Odette Joyeux dans Pour Vous (1936-1939)


Comment ? La Belle Equipe n’avait pas encore rendu hommage à Odette Joyeux, l’une des actrices les plus charmantes, quoique rebelle, du cinéma français des années quarante ?

Il était temps de rattraper cette erreur !

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L’idée nous est venue en tombant par hasard sur un tweet de Delphine Chedaleux qui ne comprenait pas que ses abonnés ne connaissait pas Odette Joyeux.

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Les articles que nous vous proposons aujourd’hui, concerne la première partie de sa carrière, avant qu’elle ne devienne une grande vedette dans les années quarante.

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Née en 1914, Odette Joyeux, fût une ancienne petit rat de l’Opéra de Paris avant de débuter au théâtre dès 1933 grâce à Louis Jouvet. On la voit au cinéma dans des petits rôles au cinéma, jouant sous la direction de Jean Choux, Jacques Tarride, mais c’est Marc Allégret, grand découvreur de talent, qui va la révéler dans Entrée des artistes où elle joue avec Claude Dauphin, Janine Darcey et surtout Louis Jouvet.

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Puis, sa carrière va prendre un vrai tournant sous l’occupation où elle triomphe dans Douce de Claude Autant-Lara en 1943. L’année d’avant elle avait déjà été parfaite dans son précédent film Le Mariage de Chiffon. Et toujours de Claude Autant-Lara, ne la ratez pas dans Sylvie et le Fantôme (1946).

Son dernier grand rôle fut dans La Ronde de Max Ophüls en 1950.

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Entre temps, elle publia plusieurs livres dont Côté jardin, Mémoires d’un rat qui fût adapté pour la télévision en 1966 dans la série à succès, L’Âge heureux réalisé par son second mari Philippe Agostini, le célèbre directeur de la photographie. C’est Philippe Agostini qui, justement, travailla également avec Autant-Lara sur Douce .

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Et bien sûr, Odette Joyeux fût également la femme de Pierre Brasseur et la mère de Claude Brasseur, et donc grand-mère de Alexandre Brasseur.

A propos de Pierre Brasseur, vous pourrez lire sur cette page leur entretien commun paru dans Pour Vous en 1937 (à lire ici).

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Bonne lecture.

paru dans Pour Vous du 1 mai 1940

Avant d’être comédienne, Odette Joyeuse a été danseuse

paru dans Pour Vous du 1 mai 1940

paru dans Pour Vous du 1 mai 1940

Vous connaissez tous Odette Joyeux : c’est, parmi nos jeunes comédiennes, l’une des plus gracieuses, des plus sensibles, des plus intelligentes. Vous l’avez vue, à l’écran, dans plusieurs films, mais notamment dans Entrée des artistes où elle personnifiait la petite fille gâtée par la vie et que la vie accule au désespoir, au suicide. Au théâtre, vous pouvez la voir — et l’admirer — en ce moment, dans cette Ecole de la médisance, pièce du XVIII° siècle, dont personne ne se fût douté qu’elle pourrait être reprise, avec un grand succès, en pleine guerre.

paru dans Pour Vous du 1 mai 1940

Mais saviez-vous qu’Odette Joyeux avait débuté comme danseuse ? Et que les ravissants accoutrements immortalisés par Degas avaient été son premier costume de travail ? Degas… on ne peut s’empêcher de songer que le grand peintre aurait aimé avoir Odette Joyeux pour modèle : la grâce de cette jeune comédienne, ses attitudes ravissantes et enfantines, ce qu’elle a d’un peu précieux et de spontané à la fois eussent enchanté l’artiste au crayon si précisément poétique.

Son renom de jeune vedette de théâtre et de cinéma ne lui fait pas oublier et délaisser la danse de ses débuts. Souvent et volontiers, Odette Joyeux revêt son tutu, met ses chaussons et retrouve aisément la joie agile des entrechats et des grands écarts. Joyeux est son nom, et joyeux est son élan quand, s’illuminant d’un sourire tout embué de tendresse, elle s’offre gentiment à l’oeil noir et toujours avide de l’appareil photographique.

A voir ces images d’Odette Joyeux, suçant son pouce pendant qu’elle lit ou consultant rêveusement un jeu de cartes étalé sur sa table, on croit reconnaître la jeune fille sage comme une image, qui n’a jamais oublié la douceur de ses songes et qui vit frileusement enveloppée dans sa tendre jeunesse. Et, sage, Odette Joyeux l’est ; et timide, et douce, et volontiers silencieuse.

