La sortie de Dracula de Tod Browning à Paris en 1932


Il y a trois ans et demie (déjà !) nous avions consacré un post à la sortie à Paris du légendaire Nosferatu de Murnau (à lire ici).

Cette fois-ci, nous nous attelons à une autre version fameuse du roman de Bram Stoker : Dracula de Tod Browning sorti aux USA en 1931.

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Nous verrons ci-dessous que si l’importance de cette version de Dracula n’est plus à démontrer pour tout amateur de cinéma fantastique, il n’en a pas été de même lors de sa sortie parisienne le 13 février 1932 à l’Ermitage, 72 avenue des Champs-Elysées (8°).

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Dracula tout d’abord c’est le tout premier film fantastique parlant. Le film est tiré de la pièce de théâtre (créé en 1924) que Bela Lugosi avait beaucoup joué à Broadway (à partir de 1927).

Bela Lugosi, justement, sera marqué à jamais par ce rôle de Dracula qu’il ne jouera qu’une seconde fois, dans le très bon La Marque du vampire, en 1935, toujours réalisé par Tod Browning.

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Dracula fait partie de la série que l’on appelle : Les Universal Monsters.

Il s’agit de films fantastiques produit par la Universal Pictures dès les années vingt avec Le Fantôme de l’Opéra (1925) mais qui connut son apogée dans les années trente avec une série de films tout aussi remarquables comme bien sûr le Frankenstein de James Whale (sorti la même année) mais citons aussi La Momie (1932), L’Homme invisible (1933), etc.

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Dracula doit aussi son succès au directeur de la photographie, Karl Freund, d’origine allemande qui avait travaillé avec Murnau (Le Dernier des Hommes), mais aussi E-A Dupont pour Variétés, puis plus tard avec George Cukor, Clarence Brown et même John Huston.

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Nous vous avons trouvé plusieurs articles sur cette sortie parisienne de Dracula mais à part Lucie Derain (Pour Vous), tous les autres critiques passeront complètement à côté du film come vous le lirez ci-dessous dans les articles de Pour Vous (Lucien Wahl), Hebdo-Film, L’Intransigeant par Jean George Auriol !, Le Figaro, Comoedia, Bordeaux-Cine (Marcel Lapierre).

Nous avons rajouté le seul article (en 1933) à propos de Bela Lugosi que nous avons trouvé… dans Le Grand écho du Nord. Et pour finir, nous avons trouvé un article à propos de La Marque du Vampire paru dans Comoedia.

 

Notons que le film est sorti en France dans une version doublée qui semble avoir été pour beaucoup dans l’échec du film.

Ceci dit, les critiques signalent tous la qualité de la distribution, en premier lieu le maître des ténèbres lui-même Bela Lugosi mais remarquent à l’image de Raymond Villette qu’ils ont essayé « en vain d’insuffler un peu de vie à cette bande médiocre vraisemblablement appelée à fournir une bien modeste carrière. »

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Pour finir, ce post est en clin d’oeil avec la nouvelle exposition de la Cinémathèque française, consacrée aux « Vampires, de Dracula à Buffy« , depuis le 9 octobre et jusqu’au 19 janvier 2020.

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Bonne lecture !

 

paru dans Comoedia du 14 février 1932

Vampires ou succubes, ou l’épouvante au cinéma par Lucie Derain

paru dans Pour Vous du 1 octobre 1931

paru dans Pour Vous du 1 octobre 1931

Superstition des âges barbares, la croyance populaire subsiste qui entoure certains êtres d’une auréole de satanisme, de vampirisme. Et même la science moderne, jusqu’ici, n’a pu ou su éloigner des cerveaux cette peur atroce du vampire, le vampire, être mort et vivant, ayant reculé les bornes de l’existence artificielle, et qui se relève la nuit de son cercueil pour venir aspirer le sang de ses jeunes victimes, dont il se nourrit, dont il fait sa subsistance affreuse…

Que d’histoires, elles aussi nourries de sang et gorgées de cadavres, que de légendes anciennes dont certains esprits faibles essayent d’affermir leurs pauvres croyances en les citant, en les relisant !
La foi dans l’existence surnaturelle de vampires tient bon, malgré la clarté scientifique, malgré la matérialité des vies, en dépit de tout ce qu’il y a de sûr, de visible, d’absolu dans l’époque actuelle.

