La sortie dans les salles de cinéma de « Paris qui dort » de René Clair (1925)


Paris qui dort est le premier film de René Clair même s’il est sorti après Entr’acte (cf notre post publié il y an).

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Tourné alors que René Clair n’a pas vingt-cinq ans, film qu’il a écrit, dirigé et monté seul, Paris qui dort est un chef d’oeuvre poétique avec ces moments burlesques chers au René Clair des débuts.

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Alors que la France, et le monde entier, connaît une crise inédite et que plus de la moitié des être humains vit confiné depuis de nombreuses semaines, il nous a parus opportun de consacrer cet unique post, pour le mois d’avril, à ce film qui symbolise le mieux, du moins pour les parisiens, cette période.

On y découvre un Paris endormi, désert, où seuls les cinq protagonistes déambulent dans la capitale. Le moment le plus poétique étant celui où on les retrouve en haut de la Tour Eiffel en train de flâner, vertigineux !

Ainsi, en nous montrant ce Paris qui dort, René Clair n’aurais sans doute jamais imaginé préfigurer, 96 ans plus tard !, ce Paris confiné que nous connaissons actuellement.

Il n’y a qu’à traverser la Place de la Concorde en pleine journée pour se rendre compte du côté irréel de ce que nous vivons.

D.R. PATHE

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Ancien acteur (chez Louis Feuillade !), ancien journaliste (chez L’Intransigeant), René Clair va devenir cinéaste grâce au réalisateur Jacques de Baroncelli qui le recommande au producteur-réalisateur Henri Diamant-Berger. Celui-ci vient de tourner la première version, remarquée, des Trois Mousquetaires (1921) et décide de produire le premier film de René Clair, Paris qui dort, écrit en quelques feuillets, une nuit de novembre 1922, « après deux ou trois pipes d’opium » raconte Pierre Billard (Le Mystère René Clair, Plon, 1998).

On retrouve d’ailleurs dans Paris qui dort plusieurs acteurs qui avaient joué dans Les Trois Mousquetaires : Henri Rollan, Charles Martinelli, Louis Pré Fils, Antoine Stacquet, Marcel Vallée et Albert Préjean (qui était cascadeur dans ce film).

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Paris qui dort a été tourné l’été 1923. Les passages emblématiques sur la Tour Eiffel (réalisés sans trucage !) seront tournés à partir du 20 juin (après avoir payé les billets d’admission !). Puis du 26 au 28 juin, sont tournés les moments de grande circulation place Vendôme, sur les Boulevards et place de l’Opéra (filmée du toit du Grand Hôtel).

Pierre Billard nous apprend que les scènes du Paris vide seront tournés le 8 août 1923 à 5h du matin.

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Paris qui dort est terminé en novembre 1923. Mais le film ne sera présenté à la presse que le 24 octobre 1924 avant une sortie en exclusivité à Paris le 6 février 1925 sous le nom du Rayon Diabolique, à l’Omnia-Pathé, au Colisée, au Lutetia-Wagram, et au Select.

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Signalons que Le Rayon Diabolique sera le titre français du film Air Hawks de Albert Rogell qui sortit en 1935.

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Histoire de remettre la sortie de Paris qui dort en perspective, signalons que deux mois après sa presentation à la presse seront présenté à leur tour à Paris :  L’Inhumaine de Marcel L’Herbier au Madeleine-Cinema le 5 décembre 1924, La Fille de l’eau de Jean Renoir le 12 décembre. Alors qu’en même temps triomphe au Marivaux,  Le Miracle des Loups de Raymond Bernard. Une période faste pour les cinéphiles parisiens !

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Surtout, René Clair a déjà tourné deux films depuis Paris qui dort ! Bien sûr, il y a Entr’acte projeté le 27 novembre 1924 avec le ballet de Francis Picabia, Relâche. Mais aussi, le Fantôme du Moulin-Rouge, qui sera présenté au Gaumont-Palace, le 14 février 1925, soit juste une semaine après la sortie de Paris qui dort !

