« Remous » de Edmond T. Gréville (Cinémagazine, Comoedia 1935)


Peut-être certain(e)s d’entre vous ont été intrigués par l’importance que Bertrand Tavernier donne au réalisateur Edmond T. Gréville dans son documentaire, Voyage à travers le cinéma français, qui vient de sortir en DVD chez Gaumont.

Nous avions déjà consacré un post à ce réalisateur atypique en France qui commença, comme Marcel Carné, sa carrière en tant que critique.

Edmond Gréville : Les grands animateurs du cinéma (Cinémagazine 1927-1928)

Bertrand Tavernier nous a donc donner l’idée de consacrer un post au premier film d’importance d’Edmond T. Gréville, Remous, sorti le 15 mars 1935 à Paris à L’Olympia.

*

Vous trouverez sur cette page la critique parue dans Cinémagazine ainsi que le scénario romancé ! Puis nous avons retrouvé plusieurs critiques parues dans la presse de l’époque notamment dans Comoedia qui, vous verrez, a beaucoup soutenu le film, par exemple dans le numéro du 25 mai 1935 avec leur propre revue de presse assez parlante.

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Lors de nos recherches nous avons trouvé plusieurs entretiens d’Edmond T. Gréville, datant de cette période, que nous publierons prochainement.

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Signalons que le DVD est sorti récemment chez Doriane Films.

Bonne lecture !

 

Brève : Le Remous d’Edmond T. Gréville (Cinémagazine dans les studios) 

paru dans Cinémagazine du 24 Mai 1934

 

H.O. Film tourne à Epinay Le Remous d’après un scénario original de Miss Peggy Thomson, réalisé par Edmond Gréville, avec une brillante interprétation : Jean Galland, Françoise Rosay, Jeanne Boitel, Maurice Maillot, Diana Sari.
Les extérieurs auront cette particularité d’être tournés au fameux barrage
 de la Truyère qui, croyons-nous, n’a encore jamais servi de cadre pour un film non-documentaire ; d’autres seront pris en Provence et dans le Dauphiné, et aussi dans Paris.
Jeanne Boitel et Jean Galland sont partis en voyage de noces ; mais en route, un accident fait du mari un infirme pour toute sa vie ; profitant de cela, et aussi de l’absence de sa fiancée Diana Sari, Maurice Maillot fait la cour à Jeanne Boitel qui, à en juger par son attitude, n’a pas l’air de trouver cela désagréable. La scène se passe dans un magasin de disques. On ne sait pas comment Françoise Rosay, la mère de la fiancée, prendra la chose quand elle
la connaîtra…
L’état-major se complète par : M. Fleiser, administrateur, Rips, assistant, et Hubert, opérateur.

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Critique de REMOUS

paru dans Cinémagazine du 21 Mars 1935

Interprété par Jeanne Boitel, Jean Galland, Maurice Maillot et Françoise Rosay.
Réalisation d’Edmond T. Gréville (A. C. E.).

Un film d’une hauteur d’inspiration qui force le respect.

Un homme diminué physiquement dans la force de l’âge à la suite d’un accident, et par conséquent pour qui la vie a perdu de son intégralité, a-t-il le droit d’obliger sa jeune compagne à lui demeurer fidèle ? Celle-ci, sevrée subitement des joies de l’amour, doit-elle laisser parler la nature et chercher ailleurs un plaisir vers lequel tend toute la force de ses vingt ans ?
Il fallait beaucoup de tact pour aborder un problème d’une aussi douloureuse humanité.
Du tact. Edmond T. Gréville n’en manque pas. C’est ainsi qu’aucune image, aucun mot dans
Remous, quelle que soit l’équivoque du sujet, ne pourra lasser la vue ou l’ouïe du spectateur le plus pointilleux. Le film est à cet égard, absolument irréprochable. Peut-être pèche-t-il même un peu trop par sa discrétion. Il semble que l’auteur, consciemment ou inconsciemment, ait souvent reculé devant la scène à faire ; et son désir de ne donner au dialogue qu’une place résolument sacrifiée est évident. Mais cela dit, il convient de s’incliner devant la beauté de ces images dures, belles et austères, auxquelles des interprètes pleins de foi communiquent beaucoup de sensibilité.

Tout d’abord Jean Galland, dont l’éloge n’est plus à faire ; ensuite Jeanne Boitel et Maurice Maillot, aux corps harmonieux, enfin Françoise Rosay qui montre que, pour une grande, très grande artiste, il n’est pas de petit rôle, si minime soit-il.

LE FAUTEUIL 72

Cinémagazine publie dans ce même numéro, le scénario romancé du film signé par Jean de Mirbel.