Mais elle n’est pas que cela. Car Odette Joyeux est aussi la mère d’un enfant qui lui ressemble et qui ressemble à Pierre Brasseur, le mari de la jeune comédienne. Et le théâtre, le cinéma, la danse ne font pas oublier à Odette Joyeux que le bonheur secret et le plus authentique est ailleurs — dans la pureté d’un sourire mi-figue mi-raisin d’un enfant…

Nino Frank

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Visages nouveaux, vedettes de demain

paru dans Pour Vous du 22 Octobre 1936

Cette double page se propose de montrer aux lecteurs de Pour Vous les futures vedettes du cinéma. Ainsi on retrouve Odette Joyeux aux côtés de Ginette Leclerc, Gilbert Gil, , Robert Lynen, Mila Parély, Junie Astor, Sylvia Bataille, Bernard Lancret mais aussi des noms restés inconnus mais citons les quand même : Else Argal, Myno Burney, Raymond Segard, André Bervil, Ghyslaine Bru, Jacqueline Daix, André Fouché, Jane Lamy.  NDLR

paru dans Pour Vous du 22 Octobre 1936

Odette JOYEUX

Elle doit être la plus jeune maman du cinéma français : cela n’a rien d’une référence artistique, c’est pourtant un rôle très heureux, très réussi, très bien tenu. Il nous souvient de l’avoir vue, longue fillette en sarraut, danser et chanter aux Champs-Elysées, Louis Jouvet régnante, dans l’Intermezzo de Jean Giraudoux : elle venait de quitter l’Opéra, transfuge de l’école de danse, après avoir été l’étoile d’un ballet enfantin, L’Eventail de Jeanne.

A la même comédie des Champs-Elysées que Jouvet avait quittée pour l’Athénée, on la vit dans Un Roi, deux dames et un valet, de François Porcher, puis elle s’en fut chez Rocher où elle joua Grisou et connut le coup de… foudre : elle partit de là, ayant épousé l’auteur de la pièce et s’en fut avec lui à Prague où elle débuta au studio dans le rôle de la soubrette de Valse éternelle.

paru dans Pour Vous du 22 Octobre 1936

Mais les soubrettes ne sont pas du tout l’emploi de Mme Pierre Brasseur, lisez « Odette Joyeux » ; elle est incontestablement jeune première dramatique, et c’est ainsi qu’elle se retrouve dans Dame Nature, à l’Œuvre, petite fille qui attend un bébé… au moment même où elle attend véritablement le sien… Inévitable interruption de carrière… Et puis reprise dans Hélène.

En ce moment, elle répète aux Ambassadeurs une pièce de Croisset, et, si elle a plusieurs projets de cinéma, de ces projets » qu’on racontera quand ils seront signés », elle a surtout de bien beaux rêves !

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Vie de famille et vie de métier – Dialogue entre Odette Joyeux et Pierre Brasseur

paru dans Pour Vous du 4 Mars 1937

paru dans Pour Vous du 4 Mars 1937

Eh bien, voilà, c’est très simple : nous nous aimons. Nous sommes un vieux ménage déjà — songez que notre fils a huit mois et qu’à nous trois nous faisons le demi-siècle, nous ne savons pas si vous vous rendez compte de tout ce que cela représente ! — et nous nous aimons beaucoup plus qu’en ces jours lointains et proches où nous découvrions avec ravissement les successifs bonheurs qu’apportent les fiançailles, le mariage, la paternité…

Oh ! toi, tu sais… tu pourrais ne pas oublier la maternité…

— Tu ne veux pas que je dise maternité en pensant à moi, voyons, ni que je m’oublie tout à fait ?

Je n’en demande pas tant. Et même bien au contraire ! Disons donc « l’accroissement du foyer ».

— Si tu y tiens, mais enfin ça n’est pas joli, joli !

Pas joli, Niniche ? D’abord, il te ressemble quand tu étais petit.

— C’est ça, prends-moi par la flatterie, maintenant. C’est ta formule que je n’avais pas trouvée jolie, jolie. Quant à Niniche, il vaut peut-être mieux l’appeler par son nom pour en parler dans les journaux, cela fait plus sérieux.

Tu crois ? A son âge ? Tu as été sérieux bien plus tard.

