Divers articles sur Mireille Balin (1934-1943)


Pour fêter la sortie cet automne de la nouvelle biographie de Loïc Gautelier sur Mireille Balin, et sa rencontre à la Librairie du Cinéma du Panthéon, 15 rue Victor Cousin 75005 Paris, le jeudi 28 novembre 2019, nous avons décidé de consacrer un nouveau post à Mireille Balin, la femme fatale du cinéma français de la fin des années trente.

Il y a déjà eu deux livres qui lui ont été consacrés.

L’un, Mireille Balin ou la Beauté foudroyée de Daniel Arsand en 1989 (Ed. La Manufacture), fût longtemps le livre de référence sur l’interprète de Pépé le Moko et Gueule d’amour.

Le second eu le malheur d’arriver après, avec un titre trop similaire, Mireille Balin la star foudroyée, par Frank Bertrand (Ed. Vaillant 2014).

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Mais le livre de Loïc Gautelier, sobrement intitulé Mireille Balin, nous semble être le livre définitif sur la star tant il est riche d’informations sur sa carrière tout au long de ses quatre cent pages, résultat de sept ans de recherches. D’autant plus que, contrairement à d’autres, l’auteur cite ses sources, ainsi à la fin du livre il y en a dix sept pleines pages !

De plus, Loïc Gautelier a pu bénéficier de l’ouverture des archives pour la période de la guerre, à l’instar de Christine Leteux qui s’en servit pour son remarqué livre Continental films Cinéma français sous contrôle allemand, paru chez La Tour Verte il y a trois ans.

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Mireille Balin comprend de nombreux témoignages, d’archives inédites, revient sur sa passion avec Tino Rossi qui avouera après sa mort qu’elle fût « le grand amour de sa vie ». Mais également revient en détail sur la période de liaison de Mireille Balin avec un officier allemand,  Birl Deissböck (et non Birl Desbok) qu’elle paye au prix fort à la fin de la guerre, contrairement à Arletty. Pour finir, l’auteur évoque sa longue période de fin de carrière où elle vécut dans le plus grand dénuement mais toujours sans se plaindre et avec une grande dignité, heureusement aidée par l’association La Roue Tourne de Paul Azaïs.

L’auteur, également metteur en scène de théâtre, a su, heureusement, la plupart du temps, s’effacer par rapport à sa fascination pour Mireille Balin, évitant le piège de trop romancer la vie de celle qui « restera toujours un charmant mystère » comme il l’écrit.

Un cahier central de 16 pages de photographies inédites, provenant d’archives privées, complète l’ensemble ainsi qu’une préface du réalisateur Jean Charles Tacchella.

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On se demande pourquoi un tel livre n’a pas pu être publié chez un grand éditeur, par exemple Actes Sud tant le sérieux de ses recherches et de son écriture aurait dû en convaincre plus d’un. Dommage.

Du coup, pour le trouver, il faut passer soit par cette page officiel de l’éditeur, Les Passagers du rêve, avec un bon de commande à renvoyer.

Soit par la page Facebook Mireille Balin, le documentaire fiction. En effet, l’auteur prépare, comme le nom l’indique un « documentaire fiction » sur la vie de Mireille Balin.

Un livre rare et indispensable pour tout amateur de Mireille Balin et au delà pour tout amateur de l’âge d’or du cinéma français.

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Nous vous proposons donc divers articles paru dans Excelsior, Le Monde Illustré (1934), puis divers articles paru dans Ce Soir en 1938 autour de son retour d’Hollywood et de sa liaison avec Tino Rossi mais aussi en 1944. Nous avons rajouté d’autres articles paru dans Le Journal (1939), Candide (1943) et pour finir une série de photographies avec Tino Rossi parues dans le journal de propagande Radio-Paris, Les Ondes en 1941.

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Bonne lecture !

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paru dans Vogue de janvier 1933

Pour débuter ce long post, nous avons retrouvé cette photographie parue dans le magazine Vogue, en janvier 1933, à l’époque où Mireille Balin était encore mannequin.

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Seront-elles demain grandes vedettes ?

paru dans Excelsior  du 29 juin 1934

paru dans Excelsior  du 29 juin 1934

Mireille Balin

Alors que tant de vedettes ont fait de pénibles débuts au cinéma dans la figuration, Mireille Balin a pris son vol dans un rôle épisodique, mais important, dans Don Quichotte. Elle fut charmante dans le film de Pabst, mais toutefois semblait gênée d’avoir à « jouer » une ingénue aussi innocente.

paru dans Excelsior  du 29 juin 1934

Les rôles de jeunes filles plus indépendantes, délurées même, feraient bien mieux son affaire.

Dans le Sexe faible, Vive la compagnie ! , On a trouvé une femme nue, Mireille Balin laisse espérer une magnifique carrière si on lui distribue le rôle correspondant à sa nature expressément moderne.