Notre Scénario romancé : REMOUS d‘après le film d’Edmond-T. Gréville

DISTRIBUTION
Jeanne Saint-Clair : Jeanne Boitel
Henry Saint-Clair : Jean Rolland
Mme Gardane : Françoise Rosay
Robert Vanier : Maurice Maillet
Pierre : Robert Arnoux
Paulette Gardane : Diana Sari
La Chanteuse : Lyne Clevers

Depuis deux jours, Henry et Jeanne Saint-Clair étaient époux et femme, ou plutôt amant et maîtresse. Le prêtre qui avait béni leur union avait comblé un voeu que tous deux, élevés ensemble, avaient formé dès leur plus jeune âge. La famille du jeune homme jusqu’alors s’était opposée à cette union. Henry se destinait à la carrière d’ingénieur… il fallait attendre la fin de ses études fort longues… Puis ça avait été ensuite la recherche d’une situation aisée et sûre… Les deux camarades d’enfance avaient souvent désespéré, alors, d’unir un jour leur destinée.
Mais le temps avait travaillé pour eux et aujourd’hui qu’ils étaient mariés, comme
l’attente de jadis leur paraissait lointaine… estompée… Ils étaient tout à la joie de vivre ce passionné et émouvant voyage de noces si souvent entrevu dans leurs rêves les plus chers, les plus intimes…
C’est alors que se produisit la chose…

Ils avaient quitté depuis une heure à peine le petit hôtel enfoui sous la verdure qui avait abrité leur première nuit d’amour ; l’auto filait rapide sur le mince ruban de la route quand, à un tournant, ils ne virent pas venir à eux une camionnette. Lorsque Henry l’aperçut, il était déjà trop tard. Le choc se produisit, terrible, avec son fracas de verre brisé, de ferrailles broyées, dans un bruit de tonnerre…
La jeune femme, par miracle, avait été blessée superficiellement ; mais il n’en allait
pas de même, hélas, d’Henry. Pris sous les débris de la voiture, il avait eu les membres inférieurs broyés, écrasés… On ne put davantage dissimuler à Jeanne l’horrible nouvelle : sa vie durant, son mari demeurerait paralysé des jambes ; tout espoir de guérison était malheureusement interdit.

Anéantie par ce choc, mortellement atteinte dans son affection la plus chère, celle-ci se promit pourtant d’être forte et de soigner son mari avec tout le dévouement d’un amour demeuré intact.
Les premiers temps, les soins dont elle entourait Henry, la totalité de son temps passé en prévenances de toutes sortes, l’accaparèrent tout entière. Puis, vint le jour où elle s’aperçut avec effroi que son corps de vingt ans souffrait, d’être privé des caresses que sa nature ardente réclamait…
Tout d’abord, elle chercha à lutter contre ses sens impérieux. Elle aimait toujours son mari, malgré son infirmité, et la seule idée de le tromper lui était odieuse. C’est alors que le hasard plaça sur son chemin Robert Vanier.

Ardent, vigoureux, sportif, le jeune homme ne fut pas insensible à la grâce un peu triste de Jeanne. Il lui fit d’abord une cour discrète, puis assidue. Chaque après-midi les retrouvait dans un endroit sélect de la capitale : bar à la mode, piscine, thé dansant. Henry encourageait sa femme à ces sorties, dont elle revenait le teint plus vif, l’allure plus joyeuse.
Pourtant, elle résistait encore… Mais chaque jour faisait plus grande sa peur de succomber au charme viril de ce beau garçon sain et robuste… L’inévitable ne pouvait manquer de s’accomplir…

Comment de Saint-Clair découvrit-il que sa femme était la maîtresse de Robert, personne ne le saura jamais car il emporta son secret avec lui dans la tombe… En se tirant une balle de revolver dans la tête, voulait-il permettre à sa femme de refaire sa vie ? Cherchait-il au contraire à demeurer éternellement pour le couple comme l’ombre tragique des remords ?
Toujours est-il que le souvenir du mort resta entre les deux amants. Vivant, il se fût peut-être sacrifié en facilitant leur union ; mort par leur faute, il leur rendait tout bonheur et tout contact impossibles.

Jean de Mirbel.

 

Une présentation privée de « Remous »

paru dans L’Intransigeant du 05 novembre 1934

Hier soir, dans la petite salle privée du building Marignan, MM. Oswald et Edmond T. Gréville, producteur, et réalisateur de Remous, avaient convié quelques critiques et amis à venir voir, avant sa présentation officielle, le nouveau film de l’auteur du Train des Suicidés.
Lorsqu’il passera en public, nous dirons tout l’intérêt que présente Remous.
Signalons seulement aujourd’hui le succès qu’il remporta hier soir au cours de cette avant-première qui permit aux vrais critiques de voir, enfin, un film dans de bonne conditions, sans qu’une bataille préalable ait dû être livrée pour obtenir un strapontin chancelant, car chacun sait que les présentations cinématographiques sont faites devant un public qui n’a aucun titre à y assister.
L’exemple de Remous devrait être suivi.

A l’issue de la projection un souper réunit une cinquantaine d’invités dans un bar voisin. Edmond Gréville était entouré de ses interprètes : Jeanne Boitel, Jean Galland, Robert Arnoux, Diana Sari, Maurice Maillot et de Wanda Gréville. Quelques discours terminèrent la soirée à une heure avancée de la nuit : ils furent brefs et bien dans la note de cette charmante réception.

— R.

