Les souvenirs de Charlotte Pecqueux, script-girl (Cinévie 1947)


Pour cette nouvelle mise à jour, nous avons choisi de nous mettre en avant l’une de ces personnes de l’ombre du cinéma, ceux dont nous n’entendons jamais parler mais pourtant tellement important dans la réussite d’un film.

C’est ainsi que nous sommes tombés sur les souvenirs de Charlotte Pecqueux, l’une des premières script-girl du cinéma français.

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Charlotte Pecqueux a ainsi débuté sa carrière en 1930 auprès de Pierre Colombier avant de travailler avec Raymond Bernard (Les Croix de bois, Les Misérables), Maurice Tourneur (Les Gaietés de l’escadron), Marcel L’Herbier (L’Aventurier, Le Bonheur), Paul Czinner (Mélo), etc.

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On retrouve Charlotte Pecqueux ensuite aux côtés de Louis Daquin (Premier de Cordée) et de René Clair (Le Silence est d’or) qui est le film qu’elle tourne lorsque ces articles paraissent.

Par la suite, elle terminera sa carrière dans les années soixante dans la série des Fantômas de André Hunebelle !

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Une belle carrière et des souvenirs assez savoureux comme vous le découvrirez dans ces trois articles parus au mois de janvier 1947 dans Cinévie :

1 – SCRIPT-GIRL A SEIZE ANS

2 – DE HARRY BAUR A RAIMU

3 – ON TOURNE A 2.000 METRES D’ALTITUDE

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Bonne lecture !

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Les souvenirs de Charlotte Pecqueux.

Script-Girl pendant seize ans.

paru dans Cinévie du 14 janvier 1947

paru dans Cinévie du 14 janvier 1947

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Lorsque Cinévie m’a demandé mes souvenirs, je n’ai d’abord pas pris la chose au sérieux. Cela paraît en effet une gageure de demander ses souvenirs à quelqu’un dont le métier est justement de se souvenir de tout pour tout le monde. Et c’est là le rôle de la script-girl au cours de la réalisation d’un film.

Mais, au fait, savez-vous bien ce que c’est qu’une script-girl ? Je n’en suis pas sûre. Dès lors, j’ai compris la demande de Cinévie.

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Tout voir et tout entendre

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Dans Le Voleur de Bagdad, il y a, tout au fond d’un temple gigantesque et redoutable, l’Œil qui voit tout.

Eh bien ! dans ce temple du Cinéma qu’est le studio, suivant pas à pas le metteur en scène, la script, c’est l’Œil qui voit.

Elle doit surveiller le texte, indiquer sur son bloc les déplacements de la caméra pour faciliter le montage, la longueur de chaque scène en secondes et en mètres, noter les vêtements que portent les artistes, les accessoires qui figurent dans les scènes, et les plus petits détails : position d’une chaise, portes ouvertes ou fermées, toutes choses qui ont une importance primordiale pour les « raccords ». A n’importe quel moment de la réalisation du film, la script doit savoir sur quel mot du dialogue le jeune premier a posé ses lunettes noires dans une scène tournée huit jours auparavant, à quel moment précis l’appareil se mettait en mouvement et pouvoir préciser la couleur d’une cravate, ou d’un corsage que portait l’un des interprètes.

Il entre encore dans ses attributions de rédiger un nombre incalculable de rapports en multiples exemplaires destinés au producteur, au monteur, au laboratoire, etc., indiquant avec une rigoureuse précision le minutage utile de chaque jour, la quantité de mètres de pellicule image et son utilisée et une foule de détails que je n’énumérerai pas, car ce serait trop long et fastidieux.

Tout voir et tout entendre. C’est là la mission essentielle de la script. Si un jour il n’y a plus de travail dans le cinéma, j’aurai toujours la ressource de pouvoir entrer dans une agence de police privée…

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Je suis une ancêtre

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Pourquoi m’avoir demandé à moi mes souvenirs ? Beaucoup auraient pu être choisies pour rédiger ceci à ma place. Moi qui ai toujours eu horreur des narrations !

Peut-être dois-je ce « pensum »  — et cet honneur — au fait que je suis l’ancêtre des script-girls.

Parfaitement. Je n’ai pourtant ni perruque blanche, ni canne, ni lunettes et je pourrais même presque faire partie des moins de trente ans. Mais je suis devenue script il y a seize ans et j’ai, bien involontairement du reste, créé l’emploi.

C’était à l’époque où le film récemment parlant posait de nouveaux problèmes aux réalisateurs, problèmes dont la complexité rendait plus difficile la tâche du metteur en scène. Il s’avérait d’une impérieuse nécessité d’avoir à ses côtés ce que le chef opérateur Maurice Pecqueux qui est mon mari appelle « une mémoire vivante et inscrivante ». L’expression est trop jolie pour que je ne lui en laisse pas ici la paternité.

C’est Pierre Colombier que je connaissais depuis mon enfance, alors qu’il était encore Pierre, qui me fit engager chez Pathé où il était attaché à l’année, pour ce nouvel emploi.

