« Sauvons les films de répertoire » par Lucienne Escoube (Pour Vous 1932)   Mise à jour récente


Lucienne Escoube était une journaliste, ecrivaine, traductrice et critique de cinéma des années vingt et trente. On la retrouve beaucoup dans Cinémagazine de 1926 jusqu’en 1935, dans La Revue du Cinéma (première période) l’été 1931, Pour Vous de 1932 à 1939 et même à L’Ecran Français de 1945 à 1947.

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« Sauvons les films de répertoire » est son deuxième texte pour le revue Pour Vous et son retentissement fut immense.

L’historien Jean-Pierre Jeancolas le décrit très bien lorsqu’il écrit dans cet article pour Universalis qu’à Paris, au début des années 1930, « quand la journaliste Lucienne Escoube publie son célèbre article « Sauvons les films de répertoire », ce sont des ciné-clubs qui assurent la survie du cinéma muet, tout en connaissant de plus en plus de difficultés pour se procurer des copies. Henri Langlois (1914-1977) en est un fidèle. »

C’est en effet grâce au cri d’alarme que lance Lucienne Escoube que Henri Langlois eut l’idée d’y répondre, tout d’abord en créant le Cercle du cinéma en 1935 avec le cinéaste Georges Franju

pour projeter dans la salle F.I.F., 33, avenue des Champs-Elysées, des films de répertoire, on dirait de nos jours des films du patrimoine. Ainsi, ils projetèrent par exemple La Chute de la maison Usher de Jean Epstein, Le Cabinet du Dr. Caligari de Robert Wiene et La Volonté du mort de Paul Leni.

Et finalement, c’est le 9 septembre 1936 que furent déposés les statuts de la Cinémathèque française par Henri Langlois, Georges Franju, Jean Mitry et Paul-Auguste Harlé.

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Nous avions déjà en 2016, pour les 80 ans de la Cinémathèque, publié cet article inédit de Langlois, qui plaidait pour un Musée du Cinéma, paru dans Comoedia.

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Le critique et historien, Raymond Borde, évoque les répercussions qui ont suivi cet article de Lucienne Escoube dans son livre sur Les Cinémathèques, sorti en 1983 aux Editions L’Age d’Homme (cf à lire des extraits ici). Nous vous invitons à lire ces extraits pour voir les différents échos qu’a eu cet appel dans la presse et le milieu cinématographique français.

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Signalons que Lucienne Escoube a précisé dans le numéro du 18 mai 1932 son propos en donnant une liste de films qu’il faudrait sauver, article que nous avons également reproduit ci-dessous.

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Pour finir, nous vous proposons un  article paru en 1929 dans Pour Vous : « De la Gloire à la brocante, l’enfer des vieux films » qui parle de ce que deviennent les pellicules de films une fois leur exploitation terminée en France (revendus aux colonies puis revendus aux Forains en France).

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Bonne lecture !

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« Sauvons les films de répertoire » par Lucienne Escoube

paru dans Pour Vous du 31 mars 1932

paru dans Pour Vous du 31 mars 1932

C’est une bien douloureuse question que celle des films de répertoire. Nous devons à notre tour, souligner la gravité de l’indifférence inouïe des pouvoirs et des dirigeants !

Quoi ! nous tous pour qui le cinéma est, non pas un moyen d’existence — il se révèle trop souvent incapable d’entretenir ceux qui le servent — mais un nouveau mode d’expression, une nouvelle façon d’inscrire nos passions, nos désirs et nos rêves sur la fresque du temps, nous pour qui, enfin, il est un art, de quel front pourrons-nous nous présenter devant ses détracteurs ?

Bel art ! nous diront-ils, art dont vous n’êtes pas même capables de conserver les manifestations les plus significatives !

