Bourvil – Vous me suiviez ? Eh Bien chantez Maintenant ! (Cinevie 1948)


Le 23 septembre prochain, nous allons commémorer le 50° anniversaire de la mort de Bourvil.

Nous prenons alors un peu d’avance pour célébrer l’une des grandes vedettes populaire du cinéma français de l’après-guerre.

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En effet à La Belle Equipe, nous refusons de faire la distinction entre comédiens reconnus par les cinéphiles, les cinémathèques et les universitaires et ceux qui appartiennent plutôt au « grand public ». Nous schématisons mais vous comprenez ce que l’on veut dire, j’espère…

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Ainsi, Bourvil, comme Fernandel d’ailleurs, a créé un personnage comique qui n’existait pas dans le cinéma français. Profondément attachant, son comique est bienveillant et ne cherche à niveler par le bas son public. Que ce soit au hasard dans Les Trois Mousquetaires, Poisson d’avril, Le Corniaud, Bourvil fait mouche très souvent. Et puis, bien sûr c’est grâce à ses rôles plus dramatiques que son talent fût pleinement reconnu (tout comme encore une fois, Fernandel, chez Pagnol par exemple) par La Traversée de Paris,  Le Miroir à deux faces , mais aussi Le Cercle rouge.

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Nous vous proposons donc deux articles de la fin des années 40, parus dans Cinévie, dans lesquels Bourvil raconte ses premiers pas au cinéma avec humour, bien entendu.

Le premier, Vous me suiviez ? Eh Bien chantez Maintenant !, date de mai 1948 alors qu’il enchaîne les films avec André Berthomieu. Il vient de tourner avec lui Pas si bête en 1947 et Blanc comme Neige en 1948 donc. L’année suivante ça sera Le Cœur sur la main.

Le second, a été publié l’année passée, en 1947, Vous verrez ce printemps les débuts a l’écran de BOURVIL dans « Pas si bête ».

Il est suivi d’un article MON COPAIN BOURVIL par son ami Yves Deniaud (ils se sont connus au cabaret des Champs-Elysées, Carrère), lui qui avait déjà une longue carrière derrière lui. En effet, Yves Deniaud a débuté au cinéma dans Drôle de drame, puis a tourné avec Jacques Feyder, Roger Richebé, Henri Decoin, Claude Autant-Lara, Pierre Prévert.

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Bonne lecture !

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Bourvil : Vous me suiviez ? Eh Bien chantez Maintenant !

paru dans Cinevie du 4 mai 1948

paru dans Cinevie du 4 mai 1948

(dans la série J’ai aussi… Mes Carnets Secrets)

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A BOURVILLE, je me suis mis au vert (et aux verres de cidre) sérieusement et méthodiquement. Le travail, c’est bien joli, c’est même la santé, dit-on, mais n’empêche que cela finirait par tuer son homme si on y faisait pas attention.

A entendre les copains du village, je n’avais pourtant aucune raison de me reposer. Ils me prenaient pour un tire-au-flanc.

Tu as un métier en or, disaient-ils. Tu rigoles tout le temps. En somme, c’est comme qui dirait un travail sans être un travail. Plutôt de l’amusement. Tu parles ! Et la famille semblait être de cet avis. — Le guignol, ça fatigue point !

J’avais beau leur expliquer que, depuis des années, le « guignol » (traduisez l’artiste) ne savait plus ce que c’était que de s’offrir une journée complète de repos comme il lui arrivait d’en goûter quand il n’était pas encore « guignol » mais cultivateur, ils ne démordaient pas de leur idée.

Le guignol, ça donne point d’ampoules.

Pour eux, la vie d’artiste c’était la vie de château et j’étais un sacré farceur d’y trouver à redire.

J’étais, à leurs yeux, le gars malin (ça, c’est d’ailleurs bien vrai) qui avait trouvé la bonne combine et qui se la coulait douce. La féerie permanente, quoi ! Il est vrai qu’avant d’être artiste, je me disais la même chose : « Chanter, c’est moins fatigant que pâturage et labourage », pensai-je (car je suis du genre qui pense énormément). Remarquez bien que je n’ai pas déchanté, puisque je ne changerais pas de métier, même si l’on me proposait un emploi de ministre (c’est trop instable) de l’Agriculture. Mais je ne prévoyais pas qu’un chanteur (même du genre enfant prodigue, comme moi puisse avoir envie de boucler son bec et ses valises pour aller faire un peu la sieste dans l’herbe.