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Vous pouvez lire ci-dessous divers articles et encarts retraçant la préparation, le tournage et la sortie de Paris qui dort, parus comme il se doit dans la presse de l’époque.

Notamment celui-ci : Le cinéma n’est pas encore un art. Depuis « L’Arroseur arrosé » (Comoedia du 17 octobre 1924).

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Merci à Revus et Corrigés pour ce beau GIF animé.

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Ce post est paru alors que nous sommes le #ConfinementJour40.

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A suivre…

paru dans Cinéa du 15 décembre 1924

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Voici la première mention du projet de René Clair, Paris qui dort, paru dans Comoedia du 04 juillet 1923, un an et demie avant sa sortie.

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Le Journal L’Oeuvre, nous apprend que René Clair a tourné des scènes sur la Tour Eiffel au mois de juillet 1923 et au Studio des Réservoirs à Joinville en août 1923.

paru dans L’Oeuvre du 27 juillet 1923

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paru dans L’Oeuvre du 05 août 1923

Nous apprenons même que Rudolph Valentino a visité le Studio de Joinville où René Clair tournait Paris qui dort.

paru dans L’Oeuvre du 25 août 1923

Et que René Clair s’est mis à la préparation de son prochain film pour Les Films Diamant, si tôt la fin du tournage de Paris qui dort.

paru dans L’Oeuvre du 13 septembre 1923

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Le 31 décembre 1923, parait dans l’Intransigeant cet encart sur le tournage de Paris qui dort à la Tour Eiffel.

paru dans L’Intransigeant du 31 décembre 1923

Eiffel vient de mourir et l’on annonce un film, qui est une sorte d’apothéose de la Tour Eiffel. C’est Paris qui dort de M. René Clair.
Le metteur en scène a trouvé le moyen de faire vivre ses héros sur la Tour, ils y sont confortablement installés, et ce n’est pas banal de les voir se promener de haut en bas, alors que le commun des mortels déambule plus volontiers de long en large.
Et ces promenades là nous donnent souvent le vertige. M. Préjean, notamment, a une manière de grimper en s’accrochant aux boulons extérieurs qui n’est pas à la portée de tout le monde.

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En mars 1924, un imbroglio surgit entre deux projets qui porte le nom de Paris qui dort, Comoedia s’en fait l’écho :

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Encart paru dans Comoedia du 10 mars 1924

paru dans Comoedia du 10 mars 1924

Nous avons reçu la lettre suivante :

Cher monsieur,

J’apprends par Comoedia que M. Keppens va tourner un film intitule Paris qui dort. Etes-vous bien certain de l’exactitude de cette information ?

Paris qui dort est le titre d’un film dont j’ai écrit le scénario et que j’ai réalisé l’été dernier pour les Films Diamant. Ce film a été annoncé dès juillet 1923 par Comoedia et de nombreux journaux. Il est terminé et sera sans doute présenté bientôt.
Je vous prie de croire, cher monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René CLAIR.

Nous enregistrons bien volontiers cette déclaration de M. René Clair. Il semble toutefois que notre information soit exacte. Il y aurait donc deux films portant un titre identique. De nombreux précédents ont établi que dans ce cas la priorité du choix donne droit de propriété.

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Le lendemain, Comoedia fait paraître cette mise au point.

« Paris qui dort » et « Paris le soir »

paru dans Comoedia du 11 mars 1924

paru dans Comoedia du 11 mars 1924

Nous avons publié hier une note relative à la similitude de titre existant entre les films de MM. René Clair et Keppens qui étaient annoncés comme devant tous deux s’intituler Paris qui dort. Nous avions même proposé une solution logique du différend, mais celle-ci n’aura pas à intervenir, car en dernière heure nous apprenons que la bande de M. Keppens s’appellera Paris le soir. (ce film s’appellera « Paris La Nuit » à sa sortie. ndlr)

Mlle Régine Bouet, charmante protagoniste de ce dernier film, saura, enfin comme il convient de le désigner.