Gaby Morlay est la vedette française pour laquelle Mireille Balin avoue sa plus grande admiration.

J. H.

paru dans Excelsior  du 29 juin 1934

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MIREILLE BALIN, JEUNE VEDETTE

paru dans Le Monde Illustré du 29 décembre 1934

paru dans Le Monde Illustré du 29 décembre 1934

Si le nom de Mireille Balin, hier encore inconnu, retient aujourd’hui l’attention de tous, ce n’est pas par l’effet d’une révélation subite, mais bien la conséquence d’années d’études et de travail.

Aussi gardons-nous le souvenir précis de cette rapide ascension. Ce fut d’abord le premier film où elle créait le rôle de la nièce de Don Quichotte, de Pabst. Puis, successivement, le premier rôle féminin de On a trouvé une femme nue, Vive la Compagnie, Le sexe faible, et tout dernièrement Si j’étais le patron.

Quel était le secret de cette foudroyante réussite !
C’est ce que nous sommes allés demander à l’intéressée.

Aussi, me présentai-je dernièrement à la porte du délicieux appartement proche du Bois de Boulogne, qu’habite Mireille Balin.

Introduit dans un petit salon par une femme de chambre, je n’eus guère que le temps de jeter un rapide coup d’œil sur l’ensemble harmonieux du décor, dont les mille détails dénotaient qu’une main féminine et artistique avait ordonné cette luxueuse installation.
Un curieux petit mistigri noirot avait déjà, en de nombreuses manifestations, signalé sa présence et son désir de jouer avec moi !
Une voix claire et bien timbrée m’interpelle.

paru dans Le Monde Illustré du 29 décembre 1934

Je me trouvais pour la première fois en présence de Mireille Balin. Je fus surpris de la trouver aussi ressemblante à l’image que nous donne l’écran. Jeune, très jeune, elle m’apparaissait dans une délicieuse robe sombre ; les cheveux gentiment rejetés en arrière, découvraient un visage d’une très grande pureté de traits. Ses yeux ont une expression indéfinissable, rieurs, rêveurs, ils semblent se perdre dans l’infini.

— Mademoiselle. Je voudrais vous dire toute la joie que j’ai à me trouver en votre présence.
Vraiment. Une cigarette ?

— Merci. et je suis persuadé que les lecteurs du Monde Illustré seront heureux de connaître quelques détails sur votre vie et vos projets. Votre dernier film Si j’étais le patron nous fait espérer vous revoir.
Nous ! Qu’entendez-vous par Nous ?

— J’entends, Mademoiselle, la presse, les critiques qui ont eu le plaisir de signaler le charme de votre composition de la petite secrétaire ; et aussi le public auquel je me mêle quotidiennement, et je ne vous apprendrai rien en vous disant que vous êtes aimée de ces grands et innombrables amis. Pour eux, vous incarnez la jeune fille française, moderne mais nullement excentrique, rêveuse et sentimentale.
Ce que vous me dites là, Monsieur, me fait plaisir. Oui, j’aime infiniment jouer la comédie et je crois que dans ce cadre on peut faire beaucoup de belles choses.

— Quels sont actuellement vos projets ?
Pour le moment, j’examine plusieurs propositions. Tournerai-je en France, à l’étranger ? Je ne puis vous fixer. Je vais passer quelques jours sur la Côte d’Azur. Peut-être irai-je en Italie, qui est ma seconde patrie. Ma mère est Florentine.

— N’avez-vous jamais eu l’occasion de tourner en Italie ?
Non, et je le regrette bien vivement, car je parle l’italien comme le français. Une nouvelle collaboration franco-italienne devrait être envisagée. Il y aurait tant de beaux films à réaliser.

paru dans Le Monde Illustré du 29 décembre 1934

Mireille Balin parlerait plus volontiers de l’avenir que du présent et, plusieurs fois au cours de la conversation, je dus la rappeler au souvenir de ses travaux personnels, car elle m’entretenait plus — et avec quels éloges — de ses camarades que d’elle-même.

C’est ainsi que j’appris que Noël-Noël et Fernand Gravey ont tous deux son amitié. Elle désirerait que de nouvelles réalisations les réunissent; elle aime beaucoup Max Dearly.

Depuis longtemps, une question me venait aux lèvres. Devant moi se trouvait un piano magnifique.

— Vous êtes musicienne, Mademoiselle ?

Le vrai caractère de Mireille Balin se révéla dans la réponse qu’elle me fit :
Oui, c’est là ma grande récompense. Après le travail du studio et lorsque je puis me dégager de toute obligation mondaine, je me donne de longues heures de récréation en jouant, et cette fois pour moi seule. J’aime Schumann, Mozart, Schubert, Chopin et Reynaldo Hahn.

