20 ans autour d’une camera par Christian-Jaque (Cinévie 1946)


Cette semaine, nous allons nous intéresser à un cinéaste majeur du cinéma français populaire mais justement plongé dans une sorte de purgatoire cinéphilique dont, nous l’espérons, il sortira prochainement (A quand une rétrospective lors d’un Festival Lumière par exemple ?) : Christian-Jaque.

En effet, il n’existe que deux livres sur Christian-Jaque, celui des inévitables Raymond Chirat et Olivier Barrot qui en 1976 firent paraître une monographie chez Travelling.  Puis, en 1999, c’est un numéro spécial (indispensable) qui paraît dans la revue des historiens du cinéma, 1895, sous la direction de Jean A. Gili et Jacques Lourcelles.

On y retrouve autant des études de films que des témoignages et des entretiens avec le réalisateur des Disparus de Saint-Agil.

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Christian Maudet le 4 septembre 1904, il explique dans cet entretien d’où vient son pseudo Christian-Jaque. Il est venu au cinéma en dessinant des affiches de cinéma dans les années 20, puis passa à la décoration avant de passer derrière la caméra et de se faire la main, durant les années 30, dans un grand nombre de comédies voire de navets (qu’il assume pleinement comme il l’écrit plus bas). Il y eut beaucoup de films avec Fernandel dont nous retiendrons Raphaël le tatoué par exemple ou François Ier. Citons également Monsieur Personne avec un Jules Berry dans toute sa splendeur.

Mais c’est surtout dans sa collaboration avec le romancier Pierre Véry qu’il va s’affirmer comme un grand réalisateur, Les Disparus de Saint-Agil  bien sûr puis L’Enfer des anges (un chef d’oeuvre méconnu), L’Assassinat du père Noël et Sortilèges. Difficile d’énumérer la liste des films à retenir car il a tourné 59 films entre 1932 et 1977 ! !

Tous les grands acteurs et actrices ont tourné sous sa direction : Michel SimonLouis JouvetPierre BrasseurJean-Louis BarraultMicheline PresleDanielle Darrieux, etc.

Signalons pour finir un excellent film oublié, sorti en pleine guerre et qui va ressusciter le genre « Réalisme Poétique » avec Jean Marais et Simone Renant :Voyage sans espoir .

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Tout réalisateur, qui tourne beaucoup, sait qu’il n’y aura pas que des chefs d’oeuvres dans sa filmographie et du coup ce sont ces films mineurs qui feront de l’ombre aux authentiques classiques. C’est ce qui arriva à Christian-Jaque et qui explique, sans doute en partie, pourquoi il y a si peu d’hommage à ce grand réalisateur populaire.

Il s’en expliquait à Eric Leguèbe, cité dans la préface par Jacques Lourcelles dans ce numéro spécial de la revue 1895. Celui-ci lui demandait pourquoi il maintenait une cadence ininterrompue de tournage. Ce à quoi, Christian-Jaque répondit : « Il faut être là. Je sais que je pourrais m’arrêter un an ou deux mais alors je ne reviendrai jamais et je ne tournerai jamais plus ».

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Christian-Jaque est mort à 90 ans le 8 juillet 1994.

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Bonne lecture !

 

« 20 ans autour d’une camera » par Christian-Jaque – part1

paru dans Cinévie du 3 septembre 1946

paru dans Cinévie du 3 septembre 1946

paru dans Cinévie du 3 septembre 1946

Mon coup de foudre

J’étais un tout petit garçon lorsque j’entrai dans un cinéma pour la première fois. C’était au Parisiana, sur les boulevards, où l’on donnait La Glu, avec Mistinguett. Mon père m’accompagnait.

Comme j’étais très sensible, il me prévint :

Si tu fais le moindre scandale, je ne t’emmènerai plus jamais avec moi. Et tu auras une gifle.

Un passage me parut effroyable. Il s’agissait d’une bagarre : chaises brandies, tables renversées, visages déformés par la haine, coups de couteau échangés. Je dus me faire violence pour ne pas crier, me mordant les poignets, fermant les yeux, tête baissée derrière le fauteuil qui précédait le mien. Je n’ai rien dit. Mais j’eus une belle frousse.