Comoedia du 5 novembre 1934

Comoedia du 5 novembre 1934

UN BEAU FILM FRANÇAIS – « REMOUS » Un film audacieux d’Edmond T. Gréville

paru dans Comoedia du 5 novembre 1934

Comoedia du 5 novembre 1934

Comoedia du 5 novembre 1934

Je suis encore sous le coup de l’émotion du beau film de M. Ed. T. Gréville. Si le thème, de Mlle Peggy Thompson me paraît discutable dans ses développements, il est d’une rare noblesse d’âme et d’une audace peu commune au cinéma.

C’est sans restriction, par contre, que tous les critiques présents ont acclamé le talent de M. Ed. T. Gréville dont la technique a triomphé de tous les obstacles avec autant d’adresse que de souple autorité. Et quels obstacles ! Tout le drame tourne autour d’un fait psycho-physiologique délicat qui, nettement et fortement exprimé, en reste de bout en bout le support.

Un ingénieur, adoré de sa jeune femme, est devenu impuissant à la suite d’un accident, le lendemain même de ses noces. Sa femme lui demeure fidèle jusqu’au jour où, par seul besoin physiologique, car la jeunesse et le désir ont leurs droits, elle sera la maîtresse d’un beau garçon, sportif et élégant, fiancé de l’une de ses amies. L’amant est prêt à rompre ses fiançailles, il aime sincèrement. Elle n’a jamais cesse d’aimer son mari infirme. Entre ces trois personnages, jamais un mot direct : des regards ou des phrases lourdes de douleurs sous-jacentes.

Telle scène comme celle où l’ingénieur, apprenant la vérité, entre en boitant chez son rival et a l’intention de le tuer, atteint au Sublime. Les deux hommes ne se quittent pas des yeux ; dans leurs yeux divers sentiments affleurent. L’infirme comprend, le beau garçon mesure toute la grandeur d’âme de son adversaire. L’amour et la mort, mains enlacées, les entraîneront-ils dans une macabre frénésie. Non. Ils ne disent rien.

C’est tout et c’est splendidement humain.

Tout le film est dans cette qualité. Constamment intelligents, les plans se succèdent, mettant en relief les idées, les remous de conscience. Le dialogue est sobre, écrit avec art et jamais il ne déborde l’image. Celle-ci est admirable ; elle peut soutenir la comparaison avec celles des Croix de Bois (de Raymond Bernard), de Little Women (de George Cukor).

Remous, en un mot, affirme la maîtrise de M. Ed. T. Gréville et place son nom parmi les plus grands. Avec joie je l’écris, n’ayant pas toujours aimé ce que fit, ce jeune metteur en scène.

L’interprétation vaut, la technique. Jeanne Boitel, si distinguée, si jolie, est l’épouse angoissée, cœur chargé de contradictions et chair dévorée d’un amour qui s’égare, a révélé au cinéma (le théâtre ne l’ignorait pas) un talent de haute classe… Producteurs, laisserez-vous les Américains ou les Allemands en profiter ?

Jean Galland, dans le rôle de l’ingénieur infirme, avait la part la plus difficile. Émouvant avec simplicité, il porte sans faiblir le poids du sujet, livrant sur des nuances son tourment intérieur, corps blessé où la vie se révolte et où la tendresse cherche en vain à réduire au silence les cris d’un amour impossible.

Maurice Raillot ne se contente pas d’être beau. Pour la première fois, il nous révèle des dons d’émotion, une force dramatique certaine qui du personnage ingrat de l’amant ont fait un rôle varié, humain.

Diana Sari est une charmante et spirituelle fiancée. Son jeu direct plaît beaucoup. Françoise Rosay met au premier plan un rôle effacé de belle-mère. Quant à Robert Arnoux, il promène sa fantaisie dans un rôle épisodique qui, fort heureusement éclaire les images du film.

Jean-Pierre Liausu

A la suite de cette chronique nous trouverons cette brève relatant la soirée qui suivit la présentation de Remous.

Une heureuse soirée

Comoedia du 5 novembre 1934

Comoedia du 5 novembre 1934

Après la présentation privée de Remous, le beau film, de Edmond T. Gréville, la direction de H. O. Film réunissait ses invités en un souper tout à fait cordial.

Dans une atmosphère agréable, vivante et amicale, l’assemblée se réjouit de la belle réalisation de Gréville qui prouve par sa maîtrise et ses brillantes qualités combien désormais le cinéma, doit attendre de lui.

M. Oswald, directeur de H.O. Film, dit sa joie de voir la confiance qu’il a mise en un jeune être si largement récompensée.

Edmond T. Gréville remercia tous ses collaborateurs et interprètes et raconta avec infiniment d’esprit comment, grâce à M. Oswald, il put réaliser Remous. « Un jour, dit-il, que je descendais les Champs-Elysées — car chacun sait que lorsque les membres de la corporation cinématographique ne sont pas au Mont-de-Piété ils sont sur les Champs-Elysées. »

Suivit alors l’histoire de Remous et de son édification..