Montrez-nous aujourd’hui La Fête espagnole, Fièvre, El Dorado, L’Homme du large, Les Trois Lumières, Les Proscrits, les films russes d’avant-guerre, les Nazimova, les Hayakawa, l’énorme fresque jamais éditée des « Rapaces », ce monument encore inconnu de ce que peut être l’art cinématographique et qui frappa de stupeur les rares êtres qui le virent !

Montrez-nous les premiers films français, les grands films pleins de poésie des Suédois, la chevauchée épique de Rio Jim et la véritable petite fille que fut Mary Pickford, alors qu’elle était sans conteste la « sweet-heart » du monde entier ; montrez-nous les bonds de Douglas alors qu’il n’était pas encore père de famille ni seigneur d’Hollywood, et les premiers films de ce géant assoupi qui était alors le grand Griffith !

Que répondrons-nous ?

Mais si, passant d’avant-hier à hier, on nous demande Moana, Ombres blanches, A girl in every port, Forains, La Rue sans joie, Trois pages d’un journal, Siegfried, que répondrons-nous encore ? Détruits, détruits, est-ce vraiment possible ? Songez un peu que ce qui n’est que pellicules usées pour le commerçant est chair et sang pour le réalisateur ; il a vécu pendant des jours pour essayer de donner à cette bande, aujourd’hui jetée honteusement au rebut, un rythme qui lui fût propre ; il a voulu cette longue scène silencieuse où l’éloquence d’un geste est celui d’un cœur qui se brise ; il a donné à cet amas de pellicules un sens précis, une révolte ou un élan ; le cœur même d’un poète y a battu ; les plus beaux sites d’un pays s’y sont suavement inscrits ; le plus bel amour y a souffert ! Un peu de beauté a été prodiguée aux hommes, ingrats et cruels, un peu de poésie !

Où sont les rêveuses images du Lys de la vie ? Où, les délicieuses fantaisies, si pleines d’humour et cependant si humaines et si passionnées, du Brasier ardent, ce chef-d’œuvre non renouvelé qui promettait cependant à Mosjoukine la plus belle carrière d’acteur-metteur en scène ? Où sont-elles, toutes ces belles images ?
Où sont toute cette passion, tout cet effort, toute cette fatigue, où sont ces vies humaines qui ont, quelques mois, parfois quelques années, vécu pour réaliser un rêve qu’on était en droit de croire inscrit à jamais et qui ne sera plus, demain peut-être, que des déchets de pellicules ?

Et lorsque nous voudrons étudier ce musée d’expressions dramatiques qu’est le cinéma, lorsque nous voudrons nous reporter à la genèse d’un talent (Le Voyage imaginaire de René Clair, par exemple) que ferons-nous ? Où irons-nous ?

paru dans Pour Vous du 31 mars 1932

Eh bien ! cet état de choses ne peut durer !

Il faut agir, se grouper ! Quel homme clairvoyant, généreux, s’emparera de la direction de cette tâche ? Qui sauvera l’art cinématographique en lui assurant la durée à laquelle il a droit, consécration suprême et indispensable ?

La musique règne à travers les siècles, messagère toujours aussi pathétiquement accueillie ; la statue demeure et sa beauté s’affirme ; le livre jette toujours son appel et son rayonnement ; la pièce de théâtre, sa conviction ; le vers son rythme et son élan ; le tableau, sa musique intérieure ! L’écran seul se verra-t-il dépouillé par ceux-là mêmes qui devraient le servir le plus dévotement ?

Non ! ce n’est pas possible. Il est encore temps de sauver tant de beauté ; ce que nous demandons, le voici :

1° Création d’un groupement qui s’applique à la recherche et au rachat de toutes bandes de valeur, quelles que soient leur provenance, leur tendance et leur époque ;

2° Création d’une cinémathèque où sera gardée la bande originale ainsi que deux copies de celle-ci. Il serait également souhaitable que cette bibliothèque réunisse non seulement des films, mais encore s’applique à constituer des archives de l’art cinématographique : photos, articles, critiques, documents de toute sorte ;

3° Création d’une salle qui ne passerait que ce répertoire dans un ordre raisonné et intelligent ;

4° Facilité aux spécialistes, aux techniciens, de consulter les archives de cette cinémathèque et (sur autorisation spéciale) de se faire projeter l’original du film étudié.