La fois suivante, on me mena voir un film comique.

Flirt timide

Une peur immense, telle avait été ma première rencontre avec le cinéma, mon coup de foudre aussi. C’est par des chemins détournés que je vins à me consacrer à cet art.

Mon père était dans la métallurgie, l’on avait plusieurs architectes dans la famille et l’on me destina à cette profession, qui me plaisait.

Comme tous les étudiants, j’avais besoin d’argent. Je fis des affiches de cinéma, ces immenses panneaux-réclame qui annoncent les films. Je travaillai pour la Fox, pour Erka-Prodisco. Chaque maquette me rapportait cinq cents francs, une somme, à l’époque.

J’en profitais pour aller au cinéma.

Fiançailles

Certain jour, j’eus envie de tâter à la décoration de cinéma.

J’étais convaincu que, pour savoir commander aux ouvriers, il faut avoir fait leur métier ; aussi, je décidai de me faire engager chez Gaumont comme peintre.

J’entraînai avec moi un de mes compagnons, nommé Jaque. Mon prénom était Christian. Déjà, il avait signé avec moi des affiches sous notre pseudonyme commun : Christian-Jaque.

On nous vit donc, avec nos pots, nos balais et nos pinceaux.

Je commençai par peindre les portes, puis les fenêtres. J’eus d’abord de gros pinceaux, puis des petits, pour exécuter des motifs décoratifs.

Au mois de juillet 1923, Garnier, le décorateur de Gaumont, m’envoya avec Jaque peindre en bleu la verrière du studio. Il faisait très chaud, et le travail ne nous amusait pas beaucoup. Nous avions emmené un jeu de cartes, et, assis sur la verrière, j’étais en train de perdre, quand Garnier passa au-dessous de nous et aperçut deux taches noires, formées par nos derrières et d’autres taches plus petites, celle des cartes, tombant et retombant. Intrigué, au risque d’avoir le vertige, il prit l’échelle de fer et nous ficha proprement à la porte.

Le plus drôle est que je détestais la belote !

Et le cinéma me tient bien

paru dans Cinévie du 3 septembre 1946

(Avec Marie Déa) paru dans Cinévie du 3 septembre 1946

Jaque fut dégoûté de l’aventure.

Je continue l’architecture, dit-il.

J’étais empoisonné.

Il ne me restait que le Christian de mon nom. Il emportait le Jaque.

Ecoute, me confia-t-il, une chose me ferait plaisir : garde ce nom. Si tu deviens célèbre un jour, je serai content de partager ton succès.

Il est devenu un très bon architecte. J’ai toujours tenu à ce que nos deux noms, accolés, soient écrits en mêmes caractères sur l’affiche, en souvenir de notre camaraderie.

Mais le cinéma me tenait de plus en plus fortement.

C’est alors que Noël Renard, un ami, l’auteur d’un scénario intitulé Une Java, me demanda de faire les décors de ce film, qu’allait tourner André Roussel.

Mes décors furent sans doute réussi puisque je fus immédiatement engagé par André Hugon, avec lequel j’ai fait de nombreux films comme décorateur, tout en lui servant de régisseur, d’accessoiriste, et même d’assistant.

Avec André Hugon, j’avais fait, entre autres, Le Marchand de sable et La Femme et le Rossignol.

Vandal et Delac me convoquèrent alors aux Studios du film d’art, Berthomieu y travaillait comme régisseur ; Armand Thirard, qui devait devenir un de nos meilleurs chefs opérateurs, était grouillot, et moi, décorateur.

Avec Julien Duvivier, je fis, Au Bonheur des dames, dont Dita Parlo était la vedette, Maman Colibri et Sainte Thérèse de Lisieux, qu’interprétait Simone Bourdet.

Je me rapprochais de plus en plus de la caméra et servais d’assistant à Duvivier.