Jeanne Boitel dit également quelques mots. Harlé, Lucie Derain et Benjamin Fainsilber exprimèrent au nom de tous leurs camarades et en leur nom personnel le sentiment rare d’admiration que suscite une œuvre telle que Remous.

A la table d’honneur se trouvaient M. Oswald et Mme Schmidt, Edmond T. Gréville et Jeanne Boitel, Jean Galland et Wanda Gréville, Germaine Dermoz et Robert Arnoux, Lucie Derain, M. Schmidt, Suzanne Chantal, Maurice Maillot et Peggy Thompson.

Participaient à cette très agréable soirée. : Mmes Nena de Vedo, Jany Casanova, Cohen, Bréchignac, MM. Jean-Pierre Liausu, Harlé, Paul Gordeaux, Vachellerie, Jean Vincent-Bréchignac, Pierre Heuzé, Jack Cohen, Benjamin Fainsilber, Maurice Calmels, Paul Achard, Roger Régent, Maurice Van Moppes.

Chaque coupe se leva avec enthousiasme au succès de Remous, cette œuvre de classe sur laquelle nous reviendrons prochainement.

A. J. (Arlette Jazarin)

Curieusement, nous trouvons sur la page précédente de ce numéro de Comoedia, une pleine page publicitaire de l’A.C.E, l’Alliance Cinématographique Européenne (qui distribua le film). Sur cette page est publiée une critique du film signée par un certain M.V.M. qui doit être Maurice Van Moppes.

Critique de « Remous » par Maurice Van Moppes

paru dans Comoedia du 5 novembre 1934

Comoedia du 5 novembre 1934

Comoedia du 5 novembre 1934

 

On a fait un tel usage des adjectifs, les superlatifs de la publicité nous ont tant fait perdre de vue la proportion des épithètes, qu’on se trouve sans mots des qu’il s’agit d’exprimer l’étonnement, l’admiration même que fait naître en nous l’apparition d’une œuvre vraiment nouvelle.

C’est le cas de Remous, film d’Ed.-T. Gréville. Neuf, Remous l’est par son sujet d’une hardiesse extrême et qu’il a fallu une délicatesse, un tact infinis pour en tirer un film. C’est l’histoire d’une jeune femme dont le mari est devenu paralysé des membres inférieurs à la suite d’un accident d’automobile. Elle sera désormais cruellement partagée entre son amour profond pour ce mari diminué et les désirs que lui inspire un jeune sportif en pleine possession de ses moyens physiques.

Les mouvements du cœur de cette femme ont fait penser Gréville aux remous tumultueux des torrents de montagne. D’où le titre.

Mais si Remous est nouveau par la hardiesse de son sujet, il l’est également par sa technique brillante, par le retour qu’il nous oblige de faire aux vraies traditions du cinéma. On s’est résolument affranchi de l’ennuyeuse sujétion des longs, des interminables dialogues. Peu de paroles, mais quelques répliques soulignent des suites d’images dont le montage ne peut que saisir chacun de nous. A cela s’ajoutent deux thèmes musicaux qui reviennent à des intervalles nécessaires et soulignent les mouvements dramatiques qui se déroulent sur l’écran.

Enfin ce que Remous nous apporte surtout c’est une humanité réelle qui jusqu’ici faisait défaut aux films les mieux construits.
Dans les productions que nous avons le plus aimées, les personnages nous faisaient penser à des pions d’un jeu d’échec, engagés dans un problème dont l’auteur nous avait gardé la solution pour la fin. Certes, nous désirions savoir comment monsieur X. épouserait mademoiselle Y., mais comme nous sommes intéressés par une devinette.

Ici, nous vivons réellement avec des êtres de chair, avec nos semblables. Jeanne, son mari, son amant, leurs amis, nous aurons l’impression de les connaître, d’avoir été mêlés à leur existence intime. Quand on demandait à Flaubert : « Mais qui donc était Mme Bovary ? », le grand écrivain répondait : « Mme Bovary, c’est moi ! » Hé bien ! chaque spectateur pourra se dire bientôt : « Le héros de Remous c’est moi ».

De cela il faut rendre hommage à l’auteur du scénario, Peggy Thompson, à Gréville, qui en a fait une grande et belle chose et aussi aux émouvants interprètes de Remous, les héros du drame :

Jeanne Boitel, si sincèrement troublée dans le rôle de Jeanne de St-Clair, la femme tourmentée, et dont le beau talent s’épanouit loin des créations de « petites femmes » qui l’avaient fait connaître jusqu’ici ; Jean Galland, le mari, grand architecte cherchant dans son travail à oublier, la douleur qu’il éprouve à se sentir diminué devant la femme aimée, douleur qui le conduira jusqu’à la mort volontaire ; Maurice Maillot, sportif plein de santé et de chaleur ; Lyne Clevers, chanteuse de cabaret ; Diana Sari, Jean Kolb et enfin Robert Arnoux et Françoise Rosay qui apportent par moment une note d’une fantaisie délicate au cours d’une action si serrée.

M. V. M.

Comoedia en rajoute sur Remous dans le numéro du 8 novembre 1934 avec cette critique, cette fois-ci signé par un autre journaliste de Comoedia : André-G. Block.

