Ouverture de la salle de cinéma Le Club de l’Etoile (Cinémagazine 1931) 1 commentaire


C’est dans le numéro de décembre 1931 que parait cet article sur la salle de cinéma Le Studio de l’Etoile qui existe toujours sous le nom du Club de l’Etoile.

Cet article s’inscrit dans une série que nous publions de temps en temps concernant ces salles de cinéma crées dans les années vingt/trente, voir notre dossier ici.

L’Exploitation Moderne : LE STUDIO DE L’ÉTOILE

Cinémagazine (décembre 1931)

Cinémagazine (décembre 1931)

A deux pas de la place de l’Etoile, 14, rueTroyon (75017 Paris).
Une élégante bonbonnière moderne, digne du quartier chic où elle est située. Pourtant le Studio de l’Étoile n’est pas un cinéma de quartier : c’est une salle d’exclusivités.
Créé pour un programme de choix, le Studio de l’Étoile offre une parfaite réussite de petit théâtre d’écran,

Le Studio de l’Étoile a été conçu et réalisé par l’Entreprise générale de décoration HARTMANN, qui a consacré depuis plusieurs années une branche spéciales aux salles de cinéma, sous la direction de M, Paul Hartmann. Celui-ci a mené toute l’entreprise du Studio de l’Étoile, maçonnerie, agencement, éclairage et décoration proprement dite. Il a fait appel pour l’architecture à la collabration de MM. Leroy et Dartevelle, architectes D. P. L. G.

L’aménagement de la salle, dans les deux étages inférieurs d’un immeuble, constituait un problème plein de difficultés. D’abord les servitudes immobilières : interdiction d’accrocher à l’immeuble la structure de la salle ; celle-ci a donc été réalisée dans la cellule architecturale comme un élément indépendant juxtaposé aux murs mitoyens, à peu près à la façon d’un tiroir dans un meuble. Cette obligation a été mise à profit pour réaliser entre doubles parois un matelas d’air isolant, propice à la tranquillité des voisins et à l’acoustique de la salle.

La place limité a nécessité, côté façade, des combinaisons ingénieuses pour obtenir une distribution commode et satisfaire aux exigences de la sécurité pour les sorties sur la rue. Il n’y avait pas un pouce à perdre dans ce groupement de cellules superposées. Au rez de chaussée : le hall, avec le bureau de location. A l’entresol : le bar, où nous conduit l’escalier à gauche dans le tambour d’entrée, et la cabine de projection, avec accès de la rue.

Cinémagazine (décembre 1931)

Cinémagazine (décembre 1931)

La façade exprime la distribution architecturale dans un bon style moderne, donc très sobre. Façade plane franchement rehaussée de deux tons : jaune clair et vert. Jaune clair pour le mur et la marquise, vert pour la menuiserie métallique du bow-window du bar, légèrement en saillie à l’entresol. Le vitrail en rosace assure la bonne aération de la cabine de projection. Les portes vitrées opposent le ton « tête de nègre » de leur menuiserie au jaune de l’encadrement mural. Elles sont complétées par des couvre-joints en maillechort et des poignées en gros tubes de cristal vert-jade avec attaches chromées. Le double écran des portes-forme tambour et isole le hall d’entrée des bruits de la rue.

Les murs du hall sont décorés de peinture plastique vert pâle, ton vert Directoire, avec des rehauts argent. Les accès de la salle occupent le mur du fond : au milieu, l’escalier de la corbeille ; de chaque côté, les escaliers qui descendent au parterre ; murs vieux rose et argent, rampes chromées et tapis épais.

La salle offre le confort d’un petit théâtre bien compris. La décoration moderne est d’un goût charmant ; elle fait un accueil des plus agréables. Incontestablement on a tout fait pour vous plaire, charmantes spectatrices, et cela est un bon point pour le Studio de l’Étoile et pour HARTMANN.