— Quand pouvez-vous donc vous consacrer au sport ?
Mais le matin de très bonne heure, je fais une heure de cheval et je pratique régulièrement ma culture physique. Ma vie est chronométrée.

Les minutes s’écoulent rapidement, je dois prendre congé, j’étais venu pour connaitre un secret. N’était-il pas tout entier dans le sourire de Mireille Balin, confiante dans l’avenir ?

R. Verhylle

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« Je n’aurais pas cru qu’Hollywood fût si loin !» s’écrie MIREILLE BALIN, prise de nostalgie.

paru dans Ce Soir du 14 janvier 1938

paru dans Ce Soir du 14 janvier 1938

de notre envoyé spécial permanent G.-L. George

Hollywood, 13 janvier (par câble).

Mireille Balin, la charmante interprète de Pépé le Moko et de Gueule d’Amour, est arrivée, voici quelques semaines, à Hollywood. Elle s’est installée, modestement, dans une petite villa de Beverley Hills. Belle et souriante, elle nous accueille avec affabilité, mais son regard est empreint d’une certaine tristesse.

Entrez vite, et dites-moi ce qui se passe à Paris. Hollywood est tellement loin ! Il me semble que des siècles se sont écoulés depuis mon arrivée.

— Mais, c’est nous qui sommes ici pour vous questionner et vous prier de nous dire, à l’intention des lecteurs de « Ce soir », ce que vous pensez de la vie américaine.
Voilà qui est bien difficile. Les directeurs de la Metro m’ont déconseillé de parler à qui que ce soit, sans leur permission, c’est-à-dire sans que la publicité du studio m’ait exactement indiqué ce que je devais dire. Tant pis, puisque ce petit entretien est destiné à la France, je désobéis ! Je dirai ce que je voudrai, et ce sera la vérité.

« Vous finirez par croire que Paris est mon idée fixe. Peut-être ? je n’y puis rien, car je l’adore, et mon appartement, et ma famille, et mes amis.

« Mon véritable climat est à Paris, tout comme ma vie. Hollywood, en dépit de son merveilleux cadre naturel, et de son climat, me paraît froid.

— Pourtant, vous comptez déjà de bons amis ici ?
Certes. Je me suis fait beaucoup de relations depuis mon arrivée. Je sors tous les soirs. Je danse. Je fréquente les restaurants à la mode, mais je ne commencerai à tourner que dans trois mois, et le temps me semble bien long. Une chose pourtant m’a été agréable. On consent à ne pas modifier ma personne physique, comme on a coutume de le faire la plupart du temps pour les actrices étrangères.

paru dans Ce Soir du 14 janvier 1938

— Et lorsque vous aurez achevé ce premier film, avez-vous l’intention, mademoiselle, de rentrer à Paris ?
Hélas ! mon contrat — qui est très intéressant au point de vue pécuniaire — spécifie que je dois passer un an ici, que je fasse plusieurs films ou un seul. Donc, pour le moment, il m’est interdit de faire des projets. L’année finie, nous verrons.

« Si l’on considère le séjour à Hollywood au point de vue strictement matériel, il faut bien convenir que les conditions matérielles ne sont nullement négligeables. Mais l’argent n’est pas tout dans l’existence, et je n’ai aucune envie de devenir grande vedette. J’ai le sentiment très net qu’en dépit de leur vie brillante et de toute la gloire qui les environne, les grandes stars sont presque toutes malheureuses. J’ai quelque peine d’exprimer par des mots cette impression, mais on dirait qu’elles poursuivent, sans jamais l’atteindre, quelque chose qui leur manque essentiellement. Peut-être le bonheur ? Toutes s’ennuient et ne parlent que de quitter Hollywood dès l’achèvement du film en cours.

« En dépit de mon « cafard », qu’il m’est très difficile de chasser, j’espère cependant que mon année ici me sera profitable. Je ferai sans doute un bon film, je bénéficierai des meilleurs maquilleurs et j’aurai l’occasion de jouer aux côtés de très bons acteurs. »

Nous demandons à la jeune artiste si elle veut nous confier un message spécial pour Paris. La réponse vient, sans hésitation :
Je n’aurais jamais cru que c’était tellement loin, Hollywood !

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C’est à « Ce soir » que je dois d’avoir rencontré et aimé Mireille Balin avoue Tino Rossi.

paru dans Ce Soir du 1 mars 1938

paru dans Ce Soir du 1 mars 1938

Les deux vedettes, revenant des Etats-Unis, rentrent aujourd’hui à Paris.

(de notre envoyé spécial Claude Briac à bord du « Queen Mary »)

Cherbourg, 28 février. (Par téléphone). — Le grand paquebot s’est enfin immobilisé. A bord du « Queen Mary » règne cet affairement que l’on retrouve sur un transatlantique, au moment où il va toucher le quai.