C’est avec lui que je fis les premiers décors plafonnés qui donnent une plus grande réalité au décor. Les éternelles pièces sans plafond sont froides, sans atmosphère. Avec cette innovation, je pouvait rendre la poésie un peu triste d’une mansarde, par exemple.

Duvivier m’apprit des choses nouvelles sur la décoration. C’est un homme étonnant, qui connaît admirablement son métier. On dit de lui qu’il a mauvais caractère et qu’il est un « gueulard ». Avec moi, il fut d’une grande cordialité, sans jamais élever la voix.

Il m’a appris à être entêté.

Lorsqu’on est sûr qu’une chose est bien, il faut la faire, coûte que coûte répète-t-il souvent.

J’étais mûr pour suivre ces conseils

(A suivre)

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« 20 ans autour d’une camera » par Christian-Jaque – part2

paru dans Cinévie du 10 septembre 1946

paru dans Cinévie du 10 septembre 1946

paru dans Cinévie du 10 septembre 1946

La grande sûreté de Julien Duvivier était contagieuse.

Lorsque je revins faire la décoration d’un nouveau film de Hugon, je lui dis mon désir de devenir metteur en scène. Il l’avait deviné depuis longtemps. De plus en plus, il me laissa régler les gros plans d’ensemble, me faisant confiance.

Peu à peu, j’acquis une conception personnelle de la mise en scène. J’étais prêt à voler de mes propres ailes.

André Hugon me fit faire mon premier film, Le Bidon d’or. Tout le monde, metteur en scène et acteurs, en était à ses débuts. Il y avait là Raymond Cordy et Pierre Dac qui paraissaient pour la première fois à l’écran.

Nous étions aussi novices les uns que les autres. Il a fallu ainsi que j’apprenne tout par moi-même, n’ayant personne d’assez compétent pour m’épauler. Ce fut vraiment « mon » premier film.

Je ne me souviens plus si j’avais voulu faire rire le public mais il parut s’amuser lorsque Le Bidon d’or sortit.

C’était en 1929. J’avais mis un mois pour le tourner. Il me rapporta 10.000 francs. A ce moment, je compris que le cinéma pouvait mener à la fortune…

Le Bidon d’or ouvrait la série de mes « chefs-d’œuvre ».

Quand je parle de chefs-d’œuvre, on m’entend bien. Toute personne connaissant un peu son histoire du cinéma sait à quoi s’en tenir. En leur temps, mes navets furent célèbres.

A tel point que, lorsqu’un producteur avait une ineptie à faire tourner, il disait simplement :

On va donner ça à Christian Jaque.

Je commençai la série par deux courts métrages de 1.200 mètres.

Le premier, L’Atroce Menace, fait pour Gaumont, me mit en rapport avec Garnier qui m’avait vidé autrefois du studio.

— Qu’est-ce que vous fichez ici ? me demanda-t-il en me voyant apparaître.

Je viens tourner un film et vous remercier de m’avoir flanqué à la porte. Il faut sortir pour faire son chemin.

Nous devînmes copains par la suite. Je fis ensuite Le Père Lampion, avec Tramel.

Enthousiasmé par ces coups de maître que furent mes essais, Paramount m’engagea pour deux ans.

Je me consacrai corps et âme au vaudeville.

Il y eut La Famille Pontbiquet, Compartiment de dames seules, On ne roule pas Antoinette, Sacré Léonce, La Sonnette d’alarme. Il y eut la série des Armand Bernard, des Pauley et des Fernandel. Au total, près de quarante films de la même veine.

Tous ces films me procurèrent de très grandes joies. J’en ai conservé le meilleur souvenir et je regretterais de ne pas les avoir faits.

Pour tout dire, je suis content de mes navets.

Le vaudeville est, pour le metteur en scène, ce que sont « les chiens écrasés » pour le journaliste : une école.

J’étais à l’école du vrai cinéma.

Rien de plus difficile que de faire rire.

Il faut aller vite pour que les gens s’amusent, sourient au moment où il faut et n’aient pas envie de vous emboîter.

Le vaudeville, c’est le tiroir qu’on ouvre et qu’on ferme, les personnages qu’on escamote, l’amant qui bondit par la fenêtre. Il y a là un rythme extraordinaire.