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J’aimais “ La Semaine de Suzette ”

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Je venais de terminer mes études à Compiègne, ma ville natale, à grand renfort de consignes, de retenues et de punitions diverses, car je n’étais pas une élève modèle. On est plutôt bavard dans ma famille… Il est vrai qu’on y trouve deux avocats ! Mais surtout j’avais un amour éperdu pour l’indépendance et une horreur profonde des mathématiques.

Quand le professeur de « maths » entrait pour faire son cours deux fois par semaine, je me levais et je disais :

— Excusez-moi, Monsieur, je n’ai pas pu apprendre ma leçon. Je…

Je n’avais pas achevé de trouver l’excuse que j’avais un zéro. Mais j’avais aussi la paix pendant toute la séance et je pouvais lire tranquillement La Semaine de Suzette, qui était ma passion.

A Compiègne, nous avions pour voisins les Colombier, amis de mes parents, dont les fils, Pierre et Jacques, étaient nettement plus âgés que moi. Pendant les vacances, nos deux familles se retrouvaient à Langrune-sur-Mer et nous faisions alors de longues parties de pêche.

A cette époque, Pierre Colombier écrivait des scénarii qu’il ne tarda pas à réaliser. Le cinéma était encore muet. Souvent ma mère trouvait des idées de films que Pierre adaptait et je commençais à entendre parler de cet art nouveau dont j’ignorais tout.

C’est ainsi que devenu Pière, il se souvint de moi. Gargour, directeur de production de chez Pathé, vint à Compiègne. Il me présenta à lui.

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“ Si petite… ”

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Afin de devenir une « mémoire inscrivante », je fis un stage chez Pathé, d’abord à la salle de montage, puis dans les bureaux pour les découpages des scénarii, à l’usine de tirage et quelque temps après, ayant déjà goûté au métier dans quelques petits films, je débutai avec Colombier dans Le Roi des Resquilleurs.

J’étais encore plus petite qu’aujourd’hui — un mètre cinquante et un — et encore plus volumineuse, et les acteurs, les machinistes et les électriciens ne manquaient pas de plaisanter sur l’« infirmité » de ce petit bout de fille qui allait et venait autour d’eux avec la foi brûlante des néophytes et de lui jouer des tours.

Un jour que nous tournions au stade de Colombes pour les scènes de rugby, un régisseur me dit :

Milton vous demande. Il est au vestiaire, la dernière porte au fond du couloir.

Pensant que Milton avait des ennuis avec son texte et très fière de mon importance, je cours au vestiaire, je pousse la porte indiquée et je me trouve… dans la salle de douches devant une kyrielle de joueurs en train de se frictionner dans un costume inexistant…

J’étais très vexée.

Bientôt, ma sœur Madeleine vint me rejoindre chez Pathé comme script, elle aussi. Nous y restâmes jusqu’en 1936 et pendant cette période j’eus l’occasion de travailler avec de grands metteurs en scène tels que L’Herbier dans L’Aventurier, Samson, Le Bonheur, etc., et Raymond Bernard pour Les Croix de Bois, Les Misérables, Tartarin de Tarascon.

Tous, metteurs en scène et acteurs, ont toujours été très gentils pour moi et pleins d’indulgence pour mon inexpérience des débuts. Je garde un souvenir particulièrement attendri de cette grande famille que formaient tous les collaborateurs engagés à l’année.

paru dans Cinévie du 14 janvier 1947

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Une caméra qui seul l’ail

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Pendant Les Croix de Bois, Charles Vanel, qui adorait faire des farces, fut absolument déchaîné. Il dissimulait dans sa bouche des petits plombs de chasse et en mitraillait sournoisement les visiteurs inopportuns. A défaut, il s’en prenait au pompier du studio qui portait de grosses lunettes et qui faisait partie de l’Orphéon de Joinville. Il l’attaquait sur des questions musique, piston ou trombone à coulisse et dans le feu de la conversation, criblait de plombs ses lunettes.

Le malheureux pompier-orphéoniste n’a jamais compris ce qui se passait. Très attentif à ce que disait Vanel, il lançait furtivement un regard noir vers les passerelles pour essayer de « pincer » le mauvais plaisant, machiniste ou électricien, auteur de cette facétie qu’il trouvait plutôt de mauvais aloi.

Quant à nous, nous étouffions nos rires.

Nous les étouffions d’autant plus que Raymond Bernard aime par-dessus tout le silence et le calme sur le plateau. Il a horreur de ce qui le dérange pendant le travail et aussi… horreur de l’ail.

Charles Vanel qui connaissait ce dégoût de notre metteur en scène en glissait dans tous les plats lorsque nous tournions en extérieurs et il en frottait longuement le manche et le viseur de la caméra. Si bien que Raymond Bernard pestait sourdement contre le malheureux opérateur qui lui-même se demandait pourquoi sa pellicule dégageait de si curieuses odeurs…

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Je joue tous les rôles

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Avec Paul Zinner (Paul Czinner. ndlr) , j’ai tourné deux films : Ariane, jeune fille russe et Mélo.