Il est cependant aisé de retrouver Mireille Balin et de constater que sa cabine est voisine de celle qu’occupe Tino Rossi. Ainsi, certaines rumeurs dont « Ce soir » s’était fait l’écho, se trouvent aujourd’hui confirmées.

Et Tino Rossi, qui avait su déjouer la surveillance des journalistes à son départ de New-York, n’échappera pas cette fois-ci à l’envoyé spécial de « Ce soir ».

Tino Rossi a fait toute la traversée avec Mireille Balin. Lorsque je l’interroge sur son mariage futur avec notre jolie vedette, si ses paroles démentent ou du moins se refusent à confirmer la nouvelle, ses yeux parlent avec une éloquence qui ne trompe pas. Tino Rossi est heureux d’être avec Mireille Balin et il ne s’en cache pas.

Je le laisse un moment se débrouiller avec la douane. Mireille Balin et moi gagnons cependant le restaurant.

Tout en prenant de bon appétit son premier repas dans les eaux françaises, en attendant d’être à terre, Mireille nous confie la déception qu’elle a éprouvée à Hollywood :

Toute la ville, là-bas, est exclusivement cinéma. On respire cinéma, on parle cinéma, on ne fait que du cinéma. Tout se ramène au septième art, et même ce que l’on y mange, et même ce que l’on y lit.

« Je reviens sans avoir tourné. J’ai demandé à rentrer. J’avais un gros mal du pays ; j’étais devenue flottante autant qu’une loque. D’ailleurs, j’ai maigri de quatre kilos et je n’avais plus aucun appétit.

« Avant de quitter l’Amérique, j’ai signé un nouveau contrat avec la Metro-Goldwvn-Maver. Avant février 1939, il me faudra revenir là-bas pour y tourner un film avec Clark Gable. En attendant je me rends à Paris pour m’y retremper dans l’atmosphère qui m’est nécessaire. Je vais d’ailleurs tourner aussi quelques films. »

paru dans Ce Soir du 1 mars 1938

Henri Trives, l’impresario de Mireille Balin, qui est avec nous à bord du « Queen Mary », a fait signer à celle-ci un contrat pour trois films : le premier, La Vénus de l’Or, doit même commencer mercredi prochain. Voilà ce qui s’appelle ne pas perdre de temps !

Ensuite ce sera Le Paradis de Satan, puis L’Ancre rose. Ce dernier film, d’après un scénario de Jacques Constant, est mis en scène par Richard Pottier avec qui Mireille Balin débuta dans Si j’étais le patron.
Après l’inactivité de Hollywood, Mireille Balin désire rattraper à Paris le temps perdu.

Il faut quitter maintenant le « Queen Mary ». Sur le remorqueur qui nous mène à Cherbourg, Tino Rossi nous a rejoint. Les yeux des deux vedettes disent de reste la profonde affection qu’ils éprouvent l’un pour l’autre.

paru dans Ce Soir du 17 mars 1938

Tino Rossi a bien voulu me confier lui aussi ses projets :

Je viens de chanter durant trois mois à New-York. Je suis las. Je me reposerai quelques jours à Paris. Puis je partirai pour Londres où je vais tourner mon premier film anglais : « Oui, Madame. Je ferai ensuite un film à Paris, et de nouveau, l’Amérique m’appellera. »

Il est évident que ce ne sont pas les projets qui manquent à Tino Rossi et à Mireille Balin. Comme on comprend qu’ils n’aient pas le temps de penser à d’autres contrats !

Mais profitant d’un moment où je suis seul. Tino Rossi me confie :

« Savez-vous que la première fois où vous avez parlé d’une liaison entre Mireille et moi, il n’y avait encore rien entre nous. C’est peut-être, à « Ce soir » que je dois d’avoir rencontré et aimé Mireille Balin. »

Nous sommes à quai. Mireille Balin et Tino Rossi me quittent pour regagner Paris par la route. Leurs nombreux admirateurs ne pourront donc leur réserver l’accueil qu’ils leur préparaient à la gare Saint-Lazare. Mais « Ce soir » se fait leur interprète auprès des deux vedettes aimées.

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DEUX VEDETTES… un beau roman d’amour… dont le scénario est une tranche de vie réelle…

paru dans Ce Soir du 2 mars 1938

paru dans Ce Soir du 2 mars 1938

Mireille Balin et Tino Rossi sont revenus hier des Etats-Unis. Un de nos collaborateurs était allé les accueillir a Cherbourg.

Son article pouvait-il mieux s’illustrer que par ces deux photographies, prises a bord du Queen Mary ?

Mireille Balin, dans son message que nous publions aujourd’hui en première page, nous confirme d’ailleurs « la nouvelle » que nous avons été les premiers à annoncer.