Je me souviens, par exemple, avoir fait un film en onze jours.

A cette époque, c’était possible. Il y avait d’énormes projecteurs qui éclairaient une surface formidable. Aujourd’hui, pour éclairer la même surface, il faut 15 ou 20 projecteurs qui donnent du relief, détachent les plans, jouent avec les lumières et les ombres. La technique photographique a fait d’immenses progrès. Le metteur en scène est devenu un artiste. Il faut naturellement plus de temps pour le tournage.

En ce temps, je pondais, je pondais…

Et je faillis être enseveli à tout jamais sous mes films.

J’étais un forçat de la pellicule. Mais un forçat joyeux.

Si mes films amusaient le publie, ils m’amusaient aussi, moi le premier.

Il m’était resté, de mon temps des Beaux-Arts, un côté blague et canular qui trouvait à s’épanouir librement dans ma production.

Seulement, trop c’est trop.

Un jour, je me suis dit :

Je montre au public des âneries. Il en est ravi. Mais notre rôle, à nous, est de lui donner du goût s’il n’en a pas.

Du vaudeville, je glissai insensiblement vers la comédie.

paru dans Cinévie du 10 septembre 1946

paru dans Cinévie du 10 septembre 1946

Cela ne se fit pas sans tâtonnements et retours en arrière.

Après Les Dégourdis de la 11°, grand film « humain », je tournai Ernest le Rebelle, qui marquait une certaine amélioration, je puis le dire sans fausse modestie, puis François Ier, que l’on donne encore sur nos écrans et qui marche fort bien. Un de la Légion me laissa un très bon souvenir.

Puis, il y eut Les Pirates du rail, Monsieur Personne.

C’était déjà mieux. Je touchais au film d’atmosphère.

Je fis ensuite Rigolboche avec Mistinguett.

Les Perles de la Couronne eurent deux metteurs en scène : Sacha Guitry et moi. Je ne sais ce que j’ai appris à Sacha. Pour sa part, il m’a appris des mots d’esprit, ce n’est déja pas si mal.

Il était tout étonné de me voir en travelling et s’est alors rends compte que le cinéma était autre chose que ce qu’il faisait.

J’arrivais à faire ce que j’avais en tête, mais, à chaque fois, il fallait expliquer minutieusement mon point de vue.

Ce fut un film très « parlant ». Mais un film important tout de même.

Puis, je revins à Fernandel arec Raphaël le Tatoué. Je me rends compte que je n’ai pas tiré de ce film tout ce que j’aurais dû. Je suis le seul responsable.

Je dois à Hugon mon premier film, à Duvivier d’avoir beaucoup appris, mais je dois à un producteur, Jean-Pierre Frogerais, d’avoir pu faire enfin ce que j’avais envie de faire.

Depuis longtemps, je rêvais de mettre en scène une œuvre de Pierre Véry : Les Disparus de Saint-Agil.

Il s’agissait d’un sujet neuf et d’une histoire sans femmes.

Frogerais m’en donna les moyens.

Voyant le revirement qui se faisait en moi, il me confia Rigolboche.

Mais il me confia surtout Les Disparus de Saint-Agil. Ce film me rappelait ma jeunesse, pareille à toutes les jeunesses. Dans tous les temps et tous les pays, les gosses ont rêvé d’aventures, de mystère et de grands voyages.

Les Disparus de Saint-Agil furent salués par la critique comme un chef-d’œuvre. J’ai beaucoup aimé faire ce film, c’est tout ce que je puis en dire.

Je tournai, par la suite, entre autres : L’Enfer des Anges, Premier bal, avec Marie Déa, L’Assassinat du Père Noël de Véry, puis La Symphonie fantastique.

J’aime profondément la musique et surtout Berlioz. C’était un hommage que je lui rendais. Bien que le public français boude les grands films musicaux, La Symphonie fantastique remporta un réel succès.

Ce furent ensuite Carmen, Voyage sans espoir, Boule de Suif, Sortilèges et Un revenant avec Louis Jouvet.