J’étais extrêmement timide et aurais souhaité faire le travail qu’on attendait de moi, bien sagement dans mon coin, sans qu’on s’aperçût de ma présence. Mais avec Paul Zinner, il n’en fut point question.

Nous faisions le film en deux versions, française et anglaise, pour Ariane, française et allemande, pour Mélo, C’était Gaby Morlay l’interprète pour les versions françaises et Elisabeth Bergner pour les deux autres. Soucieux de leur éviter les répétitions de mise en place toujours fatigantes et de les éviter aussi aux autres interprètes, Paul Zinner me faisait prendre leur place, et je vous assure que, devenant ainsi malgré moi la vedette pour quelques instants et sentant sur moi les regards amusés ou ironiques de mes camarades de travail, j’étais affreusement gênée.

C’est ainsi que dans Mélo je dus « doubler » la scène de la noyade tout une nuit et subir les mouvements de respiration artificielle qu’elle comportait. Le lendemain matin, j’étais rompue, et, pendant deux jours, il me fut impossible de bouger les bras.

Je ne saurai jamais ce qu’Elisaheth Bergner pensa de sa doublure, car, hélas ! elle ne connaissait pas un mot de français, et moi, je ne parlais ni anglais, ni allemand, ce qui n’arrangeait rien. Mais j’ai tout lieu de croire à la sympathie, réciproque du reste, qu’elle éprouvait pour moi, car elle me fît un jour demander de prendre le thé avec elle et de visiter en ma compagnie les grands magasins qu’elle ne connaissait pas et qui l’amusaient.

Nous avons passé l’après-midi ensemble, essayant de nous comprendre par gestes et n’y parvenant pas toujours.

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Ma robe fait du théâtre

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Un jour — c’était pendant que nous tournions Ariane — j’arrive au studio avec une robe neuve.

C’était une robe écossaise. A peine me vit-elle, que Gaby Morlay se précipita vers moi, me demandant tout bonnement de la lui donner !

Elle cherchait, en effet, une robe semblable pour jouer Le Fauteuil 47 et ne trouvait rien à sa convenance.

J’étais un peu interloquée et bien ennuyée, mais Gaby Morlay avait toujours été charmante avec moi et je n’aurais pas voulu la contrarier. J’acceptai donc de laisser ma robe paraître sur scène et, en échange, Gaby Morlay me donna deux magnifiques robes du soir. Pour moi qui n’en avais jamais eues, c’était merveilleux, et elles me consolèrent bien vite de la perte de ma petite robe écossaise.

Cet échange de toilette nous lia-t-il ? Je ne sais, mais la grande artiste m’invita souvent chez elle et me demanda — ce qui me causa un très vif plaisir — d’initier sa nièce au métier de script.

Mon élève, Marie-Thérèse Gabon, est devenue une excellente script, et je remercie sa tante de la confiance qu’elle mit ainsi en moi.

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Je scandalise un colonel !

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Entre ces deux films avec Paul Zinner, je fis avec Maurice Tourneur Les Gaîtés de l’escadron.

Nous tournions au Quartier de Cavalerie de Rambouillet. C’est un des inconvénients du métier que d’être forcée de suivre notre metteur en scène partout où le conduit le film. Le Quartier de Rambouillet n’était évidemment pas un lieu qui convenait à une femme, encore moins à une jeune fille.

Tel était bien l’avis du colonel qui fit quelques difficultés à admettre ma présence à l’intérieur de la caserne. Il me laissa pourtant visiter les lieux sans toutefois m’autoriser à pénétrer dans la chambrée.

Les principaux interprètes étaient Raimu, Fernandel et Jean Gabin, ces deux derniers encore à leurs débuts au cinéma. L’atmosphère était, vous le pensez bien, assez bruyante et parfois assez rude. Et les deux sentinelles montant la garde aux grilles d’entrée avaient pour moi des regards quelque peu compatissants. Je passais très digne, mettant mon travail au-dessus de ces mesquines contingences, me redressant de toute ma petite taille et ravie de pouvoir, avec autorisation supérieure, enfreindre le règlement.

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Sur les barricades !

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Rassurez-vous, je n’ai rien d’une héroïne !

C’était pendant Les Misérables.

Il y avait une scène où nous devions faire sauter une barricade. Le claqueman était un jeune garçon qui avait pour unique mission celle de faire marcher la claquette. Or il avait le vertige et l’idée de monter sur la barricade ne lui disait rien qui vaille.

Des Misérables, je garde encore le souvenir de l’enterrement du général Lamarck, dont les prises de vue avaient nécessité cinq caméras. Il me fallait courir de l’une à l’autre pour prendre les indications de métrage, de minutage, de toutes sortes de détails.

Un œil-qui-voit-tout à la puissance cinq !

Je ne savais plus où donner de la tête.

Charlotte PECQUEUX

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Les souvenirs de Charlotte Pecqueux.

DE HARRY BAUR A RAIMU

paru dans Cinévie du 21 janvier 1947

paru dans Cinévie du 21 janvier 1947

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Perdue sous la cape d’Harry Baur !

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Nous avons tourné près d’Antibes, à Biot, dans un terrain vague avec d’anciens bagnards. Cela n’avait rien de rassurant.

