Les débuts d’Harold Lloyd (Cinémagazine 1922)


Le Festival Lumière 2017 à Lyon ouvre ses portes ce jour et nous voulions lui faire ce petit clin d’oeil comme cela nous arrive régulièrement. C’est toujours un bon prétexte pour ressortir des archives de la presse française ces articles qui nous replongent dans l’ambiance de ces années là.

Ces jours-ci, le Festival Lumière 2017 va rendre hommage notamment à l’un des grands comiques américains des années 20 : Harold Lloyd avec surtout deux soirées exceptionnelles les 18 et 22 octobre avec la projection des films : The Kid Brother (1926) et le plus connu Monte là-dessus / Safety Last (1923). Plus de renseignements ici.

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Nous vous avons trouvé un article exceptionnel, paru dans Cinémagazine à la fin de l’année… 1922.

C’est-à-dire avant qu’Harold Lloyd ne tourne Monte là-dessus, son plus grand succès, tourné l’année suivante en 1923. Il est particulièrement intéressant de l’entendre se confier à son ami, le journaliste et futur réalisateur Robert Florey. Il évoque ses débuts avec le réalisateur Hal Roach, comment il a créé son personnage à lunettes et la manière dont il conçoit l’humour.

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Signalons que Monte là-dessus (Safety last), le plus connu des films de Harold Lloyd sortira en France au Cameo, 32 boulevard des Italiens le 19 décembre 1924, selon cette publicité parue dans Comoedia du 18 décembre 1924.

Bonne lecture !

 

Les débuts d’Harold Lloyd par Robert Florey

paru dans Cinémagazine du 29 décembre 1922

Cinémagazine du 29 décembre 1922

Cinémagazine du 29 décembre 1922

C’est à l’Hôtel Algonquin, situé presque à l’angle de la sixième avenue et de la 4° rue, que tous les grands stars cinématographiques, de passage à New York, descendent. Vous rencontrez dans le hall immense de ce caravansérail new-yorkais toutes les personnalités du « moving-picture-business ». L’Hôtel Algonquin est un véritable petit Hollywood ; du reste, son propriétaire, M. Frank Kays est l’ami de toutes les célébrités de l’écran et il ne reste jamais plus d’un an sans venir lui-même à Hollywood, rendre visite à ses nombreux amis. Douglas et Mary sont toujours très heureux de mettre à la disposition de ce charmant homme un des appartements de leur propriété de Beverly Hills, le « Pickfair ». C’est du reste au « Pickfair », dont j’étais également l’hôte, que j’eus l’occasion de faire la connaissance de M. Frank Kays, et à ce moment, je lui avais promis de descendre chez lui chaque fois que je passerais à New-York.

En arrivant à l’Algonquin, j’eus l’impression de me retrouver dans le hall du Hollywood Hôtel. Des metteurs en scène, des stars, des régisseurs, des cameramen s’y trouvaient réunis. Je reconnus tous les bons amis d’Hollywood qui profitaient de la morte saison dans les studios de Californie pour venir respirer un peu l’air de la cinquième avenue. Or, comme l’ascenseur rapide m’emportait vers l’étage qui m’avait été désigné, je sentis une main se poser sur mon épaule. Je me retournai…
Vêtu d’un ample manteau marron, une gigantesque casquette à carreaux enfoncée jusqu’aux yeux, je reconnus mon vieil ami Harold Lloyd.

Je monte au 17°, me dit-il, et vous ?
— Je ne vais qu’au 11°
 étage, mais je vous accompagne jusqu’au 17°, répondis-je.
— Il y a longtemps que vous êtes arrivé à New-York, Harold ?
Non, seulement depuis deux jours ; je vais rester une quinzaine et retournerai ensuite à Los Angeles. J’attends à New-York la première de
Docteur Jack, ma dernière bande.