Et c’est pourquoi, malgré ma volonté, en voyant Dracula le vampire, l’autre jour, dans cette petite salle de projection ombreuse et peuplée de souffles bien humains, j’ai ressenti une émotion assez vive ; avouons-le, j ai eu peur !

paru dans Pour Vous du 1 octobre 1931

Dracula le vampire se passe avec une rigoureuse logique à l’époque moderne. Dès le premier tableau nous sommes en Europe centrale, dans la Transylvanie encore toute imprégnée de légendes et de superstitions. Les images ont ce coloris brumeux de certains films allemands de l’époque Nosferatu, Le Golem, Cavalier de pierre (Der Steinerne Reiter de Fritz Wendhausen, 1923. ndlr)

… Seulement, dans tout ce fatras d’auberges désuètes, de carrioles poussives, de routes désertiques seulement habitées de grands arbres spectraux, émerge un jeune Anglais, sportif, souriant. Il doit se rendre au château du comte Dracula qui s’est mis en rapport avec son étude londonienne, et dont il doit rapporter en Angleterre la signature.
« N’allez pas là-bas, il vous arrivera malheur. Dracula est un vampire qui se lève la nuit pour sucer le sang de ses victimes. Et ses épouses sont elles aussi des succubes. »

paru dans Pour Vous du 1 octobre 1931

L’horrible confidence n’arrête pas Renfield, le jeune solicitor, qui part dans la nuit. Dans un décor rochers, de vent, de brouillard, il abandonne sa voiture qui s’enfuit au galop. Le cocher de l’étrange carrosse a des yeux d’hypnotiseur. Le château grinçant est plein de rats et de toiles d’araignées. L’hôte est courtois, mais effrayant. Renfield a peur. Il boit du vin qui le grise, et la dernière notion du monde normal lui apparaît sous la forme d’une chauve-souris qui plane dans un air visqueux. Il s’évanouit. Sans bruit, celui qui fut chauve-souris et qui est maintenant comte Dracula s’accroupit près du cou jeune et boit à la source de vie…

C’est ainsi que l’on pose dans ce film le problème du vampire. Nous passons ensuite sur un bateau, un voilier préhistorique où les matelots sont tous, dans une nuit de tempête, condamnés à subir l’incision du vampire, et meurent. Renfield, valet de Dracula, esclave de sa force hypnotique, est interné aux environs de Londres. Chaque soir, dans Londres, des attentats se succèdent. Une marchande de fleurs, une mendiante, une ouvrière succombent aux incisions sanglantes faites dans la gorge.

Dracula, devenu propriétaire de l’antique abbaye de Carfax, y a fait installer trois cercueils. Dans l’un d’eux, la nuit, il se lève et redevient le réel Dracula, celui que reçoit son voisin le docteur Seward, directeur de l’hospice de fous, et que craint atrocement Mina Seward.
Dès lors, les événements étranges se succèdent.

La nuit, des vapeurs montent de la terre, les chambres des jeunes filles sont assaillies de vampires-spectres, et au réveil, les jeunes filles sont mortes. Lamentablement, le fou Renfield erre dans le jardin. Mina Seward, seule épargnée, succombe elle aussi au pouvoir maléfique du vampire, mais elle ne meurt pas. Devenue elle-même vampire, elle lutte contre ses instincts. Son fiancé qu’elle aime a la prescience de ce qu’elle est devenue. Un médecin, le docteur Van Helsing, qui étudia la science vampirique, lutte contre son influence avec des moyens de conjuration : des herbes, une croix sanctifiée. Le vampire recule, enlève sa proie dans l’abbaye où la poursuivent Renfield, puis le pauvre fiancé et le docteur Van Helsing.

Traqué, le vampire laisse venir l’aube et se recouche dans son cercueil. Mina assiste dans le jour blême à l’exécution du vampire. On lui enfonce un pieu dans le cœur. Délivrée du joug, Mina tombe dans les bras de son bien-aimé… Le mot Fin apparaît. Nous respirons tous.

paru dans Pour Vous du 1 octobre 1931

On a beau ne pas croire à ces sortilèges, à ces bourdes effroyables, le film a un pouvoir démoniaque. Nous le subissons tout en en riant. Mi-partie cocasse, mi-partie impressionnant, Dracula est un film curieux, réalisé par Tod Browning, lequel s’y connaît en images effrayantes puisqu’il fit la plupart des films de Lon Chaney, où celui-ci revêtait des apparences à la fois sordides et affreuses. Les éclairages sont souvent d’une beauté de légende.