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« Tino et moi » par Mireille Balin

paru dans Ce Soir du 3 mars 1938

paru dans Ce Soir du 3 mars 1938

Tino Rossi est l’être le plus simple que je connaisse. Au premier abord, il peut même paraître sauvage. Il n’aime pas faire des grâces.

On peut dire de lui beaucoup de mal et on ne s’en est pas privé. Jamais il n’a répondu. Il a horreur de l’esclandre. Il ne pense qu’à son travail.
On peut croire cette attitude recherchée. Mais je le connais bien et c’est là « tout lui ».

Son succès, il ne le doit qu’à lui-même. Il a suivi sans jamais s’en écarter la ligne qu’il s’était tracée.

Il a obtenu aux Etats-Unis un triomphe dont il ne parlera pas. On lui a offert au moment de son départ un contrat comme jamais vedette européenne ne s’en est vu offrir. Il a décliné l’offre pour revenir parce qu’il avait des engagements à remplir en France et en Angleterre.

paru dans Ce Soir du 3 mars 1938

Quand il fait quelque chose de bien, jamais il ne le fait valoir. Il a une très grande volonté, considère son succès sans prétention et sans illusion. Il est aujourd’hui tel qu’il était à ses débuts, toujours aussi simple. Voilà Tino Rossi tel que je l’ai connu, tant au studio qu’à la ville et dans ma vie.

N’y a-t-il pas, rien que dans cet aspect, tout de modestie et de simplicité d’un homme que le succès a récompensé, d’amples raisons de l’aimer ?

Pour terminer, chers lecteurs de Ce soir, laissez-moi vous révéler un secret bien gardé jusqu’à ce jour.

Tino Rossi est divorcé, donc parfaitement libre, et ce n’est donc pas là la raison.

Non, mais, aujourd’hui, seuls les rois et les bergères se marient.

(Recueilli par Claude Briac.)

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 » CAS DE CONSCIENCE  »
« Mon mari est un criminel mais je lui pardonne !  » :
nous dit Mireille BALIN

paru dans Le Petit Journal du 16 avril 1938

paru dans Le Petit Journal du 16 avril 1938

Dans ce grand hôtel de l’avenue George-V, Mireille Balin habite, sous les combles, dans la paix d’un fond de couloir au huitième étage, un délicieux perchoir, d’où l’on ne voit de Paris qu’un coin de ciel bleu, et du monde que la fenêtre ouverte sur laquelle se détache l’éternelle silhouette de la plus authentique… et antique ambassadrice de l’Art français.

Je ne connaissais Mireille Balin que par ses portraits et par l’interprétation qu’elle fît de deux femmes fatales, l’une dans Pépé le Moko, l’autre dans Gueule d’Amour. Sur la foi de ces images, j’imaginais une très belle créature, mais insensible, hautaine et glacée.

Et me voici en présence de la femme la plus simple, la plus enjouée, la plus gamine — mais oui — qui soit. Qu’elle raconte des histoires de sa vie, assise à la garçonne sur son divan, qu’elle s’amuse comme une gosse curieuse de ce qui se passe chez le voisin ou qu’elle réponde avec malice au téléphone à l’un des cent importuns qui l’appellent du matin au soir, elle fait preuve de la moins apprêtée et de la plus charmante jovialité.

Avant de parler de son passé, je l’interroge sur ses projets.
Eh bien, dans quelques jours, je serai dans une situation bien embarrassante. Figurez-vous que mon mari, qui est un grand savant, se rendra coupable d’un crime. Et je finirai par l’apprendre car, n’est-ce pas, une femme finit toujours par apprendre ce que lui cache son mari. Remarquez qu’il s’agit d’un crime dont le mobile est des plus nobles, puisqu’en agissant de la sorte, mon mari aboutira à une découverte qui sauvera des millions de vies humaines. Je ne vous en dit pas davantage. C’est là le sujet de Cas de conscience, le film que je commence de tourner et je ne sais pas si j’ai le droit de trahir ces importants secrets.

paru dans Le Petit Journal du 16 avril 1938

— Qui est votre mari ?
Roger Karl, et Jules Berry est mon amoureux, un amoureux auquel je résisterai victorieusement, car je suis une femme honnête.

— Et qui vous met dans cette délicate position ?
Walter Kapps, metteur en scène, à l’instigation de Léopold Gomez, auteur.

Et Mireille Balin rit franchement et s’étire de bon cœur.
Ah ! que je suis contente de me retrouver en France. Ici, je vis. A Hollywood, Ils voulaient faire de moi une sorte de mannequin. Mireille Balin, avec ses défauts et ses qualités, n’existait plus pour eux. Je n’étais guère qu’une pâte à maquiller, la première fois que je fus livrée, au maquilleur en chef de la société qui m’avait engagée, il passa quatre heures à réduire mon front de moitié, à descendre mes sourcils et mes yeux, à agrandir ma bouche et à m’affubler d’une perruque. D’ailleurs, il fut le seul à être satisfait de son œuvre. Là-bas, je fondais. Ici, je m’épanouis.