Et comment t’as fait pour réussir ? me demandaient les plus curieux.

paru dans Cinevie du 4 mai 1948

C’était vexant ! parce que, tout de même, il y a des réussites que le bon sens devrait suffire à expliquer. On ne se demande pas pourquoi Caruso, Cécile Sorel et Victor Hugo ont réussi. Non. Alors pourquoi me le demander ? Pour me mettre en état d’infériorité ? C’est un monde, d’entendre ça.

Mais, entre deux bolées de cidre, les amis et moi on blaguait. Ils essayaient de me faire enrager en me traitant comme si j’étais le grand homme du pays. Je donnais le change en faisant comme si j’étais pour de bon ce grand homme.

Tu devrais te faire élire maire, me disait-on. Ce jour-là, on t’offrira un vin d’honneur.

Ce n’est pas le maire à boire, je répondais, à cause de ma position d’intellectuel qui m’obligeait à briller.

Et de rire, bien sûr. D’ailleurs, quand je fais des bons mots, je rigole toujours le premier pour créer l’ambiance. C’est un de mes trucs d’artiste. Hélas ! Les meilleures plaisanteries ne sont pas comme les chagrins d’amour, elles ne durent pas toute la vie. (comme dit l’autre : plaisir d’amour ne dure qu’un moment, chagrin d’amour dure toute la vie… N’ayez qu’un seul chagrin… Mais un chagrin d’amour.) Et je décidais de regagner Paris.

Repose-toi encore un peu, me conseillait Jeanne.

Mais je suis tout ce qu’il y a de plus service-service et boulot-boulot. Je me tyrannise et je m’exploite. Je suis le plus mauvais patron que le travailleur que je suis ait jamais rencontré. Qu’est-ce que je me fais endurer. J’opérais donc une rentrée dans la capitale le 15 août. C’est demeuré un jour férié, en souvenir.

Si j’étais revenu, c’était pour des raisons. Deux fois rien, une bagatelle, mais tout de même deux films, une émission nouvelle et une opérette, soit l’un dans l’autre, une petite année de travail. De quoi distraire le « guignol », comme disaient les petits amis.

Or, quand on a deux films à jouer, la meilleure façon de s’en sortir, c’est encore de commencer par le premier. Celui-ci s’appelait « Par la Fenêtre », et j’avais pour partenaire Suzy Delair. C’est là qu’on va voir les malins, car, enfin… Delair… Par la fenêtre… il y a un rapprochement. Vous saisissez ? J’insiste, parce qu’il y a des facéties que je souffrirais de voir sombrer dans l’indifférence. On a sa vanité d’auteur.

D’ailleurs, ce film fut tourné sous le signe de ce que l’on appelle l’esprit bien parisien. Et on peut me faire confiance, l’esprit bien parisien, ça me connaît. Si je le dis, c’est vrai. L’équipe technique et les acteurs organisent de vrais tournois de calembours, avec amendes à l’appui. Suzy était une adversaire redoutable et le metteur en scène Gilles Grangier encaissait très bien. Tout de même, certains soirs, après de rudes compétitions, il se retirait du match (« Gilles est rayé », en profitait pour décocher Suzy) et se remontait à l’aspirine.

Suzy Delair et moi, nous étions amis de longue date. Nous avions déjà fait ensemble des tournées de music-hall. Mais j’étais un peu impressionné par le succès qu’elle venait de remporter dans « Quai des Orfèvres », un film à Grand Prix. S’il y avait une justice, remarquez bien, il y a longtemps que j’en aurais eu, moi, un Grand Prix.

Mais je peux toujours courir (et même pour ça on ne me donnera même pas le Grand Prix de Paris), parce que la vérité c’est que tout le monde est embarrassé pour mon cas. On ne sait pas si l’on doit me donner le premier prix de musique, de comédie, de danse ou de littérature. C’est la rançon de la gloire, à ce qu’il paraît. Mais, tout de même, ça aigrit.

paru dans Cinevie du 4 mai 1948

Sitôt « Par la Fenêtre » terminé, juste comme je frisais la méningite, qui est-ce qui me tombe dessus ? Le gars Bertho (André Berthomieu, ndlr). Avec un scénario de lui et tout un film dans la tête. Il me l’explique en cinq minutes :

Un rôle pour toi. Tu seras tour à tour joueur de piston (ça te connaît), garçon d’hôtel, mousquetaire, faux bandit et épicier.

Ça me paraissait beaucoup, mais parmi tous ces rôles celui de mousquetaire me semblait tout à fait dans mon genre. Question de prestance et de costume. J’aime la toilette.

Vu l’abondance de mes emplois et afin de me mettre encore plus en valeur, Bertho me donna deux partenaires : Paulette Dubost et Mona Goya. J’étais gâté. Mais comme je sais rester modeste, je n’épousai qu’une seule partenaire à la fin du film. Faut pas truster, on se donnerait le genre accapareur et on se ferait des ennemis.

