Le Roxy, salle de cinéma (Cinémagazine 1931)


Cela fait longtemps que nous n’avions pas consacré un article à une salle de cinéma.

Cette fois-ci, nous nous intéressons à une salle du quartier de Rochechouart à Paris de 1100 places : Le Roxy qui se situait au 65 bis rue de Rochechouart dans le 9° arrondissement de Paris.

A l’origine c’était une salle de spectacles qui s’appelait Le Coliseum, finalement elle devint un garage en 1957.

De nos jours, il semble que le bâtiment a disparu et remplacé par un immeuble, voir le lien google maps.

Au moment où l’article est paru, voici le film qui était projeté : Le Chant du bandit réalisé par Lionel Barrymore avec Laurel et Hardy.(source : La Semaine à Paris du 3 avril 1931).

paru dans Comoedia du 3 avril 1931

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Mais la rénovation de la salle et son inauguration avait eu lieu plusieurs mois auparavant, le 13 novembre 1930 comme en témoigne ces publicités parues dans Le Petit Parisien du 13 novembre 1930 et Paris-Soir du 14 novembre 1930. Signalons la présence de Gabriello, l’acteur et chansonnier, qui joua notamment dans Partie de campagne de Jean Renoir (1936).

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Voici une photographie du Roxy que l’on trouve sur le site Flickr de L’ARP – Cinéma des Cinéastes, qui viendrait de la Collection Herbert P. Mathese. Photo extraite de « Paris, la fin des cinémas » (Herbert P. Mathese).

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Nous avions déjà consacré un article à une autre salle du quartier de Rochechouart, l’emblématique Palais-Rochechouart :

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Bonne lecture !

 

L’Exploitation Moderne — Le Roxy

paru dans Cinémagazine daté d’avril 1931

paru dans Cinémagazine daté d’avril 1931

Jusqu’ici dans cette rubrique, nous avons présenté à nos lecteurs des salles cinématographiques de haut luxe, montées à grand frais d’installation. Nous adressant aujourd’hui plus
particulièrement à l’exploitant moyen, nous ne croyons pas inutile de consacrer quelques pages à un
établissement plus modeste certes, mais dont l’installation présente néanmoins quelques particularités fort intéressantes. Nous voulons dire le Roxy, cinéma de la rue Rochechouart.

L’installation du Roxy montre avant tout l’excellent parti que des architectes intelligents peuvent tirer de conditions d’agencement défectueuses. En effet, dans le corps du bâtiment où est encastré ce cinéma, deux autres salles de dimensions importantes occupent une bonne partie du terrain, ne laissant au Roxy qu’un emplacement de forme et de dimensions peu favorables à la construction d’un cinéma modèle. Aussi MM. Leroy et Dartevelle, architectes du Roxy, durent-ils recourir à toutes les ressources de leur longue pratique pour placer dans de bonnes conditions d’accès et de commodité les différents locaux figurant dans l’aménagement d’un établissement cinématographique.

paru dans Cinémagazine daté d’avril 1931

Ceci dit, examinons brièvement la structure du Roxy.

Le parterre de la salle proprement dite est surélevé à la hauteur d’un entresol. Un vaste escalier, se divisant en deux branches, conduit d’abord à ce parterre, puis au balcon.
Le balcon repose sur deux piliers en béton armé, placés au centre de gravité, le porte-à-faux conçu par les architectes étant équilibré par toute la partie arrière, y compris la masse des deux étages d’escalier. Cet ensemble d’un aspect léger est néanmoins d’une solidité qui a été dûment éprouvée par les services compétents des Arts et Métiers.

Les résultats obtenus ont donné toute satisfaction tant aux propriétaires qu’aux entrepreneurs MM. Auger et Bonnet, responsables, comme ingénieurs et comme constructeurs, de l’exécution de cet ouvrage. MM. Auger et Bonnet, voyant que nous nous intéressions à leurs travaux, nous ont fait visiter leurs derniers nés, notamment le garage de La Motte-Picquet, probablement le plus grand de Paris, et celui de la rue Marbeuf, anciennement occupé par Alfa-Roméo, qui offre cette particularité d’avoir des étages suspendus à la toiture, les propriétaires ayant eu primitivement l’intention de conserver les sous-sols et le rez-de-chaussée sans aucun poteau intermédiaire pour pouvoir y installer ultérieurement un cinéma ou un théâtre.