Je prends congé de la charmante vedette qui vient de trouver, je crois, un des meilleurs rôles de sa jeune et brillante carrière. A peine ai-je fait quatre pas que j’entends chanter Tino Rossi. C’est Mireille Balin qui fait marche son phonographe.

Roland Migliévy

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VEDETTES EN VACANCES : MIREILLE BALIN « L’allumeuse sentimentale »

paru dans Le Journal du 18 août 1939

paru dans Le Journal du 18 août 1939

Cannes, août.

Je préférerais de beaucoup ce rouge-là, tenez, regardez ses reflets au soleil, mais il faut, pour que je me décide, que vous m’en apportiez tout à l’heure une plus grande surface, c’est d’accord, je vous attends.

La porte s’ouvre sur cette phrase au moment où, de mon côté, j’allais poser la main sur la poignée, et pénétrer dans le salon de Mireille Balin après avoir, sans rencontrer personne, franchi la grille de la villa, traversé l’adorable jardin dominant Cannes et pénétré dans un vaste vestibule.

Je me trouve nez à nez avec la vedette et son décorateur car, elle va me l’expliquer dans un instant, Mireille Balin installe la villa qu’elle a achetée ici il y a quelques mois. Tout de suite, elle se remet de sa surprise :

Par où êtes-vous passée, me demande-t-elle en riant ?
— Mais, par la porte, et j’ai carillonné auparavant.

C’est vrai, dit-elle, le jardinier est dans le jardin, la cuisinière au marché, et le valet de chambre chez l’entrepreneur ; mais que désirez-vous ?

Je lui dis en termes un peu réticents, car je sais combien elle a horreur de la publicité et que l’interviewer n’a jamais eu grand succès auprès d’elle. Et puis elle installe sa maison, et, il faut être passé par là pour savoir combien c’est long, agaçant souvent, et qu’il y a plus de littérature que de vérité dans la formule : « Oh, moi, j’adore mettre les intérieurs au point ».

Mais j’ai de la chance, Mireille Balin qui joue les femmes fatales, les brûleuses de cœur, les affoleuses d’hommes est, dans la vie, la créature la plus exquise, la plus simple, la plus naturelle du monde.

Ecoutez, me dit-elle, la maison est sens dessus dessous, si ça vous amuse de la regarder on va en faire le tour au galop, mais il n’y a encore à peu près rien dedans. Puis, nous irons bavarder dehors au soleil, et si vous avez pris déjà votre petit déjeuner, vous avalerez bien un jus d’orange pendant que je boirai mon thé.

Et pendant qu’elle m’entraîne au premier étage de sa maison vide, elle continue :

Ne croyez pas que je sois paresseuse, que je viens seulement de me lever. En vacances, je suis très matinale. Mais je fais plus d’une heure de culture physique et le décorateur est un homme terrible, il me mange je ne sais combien de temps matin et soir. Tenez ici, c’est ma chambre à coucher. Quelle vue j’aurai, n’est-ce pas, toute la baie de Cannes, les îles, et regardez, à gauche, ces collines bleues et rosés ; là, ce sera une chambre d’amis, ici une autre.

Cette pièce, je ne sais pas encore si j’en fais une bibliothèque, une lingerie ou une salle de culture physique. C’est un peu une hérésie, hein, dans ce pays, la culture physique à l’intérieur ? Décidément, je crois que ce sera une lingerie, j’installerai la bibliothèque en bas, à côté de la salle à manger ; je vais vous montrer.

paru dans Le Journal du 18 août 1939

Elle redescend l’escalier avec une rapidité folle, grande et mince dans sa robe de chambre bleu pâle sur quoi les cheveux cuivrés jettent une note ardente, ouvre une porte puis un autre :

La voilà, la salle à manger ! Qu’est-ce que vous en dites ? Ce sera joli, on se croirait en pleine mer.

Par un curieux effet de perspective et d’altitude, la grande baie vitrée qui sert de fond à la salle paraît absolument avancer, telle la proue d’un navire dans la Méditerranée.

Ici, continue Mireille Balin, le bureau-boudoir, mon petit salon en somme. C’est déjà l’endroit que je préfère et où je me tiens le plus souvent.

— Quelles merveilles, dis-je !

paru dans Ce Soir du 11 janvier 1939

Je ne peux détacher mes yeux de ce qui donne à cette pièce un caractère habité, une note chaude et si personnelle, non, pas cette chaise longue d’un dessin précieux, ni ce divan profond, ni ces tables légères, ni ce poste de T. S. F. mais, dans d’admirables vases de Venise, des centaines de fleurs extraordinaires d’épanouissement, de couleurs, de richesses et d’harmonies.

