Entretien avec Marie Epstein (Cinémagazine 1926)


Le nouveau cycle de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé rend hommage aux Pionnières du cinéma muet jusqu’au 25 septembre 2018. C’est donc l’occasion de voir des films très rares réalisés, produits, scénarisés par des femmes dont l’histoire a facilement oublié l’importance, et notamment la première d’entre eux : Alice Guy dont ce cycle commémore les 50 ans de sa disparition.

Ce cycle met en valeur ces femmes : la comédienne Alla Nazimova, la réalisatrice Lois Weber, la comédienne Mary Pickford, la réalisatrice Germaine Dulac, la comédienne et réalisatrice Musidora et donc Marie Epstein, la soeur du réalisateur Jean Epstein, qui nous intéresse aujourd’hui.

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Marie Epstein a débuté sa carrière en étant scénariste des films de son frère dont surtout Cœur fidèle (dans lequel elle tient un petit rôle) en 1923. Mais surtout elle rencontre Jean Benoit-Lévy , qui produit en 1922 pour Jean Epstein le film Pasteur, avec qui elle va collaborer de nombreuses années en tant que co-réalisatrice. Leur film le plus connu est La Maternelle sorti en 1933 avec Madeleine Renaud.

A partir des années cinquante, Marie Epstein deviendra l’assistante d’Henri Langlois à la Cinémathèque française.

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Pour lui rendre hommage, nous avons retrouvé tout d’abord ce rare entretien pour Cinémagazine, datant de 1926, dans lequel elle évoque son travail de scénariste pour son frère à travers le projet Un « Kodak » qui ne semble pas avoir eu de suite.

Puis, nous avons ajouté deux critiques du film Peau de pêche qu’elle a co-réalisée avec Jean Benoit-Lévy, film qui sorti à Paris le 08 mars 1929 dans un cinéma permanent, l’Electric, 5 bd des italiens 75002.

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Justement, Peau de pêche sera présenté à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé par Émilie Cauquy de la Cinémathèque Française le Mardi 25 septembre 2018 à 16h30 .

Il est également projeté demain, vendredi 07 septembre 2018, à 16h.

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Nous comptons poursuivre notre hommage à ces pionnières françaises du cinéma muet cet automne, notamment à Germaine Dulac prochainement.

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A suivre…

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UNE SCENARISTE
Mlle M.-A. Epstein nous parle de Un « Kodak »

paru dans Cinémagazine du 8 octobre 1926

paru dans Cinémagazine du 8 octobre 1926

paru dans Cinémagazine du 8 octobre 1926

Parmi les métiers et les talents du cinématographe, le plus rare est celui de scénariste. Bien que le scénario soit, des facteurs d’un film, presque le plus important, peu d’imaginations ont pu jusqu’ici se consacrer exclusivement aux drames de l’écran. Cette spécialisation est pourtant indispensable à l’avènement d’une dramaturgie proprement cinématographique.

Mlle Antonine Epstein, dont le nom fut mis en lumière par le concours de Pathé-Consortium, où elle obtint le premier prix avec son scénario « Les Mains qui meurent », bien que très jeune, a déjà à son actif deux scénarios: L’Affiche et Le Double amour, réalisés par MM. Jean Epstein pour la firme Albatros.

C’est peu si l’on considère le chiffre seul, c’est beaucoup si l’on tient compte de la rareté des productions originales à l’écran et de la pléthore des adaptations de toute sorte. Or, comme les Films Jean Epstein annoncent la mise en chantier d’un nouveau scénario de Mlle Epstein, curieusement intitulé Un « Kodak », nous avons voulu connaître l’opinion de l’auteur de L’Affiche sur ce sujet si vaste et si peu étudié du scénario cinématographique.

« Comment je trouve un sujet de scénario ? nous répond Mlle Epstein. Il n’y a pas de recette pour cela. Il existe des scénarios dans les journaux et dans les rues. Cependant, ce moyen me paraît le meilleur : « Regardez avant de penser. Il se peut que vous voyiez quelque objet qui rendrait bien à l’écran. Par exemple : une affiche dominant le trafic des rues, s’allumant et s’éteignant la nuit. Imaginez un tel objet en présence des hommes : si, à leur contact, il peut se charger de drame et peut le provoquer en eux, il est alors un germe de scénario, visuel et dramatique, qui se développera en vous, tout seul, si vous pensez à lui. Une affiche a inspiré L’Affiche. Si, au contraire, un objet imaginé en présence des hommes ne paraît pas réagir sur eux, ni eux sur lui, vous penserez longtemps à un tel objet et n’arriverez à penser rien d’intéressant.