— Il n’est jamais trop tard pour bien faire, tu sais. Peut-être qu’il est quelquefois trop tôt ? Ce n’est pas mauvais au fond d’avoir vécu et de recommencer une nouvelle vie, sans être vieux. C’est toi et lui qui m’avez changé. Au moins les choses ont un sens maintenant. Mais comment aurais-je pu « être sérieux » quand je n’avais pour y rentrer qu’une chambre d’hôtel ? Je me barbais. Je traînais les bars toute la sainte journée quand je n’étais pas au théâtre ou au studio ; je fuyais ma solitude, je la noyais dans les cocktails et dans le bruit…

Comme d’autres noient leurs chagrins…

— Voilà ! Je t’attendais… Et, en t’attendant, je bâtissais l’un après l’autre des projets chimériques qui m’amenaient tant bien que mal au bout de la journée et que je ne réalisais jamais…

Heureusement, tu n’as pas renoncé aux projets.

— Oh là là ! Seulement je tâche aujourd’hui d’en faire des réalités avec ton aide…

— Et c’est toi qui parlais de flatterie, misérable ! Avec tout cela, tu as détourné la conversation. Tu n’as pas dit que Niniche est beau.

— Claude — je t’assure, pour un papier, Claude fait mieux… Claude-est-le-plus-beau-bébé-de-France. Revenons à notre petite histoire. Tu crois qu’il y a moyen d’expliquer pourquoi on s’aime, pourquoi on est heureux ?

C’est très simple : tu le disais toi-même en commençant. On s’aime parce qu’on ne se contrarie jamais, parce qu’on ne se dispute pas, parce que, tous les deux, on adore rire et travailler. Les gens ne le savent pas toujours, mais l’amour a besoin de gaieté…

— Pas de mon ancienne triste gaieté des bars, du bruit, de l’extériorisation… mais de cette bonne humeur joyeuse qui est la tienne, Odette Joyeux joyeuse… de ce rire frais et facile… Et aussi le bonheur s’accommode à merveille de l’amour du boulot… Hein, crois-tu qu’on est contents quand on répète, quand on tourne, quand on joue — et quand ça marche ?

On est si contents qu’on ne sait même pas qu’on est fatigués. Tu te rappelles quand tu répétais Perdican d’On ne badine pas avec l’amour ?

— Je tournais en même temps un vaudeville. Vous n’avez rien à déclarer. Excellent comme exercice d’assouplissement, ce travail si opposé du jour et du soir.

Ça me fait plaisir que tu aies joué Perdican… On ne pourra vraiment plus — on n’aurait jamais dû, mais on le faisait tout de même, maintenant je crois qu’on ne pourra plus — te cantonner exclusivement dans les rôles de comique facile…

— Il a fallu que tu viennes, vois-tu, pour que j’arrive à jouer autre chose… Cependant, le vaudeville peut avoir ses bons côtés… Ainsi, pour la première fois, je crois bien, je me suis fait rire moi-même dans Une femme qui se partage, et c’est dans Vous n’avez rien à déclarer que j’ai le plus pleinement apprécié la variété de dons de Sylvia Bataille.

paru dans Pour Vous du 22 Octobre 1936

A propos de Sylvia, parle de ton grand projet.

— Merci de m’en signaler l’occasion ! Mon grand projet, c’est un film. Cela pourrait être une comédie, mais c’est un film. Le premier titre était A tous les coins de rues, mais il a déjà changé deux ou trois fois et le scénario s’est développé, transformé, modifié à mesure qu’on y pensait, qu’on creusait les situations. Je le récris pour la troisième fois ! Il y a là-dedans des sentiments très forts, mais souvent masqués par des détails comiques ; le « gag » peut merveilleusement servir à cela, à ressaisir l’émotion, à la voiler, à empêcher le pathétique de faire explosion, ce qui en prolonge les résonances sourdes et profondes… Je crois qu’il ne faut pas du tout se livrer aux paroxysmes, qu’il est bon de faire retomber le drame et que cela ne fait qu’augmenter la tension intérieure, au lieu qu’un éclat la fait se rompre…

Reviens à Sylvia, veux-tu ?

— Toi, au moins, tu profites des leçons… Je suis là, en train de m’emballer,., et toc ! tu me ramènes au sujet. D’ailleurs, je suis enchanté de toi. Je te le dis en confidence parce que personne ne nous entend, mais tu fais des progrès à chaque pièce. Je crois, Madame, que tu vas faire une carrière très bien. Dans Altitude 3.200 mètres, tu es parfaite. Vous êtes tous parfaits. Et c’est un bien grand plaisir de voir combien toute cette équipe de jeunes a répondu allègrement, intelligemment, aux indications de Raymond Rouleau. Raymond Rouleau, voilà quelqu’un ! Il est complet : c’est un excellent acteur, c’est un metteur en scène de cinéma qui a montré dans Trois… Six… Neuf… qu’on pouvait réaliser ici une comédie d’un rythme aussi vif que les comédies américaines ; il suffit de savoir, lui sait. Et avec Altitude 3.200, il a renouvelé son exploit du Mal de la jeunesse. On est assez fier de se dire que c’est un garçon de notre génération qui a réalisé ça !…

Bien pensé, bien dit. N’oublie pas Sylvia Bataille.

