Emile Reynaud par Georges Sadoul (Ce Soir 1944)


Pour le centenaire d’Emile Reynaud en 1944, l’historien du cinéma Georges Sadoul revient sur la carrière d’un autre personnage clé dans l’histoire du cinéma et qui finit sa vie dans la misère (encore un !) en 1918.

En effet, avant les Frères Lumière, en 1892 exactement, Emile Reynaud présenta au Musée Grévin ses Pantomimes Lumineuses qui préfigurèrent le cinéma d’animation comme vous allez le découvrir ci-dessous. Bien avant, dès 1877, il avait mis au point le Praxinoscope, sorte de jouet optique qui créait l’illusion du mouvement de scènes dessinées. Puis, il créa le Théâtre Optique qui permettait de projeter sur un écran ces scènes animées. Ainsi, Emile Reynaud devint « le réalisateur des premiers dessins animés du cinéma, dans le sens où un dessin animé est une fiction composées d’images en mouvement » (cf. wikipédia).

Mais comme souvent dans le Cinéma, il fait partie de ces personnages que l’on oublie vite (ainsi Emile Cohl, et Georges Méliès dans une certaine mesure) et il meurt en 1918 à l’Hospice d’Ivry.

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Nous vous proposons donc cet article hommage à Emile Reynaud par Georges Sadoul qui avait de la suite dans les idées puisqu’il préfaça le premier numéro de la plaquette « Les Maîtres du cinéma » éditée par la Cinémathèque française, consacré à… Emile Reynaud.

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Nous avons rajouté un article publié dans Comoedia en 1934 qui revient sur ces Précurseurs du Cinéma, un autre paru dans Le Matin pour le cinquantenaire des Pantomimes Lumineuses en 1942 et surtout celui écrit dans Paris-Soir par l’historien Marcel Lapierre en 1937 dont le titre est éloquent : « Trois hommes ont inventé les dessins animés. Le premier est mort dans la misère (Reynaud), le deuxième est à l’Assistance Publique (Cohl), le troisième a fait une énorme fortune (Disney)».

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Emile Cohl mourra en 1938, 20 ans après Emile Reynaud. dont voici l’unique brève parue dans la presse de l’époque.

Le Journal du 14 janvier 1918

Le Journal du 14 janvier 1918

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Bonne lecture.

 

 

Emile Reynaud, l’inventeur des dessins animés, naissait à Montreuil il y a cent ans.
Il devait mourir dans la misère en 1918.

paru dans Ce Soir du 9 décembre 1944

Ce Soir du 9 décembre 1944

Ce Soir du 9 décembre 1944

La France se prépare à fêter le cinquantième anniversaire du cinéma, invention dans laquelle elle joua un rôle de tout premier plan. C’est en effet en 1895 qu’eurent lieu dans trois pays les premières projections de films publiques et payantes, et celles qui eurent lieu a Paris donnèrent véritablement naissance à un nouveau genre de spectacle, le cinéma. Mais si les films photographiques ne furent pas projetés en public avant 1895, depuis le 12 octobre 1892 un Français, Emile Reynaud, donnait au Musée Grévin, à Paris, des séances de dessins animés qui duraient vingt minutes chacune.

Emile Reynaud, né à Montreuil le 8 décembre 1844, est un inventeur génial, en même temps que le type de l’artisan français.

Son père était graveur en médailles, sa mère institutrice. A treize ans on le dit en apprentissage chez un mécanicien de précision. Après un essai malheureux pour s’établir photographe, il put vivre pendant plusieurs années à la campagne, se perfectionnant en dessin, apprenant seul la physique et se nourrissant des encyclopédistes.

En 1878 eut lieu une exposition universelle à Paris. Reynaud, qui venait d’arriver dans la capitale, y montra une nouvelle sorte de jouet : le Praxinoscope, qui permettait de voir, en mouvement, de charmants dessins animés : une petite fille qui sautait à la corde, une fermière entourée de poules picorantes, un jongleur, un acrobate, etc.

Le théâtre optique

Reynaud avait alors ouvert une petite fabrique de jouets dont il était avec sa femme et ses enfants le principal ouvrier. Il y mit au point en 1889 un Théâtre optique qui permettait de projeter des dessins animés sur un grand écran.

Le Théâtre optique est un appareil assez compliqué, mais dont le fonctionnement général se rapproche de celui des bicyclettes à chaîne.
C’est là son invention capitale.
Avant Reynaud, personne n’avait réalisé de longues bandes d’images perforées. Celle-ci annonçait le film cinématographique qu’Edison allait au même moment créer.
Les pièces que Reynaud montra aux spectateurs du Cabinet Fantastique du Musée Grévin (Les Pantomimes lumineuses) étaient encore plus remarquables que son appareil.