Nous n’avons pas retranscrit l’intégralité de sa critique à cause de sa redondance avec ce que nous venons de lire mais voici le dernier paragraphe :

Comoedia du 8 novembre 1934

Comoedia du 8 novembre 1934

(…) La perfection des détail, la musique qui envoûte, la vraisemblance du sujet, toutes ces qualités qu’on admire souvent dans les films américains, on les trouve dans Remous.
S’il y a une justice cinématographique, Remous aura le même succès que Back Street (de John M. Stahl), et Jeanne Boitel sera aussi célèbre qu’Irène Dunn.

André-G. Block

 

Finalement, Remous va mettre plusieurs mois à sortir en salles alors qu’Edmond T. Gréville est déjà en train de tourner son prochain film, Marchand D’amour avec presque les mêmes interprètes : Jean Galland, Robert Arnoux, Maurice Maillot, Françoise Rosay.

A L’OLYMPIA : « Remous »

paru dans Comoedia du 16 mars 1935

Comoedia du 16 mars 1935

Comoedia du 16 mars 1935

C’est à l’Olympia, Théâtre Jacques Haïk que sortira cette semaine le beau film d’Edmond T. Gréville : Remous, œuvre qui sort des sentiers battus et qui pose à l’écran un problème d’une acuité et d’un intérêt exceptionnels. A la suite d’un terrible accident, un mari restera toute sa vie infirme. Sa femme, qui le soigne avec tout le dévouement d’une affection demeurée intacte, pourra-t-elle se contenter d’un amour fraternel ?

Remous nous entraîne à la suite de ce couple douloureux et tourmenté vers les plus hauts sommets de l’amour et du sacrifice. Remous n’est pas un drame aux complications psychologiques invraisemblables, c’est l’éternel problème du droit à l’amour, c’est le reflet même de la vie.

Traduit en images pleines de tact, de discrétion et de maîtrise, ce film, que toutes les femmes sauront comprendre et où tous les hommes apprendront à connaître les remous du cœur féminin, est le film qu’il faut avoir vu.

Non signé.

Quelques jours plus tard, le 19 mars, Comoedia publie un nouvel encart sur la sortie de Remous à l’Olympia.

A L’OLYMPIA : « Remous »

paru dans Comoedia du 19 mars 1935

Comoedia du 19 mars 1935

Comoedia du 19 mars 1935

Remous, le beau film d’Edmond, T. Gréville, va sortir vendredi prochain à l’écran de l’Olympia.

On sait que cette production a été présentée à la presse française, qui a unanimement loué les qualités de ce film « intelligent » qui honore le cinéma français. Londres, avant Paris, a eu le privilège de voir Remous, et la presse anglaise a ratifié le jugement de ses confrères parisiens.

Remous est interprété par : Jean Galland, Jeanne Boitel, Robert Arnoux, Maurice Maillot et Françoise Rosay.

A une époque où l’on se plaint de la vulgarité de tant de films… Remous démontrera à ceux qui en doutaient, la vitalité de la production française et la possibilité pour un metteur en scène de talent de faire un film de « cinéma pur ».

Non signé.

Comoedia célèbre la deuxième semaine d’exclusivité de Remous à l’Olympia en ces termes :

« REMOUS » RESTE A L’ECRAN DE L’OLYMPIA

paru dans Comoedia du 22 mars 1935

Comoedia du 22 mars 1935

Comoedia du 22 mars 1935

L’Olympia conserve pour une seconde semaine d’exclusivité Remous, le beau film d’Edmond T. Gréville, dont les grandes qualités de réalisation et de technique sont apparues comme une veritable révélation.
Un sujet âpre, dépouillé de toute convention, nous retrace en images originales un conflit d’une intensité dramatique exceptionnelle.
Le« sentiments complexes des personnages du drame, leurs espoirs, leurs luttes et aussi leurs tentations émeuvent et bouleversent, parce que le metteur en scène a su les créer à notre image, en faire des êtres humains que nous comprenons et que nous excusons.

Puissance, tact et sensibilité sont les qualités maîtresses de cette oeuvre personnelle qui ouvre au cinéma des aperçus nouveaux vers un domaine encore inexploré.

***

UNE CONTROVERSE : A propos de « Remous » et de ses critiques

paru dans Comoedia du 25 mai 1935


Le public vient enfin de voir Remous à Paris et dans toute la France. Il a été quelque peu dérouté par les applications diamétralement opposées de la critique française.
En général le public a marché à fond. Ceux qui prétendent le contraire sont myopes ou de mauvaise foi. Il faut cependant reconnaître que les critiques acerbes de certains de nos confrères ont gêné à Paris la deuxième semaine d’exploitation à l’Olympia.

Il est bon de rappeler que l’Angleterre, la Belgique et la Hollande ont applaudi Remous comme un film d’une valeur exceptionnelle. L’Allemagne elle-même, si sévère pour les films français l’a détaxé, l’ayant classé «film d’art».
Dans quelques jours Edmond T. Gréville doit présenter Marchand d’Amour. Comme notre jeune metteur en scène n’est pas un homme à se baisser cataloguer c’est lui qui prendra plaisir à dérouter nos aristarques.

