L’Ermitage-Pathé, salle de cinéma (Cinéma 1931)


Cela fait bien longtemps que nous ne vous avons pas proposé un post sur une ancienne salle de cinéma en France (vous pouvez les retrouver ici).

Aussi, cette semaine nous vous proposons celui-ci sur l’Ermitage-Pathé, une célèbre salle des Champs-Elysées qui deviendra plus tard l’UGC Ermitage.

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Situé au 72, avenue des Champs-Élysées dans le 8ème arrondissement à Paris, maintenant un magasin Sephora, l’Ermitage-Pathé fait partie du réseau de salles Pathé que Bernard Natan, le patron de Pathé va développer au début des années trente, ce qui contribuera à l’essor du cinéma parlant en France.

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A son ouverture, à la fin du mois de novembre 1930, il n’y avait qu’une autre salle de cinéma sur l’avenue des Champs-Élysées,  le Colisée, au numéro 38.

Il y en eu par la suite plus d’une vingtaine ! Malheureusement, la plupart ont disparu…

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Le premier film projeté à l’Ermitage-Pathé fut A L’Ouest rien de nouveau de Lewis Milestone qui fit sensation à en croire l’article du journaliste de Comoedia que vous pouvez lire plus bas.

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Pour un historique de l’Ermitage-Pathé, nous vous renvoyons au blog de Philippe Celérier : sallesdecinemas.blogspot.com.

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Nous vous proposons donc pour commencer un article, très bien détaillé, paru dans la luxueuse revue Cinéma consacré à l’ouverture de la salle.

Nous y ajoutons un article publicitaire sur « l’excellente acoustique » de l’Ermitage-Pathé grâce à ces panneaux d’Acousti-Celotex !

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Et pour finir, l’article de Comoedia sur l’ouverture de l’Ermitage-Pathé avec la projection exclusive de A L’Ouest rien de nouveau.

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Bonne lecture.

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La nouvelle salle des Champs-Elysées, L’Ermitage-Pathé

paru dans Cinéma du mois de Janvier 1931

paru dans Cinéma du mois de Janvier 1931

A la fin de novembre s’ouvrait en plein Champs-Elysées, tout contre le Claridge, une nouvelle salle qui attira immédiatement la clientèle parisienne et cosmopolite du plus luxueux quartier de la capitale.

L’Ermitage-Pathé qui fit ses débuts avec le chef-d’œuvre d’Universal A l’Ouest rien de nouveau, a été exécuté par la Foncière des Champs-Elysées, sur les plans de M. André Arfvidson, architecte du gouvernement D.P.L.G., pour l’ensemble de l’immeuble et le gros œuvre du cinéma. La firme Pathé-Natan s’est chargée de tous les aménagements extérieurs et intérieurs tant au point de vue architectural que technique, elle a confié l’exécution des travaux à M. Eugène Bruyneel, ingénieur-architecte et architecte en chef de Pathé-Cinéma, assisté des conseils et de l’expérience de M. Fernand Weil ; l’ensemble des études parfaitement organisé et rapidement mené à demandé environ trois mois.

C’est une salle moderne d’une très belle tenue avec accès, 72, avenue des Champs-Elysées, et 55, rue de Ponthieu.

L’entrée de la salle de spectacle, par l’avenue des Champs-Elysées, se fait par une longue galerie, d’une large et sobre architecture ornée de grands pilastres noirs avec incrustations d’or. Le sol est en marbre avec points d’or de Venise et l’éclairage se fait par vitraux et caissons lumineux.

Le foyer, très luxueusement traité, est fort bien proportionné et d’un goût très sûr, dans la gamme des jaunes avec réhauts d’or, pilastres en stuc, glaces, corniches lumineuses d’un très curieux effet. L’ensemble est complété par des colonnes appliques du maître verrier Sabino et un lustre de 18.000 bougies. Un double escalier donne accès au balcon.

La salle elle-même est très belle et son harmonie de couleurs à base de gris pastel sur réhauts d’argent et d’aluminium est à la fois discrète, moderne et reposante. Les fauteuils de Gallay sont parfaitement confortables. On compte 1.200 places, toutes excellentes, réparties ainsi : environ 800 à l’orchestre et le reste au balcon. (Prix des places : 20 et 25 francs).