Mais s’il est très bien d’écrire, il est mieux encore d’agir. Qui agira ? Qui prendra en main la direction du mouvement ? L’heure presse terriblement.

Il faut se hâter si nous ne voulons pas tout voir détruire ou mutiler, si nous voulons sauver ce qui fut, en dépit du talkie d’aujourd’hui, dans une véritable plénitude de beauté et d’harmonie, le cinéma d’hier, l’art silencieux et magique. 

Lucienne Escoube

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A la suite de cet article, Pour Vous publie dans le numéro du 5 mai 1932 l’encart suivant qui demande à ses lecteurs quels sont les films à sauver.

Notre référendum sur les films du répertoire

Le mouvement dont nous avons lancé l’idée pour la protection des films du répertoire a reçu, auprès de nos lecteurs et dans toute la presse, l’accueil le plus favorable.

Dans Candide notre confrère Jean Fayard, M. Jean Pascal dans L’Information Cinématographique, M. François Vinneuil dans L’Action Française ont approuvé notre campagne et se déclarent prêts à l’encourager.

M. Paul Ravaut, de son côté, nous signale l’action entreprise dans ce sens par la Ligue de défense du cinéma « Noir et Blanc ». Enfin, de nombreuses lettres de lecteurs nous prouvent que notre cri d’alarme a été entendu.

C’est bien, mais ce n’est pas suffisant.

La protection des chefs-d’œuvre de l’art muet dont on détruit les copies pour de simples raisons commerciales n’intéresse pas seulement le public ; elle est nécessaire pour le cinéma lui-même. Et la destruction des films de répertoire ne dénote pas seulement, de la part de certains producteurs, le mépris le plus inconscient pour l’art dont ils ont la mission de répandre les œuvres, elle prouve de leur part peu de prévoyance.

Car, comme le soulignait Mlle Escoube dans un article paru ici-même, « lorsque nous voudrons étudier ces années d’expressions dramatiques qu’est le cinéma, lorsque nous voudrons nous reporter à la genèse d’un talent, que ferons-nous ? » Croit-on qu’un art puisse se développer si on en détruit au fur et à mesure les productions ?

Mais s’il est nécessaire de conserver les meilleurs films muets, ceux qui constituent les classiques du cinéma, il ne pourrait être question de s’encombrer de bandes inférieures. Une sélection très sévère doit être faite, et c’est dans ce but que nous demandons à nos lecteurs de participer à notre référendum, qui nous a déjà valu un nombre appréciable de réponses.

Quels sont les films muets que vous jugez dignes d’être classés parmi les films de répertoire ?

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Ainsi, le 18 mai 1932, Pour Vous publie la liste des films qu’il faudrait sauver.

Sauvons les films de répertoire par Lucienne Escoube

« Pour Vous » établit une liste idéale en s’inspirant des suggestions de ses lecteurs.

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

LA question d’un répertoire des films reste à l’ordre du jour ; nos confrères ont, à leur tour, pris fait et cause pour cette entreprise d’une importance et d’une gravité que les vrais cinéphiles n’ont pas manqué de souligner. Mais, avant de nous réunir et nous concerter pour les indispensables décisions à prendre, il serait important de connaître de quelle manière ce répertoire cinématographique doit être constitué.

Tout d’abord, n’oublions pas deux points importants : le répertoire doit être constitué pour le public, certes, mais aussi pour les spécialistes, pour tous ceux « du bâtiment » ; aussi pensons-nous que doivent être comprises dans la liste à faire, non seulement des œuvres qui ont été des succès avérés de l’écran (à condition qu’elles soient belles et significatives), mais encore des œuvres qui n’ont pas eu la carrière qu’elles méritaient mais qui, par leur valeur propre, leur technique, leurs tendances, ont apporté à l’écran des directives nouvelles, un style particulier, une atmosphère encore non évoquée.