Les nuits sont fraîches dans le Midi. Entre les prises de vues, Harry Baur s’enveloppait dans son immense cape. Je disparaissais à côté de son énorme stature et il m’asseyait sur ses genoux, comme une petite fille, m’enveloppant dans les plis de son manteau où je disparaissais complètement. Cherchait-on la script ? Je sortais de ma cachette, ce qui ne manquait pas d’amuser Raymond Bernard.

Nous avons ainsi tourné pendant vingt et une nuits et pendant vingt et une nuits nous avons mangé le même menu.

Nous avions trouvé dans les parages, un restaurant tenu par des Russes. Ils avaient été un peu affolés de voir s’abattre, chez eux, un beau soir, toute une équipe d’affamés réclamant impérieusement à manger.

Qu’allons-nous bien pouvoir vous donner ?

A tout hasard, nous avions commandé un menu simple qui nous paraissait facilement et rapidement réalisable : soupe à l’oignon, saucisses chaudes et pommes à l’huile. Nous nous étions déclarés satisfaits de ce qu’on nous avait ainsi servi, malgré le vin auquel avait dû arriver un accident bizarre et qui était salé. Et le lendemain soir nous étions revenus.

Le menu n’avait pas changé. Il devait demeurer le même pendant les vingt et une nuits de tournage et nous en étions rassasiés, cependant que nos restaurateurs éprouvaient j’en suis sûre, une certaine fierté d’avoir pu nous servir pendant trois semaines ce que nous aimions le mieux.

Quant au vin salé, nous l’avions tout de suite abandonné au profit du Cinzano qui — ne le racontez pas ! — devait constituer notre unique boisson pendant ce laps de temps.

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Une grande colère de Raimu

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C’est ce qu’en terme de métier on appelle une histoire de raccords… Le raccord, vous le savez, c’est un petit bout de scène qu’on tourne à nouveau, souvent plusieurs semaines après celle-ci, parce qu’au montage, on s’aperçoit qu’il y a une cassure, ou quelque chose qui n’est pas bon.

Ce raccord-là avait trait à une histoire de cigare dans Ces Messieurs de la Santé.

Raimu prétendait qu’en tournant la scène, il en avait deux dans la poche et un dans la bouche. J’étais, moi, absolument certaine qu’il en avait trois dans la poche et un dans la bouche.

Discussion. Raimu n’aimait pas qu’on le contredise. Je soutins cependant — c’est mon rôle — mon point de vue. Il se mit alors dans une grande colère, interrompit les prises de vues, et demanda à ce que le passage du film incriminé lui soit projeté.

La projection me donna raison. Il se calma et nous reprîmes le travail sans nous dire un mot.

J’étais très fâchée contre lui.

Et le soir, venu, il me dit de cette voix bougonne dont tout le monde se souvient :

Allez, idiote, viens boire un verre au bureau !

Le bureau c’était le Fouquet’s. Ma rancune tomba devant cette invitation bourrue et gentiment paternelle.

Nos dates de naissance étaient les mêmes et notre anniversaire tombait le 17 décembre. Il apporta ce jour-là une bouteille de porto au studio pour boire à nos santés à tous deux.

Car c’était au fond un excellent homme.

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Cinquante jours de fièvre

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Lucien Baroux déguisé en femme pour jouer La Marraine de Charley, est évidemment pour moi, autant que pour ceux qui ont pu voir ce film, un des souvenirs de cinéma les plus drôles.

Pourtant, voyez-vous, la Marraine de Charley devait nous laisser au metteur en scène, Pierre Colombier et à moi, un souvenir beaucoup moins drôle…

Nous avions à peine le temps de manger entre les prises de vues et nous nous faisions apporter, sur le plateau du studio François 1er, du fromage et du pain. Ce fromage était du chèvre excellent dont nous faisions une abondante consommation.

Cette gourmandise expliqua au médecin les quelques jours de fièvre de Malte dont fut, à la suite de cela, gratifié notre metteur en scène et, sans doute la mienne méritait-elle châtiment plus grand, car je fus, moi, malade pendant cinquante jours comme si j’avais bu le lait de toutes les chèvres de l’île.

Ça ne m’a pourtant pas dégoûtée du fromage…

paru dans Cinévie du 21 janvier 1947

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Marche nuptiale

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Le lock-out de Pathé-Nathan me fit quitter Joinville et pour moi commença, comme pour tous les techniciens, la course au contrat, le souci de trouver un engagement, souci qui est pour nous permanent. Nous ne sommes jamais certains de ne pas rester des semaines, voire des mois, en repos forcé, perspective mélancolique dans un métier qui ne vous met jamais à l’abri du lendemain. Ce sont là les inconvénients d’une corporation par ailleurs pleine d’attraits. Changement constant du cadre, d’atmosphère, d’époque et aussi de lieu de travail car chacun sait que les extérieurs nous emmènent souvent fort loin.

Plus loin même qu’on ne le pense.