Les fleurs, c’est ma passion, me confie l’artiste en fermant voluptueusement les yeux, tandis qu’elle plonge le visage dans un véritable buisson de roses sanglantes ; je me ruine en fleurs ici, à Paris, partout ; je ne peux pas vivre sans elles. Quand je n’avais pas le sou, je me passais même de manger pour en acheter, et, petite fille, à Monte-Carlo, où je suis née, je crois bien que si l’on ne m’avait pas surveillée, j’aurais pillé tous les jardins publics.

Maintenant je me rattrape, vous voyez, les roses, les œillets, les dahlias, les glaïeuls, les hortensias, je pourrais tenir boutique. Et quand des fleurs auxquelles je me suis habituée un jour ou deux, se fanent et meurent, je suis malheureuse. Ça me donne une si affreuse sensation de l’éphémère, à tel point qu’un ami psychiatre et psychologue m’a conseillé, pour rétablir l’équilibre, de m’attacher à quelque chose de durable et solide. Et je lui ai obéi.

— ? ?
Ah ! ça vous intrigue, mais vous ne devinerez jamais. Je vous le dis : les éléphants.

Elle rit à pleines dents, d’un joli rire perlé.

Mais non, bien sûr, pas les éléphants comme au Zoo. Des éléphants de bois massif, de pierre, d’ivoire, de nacre, de bronze, de jade. des tout petits éléphants ! Vous viendrez voir ma collection à Paris. J’en ai deux cents peut-être. Des persans, des hindous, des africains, des javanais. Oh ! dans le lot, on m’en a peut-être refilé qui ont été fabriqués rue de Clichy. sait-on jamais. Sortons, voulez-vous ?

Nous faisons quelques pas. Sous une tonnelle de roses, il y a du thé froid, quelques biscottes, un broc d’orangeade. Mireille Balin s’asseoit. J’ai le loisir de la contempler en pleine lumière. Mon Dieu qu’elle est belle : une peau mate au grain serré et soyeux, de magnifiques yeux marron clair où scintille de l’or irisé, une bouche brûlante de vie, un long cou flexible, et surtout un charme étrange fait d’un rêve toujours inachevé et qui, toujours se poursuit, au delà du rire, de la conversation, de l’instant.

paru dans Ce Soir du 22 janvier 1939

— Ce qu’il y a d’étonnant dans votre carrière, c’est que vous êtes sortie tout d’un coup. On ne vous connaissait pas, et du jour au lendemain, vous êtes devenue vedette.
— Ne croyez pas cela, répond-elle doucement, jusqu’à dix-neuf ans. j’ai beaucoup travaillé. Toute petite, je n’avais aucune santé. J’ai vécu à Monte-Carlo, en Haute-Savoie aussi, puis je suis venue tenter ma chance à Paris et à Nice.

C’est là que le destin a commencé à me sourire en me faisant rencontrer Jean de Limur qui m’a confié un petit rôle dans « Don Quichotte », après, oui, ç’a été assez vite.

Le mot s’arrête dans sa bouche.
Le ronflement d’une voiture a brusquement cessé, on entend un klaxon jeter une note aiguë, puis une voix caressante, une voix unique qui murmure en mineur :

0 Magali, ma bien-aimée,
Fuyons tous deux sous la ramée.

J’ai pensé que le décorateur allait bientôt revenir aussi et qu’il ne fallait pas importuner Mireille Balin.

Marguerite Bouvier

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MIREILLE BALIN

paru dans Candide du 20 décembre 1943

paru dans Candide du 20 décembre 1943

Beauté parée et savamment organisée. Yeux en amandes que le fard étire comme des élastiques vers les tempes.

Ex-mannequin, ancien modèle de photographes d’art, rayonnante, étincelante, papillotante dans ses brillants, ses émeraudes et ses rubis, cette reine de l’attitude qui passe roide, c’est la Mireille Balin d’avant-guerre.

Mireille Balin juge la Mireille Balin du passé, et elle écrit : « Je ressemblais à une vitrine de bijoutier. C’était atroce ! ». Et encore : « J’avais la tête vide et le cœur gros ».

Deux visages. Deux pensées. La Mireille Balin, scintillante de pierreries, d’or et de platine, paraissait toujours lointaine, absente. Elle se renfermait dans ce qu’elle appelle son « jardin secret ». De là cette réputation de distraction. Distraction qui parfois mettait sur ses lèvres des questions ou des réponses cocasses. Elle avait alors l’esprit d’en rire.