J’ai jugé pourtant qu’il serait intéressant de montrer l’attitude en France de la presse cinématographique devant un film sincère, plein de promesses et même de résultats effectifs.

Le Français a le droit d’être moyen mais si l’artiste et le critique se mettaient à le concurrencer sur ce terrain c’en serait fait du prestige de la France. Et les René Clair petits ou grands fuiront vers des cieux plus hospitaliers. Nous ne l’aurons pas volé !

Remous a valu à Gréville de signer différents contrats l’engageant pour une bonne demi-douzaine de films alors qu’il était resté plusieurs années à bricoler des sketches sans intérêt. Presque tous ces contrats aujourd’hui lui viennent de l’étranger (Angleterre et Etats-Unis).
Avant son départ pour l’étranger il fera le prochain film de Joséphine Baker selon un sujet très humain, digne de lui et de la grande artiste qui l’interprétera.

Tout cela grâce à Remous qui, non seulement représente une magnifique symphonie visuelle et auditive mais encore nous aide à classer la critique elle-même suivant une échelle de valeurs très précieuse pour le lecteur :

« Ce qui tout d’abord me frappa dans Remous, le film français qui passe au Curzon, ce fut sa supériorité extraordinaire à tous les points de vue sur les productions de tous les pays sauf la France, l’Allemagne et la Russie. Au bout d’un quart d’heure de projection, j’en arrivai à la conclusion, qu’en Angleterre nous ne pourrons pas faire de films, n’en avons jamais fait et n’en ferons jamais. Il y a la même différence entre ce film et les films sortant d’un studio anglais qu’entre un Renoir et un Marcus Stone.

James Agate (Tatler de Londres.)

« La soirée qui vit la représentation de Remous doit être marquée d’une pierre blanche. Car il nous fut, hélas! rarement donné d’éprouver en face d’un film réellement français une émotion, une sorte de détente heureuse, une fierté même semblables ou d’une qualité analogue à ce que m’a inspiré la projection de Remous.

Raoul d’Ast (La Liberté.)

« Je suis encore sous le coup de l’émotion du beau film de M. Edmond T. Gréville. C’est sans restriction que tous les critiques présents ont acclamé le talent de M. Edmond T. Gréville dont la technique a triomphé de tous les obstacles avec autant d’adresse que de souple autorité. Et quels obstacles !

J.-P. Liausu (Comœdia.)

« Remous a été pour tous ceux qui aiment et comprennent le cinéma une véritable surprise et une révélation.

Pierre Autré (Cinématogr. Franç. / Havre-Eclair.)

« Voilà un sujet neuf, certes, mais bien délicat. S’y attaquer, c’est jouer avec les difficultés. Edmond T. Gréville a voulu prouver qu’il était capable de traiter un sujet scabreux avec élégance et il y a réussi. Il n’a pas fait de faute de goût et il a su faire évoluer des personnages vraisemblables dans le cadre qui leur convenait.

(Le Progrès de Lyon.)

« Remous qui est un film intelligent de l’intelligent E.-T. Gréville représente l’une des rares tentatives du cinéma français pour sortie de la Bassesse où il stagne.

D. (Le Rouge et le. Noir, Bruxelles.)

« Exprimer des états d’âme, de subtiles notations de psychologie est une tâche qui exige bien de la délicatesse et de la sensibilité. Nous avons trouvé tout cela chez Gréville qui nous donne une oeuvre haute, courageuse qui ne sera pas toujours comprise mais dont la sincérité et la probité artistique ne font aucun doute.

Françoise Airelle (Minerva).

« M. Edmond T. Gréville a réalisé une œuvre puissante, émouvante et âpre. Mettant au service d’une subtile et douloureuse psychologie les ressources d’une technique sûre, il a animé son sujet par des images évocatrices bien enchaînées.

J. Marguet (Le Petit Parisien.)

« Une production de classe où la technique de l’écran tient la première place.

Jacques Faneuse (La Griffe).

« Ce n’est qu’en réalisant des films du type Remous que le cinéma français pourra prétendre à la classe mondiale.

Pierre Olam (L’Homme Libre).

« Nous sommes obligés de confesser que c’est un film français qui, depuis longtemps, nous a causé la plus pénible impression. Il est réalisé avec une pauvreté, une puérilité de moyens déconcertantes.

(Sporting.)

« D’où vient donc qu’en dépit de qualités éminentes le film soit languissant et veule et, à l’exception d’une seule scène, n’émeuve à aucun moment le spectateur ? (Sans nul doute des tarabiscotages techniques dans lesquels s’est noyé — c’est le cas de le dire — le metteur en scène.

G. Champeaux (Gringoire).

« A la rigueur cette intrigue pouvait fournir le prétexte d’un film comique pour M. Milton ou pour M. Biscot.

Jean Fayard (Candide).