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

Les Mystères de New York, la mort qui etreint

Ce répertoire, véritable musée, doit être de qualité, ne l’oublions pas. Il doit retracer, en quelque sorte, toute l’histoire du cinéma, ses âges, ses styles, ses époques et ses tendances diverses : ciné de la première heure, ciné-théâtre, ciné d’avant guerre (français, russe, italien, allemand), ciné américain, ciné de guerre, époque suédoise, époque allemande, époque américaine, ciné français d’après guerre, tout ce qui a été significatif à l’écran doit trouver sa place dans un répertoire bien compris.

Egalement devront trouver place dans ce choix de films, les oeuvres principales des grands metteurs en scène, de ceux qui ont apporté à l’écran la nouveauté de leur génie, oeuvres de ceux qui furent des novateurs :

Gance, Stiller, Griffith, et combien d’autres ! Enfin les œuvres des artistes qui, par leur personnalité, ont su créer un genre, un personnage qui, animé par eux, est devenu une vivante entité : tels William Hart, Hayakawa, Nazimova, tant de noms que je ne peux citer ici !

Et toute l’œuvre de ce parfait génie : Chaplin.

La liste que nous publions ici, et que nous avons établie d’après nos souvenirs personnels, la documentation que nous offrent les vieilles revues, et en nous inspirant des suggestions de nos lecteurs qui ont répondu à notre referendum, n’est qu’une première tentative de sélection que nous nous proposons de mettre au point et de compléter au fur et à mesure de nos recherches.

Lucienne Escoube

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

Le Signe de Zorro : « Doug ».

Période d’avant guerre

L’Arroseur arrosé. — Le Train de Vincennes (à titre documentaire). — Les films de Mélies. — Quelques-unes des premières bandes russes et italiennes. — Quelques bandes de Rigadin (à titre documentaire) et de Max Linder.

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

William S.Hart, l’homme aux yeux clairs.

1914-1916

Un bon petit diable, Madame Butterfly (Mary Pickford). — La Colère des dieux (Hayakawa). — Cabiria (Maciste). — Forfaiture (Fanny Ward, Hayakawa). Pour sauver sa race, L’Homme aux yeux clairs (W. Hart). — Civilisation, L’Auberge du signe du loup (Th. Ince). — Intolérance, La Naissance d’une nation (Griffith) et Les Mystères de New-York.

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

Séverin-Mars dans La Roue.

1917-1919

Eldorado (L’Herbier). — Fièvre, La Femme de nulle part (Delluc). — La Fête espagnole (G. Dulac). — L’Ombre déchirée (Poirier). — Amour de geisha (Hayakawa). — Sous la brume (Nazimova). — Cauchemars et superstitions (Douglas Fairbanks). — Polyanna (Mary Pickford). — Le Pauvre Amour (Griffith). Le Miracle (Th. Meighan). — Papa-Longues-Jambes, Le Petit Lord Fauntleroy (Mary Pickford). — Dans les remous (Stiller). — Rose France (Marcel L’Herbier). — Premier Amour (Charles Ray).

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

Rudolph Valentino, Monsieur Beaucaire.

1920-1922

L’Atre (Boudrioz). — Les Proscrits (Sjostrom). — Le Trésor d’Arne (Stiller). — La Charrette fantôme (Sjostrom). — Sumurum (Lubitsch). — Le Golem ( Svegener). — Caligari (R. Wiene). — Le Lys brisé (Griffith). — Le Signe de Zorro (Douglas Fairbanks). — Salomé (Nazimova). — Une aventure à New-York (Douglas Fairbanks). — L’Atlantide (Feyder). — A travers l’orage (Griffith). — Les Mains d’Orlac (R. Wiene). — Les Dix Commandements, Le Tourbillon des âmes (Cecil B. de Mille). — Robin des bois (Douglas Fairbanks). — Les Opprimés (Roussel)- — Polikouchka (I. Moskvine). — L’Opinion publique (Chaplin). — Le Docteur Mabuse (F. Lang). — Les Trois Lumières (F. Lang). — La Terre qui flambe (Murnau). — Figures de cire (P. Léni). — Nosferatu le Vampire (Murnau). — La Huitième Femme de Barbe-Bleue (Gloria Swanson). — Crainquebille (Feyder, De Féraudy). — La Roue (Gance). — Don Juan et Faust (L’Herbier). — L’Assomption d’Hannele Mattern (Allemand)

