La Poussinière d’Aimos (Ciné-Mondial 1942)


C’est dans le n°23 daté du 16 janvier 1942 de la revue Ciné-Mondial que paraît cet article sur Aimos, l’un des seconds rôles les plus attachants du cinéma français, qui restera à jamais Quart-Vittel du Quai des Brumes ou Tintin de La Belle Equipe.

Cet article est l’occasion de le découvrir sous son angle le plus humain.

Rappelons qu’Aimos est mort en résistant dans des circonstances obscures lors de la libération de Paris le 20 août 1944.

Nous avons rajouté la notice biographique que lui avait consacré Doringe en août 19365 dans Pour Vous (ici).

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La Poussinière d’Aimos

Si vous passez devant le 49 de la rue Montmartre, vous remarquerez peut-être un restaurant de mine modeste, à l’enseigne de « Vigouroux », repas à 8fr50 (!!!). Point de panneau publicitaire, point d’affiches tapageuses… Pourtant, « Vigouroux », cela pourrait vous dire quelque chose. Un homme (un brave homme) de ce nom fonda, voici quelques années, la première « soupe populaire ».

La faim pour des adultes, c’est dur.

Mais pour des enfants, c’est terrible.

Des enfants, dont le seul crime a été de voir le jour à une époque troublée, qui fait leur papa chômeur ou prisonnier ; de tout-petits dont la société, puisqu’elle les a laissé naître, devrait se charger.

Aimos dans Ciné-Mondial (16.01.1942)

Aimos dans Ciné-Mondial (16.01.1942)

C’est en roulant dans sa tête les données de ce problème social difficile à résoudre, que l’idée vint un jour à Aimos de fonder une « soupe populaire des moins de douze ans ».

Il s’adressa à M.Vigouroux (il savait à quelle porte il frappait) et lui fit part de son projet.

Quinze jours plus tard, le premier étage du restaurant lui était réservé ; et la caissière commençait à remettre à ses minuscules clients, qui sont tous devenus des habitués, le bon qui leur permettrait d’obtenir, « en haut », un confortable et chaud repas… sans qu’il leur en coûte un centime, bien entendu.

Aimos dans Ciné-Mondial (16.01.1942)

Aimos dans Ciné-Mondial (16.01.1942)

— Nous avons quatre-vingt-neuf inscrits, me dit Mme Rachel Pipart, belle-soeur d’Aimos, qui joue ici le triple rôle de surveillante, de maman et de servante.

Pendant que nous bavardions, Aimos est arrivé. Il était à peine en haut de l’escalier que les gosses, d’un seul élan, se jetaient sur lui ; les petits pour l’embrasser, les « grands » pour lui serrer la main, aux cris de : « Bonjour, m’sieur Aimos ! »

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Les petits qui viennent ici sont des enfants de prisonniers ou de chomeurs. le plus souvent, Berthe ou moi avons personellement étudié leurs cas. les autres me sont envoyés par les directeurs d’école qui connaissaient bien les familles nécessiteuses.

— Comment les nourrissez-vous, ces petits ?

Eh bien !… vous voyez, pas mal…

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Effectivement, les enfants sont installés devant des assiettes garnies de boudin à la pomme purée, où la quantité n’a point l’air de nuire à la qualité.

— Et… comme disent ces messieurs de la police « d’où vient l’argent ? »

De la vente de ma photo dédicacée dans les salles de spectacle où je fais mon tour de chant. Et aussi de la contribution mensuelle de quelques braves gens que j’ai appelé mes « abonnés »…

Aimos dans Ciné-Mondial (16.01.1942)

Aimos dans Ciné-Mondial (16.01.1942)

Nous nous séparons. Un peu gêné, Aimos refuse nos félicitations. Il me fait promettre de dire dans mon papier qu’il y a encore un peu de place pour des enfants pas riches, au-dessus du restaurant Vigouroux…

Ainsi, avec la simplicité et la modestie qu’on lui connait, Aimos donne ainsi à tous une magnifique leçon de solidarité et d’entraide. il serait souhaitable que d’autres, mieux placés encore que ce sympathique artiste, prissent exemple sur lui.

La charité, aujourd’hui, est un devoir social.