« Nous avons pris un « Kodak ». Par lui-même, c’est un objet petit, noir, un peu mystérieux comme mécanique et toute chimie, trapu, susceptible d’un seul mouvement : le déclic, et emprisonnant en lui des images de la réalité. Nous l’avons supposé en présence d’une femme et de deux hommes qui sont frères. Le drame qui a résulté de cette confrontation a nécessité l’intervention d’un autre personnage encore : le soleil. Ainsi est né et s’est développé le scénario Un « Kodak. »

paru dans Cinémagazine du 8 octobre 1926

paru dans Cinémagazine du 8 octobre 1926

— Quelles sont, d’après vous, les qualités d’un bon scénario ? demandons-nous ensuite à Mlle Epstein.

Si vous avez aimé imaginer un scénario et avez été émus tandis que vous l’imaginiez, il est probable qu’il émouvra à son tour et sera aimé. L’émotion est la première qualité. Pour émouvoir, un scénario doit être simple. Des sentiments dont on dit « vieux comme le monde » émeuvent. Un détail suffit à leur donner un caractère original. Ainsi, il est un beau tableau : « Le Veuf et la boîte à musique. » Je n’en parle ici que pour le transposer à l’écran : un homme pleure la mort d’une femme. C’est humain. Cela pourrait être aussi banal. Mais l’homme pleure en présence d’une « boîte à musique » : elle joue un air aigrelet (à réaliser par l’orchestre), tandis que sur le couvercle tourne une désuète figurine de bois. Sur cette boîte à souvenirs, l’homme penche sa tête entre ses deux poings et se souvient. Le vieux cœur humain se comporte à peu près de la même manière depuis longtemps, mais un détail inattendu a renouvelé notre intérêt. Et je retiens, en passant, pour un prochain scénario, ce titre : La Boîte à musique.

« Il est facile de trouver un germe de scénario visuel et dramatique ; il est moins facile de le développer. Mais la grande difficulté est de le développer de façon à occuper les spectateurs une heure durant, de façon à le conclure par un tableau de bonheur parfait, et de façon encore à y placer au moins une scène de bal et, partant, plusieurs hommes en habit, sans la présence desquels nul scénario ne saurait se vendre. »

P. M.


Critique de Peau de Pêche

paru dans Cinémagazine du 18 Janvier 1929

Cinémagazine du 18 Janvier 1929

Cinémagazine du 18 Janvier 1929

LES PRÉSENTATIONS
Interprété par DENISE LORYS, MAURICE THOUZÉ, SIMONE MAREUIL, _MME BEAUME et le petit JIMMY.
Réalisation de JEAN BENOIT-LÉVY et de MARIE EPSTEIN

La grande firme française Aubert vient de présenter un film français, Peau de Pêche, dû à la collaboration de Jean Benoit-Lévy et de Marie Epstein.
Heureuse
collaboration dont nous ne nous plaindrons pas certes, car cette production réalisée d’après le roman de Gabriel Maurière est excellente.

Jean Benoit-Lévy, avec un souci qui l’honore, a toujours cherché à donner un but moral à ses œuvres, sans aller, cependant, jusqu’au film à thèse, toujours ardu. Il nous avait déjà produit de bons films de propagande. Avec Ames d’Enfants, il s’était orienté vers le film romanesque tout en gardant le continuel souci de dégager de ses images un exemple. Avouons-le — on me blâmera peut-être de cette franchise — exemple moral signifie bien souvent exemple ennuyeux. J’ai une souvenance amère des opuscules qu’au lycée nos maîtres proposaient à notre édification. Jean Benoit-Lévy et Marie Epstein n‘ont point pris figures de magister pour pédantesquement présenter leur thèse. Ils ont l’art d’enseigner et leur film est la chose la plus fraîche, la plus pleine de belle jeunesse que l’on puisse imaginer.

Cinémagazine du 18 Janvier 1929

Cinémagazine du 18 Janvier 1929

Le roman de Gabriel Maurière leur offrait un scénario coloré, amusant, ils n’ont eu garde de le négliger et ainsi nous avons eu Peau de Pêche qu’Aubert vient de présenter.
Peau de Pêche — un vrai
Poulbot — est le sobriquet d‘un gosse de Montmartre dont les joues, à la moindre émotion, prennent le coloris de ce fruit.