Le rôle du mousquetaire qui m’avait séduit à priori (encore un mot de cinéma, comme travelling et flash back. C’en est plein !) m’a valu bien des soucis. L’épée que je devais diriger vers le ventre de mon adversaire faillit d’abord éborgner une dizaine de personnes, moi compris. Mes bottes secrètes l’étaient tellement que nul ne pouvait prévoir contre qui elles se dirigeaient. A propos de bottes, d’ailleurs, celles que je portais (pas à mon adversaire, mais aux pieds) me serraient affreusement. Les orteils à l’étroit (…mousquetaire, comme dirait le père Dumas). Je m’efforçais néanmoins de rester gracieux, comme à l’habitude, et de sauvegarder les traditions des Lagardère, d’Artagnan et du non moins valeureux et célèbre Tutti Quanti.

A ces maux de pieds s’ajoutaient des mots de tête, car entre chaque scène je m’isolais loin de la voix de Bertho, pour répéter en catimini les émissions de « Constellation » que je devais enregistrer le soir. Ce qui fait que j’avais des tendances de mélanger un peu les textes. C’est devenu très compliqué quand Alice Tissot et moi avons commencé à répéter le soir à l’Alhambra en sortant du studio. Du coup, quand nous étions sur le plateau de Saint-Maurice, il nous arrivait d’enchaîner machinalement sim les répliques de l’opérette et à l’Alhambra nous sortions à Drean le dialogue de Berthomieu.

Mais « Blanc comme Neige » a été tourné dans une ambiance spéciale. Nous étions tous des copains : j’avais déjà tourné sous la direction de Bertho avec Mona Goya, dans « Pas si Bête », dont Langenfeld était également l’opérateur, tandis que Bertho avait tourné « Ces Dames aux Chapeaux verts » avec Alice, quinze ans auparavant.

Et. quand Bertho rugissait, tout le monde savait que c’était par amitié. De même que tout le monde savait que si un comédien aussi justement réputé que je le suis sur la place se met à avoir des incidents techniques, c’est parce qu’il est surmené. Vous pensez qu’une œuvre comme « C’est le Piston », que je venais précisément de composer avec Etienne Lorrin, pour le film, ne va pas sans entraîner des dépressions nerveuses. Mozart, Berlioz, Vincent Scotto et Tutti Quanti (encore lui, c’est une obsession) ont connu ça.

Mais passons, et voyons plutôt ce que fit l’incomparable acteur de music-hall quand l’incomparable acteur de cinéma accepta de se pousser un peu pour lui laisser la place.

L’agréable dans mon cas, c’est que, lorsque l’on a pris l’habitude de travailler dans le génie, ça devient tout naturel. Aussi, débutai-je sans plus tarder à l’Alhambra dans « Le Maharadja ». Avec Alice Tissot, Dréan et les « Blue-Bells-Girls ».

Dans cette opérette, je me livre à un exercice qui exige de l’attention, de la souplesse et de la rapidité : le changement de costume. J’accomplis entre chaque changement de décors des performances dont seuls les mannequins de la rue de la Paix, un jour de collection, peuvent se faire une petite idée. Mais je suis, en retour, récompensé de cet effort par un gros succès d’élégance. Quand je chante (et vous savez ce que ça veut dire), on ne m’écoute plus, on me regarde. A chaque représentation, les premiers rangs des fauteuils d’orchestre sont pris d’assaut par les dames qui veulent copier pour leurs maris les modèles que je présente. Quand je parais en scène avec les « Blue-Bells », tout le monde est d’accord pour dire que c’est moi quand même le blue beau (vous me suivez ?). Heureusement que je ne suis pas fier.

Et puis voilà, j’arrive au bout de la visite. Vous connaissez ma carrière, pierre par pierre. Vous m’avez suivi à travers mes difficultés, mes heures obscures, puis l’apothéose, le Panthéon. Mais le Panthéon, je n’y suis pas encore. J’ai bon pied, bon œil. Alors je ferme mon carnet, je glisse mon crayon dans le petit trou. Je le reprendrai quand j’aurai accompli quelques nouvelles performances. Ça commencera cet été quand je tournerai mon prochain film avec Bertho. En attentent, je dis ça surtout à mes admiratrices, défense de me « suivre ». On finirait par se faire remarquer.