« Voilà longtemps, je crois, qu’un film n’avait eu une aussi mauvaise presse. C’est l’unanimité. Les publicistes les plus timorés se permettent cette fois quelques estocades. Ils n’y ont d’ailleurs qu’un médiocre mérite. Le public s’est tenu les côtes dès la première représentation de ce drame.

François Vineuil (L’Action Française)

« Si je disais que ce film est mauvais, je serais injuste. Je me contenterai d’écrire qu’il est assez ennuyeux bien qu’il ait reçu, paraît-il, un accueil favorable en Angleterre. Cela ne prouve rien. Cette vieille histoire nous a déconcerté, nous a laissé indifférent.

Pierre Wolff (Paris-Soir).

« Un film aqueux, mal coupé. C’est un bon sujet qui tombe dans le lac. Le metteur en scène s’est noyé. Un vrai désastre… un vrai de vrai.

André (Le Rire).

« Nous pensons que le sujet a été emprunté à un article de notre confrère et ami M. Théodore Valensi publié voici plusieurs années dans le journal Midi.

Max Garnier (La Revue Parlementaire).

« Ce film est enchevêtré de détails superflus comme ces images d’eaux mouvantes, intervenant à chaque instant, peut-être pour en motiver le titre. Jeanne Boitel est hésitante. Jean Galland n’a pas retrouvé la maîtrise de Cessez le feu.

(Cyrano.)

« Sujet moins banal qu’un autre peut-être, je l’ai trouvé ennuyeux mais ennuyeux au delà de toute expression. Et je me suis demandé pendant toute la séance les causes de cet ennui profond et insupportable. Après mûres réflexions, j’en suis arrivée à rejeter toute la faute sur le metteur en scène, bien que le scénario ne soit pas, tout bien pesé, d’un puissant intérêt. Mais enfin, peut-être aurait-on pu en tirer quelque chose en le maniant avec un peu plus d’adresse.

Annette Sauger (La République).

« Remous est un film qui semble avoir été pensé et mis en scène pour le théâtre.

François Rouville (L’Opinion).

« On nous montre un peu trop la mer pour nous expliquer le titre. Comme nous sommes très intelligents nous l’aurions compris avec moins de vues de vagues en furie. Il y a dans ce film un problème et beaucoup d’exagération.

(Ecoutez-moi).

*

LA SORTIE DE « R E MOU S »

paru dans Comoedia du 31 mai 1935

Comoedia du 31 mai 1935

Comoedia du 31 mai 1935

Remous, le chef-d’œuvre d’Edmond T. Gréville qui fit couler tant d’encre, vient de faire à Paris une sortie triomphale dans les salles de quartier de la capitale.

Cette oeuvre pathétique et poignante a passé en première semaine dans vingt-deux salles et les réactions du public se traduisant en applaudissements chaleureux qui montrent que les spectateurs savent apprécier un film original et personnel quand il est basé sur des sentiments profondément humains et sincères.

Ajoutons que le dernier film d’Edmond T. Gréville, Marchand d’amour, a reçu, lors de sa présentation au Marignan, un accueil enthousiaste qui fait bien augurer dans sa carrière prochaine.

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Pour finir, voici deux autre critiques parues dans la presse, tout d’abord celle d’Antoine paru dans Le Journal.

 

Critique de « Remous » par Antoine

paru dans Le Journal du 22 mars 1935

Le Journal du 22 mars 1935

Le Journal du 22 mars 1935

Remous est un film remarquable, sortant vraiment de l’ornière. La hardiesse de cette Madame Bovary sexuelle est une nouveauté à l’écran, et la douloureuse aventure du héros n’avait été évoquée jusqu’ici que par un acte émouvant d’Henri Duvernois, L’Eunuque, et dans un vaudeville de M. Jean Guitton à Cluny. Bien que pareil sujet ne laisse pas d’être un peu malaisé à l’écran, le réalisateur, M. Edmond Gréville, l’a traité avec une adresse originale qui l’a parfaitement imposé, à part quelques légères maladresses de scénario, qui firent sourire et qu’un auteur dramatique professionnel eût certainement évitées.

Jeanne et Henri, qui viennent de se marier, partent en voyage de noces. Ils sont follement épris l’un de l’autre, et ces premières scènes dégagent une atmosphère de sensualité grisante. Mais, tout de suite, voici le drame. Les deux voyageurs subissent un terrible accident d’automobile, à la suite duquel Henri restera toute sa vie paralysé. L’affection de sa femme est si sincère et si ardente que Jeanne soigne le blessé avec le plus entier dévouement, mais remis sur pieds son mari ne sera plus guère qu’un infirme, pouvant à peine se mouvoir appuyé sur des cannes. Et, avec beaucoup de tact, l’auteur aborde cette situation d’une femme jeune, débordant de la joie de vivre, réduite à une existence de veuve.

Et, la toute puissance de la nature finissant par triompher, Jeanne, rencontrant un autre homme sportif et vigoureux, deviendra sa maîtresse. Le mari, dont l’angoisse ne s’est jamais dissipée, découvre la vérité, quelles que soient les précautions des deux complices, et, dans un accès de désespoir et aussi de générosité envers cette créature dont la fatalité a gâché la vie, il se suicide.