Cinémagazine du 18 Janvier 1929

Cinémagazine du 18 Janvier 1929

Un jour, dans la foule de la sortie d‘un grand mariage, il aperçoit par terre une croix en diamants. Il se précipite, et, tout rougissant, la rapporte à la mariée qui le remercie d’un sourire. Ce sera pour lui un radieux souvenir ! Aussi quelle joie quand la belle mariée, Mme Desfleuves, vient lui rendre visite dans sa pauvre cour ! Il passe des heures bien agréables avec elle, s’amusant à écouter « marcher le temps » à une petite montre qu’elle porte au poignet.
Et voilà que cette montre est volée par la marâtre de Peau de Pêche !…
Le pauvret s’affole à l’idée d’être soupçonné de ce larcin et se sauve à travers Paris. Un camion le happe et le jette sanglant sur le pavé. A sa sortie de l’hôpital, un oncle de la campagne l’accueille dans sa ferme pour le temps de sa convalescence. L’enfant est en pleine campagne, heureux avec sa cousine Lucie et son ami La Ficelle. Il se laisse prendre au charme de la vie rustique. Et la vie coule douce et calme, Peau de Pêche grandit, il est le « boute en train » d’une bande d’enfants de son âge, et lui qui est «parisien »… et connaît Paris… va pour les amuser jusqu’à imiter Maurice Chevalier !

Mais la guerre éclate, le petit village est frappé de plus d’un deuil. Peau de Pêche grandit, il travaille courageusement et prend sa part de toutes les besognes qui permettent, malgré l’absence des hommes, de continuer les travaux de la terre. La terre vit quand même, et le jour où les cloches sonnent l’armistice, Peau de Pêche trace à la charrue son premier sillon, se préparant à remplacer ses aînés disparus.

Dix ans ont passé, Peau de Pêche est un jeune homme, il dispute le cœur de Lucie, devenue une belle fille, à La Ficelle. Celui-ci a un immense prestige.
Intelligent et habile il s’intéresse aux inventions nouvelles et a même construit un appareil de T. S. F. !

Peau de Pêche se sacrifie, il retournera à Paris où il retrouvera Mme Desfleuves qui n’avait jamais songé à l’accuser du vol de sa montre.
La «belle dame» reçoit ses confidences, et voulant être à nouveau sa bonne fée, se rend à la
ferme de l’oncle où elle a tôt fait d’arranger le mariage de Peau de Pêche et de Lucie. La Ficelle se console d’ailleurs. Quelque temps après, le couple a un bébé aux joues coloriées qu’on surnomme « Pépin de Pèche » et à qui, comme à ses parents, la terre généreuse apportera la vigueur et la santé.

Cinémagazine du 18 Janvier 1929

Cinémagazine du 18 Janvier 1929

Comme on le voit, Jean Benoit-Lévy et Marie Epstein dans ce film ont soutenu une idée qui leur est chère : le retour aux champs, nécessaire pour ceux qui, à la ville, n’ont pas une situation nettement établie ou des possibilités de l’établir. Que serait dans Paris devenu Peau de Pêche ? Un pauvre bougre d’ouvrier trimant durement et ne connaissant d’autres joies que le bistrot, les promenades rebutantes par les rues encombrées ou… le cinéma ! Tandis qu’à la campagne il est un cultivateur libre, un paysan heureux chez lui et sur sa terre.

Les réalisateurs ont été servis par une heureuse interprétation.
Denise 
Lorys est de ces artistes qui comprennent un rôle et le jouent toujours dans la note juste. Le petit Jimmy qui devient un de nos meilleurs enfants acteurs, a été très amusant dans son rôle de Peau de Pêche tout jeune.
Maurice Thouzé interprétait le même rôle dans la seconde partie du film : Peau de Pêche devenu homme. Il a composé fort habilement le personnage du jeune citadin devenu campagnard et heureux de son sort. Tous les autres acteurs jouent avec conscience, ce qui donne au film un parfait ensemble.
Simone Mareuil, qui est une de
nos plus gracieuses ingénues, a fait de grands progrès, son jeu a perdu le maniérisme qui le rendait parfois insupportable. Elle a été une charmante Lucie d’une sensibilité délicate.

Cinémagazine du 18 Janvier 1929

Cinémagazine du 18 Janvier 1929

Une mise en scène évocatrice où les beaux intérieurs abondent garde à l’ensemble de la production une atmosphère de douce intimité dans l’horizon de la campagne. On ne peut que féliciter la Maison Aubert de sortir ce film français et de prouver ainsi son désir d’aider les jeunes car Jean Benoit-Lévy et Marie Epstein sont des jeunes.