Cinémagazine du 29 décembre 1922

Cinémagazine du 29 décembre 1922

Nous étions arrivés au 17° étage et Harold décida gentiment qu’il me raccompagnerait au onzième, pour ne pas être en reste de politesse avec moi. Puis, comme nous arrivions au onzième, et que le conducteur oubliait d’arrêter, nous redescendîmes à l’entresol… Je dois vous dire, avant d’aller plus loin, que nous fîmes environ six ou sept fois le voyage de l’entresol au 17° étage et finalement, Harold me dit : « Au fait, « old chap » pourquoi n’entrez-vous pas chez moi cinq minutes ? »
Je suivis Harold.
Son domestique le débarrassa de son manteau, de sa veste et de son gilet.
— Il faut que je passe mon smoking, car je vais ce soir aux Ziegfield Folies, voir 
« The New Amsterdam », la revue nouvelle que vient de lancer Florence Ziegfield. Si le cœur vous en dit, venez avec nous, j’ai une  loge. Ready sera des nôtres. (Ready est le publicity-man d’Harold.)

J’acceptai avec enthousiasme. Après un excellent dîner au Vanderbilt, nous nous rendîmes au théâtre. Le cow-boy Will Rodgers qui, depuis des années et des années, est le « clou » des programmes des Ziegfield Folies (son numéro consiste en quelques exercices de lasso, pendant lesquels il commente à sa façon tous les événements de la semaine) avait appris que Harold viendrait le soir même. Aussi lui ménageait-il une surprise… A peine Will entrait-il en scène en s’amusant avec son lasso, qu’il dit au public :
Je suis bien heureux de voir ici, ce soir, le garçon le plus charmant et le
plus populaire de la colonie cinégraphique d’Hollywood, mon cher ami Harold Lloyd qui est assis dans l’avant-scène de droite… Je suis fier d’être un ami d’Harold Lloyd, nous avons été longtemps des inséparables quand je tournais là-bas, dans cette lointaine Californie, pour Goldwyn et je puis vous déclarer qu’Harold Lloyd est bien le garçon le plus sérieux de la colonie.,.

Dans la salle toutes les têtes se retournent du côté de notre loge et de longues acclamations obligent Harold à saluer le public.
Jamais un scandale n’a éclaboussé le nom d’Harold Lloyd, reprend Rodgers de sa voix
 traînante et nasillarde, jamais, au grand jamais. (Nouveaux applaudissements). Au fait, je vais vous dire pourquoi. C’est parce qu’Harold n’a jamais été assez bête pour se faire pincer… Et puis, entre nous, je vais encore vous dire un secret. Quand un mari rentre dans sa maison par la porte de devant, Harold en sort par la porte de derrière… Et voilà ! ! 

Ayant,dit, Rodgers fit une pirouette et se sauva dans la coulisse pendant que les spectateurs se tordaient de rire. Inutile d’ajouter, n’est-ce pas, que le pauvre Harold riait jaune et trouvait la plaisanterie un peu forte.

C’est vers le « Lambs Club » que nous nous dirigeâmes vers minuit. Malgré la pluie fine et l’épais brouillard qui tombaient sur New-York, Harold tint à faire quelques pas dans la rue. Pour la centième fois je lui posai la question à laquelle il n’avait jamais eu le temps de me répondre à Los Angeles !
Harold, racontez-moi votre vraie vie, mais pas celle que l’ami Ready indique aux journalistes… Non, la vraie, pour les « Amis du Cinéma » de mon pays.

Cinémagazine du 29 décembre 1922

Cinémagazine du 29 décembre 1922

Harold mordit le bout d’un énorme havane, l’alluma, me prit par le bras et parla :
Je suis né à Burchard (Nebraska). J’avais à peine un an lorsque mes parents quittèrent ce village pour aller demeurer dans une ville de l’Utah. Durant une dizaine d’années, mes parents s’en allèrent ainsi de ville en ville. Lorsqu’ils eurent traversé tout le continent américain et qu’ils furent arrivés à San Diego, ils ne purent aller plus loin, attendu que devant eux se trouvait l’Océan Pacifique et, qu’en outre, ils ne voulaient pas revenir sur leurs pas… Ils se fixèrent donc à San Diego, qui est situé, comme vous le savez, à 1oo kilomètres environ de Los-Angeles. Pendant ce temps j’avais appris l’alphabet
 dans l’Etat de Utah, appris à lire dans l’Iowa, à écrire dans l’Oregon, à compter dans le Colorado. Mes premières connaissances géographiques m’avaient été inculquées dans l’Arizona, et celles d’Histoire à… Salt-Lake City, je crois… Mon éducation, jusqu’à l’âge de dix ans, fut faite dans un nombre incalculable d’écoles.