Sylvia ? Elle est à côté de toi dans mon film, dans notre film. Et à côté de moi, il y a Aimos. J’ai travaillé en pensant à la fois à mes personnages et à mes interprètes, afin que « ça colle » le mieux possible ; je voudrais une réussite d’ensemble pour l’œuvre et l’équipe et je voudrais une réussite personnelle pour chacun des équipiers. Je crois qu’Aimos en vrai de vrai, en dur, sera épatant et me formera, moi, dévoyé, cambrioleur trouillard… Toi, tu seras le chien battu et Sylvia Bataille pourra, je l’espère, montrer tout le talent qui est en elle. En tout cas, j’emploierai à vous mettre tous en valeur toutes les ressources de mon imagination. Avec Yves Allegret, metteur en scène, et Jean Aurenche qui fera le découpage, nous nous entendons à merveille, nous avons les mêmes points de vue, on tâchera de faire du bon boulot.

(Il semble que ce film n’ait jamais été tourné. Néanmoins, Pierre Brasseur a écrit les dialogues du premier film de Yves Allégret, Tobie est un ange (1941), dont ne subsiste que quelques bobines. ndlr)

paru dans Pour Vous du 22 Octobre 1936

Permets-moi toutefois, scénariste, de te rappeler que tu es comédien et que tu répètes à deux heures.

— Merci, j’y pensais. Oui, je répète une pièce traduite de l’anglais et qui s’appelle dans l’original L’Amour est un luxe. C’est une comédie assez dure, difficile à monter, mais pleine d’intérêt, une de ces choses qu’ils excellent à faire au pays de Noël Coward — une base triste, plutôt âpre, mais traitée avec un pittoresque et une ironie…

… qui, selon ta théorie, ne font que renforcer l’argument essentiel.

— Ce n’est pas ma théorie. C’est un fait que l’expérience a démontré. Il a bien fallu que j’analyse et que je cherche avant de me mettre au travail. C’est vrai ça, personne ne me proposait de rôle dramatique ; pour m’en faire un à moi-même, j’ai dû découvrir la façon de s’y prendre… Tu verras ça, quand tu écriras ton roman, que ce n’est pas si facile ! C’est vrai, elle ne veut pas que je le dise, mais elle écrit de son côté. On n’a pas idée du nombre de choses qu’on peut faire tenir dans deux vies qui s’écoulent ensemble ! Mais nous ne pensons qu’à ça, travailler et rire… Les perles et les fourrures, Odette s’en fiche…

paru dans Pour Vous du 22 Octobre 1936

Odette est comme Pierre, elle aime mieux un beau rôle. Et quand Claude… enfin quand Niniche… se réveille, le personnage dans lequel elle se sent le mieux à l’aise, c’est celui de petite maman. Parce que Pierre a eu l’air de blaguer tout à l’heure, il ne faut pas croire qu’il n’est pas un père en admiration devant son héritier !

— Héritier ? Comme tu y vas ! S’il hérite de notre entrain devant l’existence, ce ne sera déjà pas si mal.

(Propos recueillis par Thérèse Delrée.)

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Jeunes vedettes : espoirs…projets…rêves

paru dans Pour Vous du 7 Décembre 1938

paru dans Pour Vous du 7 Décembre 1938

ODETTE JOYEUX

Vous me demandez un petit devoir de vingt-cinq lignes. Le cinéma me ramène à l’école. Il faut que je parle des rôles que j’ai joués. Si je les aime ? Oui, non, oui, non. Je ne sais plus.

« Entrée des artistes ». J’ai aimé jouer Cecilia parce que c’était un personnage romantique, rare et ingrat.