Je fus appelée un jour à faire encore une fois un film avec Pierre Colombier — qui à vrai dire hésitait encore entre Pière et Pierre — C’était Le Roi du sport et nous voilà partis pour Marseille qui, en soi, n’est point à l’autre bout du monde. Pourtant le Roi du sport devait me mener beaucoup plus loin…

L’atmosphère particulièrement familiale, je dirais même affectueuse de la maison productrice Gray-Film, fut-elle à l’origine d’idées matrimoniale ? Je ne pourrais le dire avec précision. Mais j’ai toujours pensé qu’elle y était bien un peu pour quelque chose. Bref, trois mois plus tard, j’étais mariée avec un des techniciens du film. Maurice Pecqueux, qui était alors photographe. Il désirait devenir opérateur et avait pensé que la connaissance de la photographie était la base de ce métier.

Après notre mariage, il n’hésita pas à débuter une seconde fois comme deuxième assistant-opérateur malgré les appointements dérisoires en comparaison de ses anciens salaires de photographe, ce qui n’est pas sans mérite de sa part.

Les dernières années l’ont récompensé, puisqu’il vient de terminer son premier film comme chef-opérateur avec Pierre de Hérain, un grand film. L’amour autour de la maison, dans lequel tout le monde se plaît à reconnaître l’excellente qualité de la photographie.

Nous nous sommes efforcés de ne jamais travailler dans le même film et c’est tout à fait exceptionnellement que nous fîmes ensemble Premier de cordée.

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Louis XV dîne en ville

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J’ai tourné une seule fois avec Sacha Guitry.

C’était dans Remontons les Champs-Elysées.

Invité un soir à un grand dîner avec des gens importants, il sortit du studio si tard qu’il craignait d’arriver à une heure indécente pour une invitation qui n’a rien d’intime.

Il n’hésita pas et vola vers son invitation sans laisser dans sa loge son personnage du film.

C’était Louis XV. Il eut du succès.

L’habit ne fait pas la vedette !

En Camargue — le cinéma n’en est pas à cela près et prend souvent des libertés avec la géographie — nous avons tourné avec Le Hénaff, Fort-Dolorès.

Arles qui était notre port d’attache fut, pendant quelques semaines, sillonnée par d’étranges cavaliers aux pantalons bizarres qui n’étaient point pour rassurer les paisibles habitants.

Parmi eux, il y avait une femme portant un costume blanc assez étrange et plutôt voyant avec un pantalon bouffant comme en ont les femmes arabes de Boussa-Ada.

Cette femme-là, excentrique et pareillement costumée, ça ne pouvait être que la vedette. Vous êtes bien d’accord ?

C’était seulement moi à qui un camarade de travail avait prêté ce costume qui me permettait de lutter contre la chaleur dont nous étions gratifiés et surtout d’éviter les éraflures, griffures et désagréments de toutes sortes causés à mes mollets par les herbes de Camargue.

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A dos d’âne dans la campagne romaine

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Mon mari a eu plusieurs fois l’occasion de quitter la France : il connaît le Canada où il a suivi Maria Chapdelaine, Djibouti où il est allé pour Les Secrets de la Mer Rouge, l’Algérie où il a tourné de nombreux films, le Maroc où il a dernièrement passé huit mois. Et il est question qu’il parte pour la Turquie.

Je n’ai pas eu, quant à moi, la chance de pouvoir ainsi voyager. Une seule fois j’ai quitté la France pour l’Italie. C’était pour Angélica. La vedette était Viviane Romance et le metteur en scène Jean Choux dont la disparition nous laisse en une si profonde tristesse.

J’aimais beaucoup « Monsieur Choux » comme nous l’appelions. C’était un homme charmant et je ne pouvais jamais lui refuser les choses parfois bizarres qu’il me demandait.

A notre arrivée à Rome, le scénario n’était pas encore terminé. Un matin, vers cinq heures, Jean Choux frappe à la porte de ma chambre et me dit :

Habille-toi vite, ma petite fille, nous partons dans un quart d’heure.

A vrai dire, sur le moment je me suis demandé s’il n’était pas somnambule, mais pour ne pas le contrarier, je me suis empressée de descendre.

A la porte de l’hôtel, nous attendaient deux gentils petits ânes et nous partîmes, Monsieur Choux et moi, à califourchon sur leur dos, pour la campagne romaine.

Le soleil se levait à peine sur l’admirable ville et c’est un souvenir que je n’oublierai pas plus que les côtes de l’âne qui perçaient la couverture qui me tenait lieu de selle…

J’imagine la tête du producteur s’il nous avait rencontré en pareil équipage pour achever le découpage du film…

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La danse de la puce

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Un autre jour, une danseuse devait exécuter dans un décor de cabaret la danse de la puce.

Pour ne pas la fatiguer avant qu’on tournât la scène, Monsieur Choux me demanda de de faire à sa place pendant que les opérateurs réglaient les éclairages et les distances.

Le nom même de cette danse indique nettement que ça n’est pas une valse lente. Vous me voyez, me trémoussant devant mes camarades et tous les figurants qui, mis en joie, frappaient dans leurs mains et se moquaient, très gentiment dois-je dire.