Le grand cameraman allemand Karl Freund y travailla avec toute l’expérience acquise au cours de tant de productions du même genre. Et c’est pourquoi un film qui pourrait être ridicule garde on ne sait quel pouvoir secret, des émanations barbares d’effroi, et des bizarreries que l’on ne peut expliquer. A la fin du film, le personnage du docteur Van Helsing s’avance devant l’écran (un écran sur le film) et nous dit quelques mots anglais traduits en français : « Je veux vous rassurer. Tout ce que vous avez vu est vrai. »

Eh bien ! nous ne sommes pas du tout rassurés.

Nosferatu, de Murnau, avait pour cadre la Germanie, et pour époque le Romantisme.
Tant de croyances étaient encore vivaces ! Sur cette vieille terre, jamais rassasiée de légendes et de mythes, le film vampiresque éclosait naturellement comme une fleur vénéneuse.
Mais… dans la prosaïque Londres, mais dans notre époque électrique et mécanique…

Dracula est interprété par un acteur hongrois, Bela Lugosi, avec un impressionnant pouvoir de suggestion. Ses gestes un peu trop étudiés, ses regards fixes, ne laissent pourtant pas de causer une peur que l’on raisonne d’ailleurs.

La jolie Helen Chandler, Edward Van Sloan, David Manners, et quelques vampires charmantes passent dans ce film. Mais le rôle le plus important échoit à une chauve-souris artificielle dont le bruissement et le vol mou ont une efficacité indéniable sur les sens du spectateur, ainsi que le vent et les brumes, et les arbres déchiquetés, et les cris de loups, et tout l’attirail de hurlements, de souffles, de grincements dont le film mystérieux, maintenant qu’il est sonore, s’entoure à bon escient.

Il y a dans le film Dracula la matière d’un grand ridicule. Et cependant personne ne rira.

Véritable équilibriste, Tod Browning a su garder la mesure dans l’effroi et doser son épouvante pour éviter le grotesque.

Lucie Derain

paru dans Paris-Soir du 14 février 1932

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Critique de « Dracula » par Lucien Wahl

paru dans Pour Vous du 28 janvier 1932

paru dans Pour Vous du 28 janvier 1932

D’une inspiration de même ordre que celle d’où est venu Nosferatu le vampire, mais d’une exécution beaucoup moins originale malgré l’emploi de plus importants moyens matériels, Dracula se développe sans le pittoresque qu’il lui faudrait et avec une lenteur tenace.

Le « dubbing » accorde convenablement le son aux lèvres, mais que d’intonations conventionnelles !… Que de paroles dont l’étrangeté n’est pas toujours volontaire !

Dracula, héros du film de Tod Browning (tiré de la pièce qui fut adaptée du roman de Bram Stoker), est un vampire. La nuit, il sort de son tombeau pour sucer le sang d’hommes et de femmes. C’est la croix du Christ qui devient victorieuse de ce phénomène. Des fous sont mêlés à l’histoire. Des décors prétendent à encadrer mystérieusement le… mystère. Ce devrait être sinistre et donner la chair de poule. Des spectateurs éprouveront-ils un sentiment d’effroi ? S’ennuieront-ils ? Riront-ils pour se moquer de ces scènes construites sans puissance ?… Ou se diviseront-ils en trois groupes ?

Le drame terrifiant est le plus difficile à composer pour le cinéma. Naguère, nous disions souvent que la parole aiderait, dans ce genre, à la réussite. En voyant Dracula, nous nous demandons si ses interprètes ne devraient pas se taire ou, dans la version projetée en France, se passer de prête-voix…

Les acteurs visibles du film sont : Bela Lugosi, Helen Chandler, David Manners, Dwight Frye, Ed. von Sloan, H. Bunston.

W.

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Critique de « Dracula » de Tod Browning

paru dans Hebdo-film du 23 janvier 1932

paru dans Hebdo-film du 23 janvier 1932

Les Présentations – Lundi 18 Janvier 1932
(UNIVERSAL-FILM)

Dracula. — Film mystérieux réalisé par Tod Browning et interprété par Bela Lugosi, David Manners, Hélène Chandler.