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

L’Atlantide, Marie-Louise Iribe et Georges Melchior.

1923

Le Dernier Fiacre (Lupu-Pick). — Calvaire d’apôtre (Tourneur). — Hollywood (J. Cruze). — Les Lois de l’hospitalité (B. Keaton). — Suzanna (M Sennet et Mabel Normand). — Nanouk (R. Flaherty). — Folies de femmes (Stroheim). — L’Inondation (Delluc). — Paris qui dort (R. Clair). — L’Auberge rouge (Epstein). — La Souriante Madame Beudet (G. Dulac). — La Quatrième Alliance de dame Marguerite (C. Dreyer). — Les Gens du Warmland, Le Montreur d’ombres (Robison). — Baruch (E.-A. Dupont). — Le Continent mystérieux (première expédition Citroën). — Le Brasier ardent (Mosjoukine). — Le Gosse (Chaplin). —Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse (R. Ingram). — L’Epreuve du feu (Sjostrom).

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

La Passion de Jeanne d’Arc : Falconetti.

1924

La Légende de Gosta Berling (Stiller et Garbo). — Chevaux de bois (commencée par Stroheim). — Kean (A. Volkoff). — Nju (Jannings, E. Bergner-C. Veidt). — La Sorcellerie à travers les âges, Le Paradis défendu (Lubitsch). — La Belle Nivernaise (J. Epstein). — La Nuit de la Saint-Sylvestre (Lupu-Pick). — Pour l’Indépendance (Griffith). — Le Dernier des hommes (Murnau). — Le Beau Brummel (Barrymore). — Les Nibelungen (F. Lang). — Maison de poupée (Nazimova). — Cœur fidèle (J. Epstein). — Le Rail (Lupu-Pick). — Entr’acte (R. Clair). — La Caravane vers l’Ouest (J. Cruze). — Le Harpon (E. Clifton). — L’Etroit Mousquetaire (Max Linder). — L’Admirable Crichton (Cecil B. de Mille). — Le Vaisseau tragique (Sjostrom). — La Brière (Poirier).

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

Kean : Nathalie Lissenko et Ivan Mosjoukine.

1925

Variétés (E.-A. Dupont). — Ménilmontant (D. Kirsanoff). — Le Maître de poste (I. Moskvine). — L’Amour aveugle (C. Veidt et L. Dagover). — L’Ange des ténèbres (G. Fitzmaurice). — La Rue sans joie (G.-W. Pabst). — La Femme de quarante ans (C.-L. Brown). La Ruée vers l’or (Chaplin). — L’Affiche (J. Epstein). — La Fille de l’eau (J. Renoir). — Knock (Hervil). — Feu Mathias Pascal (L’Herbier-Mosjoukine, début à l’écran de Michel Simon). — Visages d’enfants (Feyder). — En rade (Cavalcanti). — Le Voyage imaginaire (R. Clair). — La Perruque (O. Gebhur). — Puissance des ténèbres (R. Wiene). — Le Maître du logis (C. Dreyer). — L’Aigle noir (Valentino). — Captain Blacke (J. Cruze).

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

La Légende de Gosta Berling : Greta Garbo et Lars Hanson.