Cinémagazine (décembre 1931)

Cinémagazine (décembre 1931)

La distribution architecturale est sobrement établie, avec prédominance de lignes droites, La salle comprend 400 places, parterre et balcon ; celui-ci, se prolongeant sur les cotés de la salle, forme des loges coquettes, garnies d’un beau velours froissé. La visibilité est parfaite à toutes places. Les divers éléments de la décoration ; tapis, sièges, peintures et revêtements, bien étudiés dans leurs qualités de matière respectives, s’ordonnent dans une gamme vieux rose qui crée une atmosphère harmonieuse, à la fois reposante et gaie.

Au parterre, le revêtement des murs latéraux est constitué par de grands carrés de marbre artificiel avec couvre-joints en métal chromé. La surface rugueuse absorbe le son et évite le réfléchissement. Au balcon, les murs sont tendus de tissu spécialement étudié au point de vue acoustique, pour garder aux sons toute leur richesse.

Nous retrouvons au Studio de l’Étoile l’emploi de l’Isolbois pour le traitement acoustique du plafond. Il contribue à la qualité du son dans la salle, comme à l’isolement indispensable pour la tranquillité des locataires de l’immeuble. La salle est chauffée par système à vapeur. Le renouvellement de l’air est assuré par un dispositif de ventilation ménagé dans le sous-sol ; l’air est aspiré sous le plafond de la salle, au long de deux grandes corniches qui constituent un élément de la décoration.

La décoration du bar est d’une joyeuse fantaisie. Dans une gamme de verts dégradés, le cube de la salle est découpé en tranches obliques par des bandes de couleur, cernées de nervures argent. Oasis cubiste, d’un agencement moderne très confortable.

Cinémagazine (décembre 1931)

Cinémagazine (décembre 1931)

Le Studio de l’Étoile a de très bons fauteuils : fabrication des Établissements Luzé et Cie. Cette firme réputé a réalisé là un nouveau modèle très réussi. Il est caractérisé par un dossier basculant, qui présente un double avantage : économie appréciable d’encombrement et réalisation d’un parfait confort. Le dossier rembourré est monté sur sangles. Le siège, sur carter et carcasse métallique, seize ressorts, est du type coussin d’auto. Les accoudoirs en hêtre dessinent une courbe fuyante en arrière, très bien étudiée pour l’aisance du bras qui s’appuie. Complétant le mécanisme du fauteuil, des amortisseurs de caoutchouc d’un modèle spécial sont placés sous le siège de façon à recevoir entre leurs lèvres l’axe transversal du bâti. Ils assurent une manœuvre souple et silencieuse.
Les fauteuils sont recouverts d’un très beau velours ciselé, quadrillé ; il a été tissé, sur les indications de M. Paul Hartmann, dans un ton vieux rose qui s’harmonise avec l’ensemble décoratif de la salle. Un tube chromé, cerclant le dossier, complète le fini des fauteuils. Les strapontins à dossier sont dignes de la fabrication des fauteuils. Les chaises et les fauteuils de loges sont spacieux et confortables. Voilà une heureuse exception à cette règle trop générale qui veut qu’on soit mal assis dans les loges.

Les Établissements Luzé et Cie ont exécuté aussi l’équipement de scène. Le rideau de velours anglais uni, rose doré, est richement drapé en plis abondants. L’écran, fourni par la Société Klangfilm-Tobis, a été également équipé par Luzé. Cet écran est susceptible de descendre dans une fosse aménagée dans le sous-sol, pour permettre des exhibitions sur scène. C’est pour la même éventualité que l’aménagement du Studio de l’Étoile comprend une fosse d’orchestre et des loges d’artistes.

Cinémagazine (décembre 1931)

Cinémagazine (décembre 1931)

Mais que serait ce bijou de salle sans une projection sonore parfaite ?
Question superflue : l’équipement sonore du Studio de l’Étoile a été réalisé par la Compagnie française Tobis, avec le nouvel appareil Klangfilm-Tobis, type Zetton.
L’appareil Zetton, tout récent, a déjà fait ses « preuves» dans une centaine de salles. Il participe de tous les perfectionnements techniques qui ont établi la réputation de la marque Klangfilm.
Le dispositif de lecture de son groupe, en un bloc robuste, le lecteur de son proprement dit avec sa lampe de son, son objectif, sa cellule photo électrique et les galets d’appui. Ces galets sont munis de volants d’inertie qui ont pour effet d’amortir les vibrations du film et de donner à son mouvement une continuité parfaite, essentielle à la pureté du son. La simplicité qui caractérise le dispositif sonore du Zetton est la conséquence logique de sa précision technique. Elle assure à l’appareil la plus grande sécurité de fonctionnement, et elle réalise pratiquement un maniement aussi simple que pour un appareil muet.