Dracula, réalisé par Tod Browning, le metteur en scène de plusieurs films de Lon Chaney, n’est autre qu’une nouvelle version du célèbre film Nosferatu le Vampire, encore présent à toutes les mémoires. Cette nouvelle version est loin de valoir l’ancienne, d’autant plus que Dracula est un film parlé en français par un doublage de voix qui n’est pas des plus heureux.

En quelques mots voici l’histoire :
Le comte Dracula est un vampire qui terrorise Londres et ses environs. Un savant, van Melsing découvre l’étrange pouvoir de Dracula, qui semble s’intéresser vivement à Mina, la fille de son ami Seward. Une lutte sans merci s’engage entre le savant et le vampire. Au moment où Dracula va s’emparer de la jeune fille, le savant découvre dans un souterrain le cercueil où le vampire dort de l’aube au crépuscule.
Et comme l’aube vient justement de poindre, il plonge un épieu dans le coeur du vampire, ce qui détruit à jamais le pouvoir maléfique de Dracula.

Cette histoire, ou plutôt le film réalisé d’après cette histoire est peu intéressant et souvent même grotesque. Les moyens employés pour inspirer la terreur sont enfantins et il est impossible de prendre un seul instant au sérieux, ce récit où la loufoquerie le dispute à la plus grande naïveté.

Quelques bons acteurs, Bela Lugosi (Dracula.) ; Hélène Chandler (Mina) ; Edward von Sloan (van Helsing) ; David Manners, Dwift Frye, Herbert Bunston, essaient en vain d’insuffler un peu de vie à cette bande médiocre vraisemblablement appelée à fournir une bien modeste carrière.

Raymond Villette

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Présentations – « Dracula » par Jean George Auriol

paru dans L’Intransigeant du 24 janvier 1932

paru dans L’Intransigeant du 24 janvier 1932

Dracula est le nom d’un livre allemand de Bram Stoker. Il y a douze ans F.-W. Murnau en tira un film qui nous révéla la puissance mystérieuse que pouvait avoir le cinéma entre les mains d’un magicien, un film d’une force poétique envoûtante que nous ne sommes pas près d’oublier : Nosferatu.
Des Américains, de leur côté, ont fait avec Dracula une pièce, et avec cette pièce un film. Un film rendu visiblement horrifique par la sotte et malhabile accumulation de tous les effets arbitraires ; décors gigantesques, brumes artificielles, concours de toiles d’araignées/hurlements, sinistres, cris de femmes.

Une troupe d’acteurs moyens mime et narre lentement cette histoire qui ne fait plus frissonner personne ; Bela Lugosi, en particulier, représente un vampire du mardi-gras.

Pour la France, le film a été doublé et quand nous vous aurons dit que l’on a prêté aux personnages les mêmes voix qui parlent pour les chiens des comédies Toutouville…

J. G. A. (Jean George Auriol)

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Critique de « Dracula » par Jean George Auriol

paru dans L’Intransigeant du 20 février 1932

paru dans L’Intransigeant du 20 février 1932

Bien que ce film soit tiré du même roman que l’inoubliable Nosferatu, aujourd’hui disparu, bien qu’on y entende une fois prononcer le nom du vampire, Dracula ne rappelle par aucune image, pas même par aucune vague imitation de décor ou d’accessoire l’admirable histoire que F.W. Murnau avait si magnifiquement située au pays des fantômes.
Dracula est un film d’épouvante.

Les hululements inattendus, les toiles d’araignées impressionnantes, les châteaux mystérieux, les cris mal motivés interviennent à intervalles irréguliers pour obtenir de vous le frisson qu’une belle histoire grotesquement adaptée ne peut plus arriver à provoquer.

Un acteur hongrois de la scène américaine — Bela Lugosi — a composé le personnage soit-disant impressionnant du comte Dracula.

Nous ne pouvons pas prendre plus au sérieux cette histoire que les adaptateurs n’ont dû le faire.

J. G. A.

paru dans L’Intransigeant du 20 février 1932

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LES PRÉSENTATIONS :
UNIVERSAL FILM PRESENTE « DRACULA »

paru dans Le Figaro du 24 janvier 1932

paru dans Le Figaro du 24 janvier 1932

Je me souvenais de ce roman, qui valut à ma douzième année des terreurs délicieuses et un mois de cauchemars, puis me gâcha, tout un été, le ciel crépusculaire en le peuplant des chauves-souris de Dracula. Et, me souvenant, dès avant la projection, je redoutais l’échec.