« A San-Diego, mon père prit une petite boutique et je devins son aide ; cela ne m’empêchait pas de suivre les cours du collège et de faire partie d’une troupe d’artistes en herbe,  qui donnaient le soir des représentations d’amateurs. Il m’arrivait également de travailler au théâtre comme vendeur de programmes et de bonbons acidulés ! ! Je fus même placeur et second- contrôleur au « poulailler » comme vous dites en français (plutôt, en argot). De cette façon je pouvais assister à toutes les représentations « sans bourse délier »… Quand je désirais voir les artistes de plus près, je me faisais engager comme aide-électricien ou aide-machiniste… J’avais 14 ans, quand M. Connor fonda à San-Diego la première école d’Art dramatique. Je devins bientôt son élève favori, puis son « second ». J’avais de la sorte quatre occupations : l’école, la boutique de mon père, la vente des programmes et bonbons au théâtre et mes cours avec l’honorable M. Connor. Je devins donc « artiste » ou plus exactement « figurant-intelligent ». Nous jouions tous les soirs, plus deux matinées par semaine et nous répétions le matin, car le programme changeait tous les huit jours. A part cela je suivais d’une façon assez régulière les cours du collège et je fondais une société sportive ! Comme vous le voyez je ne manquais pas d’occupations dans cette fastidieuse ville…

« Si, au collège, j’étais un élève très médiocre, en revanche, sur les « planches », je commençais à me distinguer dans les rôles de composition. A 16 ans je jouais déjà des vieillards de 75 ans !
« Il m’eut été facile de continuer mes études,
  mais ma vie se trouva changée du jour au lendemain par la simple apparition à San Diego d’une compagnie cinégraphique, la « Edison Moving Pictures Company ». Je devins acteur régulier, à raison de 35 dollars par semaine. Il m’arrivait de jouer cinq rôles différents dans la même journée, tour à tour j’étais le policeman, le bandit, le journaliste, le vieux général, l’Indien ou le cow-boy, le traître ou l’enfant, enfin vous savez ce que c’est ! J’abandonnais à la fois le collège, la boutique de mon père, Mr. Connor, ma Société sportive et le théâtre pour suivre la « Edison Company » qui allait s’installer un peu plus au Nord, sur la Côte à Los-Angeles.

« Après avoir, en un an, joué plus de 500 rôles pour « Edison » je passai sous le pavillon d’une nouvelle compagnie qui venait de se fonder, la « Keystone ».

Cinémagazine du 29 décembre 1922

Cinémagazine du 29 décembre 1922

Nous étions arrivés devant le « Lambs Club » et nous passâmes directement au fumoir. Par bonheur, vue l’heure assez tardive, personne ne se trouvait là, ce qui me permit d’entendre la fin du récit d’Harold.

Chez Keystone, dont Sennett présidait les destinées, je fis la connaissance d’un jeune garçon de mon âge nommé Hal Roach. Un jour que Roach était malade j’eus la chance de jouer un rôle qui lui avait été confié et cela me rapprocha davantage de lui. Nous devînmes des inséparables. Roach voulait devenir metteur en scène, aussi, lorsque son oncle mourut, quelques mois plus tard, en lui laissant un petit héritage, il quitta la Keystone pour former sa propre compagnie. Il me demanda alors si je voulais travailler dans sa troupe aux appointements de 5o dollars par semaine. Cela se passait en 1916. Je ne devais jouer que des rôles comiques, mais pour un salaire aussi important j’eusse volontiers accepté de jouer un rôle de… d’hippopotame au besoin ! Je signai un contrat avec Hal Roach.

« Or, en 1916, le grand public ne pouvait concevoir qu’un seul comique pour l’écran « Charlie Chaplin ». Et parce que Charlot portait une petite moustache et un costume trop large, le public pensait que tous les autres comiques devaient être comme lui… Je ne voulais pas imiter Charlot, mais j’étais tout de même obligé de m’en tenir aux goûts du public. Pour tant je tenais à apporter un peu d’originalité dans mes rôles : Charlot ayant des vêtements trop larges, je pris des vêtements extrêmement courts et étroits ainsi qu’une petite moustache différente de la sienne. Je devins « Lonesome Luke » et tournai sous cet aspect plus de 150 farces ineptes en une partie. Je faisais un film en deux ou trois jours, et ces productions, quoique mauvaises, me valurent une certaine popularité. Elles ne me donnèrent jamais une satisfaction personnelle.