Je voudrais surtout jouer des personnages très jeunes, pas des petites filles, oh ! non. mais jeunes. Et pour moi, la jeunesse représente un personnage incertain, qui va de biais, qui est plein d’audace, de cynisme et de tendresse.

paru dans Pour Vous du 7 Décembre 1938

J’adore le rôle que je vais jouer dans « Folies bout d’bois ». Un personnage pauvre, mais pas un pauvre personnage. Une petite bergère (ce sera aussi son nom) qui a plein de désirs, c’est-à-dire beaucoup de cœur. Bergère aime les bijoux, non pas comme parure, mais parce qu’ils brillent. Elle aime l’amour sans le connaître. Elle aime les assassins, parce qu’elle les croit courageux… Invraisemblable logiquement,  elle voudrait bien tuer ses moutons car ils l’ennuient. Elle veut bien faire un petit tour avec le garçon parce qu’ils ne reviendront pas. Et quand le théâtre brûle, enfin émerveillée par un spectacle, elle dit : « C’est beau comme ça le théâtre ».

paru dans Pour Vous du 7 Décembre 1938

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PORTRAIT ODETTE JOYEUX

texte et dessins de Jean OBERLÉ

paru dans Pour Vous du 30 août 1939

paru dans Pour Vous du 30 août 1939

Lorsque l’on voit la petite Odette Joyeux avec son visage de poupée, ses longs cils, ses grands yeux, sa petite jupe et ses petits souliers, on imagine qu’elle dort dans une grande boite en carton « Au Paradis des Enfants » et qu’elle dit « papa, maman ». En fait de maman, elle est une mère de famille et son mari n’est autre que Pierre Brasseur, jeune premier acteur-auteur.

Voilà comme les apparences sont trompeuses. Et, sous son aspect enfantin et « petite fille modèle », Odette Joyeux cache un esprit rapide, de l’ironie et une intelligence déliée, décidant et jugeant d’un ton tranquille les choses et les gens, les manifestations artistiques et autres.

paru dans Pour Vous du 30 août 1939

De douze à dix-huit ans, elle était « rat » à l’Opéra, apprenant les jetés battus et les pointes en chaussons roses et « juponnages » (tutu n’étant pas un mot technique) sous la haute direction de Mlle Zambelli. Ainsi apparut-elle dans L’Intermezzo de Jean Giraudoux, où elle faisait « la petite fille qui danse ».

Mineure encore, elle joua dans Grisou, la pièce de Pierre Brasseur, au Vieux-Colombier. En fait de coup de grisou, ce fut un coup de foudre, naturellement.

Elle se trouvait tellement mauvaise dans son premier film qu’elle ne se rappelle plus lequel c’était. Puis elle joua dans La Glu, Grisou, Altitude 3.200.

Ces trois films la conduisirent tout droit à Entrée des Artistes, où elle surclassa toute l’interprétation avec une aisance et une autorité stupéfiantes. On ne voyait qu’elle sur cet écran, et, si l’on vous dit le contraire, ne le croyez pas. Tant de talent devait la faire tourner sans arrêt. Mais elle n’est pas pressée et, pour l’instant, ne songe qu’à la pièce de son mari, qu’ils doivent tous deux jouer à la rentrée.

paru dans Pour Vous du 30 août 1939

Mais l’écran n’a pas fini de nous montrer ce petit minois sensible et exquis de grande artiste.

Signe particulier : aime particulièrement le quartier Saint-Germain-des-Prés, la fréquentation des peintres, poètes et chansonniers, adore le dernier film de Jean Renoir, La Règle du jeu et admire Bette Davis et William Powell.

Jean Oberlé

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Odette Joyeux fut en couverture de Pour Vous trois fois entre 1936 et 1940. Les voici.

paru dans Pour Vous du 15 Octobre 1936

Avec René Dary dans Hélène de Jean Benoît-Lévy et Marie Epstein (1936)

paru dans Pour Vous du 21 Septembre 1938

Dans Entrée des artistes de Marc Allégret.

paru dans Pour Vous du 27 Mars 1940

 

Source : Bibliothèque numérique de la Cinémathèque de Toulouse

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Pour en savoir plus :

 

Odette Joyeux à propos d' »Entrée des Artistes » le 19 nov. 1970 dans l’émission Au cinéma ce soir.

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Odette Joyeux revient sur ses débuts, dans le corps de ballet de l’opéra, puis dans le théâtre, et le cinéma..et enfin l’écriture.

Pour l’émission Les échos du cinéma, diffusée le 01 janv. 1961.

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Extrait du film « Douce » de Claude Autant-Lara avec Roger Pigaut.

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En 2011, Raymond Chirat présente « Douce » de Claude Autant-Lara.

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Extrait de « Sylvie et le fantôme » de Claude Autant-Lara avec Gabrielle Fontan et Jacques Tati.

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La bande annonce de « La Ronde » de Max Ophuls, version restaurée.

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