L’acoustique a été un des soucis principaux des réalisateurs de cette salle. Sa forme, ses proportions, son plafond légèrement incurvé, les faibles saillies des piliers ont été calculés en vue d’éviter la réverbération des sons, cause d’échos localisés. Des panneaux d’Acousti-Celotex absorbent le son et des revêtements de Celotex-Standard ont été appliqués partout où les bruits parasitaires venant du dehors pouvaient pénétrer.

L’éclairage de la salle a été réalisé par la Société « L’Electricité Appliquée », en utilisant les procédés les plus récents en vue d’ajouter encore au confort et à la décoration de la salle.

La salle elle-même est éclairée indirectement par quatre batteries de 60 projecteurs de 4.000 bougies chacun, dissimulés dans les voussures, inondant le plafond blanc granité, lui donnant l’aspect d’une voûte neigeuse. Au-dessus et sous le balcon, de puissantes sources lumineuses donnent un éclairement diffusé. Tout l’éclairage est progressif et dégressif, mis en œuvre à distance.

Ajoutons que durant les séances, de petits projecteurs spéciaux placés au pied des fauteuils, donnent une lumière rouge qui, sans nuire en rien à la projection, atténue considérablement l’obscurité de la salle et permettra de circuler sans danger.

L’ouverture de la scène est pourvue d’une décoration lumineuse multicolore et le plateau lui-même est doté de herses, rampes, portants, projecteurs et jeux d’orgues, pour obtenir tous effets d’éclairage scénique. Une fosse d’orchestre vaste a été prévue.

Au-dessus des issues, des motifs lumineux indiquent « sortie » en lettres bleues. Les lampes placées dans ces motifs sont alimentées par des courants indépendants fournis par de puissantes batteries d’accumulateurs. En outre, un éclairage de secours est réparti dans la salle, alimenté également par les accumulateurs, en cas d’accident et de panne de secteur.

L’éclairage du vestibule donnant sur les Champs-Elysées est particulièrement intense en vue de créer un point attractif.

Non Signé

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Dans ce numéro, on y trouve les deux photos publicitaires suivantes :

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paru dans Cinéma du mois de Janvier 1931

Ces deux scènes sont extraites du grand film de l’UNIVERSAL, A l’Ouest rien de nouveau qui attire un public considérable au nouveau cinéma des Champs-Elysées, L’Ermitage-Pathé.

paru dans Cinéma du mois de Janvier 1931

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Comme nous l’écrivions en début de cette page, on y trouve également cet article publicitaire.

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Une excellente acoustique attire le public

L’ERMITAGE PATHÉ RÉCEMMENT OUVERT AUX CHAMPS-ELYSÉES EN EST UNE PREUVE ÉCLATANTE

paru dans Cinéma du mois de Janvier 1931

paru dans Cinéma du mois de Janvier 1931

On entend des spectateurs dire souvent que le Film Parlant est mauvais. Dans la plupart des cas, cette critique est due à ce que l’acoustique est défectueuse. Si votre salle est à transformer ou si elle est à créer, faites-nous faire l’étude acoustique d’après vos plans. Nos travaux sont toujours faits sans engagement ; ils vous éviteront des surprises souvent onéreuses et contribueront à vous faire réaliser la recette maximum que doit produire tout bon film sonore.

L’ACOUSTI-CELOTEX, matériau correcteur d’écho et de réverbération, est breveté dans tous les pays par suite du dispositif spécial qui lui donne ses qualités si remarquables d’absorption du son.

Livré en dalles rectangulaires, il se pose facilement partout, même dans les salles déjà existantes et décorées. Il peut être peint, repeint, lavé, brossé ou nettoyé à l’aspirateur sans perdre son pouvoir correcteur du son.

L’ACOUSTI-CELOTEX est le complément indispensable de toutes les installations sonores ; nos références comportent des travaux faits pour de grandes Salles et aussi pour des Circuits bien connus. Nous les tenons à votre disposition.

Chacune de nos installations est garantie par notre Compagnie.

Dès aujourd’hui, écrivez-nous et nous ferons le nécessaire pour vous donner satisfaction dans les plus courts délais possibles. Nos Ingénieurs collaboreront avec votre Architecte et vos Installateurs de Sonores.

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Cette salle dont l’acoustique est aussi parfaite que l’élégance et le bon goût, a valu à ses auteurs des compliments bien mérités ; d’ailleurs elle fait recette maximum tous les soirs.

