

Je devais être présenté à l’auteur. J’étais troublé comme le jour de ma comparution devant le directeur de la Banque. Serais-je accepté par le maître tout-puissant ? Quel accueil charmant ! Et si peu banal ! J’ai découpé dans le bulletin mensuel du Club des Marseillais de Paris cet écho dont la lecture m’a fort diverti :

« Sacha Guitry cherchait, il y a six ans, pour le petit rôle d’un de ses films quelqu’un possédant une physionomie originale. On lui présenta Fernandel. Et Sacha, après avoir examiné d’un rapide coup d’œil le faciès du candidat :
« — Vous a-t-on dit, Monsieur — comme c’est curieux ! — que vous aviez une tête de cheval ? »

Quand l’entrevue prit fin, Sacha Guitry me dit aimablement :
« Je suis très content. »
J’ai complété machinalement :
« Et je tâcherai de faire mieux la prochaine fois. »

LA TYPHOÏDE

Je ne surprendrai personne en disant que le cinéma me semblait le Pactole. J’oubliai de passer à la caisse du théâtre qui se transformait ainsi en caisse d’épargne. Je mis de côté, sans y songer, plusieurs milliers de francs.
Quand je me vis sur l’écran — Bonne Mère ! — je ne me reconnus pas. Cette façon de parler, de marcher… Tout le monde rigolait. Pas moi. J’étais… j’étais stupéfait.

J’étais vierge — dans le film. Pour sauver ma vertu menacée par une personne d’âge canonique, dont les ardeurs n’étaient pas apaisées, j’avais recours à un stratagème que je recommande à tous les jeunes gens exposés aux entreprises des dames mûres :
« Je viens d’avoir la typhoïde ! » soupirais-je d’un air qui trahissait un état de cruelle infériorité.

(A suivre.)

Souvenirs recueillis par Francia-Rohl

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« Je suis un enfant de la balle » part IV par Fernandel

paru dans Pour Vous du 8 avril 1937

paru dans Pour Vous du 8 avril 1937

paru dans Pour Vous du 8 avril 1937

ON TOURNE

J’ai commencé ma carrière cinématographique par des courts-métrages. Avec Maurice Cammage, avec Marc Allégret.

Je rends grâce à ces metteurs en scène de ce qu’ils ne m’ont pas cousu dans la peau d’un type avec défense d’en sortir. Il n’y a pas eu la série des Fernandel. J’incarnais des personnages diversement comiques. Qu’il y eût entre eux un air de famille est une chose assez naturelle, mais leur indépendance était sauvegardée, ils ne réagissaient pas tous de la même manière. Il n’y a pas de plus grande joie pour un acteur que de s’évader de lui-même.

C’est Le Rosier de Mme Husson qui m’a donné le départ. Du jour au lendemain, le nom de Fernandel enfla sur l’affiche et prit, dans les distributions de films, la première place.

Je n’ai pas recherché le scandale, aussi ne m’attendais-je point à cette levée de boucliers contre l’immoralité d’un sujet qui m’avait plu par ses côtés comiques.
La Ligue des Pères et Mères de famille flétrit
Le Rosier de Mme Husson et tout ce bruit fait autour du film me valut une publicité dont l’efficacité ne peut être contestée.
Ma conscience ne me reprochait rien.
J’avais joué le rôle périlleux avec le sentiment que je courais un risque… et la chance de gagner une partie dont mon avenir était en jeu.
Depuis, je n’ai pas cessé de tourner.

Des vaudevilles militaires. L’armée ne veut pas me lâcher et je serais un ingrat si j’abandonnais l’uniforme de mes premiers succès. Ce n’est d’ailleurs pas mon intention. Sous le képi du tourlourou, le bonnet de police dont l’inclinaison révèle un caractère, sous le bourgeron de l’ordonnance, sous la capote et sous le casque, à pied et à cheval, j’ai vécu de belles heures et j’ai fait rire. J’ai répondu simplement à l’appel de ma vocation. Je suis un homme heureux.

SERVITUDE ET GRANDEUR MILITAIRES

Les spectateurs ne doivent pas ignorer que les films les plus follement gais comportent des inconvénients pour l’acteur et lui imposent quelquefois d’héroïques sacrifices.

L’odyssée des inséparables compagnons du Train de 8 h. 47, qui faisait rire aux larmes les témoins douillettement installés dans leur fauteuil, représente — je parie que vous ne vous en doutiez pas — sept nuits d’affilée sous le jet des lances qui retombait sur nous en fine pluie. Nous étions trempés jusqu’aux os et grelottants ; le lit bien chaud et les grogs brûlants nous aidaient à nous remettre provisoirement.