J’avais bonne mine.

C’était l’été et il faisait cinquante degrés. Je ruisselais sous les projecteurs et j’ai pensé m’évanouir de fatigue et de chaleur.

Cependant, le soir, après le dîner, alors que je n’aspirais qu’à retrouver un lit bien gagné, je dus suivre le cher Jean Choux inlassable qui avait décidé de m’entraîner de places en ruelles pour m’expliquer, avec une grande érudition du reste, la beauté de l’architecture romaine.

Je devais dormir debout et j’avoue à ma grande confusion, n’avoir rien retenu…

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Du jambon dans un cercueil

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Avec Le loup des Malveneurs, je partis pour Aurillac, en zone sud comme on disait alors.

Nous avions avec nous un cercueil qui figurait dans le film pour l’enterrement de Pierre Renoir et qui, naturellement était vide.

Il y avait dans la région un certain fromage de Cantal et surtout de magnifiques jambons qui faisaient se pâmer d’aise nos yeux de Parisiens habitué au régime des rutabagas.

Nous couchâmes dans le cercueil, avec beaucoup de respect et en implorant pour eux la protection du ciel, ces biens à tous égards estimables.

Le ciel nous exauça.

Les Allemands n’y virent rien et notre cercueil fut seulement ouvert à Paris dans le plus grand secret et son contenu partagé entre nous tous.

Charlotte PÉCQUEUX

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Les souvenirs d’une script-girl par Charlotte Pecqueux

ON TOURNE A 2.000 METRES D’ALTITUDE

paru dans Cinévie du 28 janvier 1947

paru dans Cinévie du 28 janvier 1947

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Pas plus qu’on ne doit, dit-on, parler de corde dans la maison d’un pendu, il n’est permis de prononcer ce mot sur le plateau, et celui qui a le malheur de le faire est à l’amende d’une tournée générale.

Bien que j’aie pour ce terme une grande méfiance, force sera pourtant qu’il revienne ici plusieurs fois sous ma plume.

Mon mari était cadreur (cameraman) dans le film de Louis Daquin : Premier de cordée. On tournait à Chamonix, et j’étais allée le rejoindre dans l’intention de me reposer quelques jours des nuits blanches que je venais de passer avec le film de L’Herbier.

Comme repos, je fus servie !

Après deux semaines de travail en montagne, la script habituelle de Daquin, Jeanne Witta, tomba malade et se trouva dans l’impossibilité absolue de continuer à suivre le film. J’étais là, il ne chercha pas plus longtemps et me demanda si je voulais bien continuer le travail commencé et la remplacer au pied levé.

J’acceptai sans savoir ce qui m’attendait.

Je ne suis pas grande, je vous l’ai dit, et j’ai naturellement de petites jambes. Or les guides qui étaient engagés pour la durée du film en avaient, eux, de très grandes, et j’avais bien du mal à les suivre dans les expéditions quotidiennes nécessitées par les prises de vues.

Un matin, vers quatre heures, nous partîmes en cordée pour une course assez dure près de la Dent du Requin.

En traversant les séracs de la Mer de Glace, cet enchevêtrement de crevasses invraisemblables, nous nous sommes soudain trouvés arrêtés par un de ces petits ruisseaux qui ont un nom spécial que j’ai oublié et qui coulent entre les parois de glace. Les guides essayèrent bien de trouver un chemin plus facile, mais ils durent y renoncer et il fallut sauter.

Il y avait bien plus d’un mètre cinquante de largeur et un bon mètre de profondeur. Or, en m’appliquant et sur un bon terrain, je dois bien enjamber soixante-quinze centimètres…

J’ajouterai que le point de départ et le point d’arrivée étaient à quarante-cinq degrés environ et… en glace, ce qui, naturellement, est un peu glissant…

Chaque technicien était pourvu de crampons, ces espèces de dents d’acier qui se fixent sous les chaussures. Moi seule n’en avais pas, ceux de Jeanne Witta n’étant, hélas! pas à ma pointure.

Avec mon pantalon de ski trop grand — c’était le sien — je devais ressembler à un culbutos. Mais je n’en avais pas l’équilibre…

Le guide qui veillait sur moi essaya de m’aider en tirant sur la corde et, avec beaucoup d’assurance, je me retrouvai en plein milieu de cette baignoire improvisée, dont l’eau était bien près de zéro !

En excursion, j’aurais pu rire — après, bien entendu ! — de ma mésaventure, mais il ne s’agissait pas de promenade, et nous continuâmes ainsi pendant trois heures, sans arrêt, à grimper sur la glace et la neige.

Quelquefois, un de nous disparaissait jusqu’au cou dans un trou, mais la corde — heureusement que je n’ai pas à payer, à chaque fois, une tournée générale aux lecteurs de Cinévie, car il y a longtemps que je serais ruinée ! — tenait bon. Enfin, nous fumes en haut et les guides nous détachèrent. Il ne restait plus que quelques mètres à faire, et nous étions assurés de trouver « un vrai boulevard » pour atteindre le point de rassemblement.