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Paris-Soir publie le 29 juin 1924 cet encart sur le tournage du second film de René Clair, Entr’acte.

paru dans Paris-Soir du 29 juin 1924

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C’est dans Ciné-Journal du 26 septembre 1924 que l’on trouve cette page publicitaire sur Paris qui dort (renommé Le Rayon Diabolique).

paru dans Ciné-Journal du 26 septembre 1924

paru dans Ciné-Journal du 26 septembre 1924

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paru dans Ciné-Journal du 26 septembre 1924

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Comoedia publie, peu de temps avant la présentation de Paris qui dort, ce texte de René Clair dans lequel il revient sur sa conception du cinéma et rend hommage aux frères Lumière.

Le cinéma n’est pas encore un art

Depuis « L’Arroseur arrosé »

paru dans Comoedia du 17 octobre 1924

paru dans Comoedia du 17 octobre 1924

Que le cinéma ait été créé pour enregistrer le mouvement, voilà qui n’est guère contestable et voilà pourtant ce que l’on semble trop oublier. L.a principale tâche de la génération actuelle devrait être de ramener le cinéma vers ses origines et, pour cela, le débarrasser de tout le faux art qui l’étouffe.

L’erreur a été de décider trop tôt que le cinéma était un art. Si on ne l’avait traité que comme une industrie, l’art lui-même y aurait gagné. Les automobiles modernes auraient-elles pris leurs belles formes longues si les constructeurs avaient pensé à les charger d’ornements de carrosse avant de penser à les faire marcher vite ? La routine de nos jugements s’est plu à retrouver dans les films les poncifs des arts. Le désir du succès facile a poussé la plupart des réalisateurs à s’inspirer d’une esthétique « Clair de lune de Werther ». Il aurait été aussi néfaste de penser au « Sacre du printemps ». C’est seulement en soi que le cinéma trouvera « le lieu et la formule ».

Aucune innovation artistique n’est pour le cinéma aussi intéressante qu’un quelconque progrès industriel. « Il y a quarante mille salles de cinéma au monde. Le plus grand studio est long de trois cents mètres. » Voilà qui est digne d’intérêt et qui prépare l’avenir ! Avant tout, il faut que le cinéma vive.

L’art viendra, tout seul, c’est le chien de Jean Nivelle.

C’est pourquoi nous aimerions que le réalisateur d’un film ne se défendît pas d’une certaine humilité. Tout ce qu’il peut faire est encore si loin de ce qui peut être et si rarement digne de cet instrument admirable qu’est un appareil de prise de vues ! Le cinéma n’est pas encore un art parce que, l’œuvre cinématographique est le fruit d’une collaboration nombreuse. Artistes, opérateurs, développeurs, machinistes, électriciens et surtout éditeurs et directeurs collaborent d’une manière utile ou nuisible à l’œuvre du réalisateur.

Où l’art trouvera-t-il sa place ? Je pense qu’il ne faut plus songer à l’art, ni l’appeler à grands cris. Il faut se maintenir dans un état de disponibilité parfaite et se souvenir des origines du cinéma, avant l’intrusion fâcheuse du « film d’art ».

J’ai tenté de renouer avec ces origines dans Paris qui dort (appelé par ses éditeurs Le Rayon diabolique) et dans Le Fantôme du Moulin-Rouge, que mes collaborateurs et moi achevons, en ce moment. Sans négliger l’enrichissement considérable de la technique, il m’a semblé possible de faire, comme au début du cinéma, des films dont les scénarios sont directement écrits pour l’écran et utilisent quelques-unes des ressources propres à l’appareil de prise de vues.

paru dans Comoedia du 17 octobre 1924

Je pense que le sujet d’un film doit être, avant tout, un thème visuel. Paris qui dort a pour thème l’opposition de l’immobilité et du mouvement, et Le Fantôme du Moulin-Rouge est une histoire fantastique basée sur la surimpression, merveilleux moyen d’expression grâce auquel la réalité se fond dans le rêve.