1926

Destin (Kirsanoff). — Gribiche (Feyder). — Napoléon (A. Gance). — Ben Hur (F. Niblo). — Jim le harponneur (Barrymore). — Hôtel Impérial (Stiller). — La Route du Mandalay (Lon Chaney). — La Croisière du navigator (B. Keaton). — L’Eventail de lady Windermere (Lubitsch), — Le Mécano de la générale (B. Keaton).— La Lettre rouge (Sjostrom). — Les Maudits (G. Molander). — Les Frères Schellenherg (C. Veidt). — Ivan le Terrible, Metropolis (F. Lang). — La Montagne sacrée (A. Fanck). -— Potemkine (Eisenstein). — Vaincre ou Mourir (J. Cruze-Bancroft). — La Chair et le Diable (C.-L. Brown). — Les Rapaces (Stroheim). — La Croisière noire, La Grande Parade (K. Vidor).

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

Thérèse Raquin : Gina Manès, W. Zilzer, H. A. Schlettov et J.-M. Laurent.

1927

Jazz (J. Cruze). — Moana (R. Flaherty et Van Dyke). — La Veuve joyeuse (Stroheim). — Quand la chair succombe (Fannings). — Chang, L’Etudiant de Prague (Galeen). — Les Fugitifs (Kate de Nagy). — La Symphonie d’une grande ville (W. Ruttmann). — Voyage au Congo (A. Gide et M. Allegret). — Le Démon des steppes (L. Scheffer). — Le Violoniste de Florence (P. Czinner. C. Veidt et E. Bergner). — La Mère (Poudovkine). — Le Cirque (Chaplin). — L’Aurore (Murnau). — Les Nuits de Chicago (Sternberg). — La Foule (K. Vidor). — Le Vent (Sjostrom). — Anna Karénine (E. Goulding, G. Garbo). — Confession (Stiller). — La Tragédie de la rue (B. Rahn, Asta Nielsen). — La Duchesse de Langeais (E. Bergner et P. Czinner). — Le Fou (C. Veidt dans quelques scènes). — Volga en feu, Trois dans un sous-sol (A. Room). — La Cigale et la Fourmi (Starevitch). — Nana (J. Renoir). — Far-West (W. Wyler). — Les Mendiants de la vie (W. Wellemann). — La Petite Marchande d’allumettes (]. Renoir). — Trois heures d’une vie (Corinne Griffith).

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

La Charette Fantome.

1928

Piste de 98 (E. Carew). — Village du péché, Faiblesse humaine (G. Swanson). — Cadet d’eau douce (B. Keaton). — Les Damnés de l’océan (Sternberg). — A Girl in every port (Sternberg). — Le Naufrage de l’Hespérus (E. Clifton). — Solitude (Féjos). — Une gamine charmante (K. Vidor). — Le Gaucho (Douglas). — Le Petit Frère (H. Lloyd). — Pour l’amour du ciel (Lloyd). — Quatre Fils (Ford). — Club 73 (I. Cummings). — L’Heure suprême (Borzage). — Ombres blanches (Van Dyke).— Le Patriote (E. Lubitsch). — Le Bateau ivre, Symphonie nuptiale (Stroheim). — La Chute de la maison Usher (Epstein). — Un chapeau de paille d’Italie (R. Clair). — L’Equipage (Tourneur). — Brumes d’automne (Kirsanoff). — Les Deux Timides (R. Clair). — Thérèse Raquin (Feyder). — Le Canard sauvage (M. Johnson, W. Krauss). — Le Chant du prisonnier (J. May). — Asphalte (J. May). — Tempête sur l’Asie (Poudovkine). — Le Cadavre vivant (Ozep). — Dernier Avertissement (P. Leni). — Le Voilier triomphant, Toison d’or (J. Goudal). — La Passion de Jeanne d’Arc (Dreyer). — Les Nouveaux Messieurs (Feyder). — Force et Beauté, La Ligne générale (Eisenstein).

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

Les Trois Lumières.