Mais revenons à l’installation du Roxy.
Pour amener l’ancien bâtiment à une hauteur convenable pour la construction d’un balcon, il fallut surélever de 6
m 30 la charpente métallique, composée de six lourdes fermes de 22 mètres, qui, de 11 mètres au point bas, furent remontées à 17 mètres, et éclisser sur les poteaux existants 12 entures métalliques.
Ce travail délicat, en bordure sur une rue passagère, avec échafaudage et protection, sans aucune gêne pour les autres entrepreneurs, a été exécuté par les Ateliers de Constructions générales J. Martin et L. Binon. MM. J. Martin et L. Binon, bien connus dans la Construction, se sont signalés plus particulièrement par les importants travaux qu’ils ont exécutés dans plusieurs des grandes usines de la région parisienne. On les cite souvent pour l’irréprochable conscience professionnelle qu’ils ont toujours manifestée dans leurs entreprises.

Pour loger les fauteuils, les architectes du Roxy ont, avec adresse, utilisé au maximum l’espace disponible, portant ainsi à 1.100 places la capacité de l’établissement, ce qui ne les a pas empêchés de veiller scrupuleusement à ce qu’aucune de ces places ne soit lésée au point de vue visibilité. Pour cela, MM. Leroy et Dartevelle se sont livrés à une vérification minutieuse des « tangentes », principalement pour les places du fond du parterre, à cause des deux piliers. La forte inclinaison des planchers (10 p. 100 au parterre et 35 p. 100 au balcon) et la situation de l’écran haut sur scène contribuent à assurer d’excellentes conditions de visibilité. Les deux premières rangées de fauteuils au parterre, seules, sont critiquables.

Ajoutons qu’une heureuse disposition des locaux permet aux administrateurs du Roxy d’avoir l’œil constamment sur la salle, sans avoir à se déranger de leur bureau de travail.

En résumé, MM. Leroy et Dartevelle se sont tirés à leur honneur d’une tâche difficile. La science qu’ils avaient déjà déployée dans nombre de travaux d’importance et le point de vue pratique qui les guide sans cesse n’auront pas été pour peu dans les résultats acquis au Roxy.


Due à l’architecte-décorateur André Chicont, la décoration du Roxy est inspirée d’un principe immuable en matière de décoration de salles de spectacles. A l’extérieur, façade frappante, voire tapageuse ; à l’intérieur, décoration reposante, discrète, empreinte d’un délicat cachet personnel.
Quoique très jeune encore, M. André Chicont s’est déjà signalé maintes fois par son habileté à créer des effets lumineux toujours nouveaux. Au salon de l’Automobile, particulièrement, la spirale fournit à cet artiste-né le motif d’une féerie d’éclairage extraordinaire. L’enseigne du salon de la T. S. F. et d’innombrables appartements, villas, châteaux ou halls somptueux témoignent la première de l’originalité, les autres de la fraîcheur, de la variété et de la nouveauté de ses conceptions décoratives, très appréciées également en Allemagne et en Amérique.

La façade du Roxy, dont les ingénieurs constructeurs Auger et Bonnet ont été les bons ouvriers, est moderne à souhait : belle sobriété des lignes, plans vastes et nets, simplicité destinée à mettre en relief l’énorme titre du cinéma, dont les lettres sont disposées verticalement. Mais il est dommage que cet établissement ne soit pas situé sur une grande place ou une large avenue, car le passant, par suite du manque de recul occasionné par l’étroitesse de la rue Rochechouart, ne peut juger convenablement de la beauté de l’ensemble, puisqu’il lui est impossible de l’embrasser d’un seul coup d’œil. La maquette que nous reproduisons en tête de cet article donne une idée exacte de ce qu’elle serait, vue à distance.

Le hall, très réussi, est orné avec beaucoup de fantaisie. Là, nous remarquons l’emploi, dans une large mesure, de staff et de métal projeté (celui-ci dans la construction du bar).
Pour la décoration de la salle, M. Chicont a choisi, comme motif décoratif dominant, la
toile d’araignée. L’effet obtenu est d’une extrême légèreté et d’une grande finesse de coloris. Signalons, en outre, les panneaux ajourés de chaque côté du proscénium et le plafond en plans superposés, avec ses trois coupoles décoratives.

paru dans Cinémagazine daté d’avril 1931

Panneaux et plafond ont été spécialement prévus pour favoriser les effets lumineux.
Il nous faut malheureusement déplorer que les exécutants décorateurs, par souci évident d’économie, n’aient point apporté dans le choix et l’application des matériaux décoratifs tout le soin nécessaire pour l’interprétation fidèle de la très belle formule conçue par M. André Chicont. La simplicité moderne exige incontestablement la richesse de la matière. Elle s’accommode mal des demi-mesures dans la réalisation.