Le public verra ces films cette saison sans doute. J’attends de l’accueil qu’il leur fera un utile enseignement.

S’il est une esthétique du cinéma, elle a été découverte en même temps que l’appareil de prise de vues et le film en France, par les frères Lumière. Elle se résume en un mot : « mouvement ». Mouvement extérieur des objets perçus par l’œil, auquel nous ajouterons aujourd’hui le mouvement intérieur de l’action. De l’union de ces deux mouvements peut naître ce dont on parle tant et ce que l’on perçoit si peu souvent : le rythme.

Quand les frères Lumière ont voulu démontrer la valeur de leur merveilleuse invention, ils n’ont pas présenté sur l’écran un paysage mort ou un dialogue entre deux personnages muets : ils nous ont donné L’arrivée d’un train, Une Charge de cuirassiers et cet Arroseur arrosé qui fut le père du film comique.

Si nous voulons que le cinéma croisse en force, respectons cette tradition oubliée, revenons a cette source.

René Clair

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Paris qui dort sera finalement présenté à la presse à 14h le 24 octobre 1924 au cinéma l’Artistic par l’Agence Générale Cinématographique, comme le prouve l’encart suivant paru dans Comoedia du jour.

paru dans Comoedia du 24 octobre 1924

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Critique de Paris qui dort (Le Rayon Diabolique)

paru dans Cinémagazine du 14 novembre 1924

paru dans Cinémagazine du 14 novembre 1924

PARIS QUI DORT (film français).
Une amusante fantaisie qui m’a fait passer une heure agréable. Le gardien de la tour Eiffel en descendant, un jour, de son poste s’aperçoit que la capitale est plongée dans une léthargie complète. Ses grandes artères sont désertes,.. Seuls êtres vivants, cinq touristes qui viennent d’atterrir en avion au Bourget, se joignent au solitaire…

Et nous voilà, avec eux, entraînés au milieu de la plus ahurissante des aventures.
Amusants et réussis les truquages photographiques ! Curieuse l’interprétation !

Albert Bonneau

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Critique de « Paris qui dort (Le Rayon Diabolique) »

paru dans Cinéa du 15 novembre 1924

paru dans Cinéa du 15 novembre 1924

Le Rayon Diabolique.

— Nous avons beaucoup goûté cette pochade funambulesque et philosophique du jeune réalisateur René Clair. Plonger Paris dans le sommeil, le réveiller et le rendormir au gré d’une manette électrique est une fantaisie que les savants de l’an 2000 pourront sans doute s’offrir.

L’anticipation de René Clair est simplement amusante, mais son thème lui a permis d’appliquer certains procédés techniques assez imprévus, comme l’introduction de photos fixes dans la pellicule animée, qui sont d’un effet sûr.

La partie humoristique de l’aventure est délicieusement défendue par Henri Rollan, Marcel Vallée, Stacquet, Madeleine Rodrigue et l’aviateur Préjean qui se révèle excellent acteur.

Robert Trévise

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Critique de « Paris qui dort (Le Rayon Diabolique) »

paru dans Le Petit Parisien du 22 novembre 1924

paru dans Le Petit Parisien du 22 novembre 1924

Nous n’avions pas encore parlé d’un film français, le Rayon diabolique, qui a vraiment de la fantaisie, et qui est réalisé d’une façon amusante. Un savant a fait une expérience singulière. De son laboratoire, il a lancé à Paris des ondes qui ont eu le pouvoir d’endormir soudain la grande ville. La vie s’est arrêtée. Les gens sont restés figés dans l’attitude qu’ils avaient au moment où s’est exercée l’action du rayon. Seuls ont échappé à son influence le gardien de la tour Eiffel, parce qu’il se trouvait trop haut, et des voyageurs qui viennent de débarquer d’un aéroplane.

