La sortie de Nosferatu de Murnau à Paris en 1922 (et 1925, 1928, 1931)


A l’occasion de ma présentation à la Fondation Jérome-Seydoux-Pathé le mardi 12 avril 2016 du film culte Nosferatu de F.W Murnau, il m’a paru évident d’y consacrer un post revenant sur sa sortie à Paris en 1922 ainsi que lors de ses ressorties en 1925, 1928 et 1931.

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Nosferatu sort à Paris le 27 octobre 1922 en exclusivité au Ciné-Opéra et restera à l’affiche un mois environ jusqu’au 22 novembre 1922. Il était distribué en France par les Films Cosmograph, qui venaient de sortir, au mois de mars dans la même salle : Le Cabinet du Docteur Caligari qui fit sensation.

Mais, Nosferatu sortit une semaine après un autre film de MurnauLa Terre qui flambe, qui eut plus d’impact, favorisé par un plus grand nombre de salles comme le montre l’encart que nous publions ci-dessous). Ce qui explique sans doute qu’en 1922, le film passa relativement inaperçu avant de ressortir le 6 juin 1925 en exclusivité dans la salle Le Carillon, puis le film fut repris en 1928 (au Ciné-Latin) et en 1931 (aux Agriculteurs).

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Devant le peu d’articles paru dans la presse de l’époque (en dehors de celui paru dans Cinémagazine que vous trouverez plus bas), nous avons choisi de reproduire les encarts publicitaires nous montrant ces différentes sorties de Nosferatu le vampire

Cliquez sur chacune des années pour accéder directement à chacun des encarts concernés : 1922 1925 1928 1931.

 

Cinémagazine du 10 novembre 1922

Cinémagazine du 10 novembre 1922

NOSFÉRATU LE VAMPIRE (Film Cosmograph )

paru dans Cinémagazine du 10 novembre 1922

— Film remarquable par la nouveauté de son scénario, sa parfaite exécution, son étrangeté et l’émotion intense qu’il dégage.

Cinémagazine du 10 novembre 1922

Cinémagazine du 10 novembre 1922

Dans une ville du Nord vit heureux un jeune ménage ; elle, névrosée et sensible, lui, bordant de santé et de vie. Le hasard des affaires oblige le mari à partir pour un pays de terrifiantes légendes par delà les Carpathes ; il va chez le Comte Orlok pour lui vendre une maison.  Apres un long voyage, il arrive enfin, très tard dans la nuit et dès les premiers moments est fort impressionné par l’allure bizarre et étrange de son hôte. Les jours passent et, à chaque réveil, le jeune homme se sent plus fatigué que la veille et il s’aperçoit ainsi que toutes les nuits, le Comte Orlok s’introduit dans sa chambre pendant son sommeil et boit son sang par une blessure presque imperceptible qu’il lui fait au cou.

Il n’a plus qu’un désir, s’arracher des griffes du monstre et s’évader ; il y parvient et après mille difficultés rencontrées sur la route, il revient chez lui, terrorisé.
Mais le Vampire Nosfératu Orlok l’a poursuivi et s’est établi dans une maison face à la sienne, et, chaque nuit, il apparaît aux fenêtres.

Cinémagazine du 10 novembre 1922

Cinémagazine du 10 novembre 1922

Il est écrit dans un vieux livre que le monstre mourra le jour où une femme saura le retenir auprès d’elle jusqu’au chant du coq, jusqu’à l’aurore.
La jeune femme se dévoue pour délivrer l’humanité, et une nuit, elle appelle Nosferatu. Elle meurt, victime de son sacrifice, et le monde délivré du Vampire songe à nouveau au bonheur.

Cinémagazine du 10 novembre 1922

Cinémagazine du 10 novembre 1922

Ce film étrange passe en exclusivité pour Paris seulement au Ciné-Opéra, 8, boulevard des Capucines.

(non signé).

On trouve cette publicité pour Nosferatu dans ce même numéro de Cinémagazine.

Cinémagazine du 10 novembre 1922

Cinémagazine du 10 novembre 1922

La sortie à Paris au Ciné-Opéra le 27 octobre 1922.

Il semble que le film fit courir le Tout-Paris en 1922 au Ciné-Opéra, qui se situait au 8 boulevard des capucines (75009), malgré une retombée critique assez maigre.