On aperçoit tous les écueils d’un pareil sujet qui, cependant, est riche de morceaux magnifiques, dépassant la qualité habituelle des productions courantes.

L’interprète principale, Mme Jeanne Boitel, a joué l’héroïne avec une décence et une émotion que l’on ne saurait trop louer. Jusqu’ici, je ne nourrissais guère à l’égard de Mme Jeanne Boitel qu’une estime véritable pour son excellent métier, mais, avec cette création, elle se révèle apte à des tâches plus importantes. M. Jean Galland, excellent, cela va sans dire, est cependant un peu « théâtre » pour mon goût. Il est vrai que le metteur en scène, avec son parti pris de grands premiers plans prolongés et de longs silences, ne l’a pas beaucoup aidé.
Les autres rôles, surtout l’amant, Pierre, joué par Robert Arnoux, sont excellents, mais on se demande ce que Mme Françoise Rosay est venue faire dans un bout de rôle, après tant d’importantes et belles créations.

Le mouvement du film est trop lent, et M. Gréville s’est un peu trop fié aux têtes d’expression. Cependant, ce procédé, à deux ou trois reprises, a donné plusieurs beaux moments.

Antoine

Et finalement la critique du fameux François Vinneuil (alias Lucien Rebatet), cité dans la revue de presse que Comoedia a publié le 25 mai 1935.

Critique de « Remous » par François Vinneuil

paru dans L’Action Française du 29 mars 1935

L'Action Française du 29 mars 1935

L’Action Française du 29 mars 1935

L’Ecran de la Semaine

Voilà longtemps, je crois, qu’un film n’avait eu une aussi mauvaise presse. C’est l’unanimité. Les publicités les plus timorés se permettent cette fois quelques estocades. Ils n’y ont d’ailleurs qu’un médiocre mérite. Le public s’est tenu les côtes dès la première représentation de ce drame. L’auteur, pourtant, M. Edmond T. Gréville, est de ceux qui vitupèrent hautement le vaudeville commercial, fuient M. Pagnol parce qu’il n’a pas une confiance suffisante dans le cinéma, et font dans les « clubs » figure de chevaliers du septième art.

Hélas ! quel est l’effort artistique de M. Gréville ? Il choisit d’abord le pire scénario, le type de la fausse audace, de la situation trop exceptionnelle pour être traitée avec la moindre vérité.

Un jeune ménage. Un accident d’automobile pendant le voyage de noces. Mais l’époux est infirme et impuissant pour le reste de ses jours. Sa femme se résigne d’abord courageusement à ce désastre. Puis, elle faiblit, un superbe athlète la serre de trop près. Elle cède. Suicide de l’époux.

Aucun sujet, plus que celui-ci, n’a de chances d’être traité de façon grand-guignolesque.
Le scénariste se garde bien de déroger à une règle quasi nécessaire. Rien de plus affreux. Du Lenormand revu par une Américaine qui croit moderniser son mélo en le truffant de poncifs freudiens.

M. Edmond T. Gréville achève, à son insu, de ridiculiser et d’écraser le film par un esthétisme tellement attardé qu’il devient de la candeur. Notre excellent confrère Champeaux, dans Gringoire, dissèque scène par scène ces déplorables procédés. II a parfaitement raison. Il est grand temps que l’on entreprenne enfin pour le cinéma la critique de la grammaire, de la syntaxe, des métaphores, ce qu’on apprend en rhétorique pour la littérature. Georges Champeaux décrit et relève la facile puérilité des allusions, des comparaisons de M. Gréville.

Remous. Le titre déclenche obligatoirement des jeux de vagues écumant sur les rochers. Quelques exemples d’enchaînements : une bouteille de Champagne qu’on vide (mariage) et, aussitôt, le radiateur ouvert d’une auto qui fait son plein d’essence (voyage de noces), le disque de phonographe qui amène les anneaux de fer du gymnase. C’est l’analogie systématisée, et qui n’aboutit même pas à une préciosité plus ou moins agaçante. Cela est bien au-dessous de l’amphigourisme, du tarabiscotage. C’est le truisme le plus indigent, l’« omnibus », comme disaient les vieux professeurs, l’équivalent de « la blonde casquée d’or » et de « l’incendie du couchant » dans la littérature, feuilletonesque, avec une prétention qu’ignorent les tireurs à la ligne. Il faut une bien étrange pauvreté de culture pour, non seulement se contenter de ça, mais s’imaginer encore que c’est neuf.

François Vinneuil

Paris Soir du 16 mars 1935

Paris Soir du 16 mars 1935

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

sauf Cinémagazine : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

 

Pour en savoir plus :

Le site consacré à Edmond T. Gréville.

La critique de Samuel Douhaire (Télérama) de Remous.

La critique d’Isabelle Régnier (Le Monde) de Remous.

Un article sur Edmond T. Gréville sur le blog Mon Cinéma à Moi.

La scène du dancing où chante Lyne Clévers dans Remous.

 

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