Après avoir éprouvé un juste étonnement, ils s’avisent que cette circonstance étrange les fait les maîtres de Paris. Deux des voyageurs étaient un détective et un cambrioleur. Celui-ci, avec ses talents spéciaux, devient l’homme précieux. Il force les portes, pénètre dans les caves de la Banque, assure les provisions. La prudence exige, cependant, en cas d’un retour d’émission du rayon, que ces six ou sept compagnons, réunis par le hasard, fassent leur quartier général du sommet de la tour Eiffel, où ils se sont installés confortablement, grâce à leur butin.

Mais ce butin, à quoi leur sert-il, alors que règne l’universelle léthargie ? L’argent n’a plus d’intérêt : une jeune femme jette dédaigneusement les colliers de perles dont elle s’était parée, et, faute de l’emploi de leur activité, ces seuls éveillés d’un monde en sommeil se disputent et se battent…

Toutes les déductions de cette situation paradoxale sont ingénieusement tirées dans le scénario de M. René Clair, sans appuyer, et avec quelque esprit, jusqu’au moment où le redoutable savant ressuscite Paris. Les acteurs ont de la bonne humeur, fût-ce en se livrant sur le corset de fer de la tour Eiffel à des acrobaties qui semblent parfois inquiétantes.

Jacques Vivien

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Paris qui dort sort en salles à Paris le 6 février 1925 à l’Omnia-Pathé.

paru dans Comoedia du 6 février 1925

Mais aussi au Colisée :

paru dans Comoedia du 6 février 1925

au Lutetia-Wagram :

paru dans Comoedia du 6 février 1925

et au Select :

paru dans Comoedia du 6 février 1925

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Critique de « Paris qui dort (Le Rayon diabolique) »

paru dans Le Matin du 6 février 1925

paru dans Le Matin du 6 février 1925

LE RAYON DIABOLIQUE

On a beaucoup parlé de « rayons » ces temps derniers et les récentes découvertes scientifiques ont incité les auteurs cinématographiques à broder sur ce thème nouveau. Grâce à cette nouvelle formule, Le rayon diabolique comptera parmi les productions les plus originales de l’année.

Certains scènes s’apparentent un peu avec le très beau film, La cité foudroyée (de Luitz-Morat, qui est sorti à Paris le 5 décembre 1924 à l’Omnia-Pathé ! ndlr), et procèdent sensiblement de la même idée.

Paris s’est endormi. Seul, Albert, le gardien de nuit de la tour Eiffel, s’est réveillé. Il descend dans la ville morte, parcourt les rues dans un silence impressionnant. Autour de lui, les gens dorment profondément. Une catastrophe insoupçonnée a paralysé la vie de l’immense cité.

Albert rencontre cependant des humains. Ceux-ci viennent d’atterrir au Bourget et, comme le gardien, s’effarent de la situation. Ils vont s’organiser pour vivre ensemble de leur mieux. L’éternel instinct de la conservation les séparera cependant, jusqu’au jour où le facétieux savant, qui a endormi ses semblables, trouvera, enfin, le moyen comique et inattendu de les tirer de leur torpeur.

Le scénario de ce film est adroit et ne manque pas d’humour. Il y a de jolis extérieurs et des truquages amusants..
Une bonne interprétation réunit les noms de Vallée, Rollan, Préjean, Stacquet, Martinelli, Pré fils, et de Mmes Madeleine Rodigue, qui s’y montre audacieuse, adroite et jolie, et Mylla Seller.