Je sentais bien que ce genre de travail ne me mènerait pas loin et je songeais sérieusement à créer un autre « type », une nouvelle silhouette. J’avais vu un jour sur la scène un comique porter des grosses lunettes en écaille et je pensais lancer ce genre à l’écran.

Cinémagazine du 29 décembre 1922

Cinémagazine du 29 décembre 1922

« Dès lors, je commençai à étudier très sérieusement les situations comiques. Ceci, mon vieux Bob, vous paraîtra sans doute assez contradictoire, mais je vous assure que ça ne l’est pas. La chose la plus difficile au monde est celle de faire rire le monde. Je travaille jour et nuit, j’étudie sans cesse, je réfléchis du matin au soir pour trouver ce qui fait rire le public. Je me demande toujours pourquoi, les gens rient quand on ne fait rien pour les faire rire et pourquoi ils ne rient pas quand on essaie de les faire rire… N’importe où je me trouve, j’observe les gens et je les regarde rire, je cherche aussi la raison exacte pour laquelle ils rient. C’est un travail énorme.

Lorsque j’eus terminé les « Lonesome Luke » je décidai que le public ne devait plus rire en voyant mes films, à cause de l’excentricité de mes vêtements, non, il fallait que leur hilarité soit provoquée par une surprise naturelle ou par une farce ou action qu’ils n’attendaient pas. Les gens aiment à se moquer de la victime d’une farce, ils aiment à rire lorsqu’une aventure ridicule arrive à un de leurs semblables, les avez-vous vu rire tout à l’heure chez « Ziegfield » lorsque Will se moquait de moi ? Les gens rient instinctivement, n’importe où.
Ils s’amuseront de voir un pot de peinture tomber d’un échafaudage sur la tête d’un promeneur, ne pensant même pas qu’ils auraient pu tout aussi bien recevoir le pot sur la tête… Ils rient lorsqu’ils voient un gros monsieur glisser dans la rue sur une peau de banane, ils rient souvent cruellement, mais naturellement. Une action grotesque, imprévue, de ce genre, les amuse.

C’est pour cela que je décidai de renoncer au genre « Lonesome Luke ». D’ailleurs, dans la vie, personne ne porte des vêtements grotesques comme ceux dont je m’affublais dans ces films ; vous n’avez jamais vu non plus dans un restaurant des gens se jeter des tartes à la crème ou des « custard pies » à la tête ? Les policemen ne se battent pas avec les bandits en se lançant des briques à la volée…

« Prenez pour exemple, de mon nouveau genre, mes lunettes en écaille. Vous ne pouvez pas faire cent pas dans la rue, sans rencontrer un homme qui porte des lunettes, vous en portez vous-même !.,. Ceci est donc normal et suffit cependant à me donner un « type » spécial, une « Trademark ». Muni de mes lunettes suffisantes à me donner un « genre », je décidai de m’habiller correctement, comme n’importe qui. Mon apparition à l’écran fut dès lors naturelle, et les aventures qui m’arrivèrent parurent plus vraisemblables, plus capables d’arriver à n’importe qui. Me saisissez-vous ?

« Ce n’est qu’alors que commença la partie pénible de mon travail. N’ayant plus l’aspect comique, il me fallut être comique naturellement.
« La Maison Pathé d’Amérique distribuait mes films et, lorsque mon ami Roach expliqua au directeur. M. Brunet, que j’avais décidé de changer mon genre, ce fut quelque chose de terrible…

« — Nous avons lancé sur le marché les films de Lonesome Luke, nous n’allons pas lancer, maintenant, M. Harold Lloyd, qui est un inconnu… Toute notre publicité est faite, nous devrions tout recommencer de A à Z. C’est impossible. Dites à Lloyd qu’il ne peut être que Lonesome Luke. D’ailleurs, son idée n’aura aucun succès auprès du public... »

C’est ainsi que s’exprima la direction de Pathé d’Amérique…
« — All right ! répondis-je, mon contrat est terminé avec vous. Je m’en vais. J’ai juste
ment des offres intéressantes d’une autre compagnie…
« Lorsqu’ils se rendirent compte de mon départ imminent et que, d’une façon ou de l’autre, la série des « Lonesome Luke » serait arrêtée, la direction de Pathé, résolut de tenter de lancer « 
Harold Lloyd, l’homme aux lunettes d’écaille... »
« Nous commençâmes immédiatement à tourner une nouvelle série de films et le succès vint de suite, éclatant. Mon salaire fut sensiblement augmenté. Pour éviter d’entendre le public déclarer : « Oh ! il n’est plus aussi bon que dans le temps », ou encore : « Oh ! il fait toujours la même chose » je jouai différents caractères tout en gardant précieusement mes lunettes.

