La Recherche des Etoiles par Max Linder (Le Film 1919)


Une nouvelle fois, nous vous proposons un post sur Max Linder, que nous ne cessons de couvrir sur La Belle Equipe (recherchez l’ensemble de nos articles sur Max Linder via le plan du site) tant il nous parait important de continuer à propager sur internet sa mémoire, d’autant maintenant que sa fille Maud n’est plus.

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Aussi, il n’était pas question de passer à côté de cette rétrospective Max Linder qu’organise la Fondation Pathé depuis le 20 février jusqu’au 6 mars 2018 : Max Linder, drôle de dandy. C’est l’occasion rare de voir en argentique ces bandes qui ont fait le succès du premier comique français à l’international. En effet, Max Linder sera le premier français à faire carrière à Hollywood où il sera l’égal de Charlie Chaplin.

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Nous vous avons trouvé cet article dans lequel il évoque l’importance du maquillage pour les comédiennes, chose qui à l’époque en France était peu reconnue.

Plusieurs photographies rares, comme il se doit, illustrent cet article auquel nous avons rajouté quelques encarts publicitaires sur Max Linder paru dans ce numéro de cette revue luxueuse qu’était Le Film fondé par André Heuzé et comme rédacteur en chef Louis Delluc.

Signalons que le directeur de la publication n’était autre que Henri Diamant-Berger qui produira justement en 1919 Le Petit Café avec… Max Linder, réalisé par Raymond Bernard.

Voici d’ailleurs notre post de 2015 à propos du Petit Café :

Spécial Max Linder dans Ciné Pour Tous en 1919

Bonne lecture !

 

« La Recherche des Etoiles » par MAX LINDER

paru dans Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

On m’a souvent posé la question de savoir pourquoi les femmes présentées dans les films américains étaient plus jolies que les femmes présentées dans les films français. Je suis heureux que la tribune du Film me soit offerte pour exposer mes idées à ce sujet.

Tout d’abord, peut-on dire que les artistes cinématographiques américaines sont plus jolies que les françaises ? Ne vaut-il pas mieux dire qu’elles paraissent seulement plus jolies sur l’écran ? Pour moi, en toute vérité, je crois qu’elles paraissent plus jolies et sont aussi plus jolies.

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Pourquoi paraissent-elles plus jolies ? parce que les artistes américaines, hommes ou femmes, attachent une grande importance au maquillage cinématographique : ce n’est qu’au moyen de très nombreux essais, par différentes lumières et éclairages, qu’ils arrivent à se rendre compte du maquillage approprié susceptible de les mettre en valeur à la projection.

Aucun metteur en scène américain ne consentirait à tourner un film, sans avoir patiemment recherché par une série de bouts d’essais, le maquillage qui convient à chaque artiste suivant l’intensité de la source lumineuse. Par exemple, en Californie avec soleil, maquillage foncé. A New-York avec soleil, maquillage beaucoup plus clair. En résumé et d’une façon générale, plus la lumière sera forte, plus le maquillage sera foncé, plus la lumière sera faible, plus le maquillage sera clair. On se sert d’un seul fond de teint rose de préférence avec une gamme de trois poudres jaunes.

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

En France, au contraire, j’ai vu il n’y a pas longtemps tourner près de quinze mille mètres de film, pour une très importante comédie cinématographique, sans qu’un bout d’essai ait été, sinon pris, du moins projeté et montré aux interprètes principaux de façon à leur permettre, le cas échéant, de modifier leur maquillage. Et dire que certains directeurs français qui, « par leurs bouts d’essai veulent des coups de maître » s’imaginent pourtant travailler à « l’américaine » ?

Il faut reconnaître que cette façon de procéder est longue et dispendieuse et que souvent nos metteurs en scene français n’ont pas la liberté et l’indépendance nécessaires pour consacrer à la confection d’un film les quelques mois qui seraient indispensables pour mener à bien un travail aussi considérable et soigné dans les petits détails.

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Venons maintenant à la deuxième partie de la question : les femmes présentées dans les films américains sont plus jolies que les femmes présentées dans les films français.

Serait-ce à dire qu’en général la femme américaine dépasse en beauté la femme française ? Loin de moi cette pensée. Je suis, au contraire, certain qu’il y a en France beaucoup de jeunes filles ou jeunes femmes : jolies, intelligentes et photogéniques qui donneraient à la projection d’admirables photographies. Et pourtant, je n’ai jamais rencontré un metteur en scène français qui ne se soit plaint de ne pas trouver de femmes, jeunes et jolies, pouvant tenir l’emploi d’ingénues.

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Où sont-elles donc ?Partout, dans la rue, dans la vie.

La vérité est, qu’en France, où l’art cinématographique est encore considéré comme le parent pauvre du théâtre, on a rarement pensé à chercher des interprètes hors de nos scènes, subventionnées ou non.

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Les artistes ainsi recrutées ont certes beaucoup de talent, leur diction est parfaite, la déclamation n’a plus de secrets pour elles mais, pour l’écran, toutes ces belles qualités seront perdues. Les metteurs en scène américains, au contraire, précisément parce que leur théâtre national est plus court que le nôtre, ne s’embarrassent pas pour si peu : ils prennent leurs artistes cinématographiques, hommes ou femmes, partout où ils trouvent l’homme ou la femme susceptible de tenir l’emploi — je connais des vedettes féminines applaudies qui, récemment encore étaient dactylographes ou secrétaires dans des bureaux.

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Je prétends donc que si nos metteurs en scène français ne trouvent pas l’oiseau rare, c’est parce qu’ils ne cherchent pas bien.

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Par exemple, les deux photographies qui illustrent cet article, représentent deux jeunes filles : point de passé artistique, point de métier, mais de la jeunesse, de la beauté, de l’intelligence et de la spontanéité. Ces quatre éléments ne suffisent-ils pas à faire de ces deux inconnues d’aujourd’hui, des vedettes de demain sur l’écran ?

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Pour ma part, je le crois sincèrement et je conseille aux metteurs en scène français qui se plaignent de la pénurie d’ingénues cinématographiques de faire comme les américains : rechercher les étoiles, non au ciel ni sur les planches mais sur notre bonne terre de France, dont beaucoup de trésors sont encore inexplorés.

Max Linder

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Nous trouvons dans ce numéro cette publicité de Pathé Cinéma unissant Max Linder à son « élève » Charlie Chaplin.

Le Film du 15 octobre 1919

Le Film du 15 octobre 1919

Ainsi que celle-ci annonçant la sortie prochaine du film Le Petit Café, réalisé par Raymond Bernard et produit par Henri Diamant-Berger.

 

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

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Pour en savoir plus :

La rétrospective Max Linder à la Fondation Pathé du 20 février au 6 mars 2018.

La programmation du cycle Max Linder, drôle de dandy est à télécharger en pdf ici.

Le site consacré à Max Linder (allemand).

Un diaporama qui revient sur la carrière de Max Linder en 15 mn.

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Max Linder dans « Le baromètre de la fidélité » (1909), copie Pathé Baby.

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« Max Linder : celui qu’on avait oublié, première vedette de cinéma » reportage diffusé le 29 janvier 1964 (c) INA.

 

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