Bourvil

paru dans Cinevie du 4 mai 1948

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Vous verrez ce printemps les débuts a l’écran de BOURVIL dans « Pas si bête ».

paru dans Cinévie du 19 mars 1947 (Pâques)

paru dans Cinévie du 19 mars 1947

Nous vous présentons une série de débutants illustres que nous connaissons par la radio, la scène ou la presse. Leurs silhouettes seront bientôt connues de tous.

Ce printemps vous les montrera sur l’écran dans leur premier grand rôle. Nous commençons par Bourvil, le paysan mal dégrossi, mais finaud de « Pas si bête ».

Il s’en est fallu de peu que « Pas si bête » n’existe pas. Les producteurs, au départ, avaient en effet demandé au metteur en scène Berthomieu de faire un film avec un chanteur de charme. Berthomieu leur répondit :
Je connais un type qui n’a rien d’un chanteur de charme, mais qui peut, tout de même faire notre affaire. Il est formidable…

C’était Bourvil.

Pour les convaincre, il leur demanda d’écouter une émission de radio au cours de laquelle il disait des monologues. Bourvil, à cette époque, n’était pas très connu. Le lendemain, les producteurs téléphonaient à Berthomieu :
D’accord…

Et c’est ainsi que le créateur des fameux « Crayons » est devenu une vedette de l’écran. Nous le reverrons certainement dans d’autres productions, et il n’a pas fini d’amuser le public. Les qualités comiques de Bourvil sont mises en valeur, comme il se doit, dans le scénario de « Pas si bête », où il apparaît en paysan guindé, étriqué, timide, mais aussi plein de bon sens et futé comme un renard. Voici ce que pense Bourvil de son film, et Deniaud de son ami Bourvil.

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Ça y est, j’ai débuté au ciné… et je suis bien content !

Quand je me suis amené au studio pour tourner, le trac me descendait le long des hanches. Moi dont on dit souvent : « Celui-là, avec ses gros sabots », pour une fois, j’étais dans mes petits souliers.

Là-bas, ils m’ont tout de suite tutoyé. Comme j’aime bien les gens familiers, je me suis senti en confiance.

Au moment de commencer les prises de vues, j’étais quelque peu inquiet. Comment faire ? J’avais très peur de provoquer les moqueries et les quolibets de mes camarades (je n’aime pas ça du tout !)

Ils m’ont dit :

Te tracasse pas… fais comme si tu étais à Bourville, dans ta ferme, et tout ira « hockey ».

paru dans Cinévie du 19 mars 1947

Je n’avais pas compris le sens du mot « hockey ». Je me doutais bien que c’était de l’américain, mais pour plus de sûreté, j’ai demandé des explications à un machiniste. Il m’a dit que c’est un jeu qui se joue avec des morceaux de bois. Je n’ai pas vu le rapport, meus il n’y a pas de doute, cela fait très bien dans la conversation, et puis, dans le cinéma, il ne faut s’étonner de rien…

Faire comme à la ferme… facile à dire. Il y avait au studio des tas de machines bizarres, des fils entortillés, des wagonnets avec des hommes en cache-nez perchés dessus, des phares braqués sous le nez… Et tout le monde courait… on aurait dit qu’ils avaient un train à prendre.

Moi, je restais calme — je suis toujours calme — A tel point même qu’ils se demandaient parfois où j’étais passé alors que je me trouvais au milieu d’eux.

Silence, on tourne, qu’ils disaient… Bourvil, « magne-toi le train ». Alors, je faisais l’artiste.

Une bien belle histoire, ce film. Ça s’appelle « Pas si bête » (j’ai cru comprendre qu’il s’agissait de moi, et j’en suis flatté).

paru dans Cinévie du 19 mars 1947

Dans le scénario, j’ai une belle cousine, Suzy Carrier, qui m’emmène chez mon oncle, un gars de la « haute ». Comme je suis de la campagne, je ne sais pas très bien me tenir, et je fais des gaffes.

Mais j’ai du bon sens (pas si bête, en somme), et je sauve mon oncle des mains d’une femme vénale qui veut lui prendre son argent.

Tout se termine par des mariages, et je retourne à la ferme.

Je ne sais pas encore si ce sera un film comique ou tragique. J’attends de l’avoir vu pour en juger, mais j’ai un peu l’impression qu’ils m’ont fait faire l’idiot là-dedans. Enfin, pour un début, il ne faut pas être trop difficile.

J’a eu la chance de tourner avec d’excellents camarades. M. Berthomieu a été très gentil (il n’est pas fier du tout, bien qu’il soit de la ville). Il n’est pas très grand, un peu gros, et il aime les plaisanteries. Il en a toujours des tas en réserve.