Jean Marguet


PEAU DE PÊCHE
Véritable poème de la campagne française

paru dans Cinémagazine du 1 mars 1929

paru dans Cinémagazine du 1 mars 1929

paru dans Cinémagazine du 1 mars 1929

« Dans vos films, me disait un grincheux, on ne voit qu’adultères ou aventures de bandits. Quand on ne s’y tue pas on s’y vole et toujours on s’y trompe… » Et mon grincheux d’accabler les productions de nos cinéastes des pires méfaits. A l’entendre, les cambrioleurs viendraient s’instruire dans nos salles obscures de l’art de forcer les coffres-forts, les assassins de celui de jouer du couteau et pour les jeunes femmes ce ne serait qu’une leçon de flirter…
Ce réquisitoire n’allait, pas sans me faire sourire, car si les malfaiteurs vont au cinéma — comme tout le monde ! 
— ils ne peuvent y prendre de leçons, encore moins des conseils ; le dénouement des productions n’est-il pas le plus souvent fort moral ?
Je protestai de la bonne foi de nos auteurs de films, et j’allais évoquer l’ombre de la censure qui veille jalousement, mais mon grincheux s’obstinait en sa philippique…

paru dans Cinémagazine du 1 mars 1929

paru dans Cinémagazine du 1 mars 1929

Cet homme aime le cinéma cependant, il y vient en maugréant, mais il ne saurait se priver du plaisir des images animées. Le hasard nous fit voisins à la représentation de Peau de Pêche. Aux premières scènes il fit la grimace, comme toujours. Il est inconcevable !
Mais peu à peu
tandis que les scènes de Jean Benoit-Lévy se déroulaient, mon homme manifestait une moins mauvaise humeur, et, devant un bel extérieur, il se pencha de mon côté :
C’est bien cette machine-là ! Il y a de l’air là-dedans ! On y respire !

paru dans Cinémagazine du 1 mars 1929

paru dans Cinémagazine du 1 mars 1929

Voilà le mot, on respire à Peau de Pêche. Beaucoup ont eu cette impression heureuse. On respire, il y a du ciel, des coins d’ombres bien choisis, des fraîches rivières. C’est une belle excursion en pleine campagne à laquelle nous convie le réalisateur. Cela fleure la bonne terre de France que le soc de la charrue soulève lentement, sûrement, avec la force paisible, obstinée mais sûre qui est la qualité même de nos paysans. Jean Benoit-Lévy, qui croit au cinéma comme à un puissant moyen de propagande, a repris le thème du retour à la terre. Il aurait pu le traiter à la manière didactique et, dans une cascade d’images, nous montrer l’ouvrier des villes peinant à l’usine et le travailleur de la campagne heureux de soleil  et de tranquille bonheur. Cette manière n’est point la sienne.

M. Jean Benoit-Lévy n’est pas un magister. Déjà en collaboration avec Mlle Marie Epstein, il avait mené, dans Ames d’enfantsune véritable croisade contre le taudis. D’un scénario amusant ils avaient fait une leçon de choses. En choisissant pour leur film le roman de Gabriel Maurières, Peau de Pêche, les deux collaborateurs savaient nous intéresser. Ils ont vu juste. On peut se demander ce que serait devenu dans un faubourg de Paris, Peau de Pêche, joli garçon livré à lui-même, et c’est là où j’ai pu reprendre mon grincheux.
Vous n’avez pas encore vu de cambrioleurs, je pense ?
Mais cette fois il était fort amusé, mieux il était conquis…

Peau de Pêche trouve à la campagne, où il était venu, après un accident, débilité et faible, l’oxygène qui fera de lui un homme beau et fort. Une légère intrigue d’amour met dans l’œuvre une note de douce sensibilité qu’éclaire le sourire d’une jolie femme, Lucie. Il y a rivalité naturellement entre les deux inséparables amis Peau de Pêche et La Ficelle : ce dernier semble conquérir le cœur de Lucie.
Les femmes sont imaginatives et La Ficelle, qui a construit, monté un poste de T
. S. F., donne le dimanche des auditions des grands postes mondiaux. La scène est amusante. Groupé dans la cour par un beau soleil, tout le monde écoute le parleur inconnu. A une table, les anciens, qui ont connu le temps des diligences, ont déployé une carte et suivent les postes entendus. Il n’y a plus de distance, c’est un rapide voyage au long cours. Les postes s’annoncent : Madrid, Daventry, Naples, Langenberg et un autre si lointain, si lointain qu’on l’entend à peine. C’est au bout du monde…
Le gamin qui joue Peau de Pêche est bien amusant, me glissa mon voisin, qui n’était plus du tout grincheux.