Au même degré que les sensibles améliorations de confort réalisées depuis quelques années, l’éclairage des salles, spécialement étudié et considérablement perfectionné, est venu favoriser, lui aussi, l’évolution de l’exploitation cinématographique, en fournissant au décor l’occasion d’une physionomie nouvelle et en lui apportant, surtout lorsque associé à la musique, l’atmosphère de merveilleux enchantement qui est un des grands agréments des cinémas modernes.

Si l’on veut bien s’imaginer ce que pouvait être l’éclairage des théâtres d’autrefois assuré d’abord par la chandelle à suif, puis successivement par la bougie en cire d’abeille, la lampe à huile et, beaucoup plus tard, par le gaz de houille, — on mesurera d’un coup l’énorme pas en avant que l’électricité a fait faire à l’éclairage des salles de spectacles. Alors qu’autrefois les moyens employés — pour la plupart peu commodes et dangereux. — ne bornaient leur rôle qu’à produire une clarté relative et ne se prêtaient qu’à des jeux de scène rudimentaires, l’éclairage moderne, dont la mise au point n’est que relativement récente, peut faire passer une salle de l’obscurité au plein feu delà lumière, ou vice-versa, progressivement, sans heurts, et mettre en jeu l’emploi simultané ou alternatif de plusieurs couleurs en gammes savamment réglées où les « passages » se font toujours graduellement.

paru dans Cinémagazine daté d’avril 1931

Tout au long de l’histoire des grands progrès réalisés dans cette branche si spéciale, nous trouvons le nom de la Compagnie générale des travaux d’éclairage et de force, anciens établissements Clémençon, fondés en 1828, dont les ingénieurs, de génération en génération et de perfectionnement en perfectionnement, sont arrivés à porter l’éclairage scénique ou attractif à un haut degré de perfection, ainsi qu’en attestent leurs travaux à la Comédie-Française, à l’Opéra-Comique, à l’Odéon, au Trocadéro, au Châtelet, à Sarah-Bernhardt, au Théâtrede Bordeaux, au Casino de Paris, au Palace, aux Folies-Bergère, à l’Empire, au Coliséum, à Tabarin, au Palais des Expositions de la porte de Versailles, au Palais de la Méditerranée à Nice, etc., etc..

Lorsque, avec la vogue sans cesse grandissante du cinéma, les salles commencèrent à rivaliser de luxe dans leur présentation, ce fut un jeu pour eux que d’adapter leurs méthodes à l’industrie nouvelle et de trouver la formule qui maintînt haut, une fois de plus, le prestige de la maison. Là encore, ils se constituèrent rapidement de nombreuses références.

Nous trouvons les appareils Clémençon au Plaza, à l’Olympia, au Nouvel-Aubert, au Panthéon, au Victor-Hugo, au Colisée, au Paramount de Marseille, etc.. et, bien entendu, au Roxy.

Dans une installation Clémençon, la progression lumineuse, qui formait le problème le plus délicat à résoudre, est réalisée par le « gradateur », dont la partie essentielle est un rhéostat de 160 plots et dont la résistance est constituée par une toile métallique tissée de fils de constantan et de fils d’amiante. Il existe autant de rhéostats que de circuits lumineux. Ces rhéostats sont commandés mécaniquement par des manipulateurs dont le champ d’action s’étend du jour à la nuit avec vingt degrés intermédiaires, tandis que la commande électrique est réglée par un commutateur qui, lui, fournit l’éclairage, de l’obscurité totale au plein feu, avec seulement deux positions intermédiaires.
Les rhéostats sont rangés en lignes superposées dans un châssis en fer. Chaque ligne correspond à une des couleurs initiales entrant dans les combinaisons lumineuses. Enfin un coupleur et des interrupteurs multiples permettent d’associer ou d’isoler couleurs et circuits.

paru dans Cinémagazine daté d’avril 1931

L’ensemble du système rappelle le traditionnel jeu d’orgue des scènes de théâtre, tirant son nom du fait que les premiers appareils de ce genre, adaptés à l’éclairage au gaz, offraient le même aspect extérieur que les buffets d’orgue d’église.

On se rend compte aisément, par la brève description ci-dessus, de la multiplicité de mariages lumineux que sont à même de réaliser, dans les grands théâtres cinématographiques modernes, jeux d’orgues et gradateurs Clémençon, auxquels un article de la revue Lux ( numéro de février 1930) avait rendu un hommage particulier l’année dernière.