Néanmoins nous avons retrouvé ces quelques encarts publicitaires qui témoignent de cette sortie parisienne ainsi que ces deux articles parus dans le quotidien La Presse et Le Matin.

La Presse du 29 octobre 1922

La Presse du 29 octobre 1922

En voulez-vous de l’Epouvante ?

paru dans La Presse du 29 octobre 1922

Vous croyez peut-être que l’épouvante ne se distille que, dans certains théâtres, dont le Grand-Guignol est aujourd’hui le prototype.
Vous croyez peut-être que les plus fortes émotions voue seront procurées par les horrifiques récits d’un Edgar Poe.
Eh bien vous êtes dans l’erreur. Enfoncées les imaginations délirantes. Enfoncées les exécutions capitales. Tout ça, c’est des histoires de croquemitaines qui ne font plus peur aux grands enfants que nous sommes. Le cinéma se devait de détrôner ces puérilités.

Nous avons eu Caligari qui, au Ciné-Opéra, a intoxiqué durant trois mois un nombre imposant de nos contemporains.
Nous avons aujourd’hui, à ce même Ciné-Opéra, un film plus fort que Caligari, Nosferatu-le-Vampire, qui dépasse tout ce que peut dépasser l’imagination.

Le Vampire. Je l’ai vu. Il a une tête de gargouille de cathédrale et il boit le sang, le sang humain, qu’il aime. Il prend ses victimes à la gorge.

Les spectateurs qui sortent de là après ingestion de pareilles horreurs ont les yeux hagards, et, tout en se protégeant la gorge de leur main, se retournent parfois pour voir si le Vampire n’est pas sur leurs traces.

(non signé)

Critique paru dans Le Matin du 10 novembre 1922

Le Matin du 10 novembre 1922

Le Matin du 10 novembre 1922

Drame étrange en vérité, dont le thème semble puisé en quelque grimoire, une époque où les superstitions populaires voyaient dans les événements la main maléfique des fantômes.
Les amateurs d’émotions seront servis à souhait par ce film dans lequel, avec habileté, le réalisateur a cherché le critérium de l’horreur, de l’effroi.
Nosferatu, vieillard étrange, silhouette saisissante, buveur de sang, funèbre artisan de la mort, dont l’hallucinante personne se meut tantôt dans la nuit glauque des cimetières, tantôt chargée de cercueils, tantôt figée sur quelque corps dont il absorbe la vie. Le personnage est justifié par une légende dont les scènes sont habilement amenées et remarquablement jouées. Il convient de reconnaître à l’interprète de Nosferatu un talent de composition d’une rare puissance.
Tout comme il faut admirer les sites dont le pittoresque funèbre évoque à l’imagination le « pays des fantômes »..

Nosferatu sortit une semaine ! après un autre film de Murnau, La Terre qui flambe (Der Brennende Acker) distribué par Les Grandes Productions Cinématographiques (dans bon nombre de salles, chose assez rare pour l’époque) comme en témoigne ces encarts publicitaires.

Le Petit Parisien du 20 octobre 1922

Le Petit Parisien du 20 octobre 1922

 

Cinéa du 20 octobre 1922

Cinéa du 20 octobre 1922

 

Cinéa du 20 octobre 1922

Cinéa du 20 octobre 1922

Nosferatu fût présenté à la presse le 20 octobre 1922 au Ciné-Opéra :

Comoedia du 20 octobre 1922

Comoedia du 20 octobre 1922

A moins que la présentation fût repoussée au 27 octobre 1922 ?

Le Matin du 26 octobre 1922

Le Matin du 26 octobre 1922

 

Le Journal du 26 octobre 1922

Le Journal du 26 octobre 1922

Le lendemain en tout cas, nous trouvons dans Comedia cet encart confirmant la sortie du film ce 27 octobre 1922.

Comoedia du 27 octobre 1922

Comoedia du 27 octobre 1922

Si peu de critiques paraissent autour de la sortie de Nosferatu, il semble que le Ciné-Opéra fasse salle comble comme en témoigne ces encarts :

Le Petit Parisien du 06 novembre 1922

Le Petit Parisien du 06 novembre 1922

 

Le Petit Parisien du 15 novembre 1922

Le Petit Parisien du 15 novembre 1922

 

Le Journal du 15 novembre 1922

Le Journal du 15 novembre 1922

Signalons qu’une présentation spéciale a eu lieu le 22 novembre 1922 au Palais de la Mutualité :

Le Gaulois du 22 novembre 1922

Le Gaulois du 22 novembre 1922

La ressortie parisienne de Nosferatu le 06 juin 1925 au Carillon.