Les Gaietés de l’escadron tiennent dans mon passé une place que je peux qualifier de privilégiée. Maurice Tourneur sut adapter à l’écran le chef-d’œuvre de Courteline sans rétrécir le comique des situations et des répliques, ce comique toujours humain qui fait dire que « rire est le propre de l’homme ». Je revenais d’Allemagne où j’avais tourné aux côtés de Gémier L’Homme sans nom et j’étais encore faible après une diphtérie qui me fit mettre en quarantaine à l’Hôtel Impérial de Berlin où je fus soigné, du reste admirablement, par un docteur russe, avec le plus tendre dévouement par ma femme qui ne quitta pas mon chevet.

Je ne vous fatiguerai pas de l’énumération des films que j’ai tournés dans des garnisons qui ne dépassaient pas, généralement, Joinville ou Epinay.
Je suis tout naturellement amené à vous parler
d’Un de la Légion. Paul Fékété avait écrit à mon intention le scénario du film que mit en scène Christian-Jaque. Vous savez tous — ou presque tous — comment un homme riche d’argent, mais pauvre de courage, devint — malgré lui — « Un de la Légion » et réussit à se rendre digne de ces héros qui ne sont pas seulement des guerriers, mais des colons, qui déposent les armes pour les outils de cultivateur et montrent le vrai visage de la France pacificatrice.

Une partie des extérieurs fut tournée à Marseille et l’autre en Algérie d’où nous revînmes pour un séjour prolongé dans la chaîne des Maures, à plus de mille mètres d’altitude. Nous faisions l’ascension en voiture de grand sport — elle justifiait ce titre ! — que je conduisais au mépris de toute prudence. A présent seulement, je me demande ce que nous aurions fait si une pétoire s’était présentée devant nous, au tournant du sentier bordé par un ravin et qui sinuait le long du flanc dur de la montagne, mur n’offrant pour ainsi dire pas de prise.

paru dans Pour Vous du 8 avril 1937

paru dans Pour Vous du 8 avril 1937

LA CONQUETE DE L’ALGERIE

J’ai eu la révélation de ma popularité en Algérie.

A Oran, à Sidi-bel-Abbès, les petits Arabes en m’apercevant criaient d’une voix perçante : « Jim la Houlette ! Voici Jim la Houlette ! » On me donna une escorte de dix agents ; je dus, comme un souverain, paraître au balcon de mon hôtel et saluer la foule. Il fallut, pour la disperser, jeter sur elle quelques seaux d’eau — je ne l’appris que plus tard, car j’avais fui par une porte dérobée. Je pensais que ma grosse voiture éloignerait mes admirateurs trop entreprenants, mais le résultat fut contraire à mes prévisions : nous avons mis trente-sept minutes à parcourir la distance qui séparait l’hôtel des extérieurs, qui était de cinq cents mètres.

D’ANGELE A ARSULE

Je n’avais tourné que des films comiques, désopilants, lorsque Pagnol me choisit pour être l’idiot d’Angèle. Un simple, plutôt, et ce rôle si proche de la nature, profondément humain, fut pour moi une source d’émotions que je traduisis sans un effort.

A quelques kilomètres de Marseille, Pagnol avait découvert une petite ferme provençale, très vieille et cuite par le soleil, toute dorée comme un pain au sortir du four, qui devint la ferme d’Angèle. Je n’ai pas à vous la décrire parce que vous la connaissez sûrement ! Le vallon, qui est maintenant la propriété de Marcel, embaumait la menthe et toutes les herbes de la montagne dont Blavette fit un potage odorant qui nous parfuma l’intérieur d’un mélange auprès duquel tous les mets paraissent fades… M’y voici revenu.

Arsule (Regain. ndlr) m’a ramené dans ce cadre prodigieux, et quand la journée de travail s’achève, le repos c’est d’admirer le crépuscule. J’aime énormément le personnage de Gédémus le rémouleur. Et Marcel Pagnol, dans l’adaptation qu’il a faite du roman de Giono, a écrit pour moi des scènes très belles, pleines d’émotion et de poésie où le comique devient épique.

IGNACE

Avant de quitter Paris pour Aubignane (c’est le nom du village en ruines construit par Pagnol), j’ai tourné Ignace.
Ignace
est né d’une réflexion : « Pourquoi, ai-je dit à Jean Manse qui m’avait fait lire un scénario, pourquoi ne ferais-tu pas une opérette ? » Il suivit mon conseil et Roger Dumas fut son collaborateur pour la musique d’Ignace qui débuta à Marseille. Son engagement de trois semaines fut prolongé de trois mois. Il vint à Paris et se fixa pour un temps à la Porte Saint-Martin. Le dernier épisode d’une carrière qui n’est pas terminée fit d’Ignace le héros d’un film qui est à la fois un vaudeville militaire et une opérette à grand spectacle. Le scénario développé, des couplets tournés avec un soin particulier, des décors somptueux, la discipline d’un régiment de girls font d’Ignace une production tout de même exceptionnelle dont je suis très content. Puisse le public l’être aussi !