La Chute de la maison Usher est le dernier film de ce genre qu’il nous fut donné d’apprécier. Outre sa technique, bien supérieure à celle de Dracula, il était, si j’ose dire, plus vraisemblable la nature y jouait un rôle essentiel c’est le vent qui, dans la bibliothèque désertée, entassait les feuilles des arbres, animait les feuillets des livres la tempête frappait aux croisées, la foudre incendiait, l’inondation faisait le reste.

Mais vous ne sauriez, sans prêter à rire, filmer Peau d’Ane ou l’histoire du loup-garou : le merveilleux, terrifique ou pas, est tué par la science qui l’explique ; les prodiges deviennent des problèmes, qu’une équation résout ; Osram n’est plus un bon génie, mais une ampoule ; le son est captif d’un fil, la voix d’un disque, et toute la mélodie du monde d’un poste 6 lampes.

Le soir nous apporte, de chaque capitale d’Europe, les battements d’un pouls que la fièvre des changes irrégularise ; nous percevons, de votre boudoir, de mon bureau, un maniement d’armes hitlérien au travers d’un refrain de Tauber, et, cependant qu’on chante Carmen à Radio-Barcelone, le fracas d’un trône qui s’écroule.

Comment, parmi ces prodiges quotidiens et familiers, nous émouvoir, même un instant, de ces revenants d’opérette que nos millions de volts éblouissants auraient tôt fait de renvoyer au royaume des ombres ? Comment nous épouvanter de ces chevaux-fantômes et de ces hommes-loups ? comment ne pas rire de ces oiseaux de nuit, réalisés en peluche, de ces toiles d’araignées tissées à Lyon ? Comment ne pas être tenté d’envoyer le comte Dracula, remontant, en habit, de sa cave, et soi-disant de son cercueil, faire le ménage en son château, de prier cette réplique de l’Homme à la Clef de retrouver celles de l’armoire aux balais, aux plumeaux, aux ciseaux d’épousseter, d’aérer, de chasser, de couper tout cela poussière, fantômes, fictions, sottises ?

On escomptait, pour cette présentation, des frissons, des claquements de mâchoires. l’assistance ne fut secouée que du fou rire et seuls les strapontins claquaient, révélateurs indiscrets d’une impatience à son comble, de fuites hâtives vers l’air pur.

C’était fauter psychologiquement et tout ignorer de l’ironique et positif public parisien que de lui présenter ce film, dont il ne pouvait manquer de rire, tuant le vampire, immortel selon la légende, de la seule arme qui, chez nous, ne pardonne pas le ridicule.

Jean Laury

Un mois plus tard, Le Figaro enfonce le clou avec l’encart suivant.

Critique de Dracula

paru dans Le Figaro  du 21 février 1932

paru dans Le Figaro  du 21 février 1932

ERMITAGE Dracula (P.)

Mes confrères, le public lui-même et ses lazzi n’ont laissé, au sujet de cette production malencontreuse, aucun sarcasme à ma disposition, et je ne m’acharne pas sur les cadavres.
En dehors des pauvretés invraisemblables de l’exécution, ces histoires de chauves-souris-vampires ne sauraient plus nous atteindre il est aujourd’hui des causes d’effroi plus réelles, et l’angoisse n’est plus un luxe, hélas.

Cette souris, trop chauve d’avoir tant servi, ne nous fait plus dresser, par jalousie, les cheveux sur la tête, et ce faux oiseau ne peut plus voler, pas même nous voler une minute d’intérêt : clouons au mur des émotions passées ce cadavre vide.

Dracula ? C’est Ecula, je pense, qu’on a voulu écrire.

paru dans Le Figaro  du 12 février 1932

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Voilà la seule mention que nous avons trouvé dans Comoedia sur la sortie de Dracula. Étonnant pour un quotidien qui accorde une grande place au cinéma.

Critique de Dracula

paru dans Comoedia du 13 février 1932

paru dans Comoedia du 13 février 1932

Dracula, le nouveau film qui passe à l’Ermitage, est une œuvre hallucinante, forte, qui produit une impression profonde.

Dans l’excellente distribution on remarque Bela Lugosi, David Manners et Hélène Chandler.