1929

Calvaire de Lena X (Sternberg). — Prisonniers de la montagne (Fanck). — Finis Terrae (Epstein). — Gardiens de phare (Grémillon). — Telle est la vie (Jungham). — Le Chant du loup (Fleming). — La Servante (Jean Choux). — Trois pages d’un journal (Pabst). — Erotikon (Machaty). — L’Etoile de mer (Man Ray). — Un chien andalou (Bunuel). — La Terre (Dovjenko). — Charlie Chaplin et toute son œuvre (et surtout : Le Pèlerin, Une vie de chien, Une idylle aux champs, Une journée de plaisir, Pay Day). — Tous les Douglas, quelques Harold Lloyd, Buster Keaton (y compris les Malec), Mack Sennett, Fatty, Molly’O, Suzanna, Mac Key, etc…

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

Les Deux Timides : De Féraudy et P. Batcheff.

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Signalons, pour terminer, quelques autres films suggérés par nos lecteurs : Senorita, Les Chasseurs d’images, Le Lys de la vie, Vers le bonheur (Stiller), La Terre, L’Arsenal (Dovjenko), et, à la demande quasi unanime : Monsieur Beaucaire (Rudolph Valentino).

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paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

Le Trésor d’Arne.

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

Le Dernier des Hommes : Emil Jannings.

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

La Ruée vers l’or :  Charlie Chaplin.

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

La Foule : Eleanor Bardmann et James Murray.

paru dans Pour Vous du 18 mai 1932

L’Aurore : Janet Gaynor et George O’Brien.

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Pour finir, nous publions cet article qui montre le parcours, en 1929,  des vieux films vendus dans les colonies puis revendus aux forains en France.

De la Gloire à la brocante, l’enfer des vieux films

paru dans Pour Vous du 29 août 1929

paru dans Pour Vous du 29 août 1929

Savez-vous qu’il existe à Paris, pas loin du centre, une véritable « foire aux films », me demandait l’autre jour, un ami ? On y vend, paraît-il, pour les colonies et les cinémas en plein air tout ce que nous avons vu depuis de nombreuses années.

J’avouais mon ignorance. Malheureusement, mon interlocuteur ne pouvait me fournir, sur l’emplacement de ce curieux marché, que d’assez vagues renseignements.
C’est, me dit-il, quelque part entre la place de la République et la gare de l’Est. Mais cela ne doit pas être bien difficile à trouver.

Il se trompait. Résolu à découvrir l’endroit, j’ai mis tout un après-midi et la matinée du jour suivant à questionner les agents, les tenanciers de bars, les contrôleurs et les caissières de cinéma du dixième arrondissement, avant de tomber sur un blanchisseur chez qui j’aperçus par hasard, dans la vitrine, l’affiche d’une salle de quartier. Il me donna l’idée de consulter les annonces que publient les journaux destinés aux soldeurs et aux marchands forains. J’en achetais trois ou quatre dans les rares kiosques qui les reçoivent et j’y trouvais, au bout d’une demi-heure, un filet qui me mit sur la piste. Il annonçait, en effet, des films à vendre ou à louer pour colonies et fêtes foraines, à partir de deux sous le mètre.

paru dans Pour Vous du 29 août 1929

Parvenu à l’adresse indiquée, j’ai failli regretter tant d’efforts et de temps perdu, car il n’existe pas, à proprement parler, de « foire aux films » qui ressemble tant soit peu à un marché aux puces.

Du « pittoresque », peu ou prou. Le plus bourgeoisement du monde, dans la cour d’un immeuble qui n’a rien d’extraordinaire, un commerçant occupe tout le rez-de-chaussée. Il est d’ailleurs connu sur la place depuis pas mal d’années pour sa spécialité. Dois-je l’avouer ? J’étais plutôt déçu de voir qu’il possède un téléphone, des machines à écrire et, dans le fond de son local, une petite salle de projection avec un atelier assez vaste où deux ouvrières s’efforcent de sauver, pour un temps, les bandes achetées à la tonne.