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

paru dans Pour Vous du 25 mars 1937

JOSETTE

J’ai tourné avec ma fille Josette. Josette a dix ans. Elle est jolie comme sa mère. Nous en sommes fous. Dans les grandes circonstances, Josette ne se fait pas trop prier pour réciter un poème. Cette petite est extraordinaire : elle « sent » ce qu’elle dit et l’exprime avec une intensité à laquelle s’efforcent de parvenir nos meilleurs artistes.
En vain, le plus souvent.

J’ai donc eu Josette comme partenaire et je m’en félicite. Paul Fékété avait imaginé, pour nous réunir sur l’écran, ce moderne conte de fées. Je suis le bon génie d’une petite Josette dont la maman pauvre et malade est soignée à l’hôpital, mais si bien soignée que je l’épouse pour ne pas me démettre de mes fonctions de père adoptif.

Une scène d’émotion fut recommencée quatre fois de suite et chaque fois Josette a pleuré à chaudes larmes ; je pleurais avec elle. Tout le monde pleurait dans le studio.

Josette est retournée à ses livres, car elle est studieuse et le cinéma n’aura été pour elle qu’une récréation. J’ai reçu beaucoup de propositions pour tourner encore avec elle ; je les ai toutes repoussées : ma petite fille ne fera pas de cinéma. La place des enfants n’est pas dans les usines du film ; elle est à l’école, au grand air, parmi les fleurs.

POUR VIVRE HEUREUX

Les fleurs, je les adore.
Surtout les roses.
Ma propriété, sur la route des Trois Lacs, fut baptisée « Les Mille Roses ». Vous devinez pourquoi.
Je consacre au repos trois ou quatre mois de l’année.
Ce n’est pas la peine de gagner de l’argent pour se priver des joies de la vie.

Pendant mes vacances, je me lève de bonne heure et je vais rêver, seul, dans mon jardin où toutes les variétés de roses célèbrent une éphémère et continuelle fête nuptiale. J’ai favorisé les rencontres et je suis le parrain des plus jeunes roses nées de mes œuvres, car l’horticulture est ma grande passion.

Beaucoup d’amis viennent me voir. Nous jouons aux boules. Même la nuit. J’ai, pour cela, fait installer, sous les arbres, l’éclairage axial et l’on y voit comme en plein jour. On tire, on pointe et l’on discute ferme ! Je lis des romans policiers quand je ne vais pas en mer. On pêche. A la palangrotte. Il y a, du côté des Goudes, une îlette où l’on prend les poissons de roches, rubis et émeraude, avec lesquels on fait la soupe. C’est la belle vie, active et nonchalante, des Marseillais qui s’agitent même quand ils ne font rien.

paru dans Pour Vous du 13 avril 1938

paru dans Pour Vous du 13 avril 1938

LE NOM

Vous plaît-il de savoir comment Fernand, le petit Fernand, Fernand Contandin, est devenu Fernandel ?

Quand Henriette et moi sommes tombés amoureux l’un de l’autre, cela se voyait, paraît-il. On taquinait, gentiment, les fiancés. Henriette m’attendait sans avoir l’air de rien. C’était sa mère qui, la première, m’apercevait. Ou Jean Manse. Et l’un ou l’autre criait bien fort : « Le voilà le Fernand d’elle ! »
Le surnom m’est resté.

MA DERNIERE CONFIDENCE

Je vous ai promis la vérité, mes chers amis : une légende absurde veut que tous les comiques soient tristes, sinistres même. Tel n’est pas mon cas. Je suis heureux et je suis gai. Je n’envie personne : j’ai une femme charmante, trois enfants que je trouve les plus beaux du monde, une bonne situation.
Et si j’ai tenu à vous mettre sous les yeux ma petite famille, c’est pour vous mettre en garde contre ceux qui vous diraient : « L’aveuglement des parents ! »

Enfin, je crois à la chance ! Parce qu’elle m’a toujours souri. Ma réussite, par sa rapidité, a étonné beaucoup de monde. J’ai devant moi l’avenir. Il m’apparaît sous des couleurs aimables. Ce sont celles de mes roses ou mieux encore celles des joues de mes petiots.

Une confidence, la dernière : je place au-dessus de tout les joies de la famille.

Je préfère qu’on dise de Fernandel« C’est un bon mari et un bon père de famille » que : « C’est le plus grand acteur comique. »

F I N

Souvenirs recueillis par Francia-Rohl

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Source : Bibliothèque numérique de la Cinémathèque de Toulouse

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Pour en savoir plus :

Le site sur Fernandel.

La biographie de Fernandel sur le site de l’Encinémathèque.

La page sur Fernandel, chanteur, sur le site Du Temps des cerises aux Feuilles mortes.

 

Fernandel chante « Moi, je vais au cinéma ».

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La scène phare du « Schpountz » :  » Tout condamné à mort aura la tête tranchée ».

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Fernandel avec Michel Simon (et Arletty) dans « Fric-Frac« .

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Extrait du film « Josette » avec Fernandel et sa fille Josette Contandin.

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Fernandel et Orane Demazis dans « Angèle« .

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Fernandel dans « François 1er« , le supplice de la chèvre.

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