Cinémagazine du 29 décembre 1922

Cinémagazine du 29 décembre 1922

A propos de ces dernières, je dois vous dire qu’elles me donnèrent beaucoup de « fil à retordre ». Elles furent sujettes à une étude très spéciale. Ces lunettes ne sont naturellement pas munies de verres, elles ne sont composées que d’une simple monture d’écaillé. Mais cette monture est dessinée avec soin. Si, par exemple, les cercles des lunettes avaient été trop grands, ils auraient couvert mes sourcils, et par ce fait, m’auraient enlevé un moyen d’expression. La partie supérieure de ces lunettes fut montée de façon à arriver au-dessous de mes sourcils et la monture fut fabriquée de manière à ne cacher aucun des traits de ma physionomie.

Il est rare, lorsque je commence un film, que je connaisse exactement le scénario que je vais tourner. Je débute par une idée générale et c’est en tournant que nous trouvons les idées, les « gags ». Le public aime à être surpris, mon vieux Bob, du reste, n’est-ce pas le cas pour vous même ? Si quelque chose d’inattendu vous arrive, n’en êtes-vous pas stimulé ? Supposez que quelqu’un vous raconte une anecdote (c’est une supposition, car il n’y a plus moyen de vous en placer une puisque vous les connaissez toutes) et que vous deviniez la « chute », vous perdez tout intérêt à l’histoire et vous n’écoutez même pas le narrateur. Dans un film, vous pouvez facilement prévoir les événements, mais si, au lieu de l’action que vous devinez, une autre action imprévue et cent fois plus comique survient, vous éclatez de rire.

Il faut toujours montrer au public des situations inattendues, plus drôles que celles qu’il prévoit. Il ne faut jamais présenter une scène ridicule qui se satisfait d’être ridicule, sans aucun résultat comique appréciable. Le public serait désappointé. Tandis que si votre scène ridicule se termine par une conclusion autre que celle attendue, votre succès est certain. Supposez que je vienne à votre rencontre dans la rue, avec un sourire béat aux lèvres, et qu’après vous avoir demandé des nouvelles de votre santé je vous annonce tranquillement que votre maison est en flammes.
Cela vous fera encore plus d’effet que si vous receviez un coup de poing de Jack Dempsey sur le nez… Envisagez la situation inverse.
Vous attendez une fâcheuse nouvelle et c’est une excellente nouvelle qui vous arrive. Vous êtes doublement heureux.

« C’est cela que je mets toujours en pratique, en faisant toujours croire aux spectateurs que je vais m’engager dans une situation très dangereuse… Lorsqu’ils sont prêts à plaindre mon malheur, ma déconfiture et mes déboires, j’échappe de la situation d’une façon comique à laquelle personne ne s’attend… »

A ce moment, le boy des « Lambs » vint interrompre ce récit.
— On demande M. Harold Lloyd au téléphone…
Harold me dit :
Vous voyez, voilà encore une surprise à laquelle je ne m’attendais pas… Qui peut bien me téléphoner ici à 3 heures du matin ?

Robert Florey (New-York, 2o novembre 1922)

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Au moment où paraît cet article Harold Lloyd est à l’affiche à Paris dans Un Heureux Mari (I Do) de Hal Roach au Montrouge-Palace dans le 14° arrondissement.

Source :

Cinémagazine : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

Comedia : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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Pour en savoir plus :

Les Ciné-concerts Harold Lloyd à l’Auditorium de Lyon au Festival Lumière 2017.

La Rétrospective Harold Lloyd (Long et Court Métrages) au Festival Lumière 2017.

« HAROLD LLOYD ET LA CULTURE POP 30 ans de clins d’œil » sur le site du Festival Lumière 2017.

Un excellente compilation d’extraits mémorables de films de Harold Lloyd.

L’extrait de la fameuse scène de Monte là-dessus (Safety last) de 1923.

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