Plus de 300 mètres carrés de Celotex « Standard” ont été utilisés pour l’isolement des bruits extérieurs et 100 mètres carrés d’Acousti-Celotex type B B. ont réalisé la correction acoustique nécessaire.

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paru dans Cinéma du mois de Janvier 1931

Vue de la Salle de l’Ermitage Pathé au cours des travaux de finition.

Remarquez l’heureuse disposition des panneaux décoratifs.

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paru dans Cinéma du mois de Janvier 1931

Ermitage Pathé – Panneau d’Acousti-Celotex traité décorativement.

 

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ACOUSTI-CELOTEX LE PLUS PUISSANT “CORRECTEUR ACOUSTIQUE” QUI EXISTE.

104, BOULEVARD BERTHIER, PARIS-17e – Tél.: CARNOT 85-86,85-87

paru dans Comoedia du 21 novembre 1930

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PATHÉ-NATAN JOUE ET GAGNE

« A l’Ouest rien de nouveau ! » Premier spectacle de l’Ermitage

paru dans Comoedia du 23 novembre 1930

paru dans Comoedia du 23 novembre 1930

Le gala était au bénéfice de l’Association des Infirmières mutilées et réformées de guerre.

L’eau rayait de flèches la lumière bleuâtre des projecteurs et le tank bombait le dos sous l’averse. Avant-goût de certaines images du film. Un service de parapluies rouges fonctionnait de la porte au trottoir afin de protéger de fragiles toilettes et d’impeccables plastrons. Vu l’état du ciel, peu de curieux et cela se comprend.

Dommage que l’entrée soit si petite, mais le moyen de faire autrement ? Il aurait fallu bousculer le Claridge et cela évidemment n’était pas facile. Tout au long du couloir qui mène à la salle des gardes municipaux en grande tenue. A présent on ne les regarde plus, nous en avons trop l’habitude.

Une jolie salle argent avec des tentures mauves et de la lumière, des flots de lumière. Comment, par quel tour de force est-on arrivé à loger là douze cents fauteuils ? Cela tient du paradoxe et de la fantasmagorie. Si ce n’étaient les vestiaires, vraiment trop exigus, la perfection serait réalisée. Mais elle n’est, hélas! pas de ce monde, ainsi, que chacun sait, et puis nul doute que la place n’ait été utilisée de la manière la plus rationnelle.
Toute médaille a son revers.

Un dessin animé peur donner aux invités le temps d’arriver et de se caser, puis les actualités défilent. Tout le monde est là, impatient de voir le film de Milestone.

Dans la salle on remarque beaucoup d’infirmières, toutes décorées et pas mal de la Légion d’honneur. Mais voici A l’Ouest rien de nouveau.

paru dans La Semaine à Paris du 09 janvier 1931

Tout de suite on est pris, rien à faire pour s’évader, on regarde. Près de moi une dame dit : « Si j’avais su je ne serais pas venue. » Au fait, madame, que comptiez-vous donc voir : une bonne petite histoire à l’usage des pensionnats de demoiselles ?
Il faut savoir ce que l’on veut. Mais la dame ne s’en fut pas, clouée sur place qu’elle était et incapable de réagir.

Soudain, au moment de l’attaque et de la contre-attaque, un forcené se met à hurler des insanités à l’adresse de l’Allemagne. On le calme à grand-peine tellement il est furieux. Que comptait-il donc voir lui aussi : un film de guerre où il n’y aurait pas la guerre, naturellement !

Souvent la salle, enthousiasmée, applaudit et… miracle — je m’aperçois que la censure n’a rien coupé.
Puis-je en croire mes yeux ? C’est la première fois sans doute que pareil fait se produit, mais il est vrai aussi qu’il y a eu d’un autre côté une bien belle compensation !

C’est fini et l’on remarque des yeux rouges, des visages tourmentés. Il y a de quoi, surtout si l’on a fait la guerre. Au printemps prochain le film tiendra encore l’affiche de l’Ermitage, on n’en saurait douter.

J.-P. C.

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Source :

Cinéma = Ciné-Ressources / La Cinémathèque française

Comoedia = gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
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Pour en savoir plus :

L’article sur l’Ermitage-Pathé sur le blog sallesdecinemas.blogspot.com.

Un autre sur l’Ermitage-Pathé du blog Salles-cinema.com.

La bande-annonce du film de Lewis Milestone, A l’Ouest rien de nouveau.

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