Ledit boulevard était un chemin caillouteux, qui avait bien vingt centimètres de large, juste de quoi poser le pied, et se trouvait absolument à pic, avec huit cents mètres de vide au-dessous.

L’accident du départ avait quelque peu ébranlé mes nerfs. Je fus prise d’un trac et d’un vertige affreux, et je me collai à la paroi, dont chaque pierre cédait. Je pleurais et j’étais incapable de faire un pas.

Mon mari, qui me suivait, avait eu une peur affreuse en me voyant faire un faux pas, et les guides, qui, finalement, vinrent me chercher, décidèrent, d’un commun accord, de nous mettre désormais dans des cordées différentes, afin de nous éviter, à l’un comme à l’autre, de trop fortes émotions.

Car cette petite aventure n’était, hélas ! qu’une prise de contact avec la montagnes, avec laquelle chaque prise de vue était une lutte gigantesque.

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Quinze cent mètres d’à pic

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Quand nous fûmes au Brévent, Daquin avait trouvé un petit coin charmant pour des scènes importantes qui durèrent un mois. Il fallait descendre en rappel de cinquante mètres contre une paroi à pic, jusqu’à un étroit rebond d’un mètre cinquante de large et de dix de long, surplombant la vallée de Chamonix : quinze cents mètres de verticale.

Est-ce que ça vous dit quelque chose ? A moi, oui…

J’avais eu le bras droit luxé au cours d’une précédente ascension, et il m’était absolument impossible de descendre en rappel de corde. (Encore une tournée générale !)

Les guides décidèrent alors de me descendre comme un vulgaire colis, avec la poulie qui servait pour les appareils. On me ficela sous les bras et un peu partout, pour être sûr que ça ne lâcherait pas. Je fermai les yeux et on me lança dans le vide.

Dire que j’étais à l’aise serait mentir avec effronterie. Je ne sais pas si je recommencerais.

L’opérateur du documentaire Autour d’un film en montagne, qui nous suivait, était absolument ravi et, déchaîné, me mitraillait avec son appareil automatique.

C’est ainsi que, pour la première fois, je fus devant la caméra, au lieu d’être derrière, et que, plus tard, je fis rire des milliers de spectateurs.

Tout comme Fernandel !

J’aurais bien voulu les y voir !

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On veut m’engager comme femme à barbe !

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Les films nous entraînent dans des contrées bien différentes et on ne nous demande pas nos préférences. C’est pourtant encore dans la montagne qu’un nouveau contrat me fit partir, mais, cette fois, du côté de Grenoble.

C’était La Fille aux yeux gris, avec Claude Génia, Ledoux, Paul Bernard et Jean Paqui.

La municipalité d’un petit village voisin de notre quartier général, voulant profiter de la venue dans la région d’artistes aussi connus, demanda qu’une séance fût organisée au bénéfice des prisonniers. Les acteurs acceptèrent volontiers, mais insistèrent pour que nous, techniciens, nous montions un numéro.

Après de longs essais, il fut décidé que les opérateurs et moi chanterions une parodie de Si petite, la chanson de Lucienne Boyer. Le maire m’avait prêté un chapeau melon et un smoking. Le chapeau s’arrêtait aux oreilles, la veste avait plutôt l’air d’un manteau et le pantalon faisait trois fois le tour de ma taille…

Je faisais un petit barbu, grâce à une barbe de vingt-cinq centimètres que m’avait prêtée Bouban, le maquilleur. Le sketch se terminait par un solo du barbu et je chante atrocement faux !

Mais je vous ai dit qu’il s’agissait d’une soirée de bienfaisance. L’indulgence devait y être invitée et j’obtins beaucoup d’applaudissements.

Le succès de notre numéro fut tel qu’un spectateur voulait nous engager pour un music-hall de Gap.

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Une cuvette d’eau pour deux personnes

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La Fille aux yeux gris ne me rappelle pas que des succès dans le genre de celui-là, mais aussi des échecs, ou, tout au moins, un échec.

Nous étions à Rip-du-Sape. C’est un hameau perdu dans la montagne, plus haut que le dernier village, qui a pour nom La Chapelle, et nous avions décidé de monter plus haut encore pour tourner des scènes de glaciers.

Nous avions fait pas mal de chemin, lorsque nous fûmes pris par une chute de neige abondante, et c’est seulement maintenant, lorsque je songe à nous, perdus dans la montagne, que je réalise le danger que nous avons couru alors.

Nous étions harassés, avec les nerfs à bout et l’impression très nette qu’on ne s’en tirerait pas. Tout cela avec le matériel, ce qui signifie quelques centaines de kilos de charge.

Nous nous retrouvâmes, le soir venu, à Rip-sur-Sape, dont une seule maison, sur les six ou sept qui composent le village, était habitée.

L’eau était rare. Il fallut, à Andrée Feix, qui vient de mettre en scène II suffit d’une fois, mais qui n’était alors qu’assistante de notre metteur en scène Jean Faurez, et à moi-même, nous contenter, pour faire à deux notre toilette, d’une seule cuvette d’eau de la grandeur d’un bol. Heureusement, le coin où nous partageâmes notre infortune était si sombre qu’il ne nous fut pas possible de nous apercevoir de l’imperfection de notre toilette… Et puis, qu’importe une seule cuvette d’eau quand on revient d’un lieu où l’on aurait pu terminer prématurément sa vie ?