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Critique de « Dracula » par Marcel Lapierre

paru dans Bordeaux-Ciné du 29 janvier 1932

paru dans Bordeaux-Ciné du 29 janvier 1932

Tod Browning, qui fut, au temps du film muet, un des bons réalisateurs américains et qui, notamment, dirigea plusieurs films de Lon Chaney, nous parait un peu faiblard dans Dracula.
Cette production se présente comme une adaptation parlante et américanisée de Nosferatu le Vampire, de Murnau.

Si le génie germanique évoque avec une maîtrise indiscutable les histoires de ce genre, qui appartiennent d’ailleurs à son folklore, les américains ne paraissent pas capables de les suivre sur ce terrain sans se ridiculiser.

Dracula pouvait être un film d’épouvante. C’est seulement un film de rigolade.
Il est parlé en français par le procédé industriel du  « dubbing » qui, dans ce cas précis se montre au-dessous de tout.

Pourtant, de bons artistes figurent dans la distribution : Bela Lugosi, David Manners, Helen Chandler, Dwight Frye, Edward van Sloan.

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Enfin, nous avons trouvé un article à propos de Bela Lugosi !

Un curieux artiste : BELA LUGOSI

paru dans Le Grand écho du Nord de la France du 7 avril 1933

paru dans Le Grand écho du Nord de la France du 7 avril 1933

C’est un étrange et bien curieux artiste que Bela Lugosi. Au cours des dernières années où le film d’épouvante, indéniablement a connu les faveurs de tous les publics, ce grand artiste a réussi à se créer la réputation d’être « l’homme le plus antipathique d’Hollywood », à l’écran naturellement.

En effet, qui ne se rappelle ses créations antérieures qui s’appellent : « Le Chameau noir », « Le Meurtre de la rue de la Morgue », qui a oublié son incarnation hallucinante de « Dracula ».

Et pourtant rien ne prédestinait à ces rôles spéciaux cet homme cultivé et raffiné qui adore les arts, la musique, la peinture.

Fils d’un banquier hongrois, Bela Lugosi fit ses débuts au théâtre en interprétant Roméo dans « Roméo et Juliette », de Shakespeare, en jouant Ibsen et le répertoire classique sur les scènes de Budapest.

Sa carrière artistique en Amérique au lendemain de la guerre a été une longue suite de succès éclatants tant au théâtre qu’à l’écran.

Aussi n’est-il guère étonnant qu’on ait choisi cet artiste de composition inégalable pour camper le personnage étrange de Legendre dans « Zombies », cette œuvre magistrale toute de mystère et de terreur où sont dévoilées, dans une atmosphère lourde et enfiévrée, de troublantes pratiques de sorcellerie que la science n’a pas encore réussi à éclaircir…

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Pour finir, nous vous avons trouvé cet article sur l’autre film de vampire de Tod Browning avec Bela Lugosi, La Marque du Vampire.

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AU STUDIO UNIVERSEL « Mark of the Vampire »

paru dans Comoedia du 4 septembre 1935

paru dans Comoedia du 4 septembre 1935

Nous apprenons que le « Studio Universal », dont l’écran semble décidément réservé aux films de grande classe présentera des le début de cette saison Mark of the Vampire, l’étonnante production de Tod Browning. C’est au moins tous les critiques américains sont-ils unanimes à l’affirmer, un véritable chef-d’oeuvre du film de terreur.

L’hallucination ici s’érige en art, et le dénouement des plus imprévus et d’ailleurs imprévisible, ne sera pas des moins applaudis. Signalons la remarquable interprétation de Lionel Barrymore et la nouvelle découverte, Carol Borland, d’une beauté terrible. Quant à Bela Lugosi, grand spécialiste du genre, sa maîtrise ne souffre aucun commentaire.

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paru dans Comoedia du 9 octobre février 1935

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paru dans Paris-Soir du 23 mai 1937

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

sauf Pour Vous = Bibliothèque numérique de la Cinémathèque de Toulouse

Pour en savoir plus :

L’analyse et la critique de Dracula de Tod Browning sur le site DVDClassik.

La nouvelle exposition de la Cinémathèque française, « Vampires, de Dracula à Buffy » jusqu’au 19 janvier 2020.

La Bande-Annonce de Dracula de Tod Browning avec Bela Lugosi.

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La scène mythique de l’arrivée de Renfield au chateau de Dracula.

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