Je réalise un de mes plus anciens rêves en ce moment : je vais tourner La Chartreuse de Parme.

(A suivre)

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« 20 ans autour d’une camera » par Christian-Jaque – part3

paru dans Cinévie du 1 octobre 1946

paru dans Cinévie du 1 octobre 1946

paru dans Cinévie du 1 octobre 1946

JE SUIS UN FANTOME

Un metteur en scène, à mon avis, c’est un chef ‘d’orchestre, mais un chef d’orchestre qui a participé à la partition.

Il ne se contente pas de diriger son opérateur comme un chef d’orchestre dirige son premier violon. Il a fait lui-même l’orchestration d’une ligne de chant.

Faire un film c’est prendre une grande responsabilité. Ce qui explique peut-être la nervosité du metteur en scène. Il s’occupe à la fois des électriciens et de l’ingénieur du son. Des scènes doivent être sans cesse recommencées : un acteur se trompe, un figurant se colle au premier plan, un visiteur est entré dans le champ pendant qu’on réglait les lumières.

Un mauvais film engage non seulement le metteur en scène, mais les comédiens, le producteur, le cameraman, les techniciens.

Un film n’est pas l’œuvre d’un metteur en scène, mais de cinquante personnes. J’attache autant d’importance à tel machiniste qui pousse le travelling et peut ficher l’appareil par terre, qu’au scénariste.

C’est pourquoi je trouve très juste que l’habilleuse ou l’électricien disent « mon » film en parlant d’un film qui me semblait être le mien.

C’est l’équipe qui fait un film. Le metteur en scène n’est peut-être qu’un fantôme.

Côté coulisses

Comment se fait un film ?

Le premier travail est de préparer l’adaptation.

J’ai collaboré avec Pierre Véry, Henri Jeanson, Spaak et Jacques Prévert et toujours avec la même joie.

J’espère faire un jour quelque chose avec Zimmer quand l’occasion s’en présentera.

Pour La Chartreuse de Parme, dont l’adaptation est de Véry, Pierre Jarry et moi, nous sommes restés plus de quatre mois sur le scénario. Il y avait plus de sept mois que je le préparais.

Un film ne se fait pas sur le plateau, mais autour d’une table, avec un crayon et du papier. Je mets de onze à douze semaines pour tourner un film. Je dépasse rarement mon plan de travail.

La Chartreuse de Parme est prévue pour un temps plus long.

Les difficultés que nous rencontrons actuellement sont surtout d’ordre technique.

C’est pourquoi cela m’amuserait de tourner en Amérique une fois, en ayant à ma disposition un vrai matériel.

Je respecte toujours le découpage qui a été fait. Les rares entorses que je donne à un texte sont toujours faites d’accord avec l’adaptateur. Si je me suis trompé, c’est irréparable au montage.

Je m’occupe de l’enregistrement de la musique. C’est une tâche bien agréable.

J’ai la réputation de ne pas faire des films très chers. Carmen a coûté dix-huit millions. La Chartreuse de Parme en vaudra largement le double, car elle demande une ample mise en scène.

J’ai une grande tendresse pour les « anciens » de la mise en scène : Jacques Feyder, le Duvivier de Pépé le Moko, René Clair et Renoir.

Si je devais échouer dans une île déserte avec un seul film a revoir, ce serait un Charlie Chaplin, peut-être Les Lumières de la ville.

Je reverrai toujours avec joie L’Etemel retour, Quai des brumes, Les Enfants du paradis et Le Ciel est à nous.

Si je pouvais tourner un film à mon goût, voici quelle en serait la distribution : Greta Garbo, Bette Davis, Spencer Tracy, Jean Gabin, Madeleine Renaud, Lucien Coëdel, Louis Salou, Michel Simon, Micheline Presle et Gérard Philippe.

Je le réaliserais en extérieurs aux Indes et au Mexique, les deux pays qui m’attirent le plus.

Je ne crois pas arriver à réunir une telle distribution, mais je compte bien faire les grands voyages qui me font envie.