Nous avons dormi quand même, mais je ne suis pas très certaine que nous n’avons pas versé des larmes.

paru dans Cinévie du 28 janvier 1947

Avec Annie Decaux lors du tournage de Rêves d’amour.

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Vraie barbe et fausse ressemblance

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— Il est drôle, avec sa fausse barbe !

C’est, en général, ce que disent les spectateurs en voyant Michel Simon dans Un ami viendra ce soir.

Mais je peux vous affirmer, moi, qu’on peut tirer sur cette barbe-là et qu’on ne risque pas de l’arracher, car elle est bien à lui.

Je l’ai souvent peignée, au moment des prises de vues où tout doit être impeccable. Michel Simon, auprès de la stature duquel je disparais presque, se penchait pour me permettre de le faire plus commodément

Il me taquinait toujours, prétendant que, avec un bénin sur la tête, je ressemblais, trait pour trait, à Christine de Pisan.

Je n’ai pas essayé. Le moyen âge est trop loin et le temps me manque, mais je signale, à toutes fins utiles, cette découverte de Michel Simon, au cas où quelqu’un aurait un emploi pour cette dame.

Ne serait-ce que figurante !

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Les chenilles troublent les « Rêves d’amour »

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Après deux jours de tournage en montagne pour Rêves d’amour, nous dûmes partir précipitamment des lieux, expulsés par les habitants, en l’occurrence, les chenilles !

Je n’avais jusqu’alors accordé que peu d’importance à ces bestioles parfois fort joliment colorées. Celles-là, qui étaient jaunes et marrons, nous avaient réservé une petite surprise, et personne, depuis 1932, n’avait dans la région, revu cette chose presque incroyable.

Lesdites chenilles avaient littéralement envahi la campagne.

Et elles perdaient leurs poils !

Parfaitement ! Des poils de chenille, c’est une sorte de soie ténue, invisible lorsqu’elle tombe. Or nos chenilles muaient et ces poils, emportés par le vent, avaient des propriétés venimeuses qui semaient, par simple contact, un urticaire dont la démangeaison était littéralement insupportable.

Dans les champs, les vaches avaient les mamelles dévorées par ce feu inattendu et quant à nous, nous étions couverts de boutons sur le visage, le cou, les mains et les jambes.

Mila Parély, Paule Boutaud, notre assistante, qui est la femme de l’opérateur Louis Page et moi, furent tellement atteintes, que nous crûmes devenir folles.

Il fallut nous transporter à Nice où l’on nous fit des piqûres intraveineuses destinées à combattre l’effet nocif du poil de chenilles sur notre peau.

Quand nous racontâmes cela aux parents et aux amis à notre retour, tout le monde a cru que nous avions tourné le film à Marseille…

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Je tourne, mais en pièces détachées

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C’est, je vous l’ai dit, avec Premier de cordée, que j’ai paru à l’écran pour la première fois dans un documentaire.

Mais, à la vérité, je tourne souvent.

Seulement, pas toute entière…

Quelquefois, ce sont mes mains que je prête, pour un gros plan, ou bien ma nuque, mes cheveux.

Quand je vais au cinéma avec mon mari, j’attends le passage du morceau de moi-même et je le lui signale. Ce qui le rend furieux, car il a horreur d’être dérangé pendant une projection.

Moi, j’aimerais que tout le monde sache que c’est ma main, ma nuque ou mes cheveux. Evidemment, c’est bien difficile de faire mettre au générique ;

« Dans la scène du crime, c’est la main de Mme Charlotte Pecqueux, script-girl, qui tient la bouteille de poison ». J’aurais des ennuis avec le syndicat des acteurs…

Pourtant…

Ah ! c’est dur, allez, d’être seulement une parcelle de star !

Et puis ça ne rapporte rien. Sinon des taches sur mon chemisier quand on barbouille de fond de teint la partie de ma personne que je prête bénévolement.

Actuellement, je travaille avec René Clair dans Le Silence est d’or.

Avec un titre pareil, vous pensez bien que ce n’est pas moi qui vais vous en parler !

Quand le film sera fini, je pourrai naturellement vous raconter de bien bonnes histoires parce que vous vous doutez bien qu’avec Maurice Chevalier, François Périer, Raymond Cordy, Lajariges, et quelques autres, les journées ne sont pas moroses.

Oui, d’excellentes histoires.

Je vous promets de les noter pour vous en reparler… dans quinze ans !

Charlotte PECQUEUX

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Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Pour en savoir plus :

Voir un extrait du documentaire « Autour d’un film de montagne » de Alain Pol (1944) sur le site de la Cinémathèque d’images de montagnes.

1943 : Tournage de Premier de Cordée de Louis Daquin – Archives INA

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Extrait du film de René Clair : Le silence est d’or.

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Extrait de Ces messieurs de la santé de Pierre Colombier (1934)

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