En raison du rendement excellent des appareils de reproduction dont l’établissement est muni et des conditions favorables à la bonne acoustique dans lesquelles la salle proprement dite a été construite et aménagée (balcon cintré, plans du plafond, dans le sens acoustique, départs de scène en biais, descente du plafond en voûte au-dessus de l’écran, murs doublés d’un matériau absorbant de vibrations, etc.), les auditions au Roxy sont reconnues bonnes.

paru dans Cinémagazine daté d’avril 1931

L’installation sonore est l’œuvre de la société anonyme française d’appareils et de films sonores Nalpas, qui, bien que de fondation encore récente, compte déjà à son actif près de cent installations en France, dont quatre à Marseille, quatre à Roubaix, deux à Angoulême, le Palace de Metz, etc….

Fabriqués par la fameuse firme Nitzche, de Leipzig (grand prix de l’Exposition internationale de Barcelone), les trois appareils Nalpas dont est pourvue la cabine de projection du Roxy sont remarquables par l’extrême simplicité avec laquelle ils sont conçus. Ils forment un groupe homogène dont toutes les pièces sortent de la même firme.

paru dans Cinémagazine daté d’avril 1931

Si nous voulons rentrer quelque peu dans la description technique, nous trouvons que le projecteur des appareils Nalpas, renforcé spécialement, comporte plusieurs dispositifs nouveaux, notamment un interrupteur automatique à mercure dont le but est d’offrir, en cas de rupture du film, la double garantie d’arrêter le moteur et de faire tomber un volet supplémentaire de sûreté qui obture l’arc instantanément et une croix de malte interchangeable dont le remplacement est une question de quelques secondes, ce qui dispense d’un appareil de réserve. Bien que fermée complètement, la lanterne, en tôle vernie, doublée d’amiante, est aérée de telle manière que ses parois peuvent subir sans risques de surchauffe les plus grandes intensités de courant à l’arc.

La lampe à arc est à commande sextuple, et tous ses engrenages sont à l’abri des poussières sous un blindage. D’un beau poli optique, le miroir parabolique mesure 200 millimètres de diamètre, suivant les cas. Le moteur est à courant alternatif de 110 à 120 volts, 50 périodes et porte en bout d’arbre une boîte de vitesse permettant soit une vitesse d’entraînement de vingt-quatre images-seconde pour les films parlants, soit une vitesse supérieure pour les films muets.

Le fonctionnement du lecteur de sons, fort simple, est à la portée de l’opérateur le moins expert, et le synchronisateur, entraîné mécaniquement par un cardan rigide, est d’une grande robustesse. D’un montage ou démontage facile, les appareils Nalpas offrent, en outre, l’avantage de limiter l’encombrement au strict minimum. Pour atteindre ce but, les carters de films ont été placés au-dessus et au-dessous du projecteur, et l’embase du socle a été calculée spécialement pour réduire l’emplacement occupé sans cependant nuire, bien entendu, au poids et à l’assise de la masse nécessaire pour annihiler les vibrations du moteur et du dérouleur. Le graissage, enfin, est aisément exécutable et contrôlable.

paru dans Cinémagazine daté d’avril 1931

Quant au matériel acoustique, fourni également par la firme Nalpas, il est de première qualité : cellule photoélectrique extra-sensible, amplificateur, — alimenté sur secteur (110 volts 50 périodes), d’une puissance effective de 15 watts modulés, — donnant au rendement de la voix humaine une tonalité extrêmement favorable, et haut-parleurs électro-dynamiques couvrant aisément toutes les fréquences de la gamme sonore.
Ajoutons que les installations Nalpas sont d’un prix modique, ce qui explique leur vulgarisation rapide.

En terminant, il convient de faire ressortir que, malgré les moyens relativement restreints mis à leur disposition, les architectes et entrepreneurs du Roxy sont parvenus à en faire une salle cinématographique fort acceptable. Le résultat étant, là encore, seul juge, tous ceux dont les efforts ont tendu à l’obtenir au Roxy, en dépit des difficultés, sont à féliciter.

Paul Audinet

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque française

Pour en savoir plus :

Voici quelques posts que nous avons déjà consacrés à des salles de cinéma disparus :

Le Palais-Rochechouart, salle de cinéma (Cinémagazine 1930)

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l’Eden-Gobelins, salle de cinéma, par Lucien Wahl (Pour Vous 1930)

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Le Théâtre Pigalle, salle de cinéma

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