paru dans Cinémagazine du 1 mars 1929

paru dans Cinémagazine du 1 mars 1929

« Le gamin qui joue Peau de Pêche» enfant c’est Jimmy, le petit Jimmydanseur, chanteur même aussi, et qui à la présentation du film nous a fort amusé en un petit sketch. Jimmy a certes été bien mené, selon le langage de studio, par les réalisateurs, mais ce gosse — s’il travaille — a en lui un don qui, cultivé, peut devenir un talent. Émotif à l’excès dans certaines scènes de sentiment, gavroche et très gosse à Poulbot lorsqu’il imite Chevalier, Jimmy est un excellent Peau de Pêche. Mais dans le film le personnage grandit plus vite que Jimmy qui serait trop jeune dans la seconde partie de l’œuvre.

paru dans Cinémagazine du 1 mars 1929

paru dans Cinémagazine du 1 mars 1929

Maurice Thouzé est donc Peau de Pêche adolescent. Lui aussi a su incarner son personnage avec beaucoup d’émotion, jouant sincèrement un rôle de fraîcheur. L’amie d’enfance, la petite bonne femme, compagne de jeux de Peau de Pêche, qui deviendra la compagne de sa vie, est incarnée par Simone Mareuil. Nous connaissions cette artiste pour l’avoir vue dans bien des films. Elle est charmante, et on regrette qu’au cinéma l’emploi de soubrette, n’existe pas. Simone Mareuil, gracieuse, ingénue, pétillante d’esprit, serait une admirable soubrette de Molière… A l’écran, cette jeune artiste trouve cependant l’emploi de son talent mousseux et vif avec toujours une pointe de sentiment. Elle a joué Lucie sans une erreur avec une justesse de ton qui mérite le succès. Mon grincheux, qui estimait Jimmy « bien amusant », était conquis par Simone Mareuil.

Ne voyant ni cambrioleur, ni criminel, ni femme fatale, il s’amusait franchement au joli conte de Jean Benoit-Lévy et de Marie Epstein. A tout conte il faut une fée ; dans Peau de Pêche cette fée est Denise Lorys que nous voyons, en mariée, descendre les marches de la Madeleine et devenir ensuite la protectrice de Peau de Pêche qui lui a, en bon gosse de Paris honnête et franc, rapporté un bijou égaré. La bonne fée du film — une fée bien jolie d’ailleurs — sera très utile à Peau de Pêche, puisqu’elle l’unira à Lucie, revenue de son admiration pour la T. S. F.

Peau de Pêche, qu’Aubert passera prochainement à l’Electric, sur les boulevards, est un véritable poème de la campagne française. Les réalisateurs n’ont pas cherché la virtuosité —ils ont voulu émouvoir et y ont réussi ; songeant dans une pieuse pensée aux milliers de paysans tombés pour défendre la terre, ils nous ont montré d’immenses champs de croix de bois se sur-impressionnant sur des horizons de champs de blés qui produisirent l’effet le plus émouvant — et cela est bien, en célébrant la campagne, de ne pas oublier ceux qui sont morts pour qu’elle demeure ce qu’elle est.
Peau de Pêche doit être un bon film, car mon grincheux ne murmurait plus…

Jean de Mirbel

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

Pour en savoir plus :

La programmation du cycle Les Pionnières du cinéma muet à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé jusqu’au 25 septembre 2018, à télécharger ici en PDF.

La notice biographique sur Marie Epstein sur le site Ciné-Ressources de la Cinémathèque française.

La nécrologie de Marie Epstein par l’universitaire et critique Ginette Vincendeau sur le site du quotidien Independent.

L’émission sur France Culture de 1986 : Marie Epstein raconte Jean Epstein : Portrait à trois faces.

La notice biographique sur Jean-Benoit Lévy sur le site des Indépendants du premier siècle.

Le site officiel de Jean Benoit-Lévy.

Le site Women Film Pioneers Project (en anglais) qui montre qu’à l’époque du Muet les femmes n’étaient pas seulement des actrices…

La conférence d’Emilie Cauquy et Marie Frappat à la Cinémathèque française en 2016 sur Marie Epstein.

La bande annonce du Coffret DVD « Les pionnières du cinéma » édité cet été par Lobster films.

 

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