Suzy Carrier, Yves Deniaud, Jacques Louvigny, Bernard Lancret, Albert Duvaleix. Autant de bons amis pour moi. J’étais un bleu du cinéma, mais ils ont tous été très « hockey », me donnant des conseils et me montrant ce qu’il fallait faire, avec la plus complète franchise.

Mais alors, qu’est-ce qu’ils m’ont fait payer à boire !

« Ça s’arrose », qu’ils disaient comme ça. Total : un vrai déluge !

On était comme chez soi… à la bonne franquette…

paru dans Cinévie du 19 mars 1947

La physionomie de Bourvil passe par tous les stades de l’étonnement béat, puis son œil, d’abord morne, s’allume, et passe à la réplique, déclenchant le fou rire général.

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Quand nous avions terminé les prises de vues, je faisais un peu le « swing » et je chantais des chansons pour amuser les machinistes. Alors, M. Berthomieu me prenait en cinéma sans me le dire. Le jour où le film a été présenté aux distributeurs, il comportait quelques scènes supplémentaires qui n’avaient rien à voir avec le scénario et qui n’étaient pas « piquées des hannetons ». Je leur ai expliqué :

C’est des « gags » !

Et comme ils ont vu que je parlais américain, ils n’ont rien osé dire.

A me voir, on ne se douterait pas du tout que je suis de la campagne, à part mon petit veston que je n’ai pas encore eu le temps de faire changer.

Ils vont en faire une tête à Bourville quand ils vont voir le film !

J’ai d’autres projets de cinéma. Je voudrais bien faire le jeune premier, quelque chose comme Charles Boyer ou Errol Flynn (encore un Américain). Mon rêve serait de faire pleurer les belles dames… de rire !

Bourvil

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MON COPAIN BOURVIL par Yves DENIAUD

paru dans Cinévie du 19 mars 1947

Deniaud est le premier acteur de cinéma que Bourvil ait connu. Il l’a connu dans un cabaret, où ils passaient au programme. Ils se retrouvent dans « Pas si bête ».

Je l’ai rencontré à ses débuts, chez Carrère, où nous passions au même programme. C’était en 1943. Nous sommes devenus tout de suite des copains.

Bourvil a un sens qui n’est qu’à lui de poser une réplique qui, dans la bouche d’un autre, serait banale, mais devient, chez lui, irrésistible.

Nous nous sommes retrouvés dans Pas si bête, sous la direction de Berthomieu.

II était excellent pour Bourvil d’avoir affaire à un tel metteur en scène pour ses débuts comme vedette.

Ça a « collé » immédiatement.

Durant les prises de vues, Bourvil ne faisait pas seulement ses facéties à l’intention de la caméra mais pour notre joie à tous. Il n’emploie pas d’artifice d’acteur. Il joue toujours comme pour un petit cercle d’amis.

Il n’était pas très au courant des rites du plateau. Il appelait une corde… une corde, ce qui est un drame au studio, où la superstition est reine.

Un jour, il dit imprudemment à un machiniste :

Donne-moi ce bout de corde.

Le mot « fatal » était prononcé. Il s’aperçut que tous les acteurs et les techniciens lui faisaient de beaux sourires.

Comme il se disait : « Sont-ils gentils ! » l’un d’eux lui fit remarquer qu’il aurait à payer une tournée générale.

Mon copain Bourvil a créé, et avec quelle classe, un personnage niais. On pourrait croire qu’il n’est pas précisément futé, mais, comme il le dit lui-même dans une scène du film Pas si bête :

Au domino des andouilles, je n’ai pas tiré le double six !

Bourvil a créé un genre entièrement nouveau. Il voit s’ouvrir devant lui une belle carrière. Nous le reverrons certainement par la suite dans de nombreux films et revues de music-hall.

Il est simple et le succès ne le grise pas. Il a cette énorme qualité qui est de ne pas se prendre au sérieux.

Il est de ces acteurs qui ont gagné d’avance. Il suffit, en effet, qu’il apparaisse pour que tout le monde éclate de rire. C’est là un pouvoir peu ordinaire, et dont ne sont doués que ceux qui portent en eux le véritable talent de comique.

Yves Deniau

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Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Pour en savoir plus :

Le site des Amis de Bourvil.

L’article « 10 choses à savoir sur Bourvil » sur le site de l’Express.

« Bourvil aurait eu 100 ans : ses deux fils le racontent » sur le site de Ouest-France.

Et même sur le site de Libération ! « BOURVIL, LE RIGOLO À FLEUR DE PEAU« .

Bourvil chante « C’est l’piston » dans le film « Blanc comme neige » (1948)

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Extrait du film Pas si bête (1947) avec Bourvil, son premier film en tant que vedette.

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