Jean Guigo

Aimos dans Ciné-Mondial (16.01.1942)

Aimos dans Ciné-Mondial (16.01.1942)

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Aimos dans Pour Vous 1935

Aimos dans Pour Vous 1935

 AIMOS (Raymond) par Doringe

paru dans Pour Vous n°354 daté du 29 août 1935

Raymond Aimos est né le 28 mars 1891 à La Fère (Aisne) d’une maman ardennaise et d’un horloger de La Fère où ses propres parents étaient horlogers, comme Raymond aurait pu le devenir si la vie n’avait conduit sa famille à Paris lorsqu’il avait six ans.

Habite Villa chez nous, Les Coteaux, Chennevières -sur – Marne ( Seine -et-Oise) et répond toujours au courrier. Quand il tarde trop à le faire, sa femme le rappelle au sentiment du devoir !

Particularités physiques et morales.

— Taille : 1 m. 77. Poids : 68 kilos. Maigre et nerveux. Yeux brun vert ; cheveux châtain foncé. Assez gourmand. Aime le bon vin. Préfère à la ville la campagne, y vit à longueur d’année entre sa femme, ses trois chiens — un petit, un moyen, un gros — ses trente chats, ses vingt poules qui ont chacune un nom, dont la plupart mourront de leur belle mort sans connaître la casserole ni la broche, ses cent dix pigeons et son geai à qui il apprend à parler. Bêche son jardin mais pas ses camarades.

Est extrêmement fidèle à ses amis. Quand on lui parle de Préjean, qu’il a découvert lorsqu’il était lui-même régisseur chez Diamant-Berger, de Gabin, avec le père de qui il joua la revue et l’opérette, de Blanchar, de Vanel, de Gabrio, il devient enthousiaste et bavard.

Pratique tous les sports sauf l’aviron. Se déclare roi de la belote : c’est un titre assez disputé dans le cinéma et peut-être faudra-t-il avant longtemps mettre ces diverses majestés aux prises pour savoir à qui vraiment revient la couronne.

Sa vie.

— Vagabondait allègrement dans les prés entourant La Fère. Tente de continuer son existence d’écolier buissonnier lorsqu’on le met en classe à Paris. A neuf ans, décidément peu épris de l’école, supplie ses parents de lui laisser faire du théâtre : c’est donc le Châtelet. A onze ans, lancé par Francis Dufor, débute au Concert du Commerce, faubourg du Temple, dans un tour de chant ; depuis lors, ne lâche plus le métier. Est tantôt « le gavroche parisien » et tantôt « le petit Raymond ». Fait du théâtre, du music-hall, de la régie de film, est durant six ans le premier comique du Casino de Lyon, mais depuis son enfance une large part de sa vie est réservée…

Au cinéma.

— Tourne sa première bande à douze ans, c’est un film de publicité : le jeune Raymond arrose le jardinier. Son premier grand film est pour Pathé, Voyage dans la Lune, par Capellani père. Tourne tous les films de Méliès. Passe cinq ans avec Jasset, metteur en scène d’Eclair. Toute la série des Nick Carter. Est dans les films avec lesquels s’ouvrent les studios Eclair, Lux, Le Lion au Pré-Saint-Gervais, Gaumont rue de la Villette, qui était alors une maison en verre. Tourne une série à lui, la série Calino.

Chez Diamant-Berger double les vedettes dans les scènes acrobatiques ou dangereuses et initie Préjean à ce périlleux métier. Abandonne l’écran pour refaire du music-hall à Lyon avec Rasimi. Reparaît dans Les Croix de bois, de Raymond Bernard d’après Roland Dorgelès, pour le rôle de Fouillard. Tourne à Berlin Au bout du monde, avec Blanchar, Un certain M. Grant, avec Jean Murat. Est le « fada » dans Justin de Marseille, le film de Maurice Tourneur d’après Carlo Rim. Est Mulot dans La Bandera, conserve une profonde reconnaissance à Mac Orlan qui voyait en lui l’homme du rôle et à Julien Duvivier qui a lutté pour le lui faire obtenir.

Tourne actuellement Amants et Voleurs, ex Costaud des Epinettes. Fait partie de la distribution du prochain Pierre Chenal, Les Mutinés de l’Elseneur.

Aimos dans Pour Vous 1935

Aimos dans Pour Vous 1935

Source : Bibliothèque numérique de la Cinémathèque de Toulouse

Pour en savoir plus :

La biographie d’Aimos sur le site CinéArtistes.

Raymond Aimos par Patrick Modiano sur le site Le Réseau Modiano.

Aimos dans La Belle Equipe de Julien Duvivier sur le blog Mon Cinema à Moi.

Attention SPOILER ! (à regarder seulement si vous avez déjà vu le film).

 

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