Georges Roche

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Critique de « Paris qui dort (Le Rayon diabolique) »

paru dans L’Intransigeant du 7 février 1925

paru dans L’Intransigeant du 7 février 1925

Le Rayon diabolique (Paris qui dort ) film de M. René Clair. On est toujours satisfait de trouver dans un film une idée originale, il n’y en a pas tant. M. René Clair a imaginé qu’un savant pouvait arrêter le mouvement. Il étend sur Paris l’immobilité, tout s’arrête, tout le monde dort. Seuls quelques privilégiés si l’on peut dire — qui ont échappé au rayon — vivent dans la cité endormie.

Ce film est réalisé avec des moyens restreints. Il peut parfois paraître pauvre, mais sa richesse d’imagination et d’humour nous donne les joies les plus délicates. Le campement sur la Tour Eiffel est fertile en effets imprévus. Les rues de Paris désertes, le mouvement arrêté et repris devant l’Opéra, tout cela est neuf, spirituel, attachant.

Très bonne interprétation avec M. Prejean qui pourrait bien être le comédien français sportif et gai dont nous avons besoin, Mlle Madeleine Rodrigue, qui a du talent, MM. Vallée, Pré fils, Stacquet et M Martinelli.

B.

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DU STUDIO A L’ÉCRAN
M. René Clair et « Paris qui dort »

paru dans La Liberté du 10 février 1925

paru dans La Liberté du 10 février 1925

C’est une réalisation bien curieuse à laquelle est parvenu M. René Clair avec Paris qui dort, un film qui va sortir cette semaine.

On sait que M. René Clair est un très jeune metteur en scène ; mais sa jeunesse ne l’empêche pas plus de posséder une technique parfaite de son métier, que cette technique n’a pas détruit en lui les idées originales et l’audace de les appliquer. Enthousiaste de son art, il a l’ambition des plus légitimes de rejeter les routines à cause desquelles déjà le cinéma cesse d’être en progrès constants.

Il s’efforce donc dans isa production à montrer que le film doit se libérer des formules théâtrales auxquelles le monde du cinématographe et le public le rattachent trop souvent.

Et voici comment M. René Clair, auteur, et metteur en scène, a réalisé ses idées dans la première bande importante qui sort de ses mains.

paru dans La Liberté du 10 février 1925

Paris qui dort est une histoire fantastique ; mais qui se passe en plein Paris, dans la rue en grande partie, ce qui était jouer la difficulté.

Un matin, le gardien du sommet de la Tour Eiffel descend de son observatoire élevé. Cette première partie du film nous donne, entre parenthèses, d’impressionnantes vues tournées sur les points extrêmes de la Tour, au delà des garde-fous.

Or donc, le gardien descend dans Paris. A son plus grand ahurissement, il trouve la ville complètement inanimée ; rues et boulevards sont vides et si, par aventure, quelque silhouette se dessine c’est celle d’un individu endormi. Inutile de le secouer, il ne donne plus signe de vie. Dans ce désert, le gardien est rejoint par la passagère d’un avion qui, elle aussi, a échappé à l’épidémie de sommeil. Ces deux êtres, étant les seuls vivants, ne peuvent, naturellement, que s’entendre à merveille et les voici rois de Paris et du monde endormi.

C’est d’abord une immense volupté, une joie de toutes les minutes ; mais ne s’ennuie-t-on pas, à la longue, lorsque l’on n’est que deux, même dans le Paradis terrestre ?

Nos deux héros ont donc rapidement épuisé la série des plaisirs que leur offre l’entière possession de Paris. Il leur manque le stimulant de la vie à l’entour. Ils s’ennuient… Et l’histoire, après maintes péripéties, se termine par la reprise du mouvement, de la vie, des habitudes qui s’emparent des héros à ce point qu’ils ne savent plus exactement s’ils ont rêvé ou s’ils ont vécu réellement cette aventure.