Le Ciné-Opéra a fermé en 1924 et c’est Le Carillon, qui se trouvait au 30 boulevard Bonne-Nouvelle, qui repris son style de programmation axée sur les films expressionnistes allemands. C’est sans doute dans cette salle que certains des surréalistes ont (re-)découvert Nosferatu. Cette salle était l’une des préférés de Robert DesnosPaul Eluard et Georges Sadoul.

Signalons que cette ressortie coïncide avec la fin du procès intenté par la femme de Bram Stoker (l’auteur de Dracula dont Nosferatu est l’adaptation) à la Prana-Film qui avait produit Nosferatu sans son autorisation. D’après le jugement, les copies et le négatifs auraient dû être tous détruits. Heureusement que certains dont Henri Langlois en ont conservé des copies sans quoi Nosferatu aurait rejoint la longue liste des films muets disparus…

Le Journal du 05 juin 1925

Le Journal du 05 juin 1925

Nosferatu le Vampire au Ciné-Carillon

Aujourd’hui, à 2 h. 30 commencent, au Carillon, les représentations de ce film qui fit, naguère, courir tout Paris au Ciné-Opéra.
La presse parisienne le déclara remarquable « par sa nouveauté, sa parfaite exécution, son étrangeté et l’émotion indescriptible qui s’en dégage ».

Le Journal du 12 juin 1925

Le Journal du 12 juin 1925

Il semble que cette reprise fût un succès également si l’on en juge par cette brève paru dans Le Journal en 1925.

Le Journal du 19 juin 1925

Le Journal du 19 juin 1925

Dans nos recherches sur Gallica, nous avons trouvé trace d’une sortie à Alger en 1924 au Splendid-Cinéma dans le journal L’Echo d’Alger.

L'Echo d'Alger du 13 avril 1924

L’Echo d’Alger du 13 avril 1924

 

L'Echo d'Alger du 13 avril 1924

L’Echo d’Alger du 13 avril 1924

 

L'Echo d'Alger du 13 avril 1924

L’Echo d’Alger du 13 avril 1924

La ressortie parisienne en 1928 au Ciné-Latin.

Le Ciné-Latin était l’un des temples du cinéma pour tout cinéphile qui se respectait à la fin des années vingt car il ne diffusait que des « reprises » jamais de nouveauté, c’était l’occasion rêvée de revoir ou découvrir des classiques du cinéma. Situé 10-12 rue Thouin, dans le quartier de la Contrescarpe, Le Ciné-Latin était dirigé par Léo Duran.

Mais avant d’être repris au Ciné-Latin, le film était diffusé dans les ciné-clubs comme ce 25 janvier 1928 à la Salle Adyar où officiait le ciné-club de Charles Léger : La Tribune libre du cinema.

La Semaine à Paris du 20 janvier 1928

La Semaine à Paris du 20 janvier 1928

 

La Semaine à Paris du 20 janvier 1928

La Semaine à Paris du 20 janvier 1928

Puis le film ressort donc au Ciné-Latin.

La Semaine à Paris du 24 février 1928

La Semaine à Paris du 24 février 1928

Puis on retrouve la trace de Nosferatu de retour au Carillon dans la semaine du 20 octobre 1928.

Paris-Soir du 20 octobre 1928

Paris-Soir du 20 octobre 1928

Nouvelle ressortie de Nosferatu en 1931 aux Agriculteurs.

La programmation de la salle des Agriculteurs, situé au 8 rue d’Athènes (75009), était assuré par Armand Tallier et Laurence Myrga du Studio des Ursulines, autre salle légendaire de Paris.

La Semaine à Paris du 20 février 1931

La Semaine à Paris du 20 février 1931

 

Paris-Soir du 19 février 1931

Paris-Soir du 19 février 1931

 

Paris-Soir du 23 février 1931

Paris-Soir du 23 février 1931

 

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Pour en savoir plus :

Le site de la Fondation Murnau(en allemand).

Une page biographique sur Murnau du site du Ciné-Club de Caen.

Une autre page biographique sur le site de l’Encinémathèque.

La bande-annonce de la version restaurée (anglaise) de Nosferatu.

Le site de la Fondation Jérome-Seydoux-Pathé.

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