L’amplificateur spécial du Zetton réunit dans un coffret unique les amplificateurs de cellule et de puissance. Il est, lui aussi, d’un maniement très simple et permet de brancher alternativement les dispositifs du poste double, ou les joueurs de disques qui complètent l’équipement sonore de la cabine. Il est muni d’un potentiomètre de réglage. L’équipement sonore de l’écran est constitué par un haut-parleur électrodynamique à grande puissance, placé derrière la toile trans-sonore. L’excitation de ce haut-parleur est effectuée par un redresseur branché sur le réseau.
Un bon matériel n’exclut pas un réglage minutieux d’après l’acoustique de la salle. On peut affirmer, au contraire, que seul un bon matériel permet une mise au point précise. C’est ainsi que le Zetton assure au Studio de l’Étoile une netteté et une qualité des sons incomparables.
Le Zetton apporte aux moyennes et petites salles la garantie d’un appareil de reproduction sonore adapté à leurs besoins. Il a toutes les qualités de robustesse et de pureté des autres appareils sonores Klangfilm-Tobis installés dans plus de 2.000 salles en Europe.

Cinémagazine (décembre 1931)

Cinémagazine (décembre 1931)

Groupant les brevets les plus importants et les plus récents, la Société Klangfilm totalise les progrès mondiaux concernant les appareils sonores. Sa puissante organisation industrielle lui permet cette qualité de construction, qui se retrouve aussi bien dans les appareils d’enregistrement que dans les appareils de reproduction. Sans doute la réputation de ses appareils d’enregistrement (Tobis-Klangfilm) a précédé en France celle des appareils de reproduction(Klangfilm-Tobis).
L’amélioration des prix de revient permet maintenant à la Compagnie française Tobis d’offrir aux exploitants des conditions commerciales très intéressantes. Sa série de cinq appareils de puissances différentes permet de doter une salle de l’équipement qui lui convient exactement, compte tenu de son volume et de son nombre de places.

Et il est certain qu’une installation parfaite et définitive coûte moins cher que les solutions dites économiques, toujours insuffisantes et provisoires.

Pour inaugurer son programme de sélection parmi la production cinématographique mondiale, le Studio de l’Étoile nous présente deux films de la production allemande la plus récente : Pichler banquier, film de Fritz Kortner, avec le grand comique Max Pallenberg, et Sur le pavé de Berlin, de Phil Jutzi, avec Heinrich George.

Un tel programme classe d’emblée le Studio de l’Étoile parmi les meilleures salles d’exclusivités.

Henri Pacquet

On annonce l’ouverture prochaine, à Paris, de deux grandes salles conçues selon les données les plus modernes et sur lesquelles nous serons sans doute appelés à revenir. Ce sont le Palace Italie, avenue de Choisy, qui contiendra 2.000 places, et le Palais Marignan, qui augmentera le circuit Pathé-Natan d’un palace de 2.500 places tout proche des Champs-Elysées. 

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

On trouve ces deux encarts pour l’ouverture du Studio de l’Etoile dans Comoedia, ce qui suppose que la salle a ouvert entre le 16 et le 28 novembre 1931.

Comoedia (16.11.31)

Comoedia (16.11.31)

 

Comoedia (28.11.31)

Comoedia (28.11.31)

 

Comoedia (13.12.31)

Comoedia (13.12.31)

Voici une publicité parue quelques semaines plus tard dans La Semaine à Paris daté du 21 janvier 1932.

La Semaine à Paris (21.01.32)

La Semaine à Paris (21.01.32)

 

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Pour en savoir plus :

Le site du Club de l’Etoile.


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