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On voit, par ce faible résumé, à quel point Paris qui dort a été conçu comme une sorte de réaction contre la formule théâtrale de la plupart des films. L’auteur a tenté d’y faire une démonstration de la valeur du mouvement, base du cinéma, et il y a réussi en offrant un saisissant contraste entre le morne Paris endormi et la ville trépidante que nous connaissons. De plus, M. René Clair, poursuivant son dessein, s’est attaché à ne pas sortir d’un sujet proprement visuel et à le traiter d’une manière facile et sans parti pris artistique.

paru dans La Liberté du 10 février 1925

Cet essai remarquable, qui obtiendra, à coup sur, le succès qu’il mérite, nous est un sûr garant de ce que pourra produire à l’avenir son auteur, lorsque, comme certains autres, il possédera, pour exécuter ses films, des moyens quasi illimités.

Il convient également de dire avec quel soin et quel talent les interprètes de Paris qui dort se sont pliés aux données de leur metteur en scène : Mme Madeleine Rodrigue, qui révèle infiniment de charme et, dans certains tableaux, infiniment d’audace ; Mme Myla Seller ; MM. Henri Rollan, Marcel Vallée, toujours excellents à leur ordinaire ; Préjean, Stacquet, Préfils et Martinelli.

Non signé

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Critique de « Paris qui dort (Le Rayon Diabolique) »

paru dans Cinémagazine du 13 février 1925

paru dans Cinémagazine du 13 février 1925

Les Amis du Cinéma ont pu déjà applaudir cette très originale production. Nous n’avons eu que très rarement l’occasion de voir un sujet aussi neuf, aussi captivant, aussi humoristique…

Un savant réussit à « immobiliser » Paris… Passants, autobus, véhicules demeurent figés dans les rues tandis que, dans les appartements, les Parisiens s’immobilisent dans les poses les plus cocasses. Le gardien de la tour Eiffel et quelques passagers d’un Goliath ont seuls échappé aux terribles rayons de l’inventeur… On juge de leur stupéfaction en découvrant Paris qui dort !…

Cette aventure fantastique a permis à René Clair d’user fort adroitement de nombreux trucs cinématographiques. Paris qui dort, première production de ce metteur en scène, constitue un début des plus prometteurs.

Une distribution homogène en tête de laquelle figurent Henri Rollan et Madeleine Rodrigue, très remarquée, anime ce scénario original aux amusantes péripéties

L’Habitué du Vendredi

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Rubrique : Les Films qui passent…

paru dans La Rampe du 15 février 1925

paru dans La Rampe du 15 février 1925

Sur les boulevards.

Un petit film de M. René Clair, Paris qui dort, passe à l’Omnia Pathé. Mlle Mad. Rodrigues y est charmante.

D’autres jeunes et jolies femmes y montrent avec grâce des robes ravissantes et des sourires non moins séduisants.

Le sujet m’a paru un peu insignifiant.

J’ai tort de le dire parce que M. René Clair est un jeune artiste probe et sincère qui lutte courageusement contre toute la bêtise qui l’entoure.

L. VALTER.

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En 1925, Paris qui dort poursuit avec notamment cette projection à Lens le 22 mai 1925, tel que le montre cet encart paru dans Les Spectacles.

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paru dans Les Spectacles du 22 mai 1925

Source : : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

sauf Cinémagazine : Ciné-Ressources / La Cinémathèque française

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Pour en savoir plus :

Paris qui dort de René Clair, restauré avec le soutien du CNC.

L’analyse et la critique de Paris qui dort sur le site DVDCLASSIK.

Paris qui dort sur le blog 24liespersecond que j’animais en 2005 (le temps passe vite !), et aussi ici.

« Paris Qui Dort » De René Clair: La capitale Victime D’un Singulier « Rayon » ! sur le blog Sur L’autre Face Du Monde.

Critique du Blu-ray Pathé (2019) de l’édition combo Entr’acte / Paris qui dort sur le site critique-film.fr.

Une bande annonce de Paris qui dort pour un ciné-concert du GALATEA QUARTET (2012).

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Les premières minutes de Paris qui dort.

 

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