Cela me rappelle cette anecdote :

L’on parlait devant elle d’une ancienne attraction de Luna-Park, destinée à stupéfier badauds, pioupious et boniches de 1900 : l’exposition d’une baleine de 24 mètres, pesant 120 tonnes. Un gros morceau. Wagons plats, camions, remorques, grues, palans furent nécessaires pour le transport de cette pièce gigantesque.

Après bien des incidents extravagants, la baleine parvint à Luna-park et fut posée, à portée de la main des badauds, sur d’immenses tréteaux. Les visiteurs purent toucher, palper, tripoter le cétacé. Cela prouvait son authenticité. Hélas ! l’authenticité allait devenir trop flagrante.

C’était l’été. Et, rapidement, au bout de quelques jours, la baleine commença à se décomposer. Une odeur fétide, suffocante, envahit tout le quartier, l’atmosphère devint irrespirable. Luna-Park dut consentir au sacrifice de l’attraction plus sensationnelle qu’on ne l’avait supposé. La viande pourrie fut fendue, taillée, découpée, déchiquetée, et jetée je ne sais où.

Ici se terminait l’anecdote.

paru dans Candide du 20 décembre 1943

Mireille Balin, le regard distrait, paraissait avoir écouté. Tout à coup, l’air absent, elle demanda :

Mais alors… la baleine était morte ?
Mireille Balin venait de sortir de son « jardin secret ».

A ce jardin secret la vedette doit pourtant cette rénovation dont elle se vante. Elle lui doit d’avoir un jour oublié son luxe pour devenir une femme simple.

Cela date de l’idylle fameuse de la vedette et du ténor corse. Tino eut beaucoup d’influence sur Mireille, Tino n’est pas un snob, mais un bon garçon sans façon qui reçoit ses amis à la bonne franquette. Il aida Mireille Balin à se dégager de ce monde et ce milieu factice qu’elle a reniés.

A présent, l’idylle est finie. Mireille Balin cultivera-t-elle encore son « jardin » ?

Texte et dessin de Toe

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A l’occasion d’un reportage à Radio-Paris (la tristement célèbre radio française de propagande nazie) paru dans le magazine hebdomadaire Les Ondes, nous trouvons ces quelques photographies de Mireille Balin avec Tino Rossi, accompagné, entre autres, de Roland Tessier, le chef du service de presse de Radio-Paris.

paru dans Les Ondes du 15 juin 1941

La légende de cette photographie est la suivante :

Tino Rossi regarde le photographe tandis qu’Anne Moyen, Gabriel du Chastain et Roland Tessier plaisantent avec Mireille Balin.

Signalons qu’ Anne Mayen animait plusieurs émissions sur Radio-Paris, Gabriel du Chastain était chargé de la revue de presse sous le nom de Radio-journal de Paris et Roland Tessier était donc le chef du service de presse de Radio-Paris.

paru dans Les Ondes du 15 juin 1941

La légende de cette photographie est la suivante :

Tino Rossi dédicace des photographias sous les yeux d’Anne Mayen et de Roland Tessier, tandis que Raymond Legrand brandit le dernier numéro des Ondes, lequel le représente en couverture.

Signalons que Raymond Legrand était le chef de l’orchestre de Radio-Paris.

paru dans Les Ondes du 15 juin 1941

 

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Pour finir, voici deux encarts que nous avons trouvé dans le quotidien (communiste) Ce Soir au moment de l’arrestation de Mireille Balin, un bon exemple du changement de traitement entre 1939 et 1944.

 

paru dans Ce Soir du 28 août 1944

Finalement, quatre mois plus tard, Mireille Balin est libérée mais sa carrière est finie.

paru dans Ce Soir du 29 décembre 1944

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Pour en savoir plus :

La page Facebook de la rencontre avec Loic Gautelier à la Librairie du Cinéma du Pantheon à Paris, 15 rue Victor Cousin, 75005 Paris, Jeudi 28 novembre 2019 à 18:30.

« Le destin tragique de la « Gaby » de Gabin » par Pierre Collier sur le site du Festival Lumière 2015.

L’entretien passionnant de Pierre Philippe : MIREILLE BALIN, ou vous avez aimé cette femme… paru dans Cinéma 61 (septembre 1961) et retranscrit sur le blog Mon Cinéma à Moi.

Le site sur Mireille Balin.

L’article de Françoise Giroud, Une Femme Fatale, paru dans L’Express du 18 novembre 1968.

La biographie de Mireille Balin sur le site de l’Encinémathèque.

La chronique Mireille Balin, l’une des plus belles actrices des années 1930-1940 sur France Inter par Dominique Besnehard (25 février 2018).

Un beau diaporama avec de nombreux documents sur Mireille Balin.

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La bande-annonce de Pépé le Moko de Julien Duvivier.

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La bande-annonce de Gueule d’amour (version restaurée) de Jean Gremillon.

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Extrait de Macao l’enfer du jeu de Jean Delannoy avec Erich von Stroheim.

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