Mais, monsieur, vous vous imaginez bien à tort que les nègres achèteraient encore aujourd’hui des films d’il y a quinze ans.Autrefois, je ne dis pas, on leur vendait ce qu’on voulait. Tandis que maintenant, ils se tiennent à la page et ne veulent que du moderne. Dans les colonies riches, au Sénégal, à Haïti, ils sont en retard d’un an à peine, et il arrive même qu’ils nous demandent des copies de films qui n’ont pas encore paru en France. Il suffit pour cela, qu’un propriétaire de salle lise dans Pour Vous ou ailleurs qu’un tel est en train de tourner ou sur le point de terminer une nouvelle production, me raconte en s’animant, le « patron », pendant que sa femme et ses employés recherchent, à mon intention, un film des plus anciens.

paru dans Pour Vous du 29 août 1929

Remarquez bien, continue le commerçant, que les indigènes deviennent de plus en plus exigeants. N’allez pas leur envoyer maintenant un film où, à cause des coupures trop nombreuses, un amoureux épouse finalement une femme tout à fait étrangère au scénario. Ils vous le renverront. Et surtout, pas de jazz, pas de « nus ». Par contre, des films religieux, moraux, des films « à thèse » sont invariablement bien accueillis, de même que ceux de guerre ou d’aventures.

Quant aux prix, ils varient selon la qualité, le genre et la colonie. Les comédies atteignent deux francs le mètre, et encore n’en avons-nous jamais de trop. Cependant, certaines colonies pauvres — la Cayenne, par exemple — ne peuvent nous en demander qu’en location. Il y a des bandes qui nous reviennent après avoir fait, en deux ou trois ans, le tour du monde. Nous les rachetons alors pour les mettre aux rebuts ou bien pour en tirer, si possible, encore une ou deux copies que nous pouvons vendre ou louer aux forains.

— Ainsi, demandais-je, ce sont les paysans de France qui voient, les derniers, les films démodés ?
Eh oui, monsieur. Que voulez-vous ! Songez que les forains, ceux qui projettent les films en plein air, se donnent un mal fou pour gagner leur vie et celle de la ribambelle de gosses qu’ils ont, pour la plupart, à nourrir. Ils ne peuvent pas faire payer bien cher les entrées, et il faut, de plus, que la bande achetée ou prise en location dure assez longtemps pour couvrir les « frais généraux » et laisser un bénéfice qui permette de la remplacer. Aussi, ce sont de véritables artistes en matière de projection, que nos forains. Ils s’y connaissent, avec leurs appareils qui marchent à l’oxydrique au lieu de l’électricité. Ils rendraient des points à bien de nos opérateurs. Ce qu’ils aiment ? Tenez, voici des lettres qu’ils m’écrivent
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Il me présenta quelques feuilles dont nous publions un exemplaire.

paru dans Pour Vous du 29 août 1929


Quel commentaire ajouter à ces lignes malhabiles et si sincères qui sont, à mes yeux, l’expression d’un robuste courage autant que d’un espoir généreux ? Et, malgré l’envie que j’avais de rire des naïvetés de Fosse aux Lions, ou de Cousines de Rigadin, ou de Pour une fleur, qui se déroulaient devant moi sur le petit écran dans l’arrière-boutique, je songeais à toute la gamme de sentiments et de rêves que ces vieux films en couleur, comme on n’en fera plus, allaient susciter un soir dans quelque village perdu de la brousse, des Vosges ou des Pyrénées.

Wsevolod de Vogt

 

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Source : Bibliothèque numérique de la Cinémathèque de Toulouse

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Pour en savoir plus :

 

Extrait de A Girl in every port d’Howard Hawks qui révéla Louise Brooks.

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Extraits de La Foule de King Vidor.

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La Bande Annonce du Coffret Louis Delluc.

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Extrait de La Roue d’Abel Gance.

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Extrait de L’Atlantide de Jacques Feyder.

 

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