Bien que lié par toutes mes fibres au cinéma, j’aime passionnément le théâtre.

J’ai même l’intention de mettre en scène bientôt une pièce à deux personnages.

Il n’y a pas si longtemps, Jacques Feyder en faisait autant pour Le Séducteur, au théâtre Antoine.

Il faut toujours suivre les bons exemples.

paru dans Cinévie du 1 octobre 1946

paru dans Cinévie du 1 octobre 1946

Ne critiquons pas les critiques

J’ai eu beaucoup à faire avec la critique.

Je la comprends, à condition qu’elle soit sévère, juste, explicative.

Le journaliste qui écrit que j’ai fait un navet a sans doute raison, mais cela ne me suffit pas. Pourquoi est-ce un navet ? Dans quelles conditions n’en serait-ce pas un ?

J’ai besoin d’être critiqué, cela m’aide et je déplore même que nous ayons si peu de contact avec les journalistes.

Je les verrais très bien réunis autour d’un film avant sa sortie avec le producteur et le metteur en scène. Ils diraient si tel personnage est vraisemblable, si telle scène est bien venue.

Nous pourrions mieux servir le cinéma.

Le critique garderait naturellement toute sa liberté de dire ce qu’il pense dans son journal, malgré l’amitié qu’il porterait au metteur en scène, et même à cause de cette amitié.

Je parle du journalisme avec d’autant plus de liberté que j’ai été journaliste et même rédacteur en chef d’une revue intitulée Cinégraf. C’était en 1927. Je faisais des échos et quelques articles de fond.

Je n’étais qu’un amateur, un fantaisiste. J’étais surtout attiré par les montages photographiques et je faisais y faisais la mise en page avec André Hirschman.

Je fus fidèle à Cinégraf  jusqu’à l’avènement du film parlant.

J’étais « pour ».

C’est pourquoi, au lieu de discuter plus longtemps, je fis moi-même des films parlants.

Ce que m’a apporté le cinéma

Je suis un metteur en scène heureux.

Je ne désavoue aucun de mes films car, dans chacun d’eux, j’ai mis quelque chose de moi.

Je ne retournerai pas au vaudeville, cela correspondait à un temps qui n’est plus.

Bien que m’étant montré sous des aspects différents, j’ai toujours été sincère avec moi-même.

Le cinéma m’apporte aussi l’évasion, cette évasion dont nous avons tous besoin.

Je crois qu’il y a un tas de choses moches à dépasser et à oublier qui demandent de nous un élan.

C’est cet élan que j’ai apporté au cinéma.

Il m’a donné beaucoup plus.

FIN

Christian-Jaque

Source : Collection personnelle Philippe Morisson

Pour en savoir plus :

La biographie de Christian-Jaque sur le site de l’Encinémathèque.

Les Souvenirs sur Christian-Jaque par le réalisateur et journaliste Jean Charles Tacchella (extrait de ce numéro spécial de la revue 1895).

L’intégralité du numéro spécial de la revue 1895 consacré à Christian-Jaque est en ligne ici.

La page sur Christian-Jaque avec de nombreuses affiches de films sur le blog de Ciné-Tom.

Un extrait rare de L’Enfer des Anges à voir sur le site de VOD : FilmoTV.

Les chiffres au box-office de Christian-Jaque sur le site Box Office Story.

La bande-annonce de L’Enfer des Anges de Christian-Jaque (1941).

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La bande-annonce des Disparus de Saint-Agil (1938).

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Louis Jouvet dans l’excellent Un Revenant de Christian-Jaque (1946).

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Yves Montand chante accompagné par Henri Crolla dans le film à sketches Souvenirs Perdus de Christian-Jaque (1950).

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Fernandel chante « Un dur …. Un Vrai …. Un Tatoué » dans Raphaël le tatoué de Christian-Jaque (1938).

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Le début du documentaire Carné, l’homme à la caméra de Christian-Jaque (1985).

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Christian Jaque reçut en 1985 un César d’Honneur.

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Raymond Chirat présente Souvenirs perdus à l’Institut Lumière en 2010.

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