Le Bon Bock, Pauvre PierrotAutour d’une cabine, dessins animés qui duraient plus de vingt minutes, étaient des productions en couleurs, en relief, chantantes, musicales et sonores. Certes, la sonorisation était d’une extrême simplicité, mais pourtant le « film » déclenchait lui-même certains bruits, ce qui est le premier exemple historique d’une juxtaposition sur une même bande de l’image et du son.

L’ingéniosité des scénarios, l’esprit des « gags », le charme du dessin font des dessins animés de Reynaud des œuvres d’une perfection qui ne sera atteinte que quarante ans plus tard, lorsque Walt Disney commença la série de ses Silly Symphonies en couleurs.

Mais, Disney a près de lui des ateliers de centaines de techniciens. Reynaud travaillait seul.

Ce Soir du 9 décembre 1944

Ce Soir du 9 décembre 1944

Lorsque, après le succès du Kinotoscope Edison et du Cinématographe Lumière, les projections de films photographiques se multiplièrent sur les boulevards, les représentations de Reynaud connurent une rapide décadence. L’inventeur essaya de lutter en créant des Photo-scènes dessinées d’après la photographie et pour lesquelles il fit appel à l’acteur Galipaux, aux clowns Foottit et Chocolat.

Ce fut en vain. En 1900, le premier cinéma qui ait existé au monde fermait définitivement ses portes.

Reynaud essaya alors de résoudre le problème du cinéma en relief. Il y réussit, mais n’arriva pas à projeter ses images sur écran. Il se ruina à ces recherches.

Durant l’hiver 1910, à la tombée du jour, au Cours-la-Reine, les passants pouvaient apercevoir un vieil homme qui jetait des paquets dans la Seine. C’était Reynaud, désespéré, aigri, qui anéantissait ainsi ses appareils et la plupart de ses films. Il mourut en 1918, loin des siens, dont la guerre l’avait éloigné, à l’hospice des Incurables, à Ivry.

Montreuil qui le vit naître, Ivry qui le vit mourir devraient, pour le centenaire d’un des plus grands inventeurs français, honorer sa mémoire en lui donnant une rue. Une exposition Reynaud est projetée pour commémorer l’inventeur. Mais le plus authentique hommage qu’on pourrait lui rendre serait de ressusciter, par les procédés du dessin animé moderne, Pauvre Pierrot, bande conservée au Musée des Arts et Métiers. Ce ne serait pas seulement honorer un inventeur, mais apprendre au monde que, cinquante ans avant Disney, la France avait créé des dessins animés  d’une exceptionnelle perfection. Ce qui servirait au mieux notre propagande à l’étranger et notre prestige.

Georges SADOUL

Ce Soir du 9 décembre 1944

Ce Soir du 9 décembre 1944

Le document que nous reproduisons ci-dessus est inédit. Il représente trois moments de la bande « La Sauteuse à la corde ». En douze dessins, Reynaud recréait avec une merveilleuse exactitude la vie de la petite silhouette bleue et rose qui fut une des attractions de l’Exposition de 1878.


Nous avons retrouvé cet encart consacré à Emile Reynaud dans la revue Regards en 1946 qui prouve que Sadoul a continué à défendre ces pionniers oubliés du cinéma français.

Regards du 22 mars 1946

Regards du 22 mars 1946


Si nous parlions des vrais précurseurs du cinéma

paru dans Comoedia du 22 mars 1934

Comoedia du 22 mars 1934

Comoedia du 22 mars 1934

Il y a eu des quantités d’articles, et des masses de livres sur les précurseurs du cinéma. Personne ne met en doute l’invention des frères Lumière. Cependant, M. Léon Gion, dans un passionnant article des Cahiers du Film, nous conte une visite qu’il fit récemment chez les fils d’Emile Reynaud, qui, en 1888, prit un brevet pour son « Théâtre optique », contenant les trois principes essentiels du cinéma d’aujourd’hui :

1° Utilisation d’une bande flexible de longueur indéfinie portant une suite de poses. Les images peuvent être dessinées, imprimées en noir ou en couleur, ou même obtenues d’après nature par photographie. La bande porte des perforations permettant l’entraînement par des goupilles fixées sur une couronne. 
2° Un praxinoscope de grand modèle permet la projection de la bande. 
3° Un dévidoir à deux tambours entraînés à la main ou mécaniquement. 

Ce théâtre optique connut de beaux soirs au Musée Grévin.
Emile Reynaud avait fabriqué de véritables films. M. Gion écrit :

Ces premières bandes furent dessinées à la main sur gélatine et mises en couleur ; or, elles comportaient de quatre cents à sept cents poses ; chaque pose était une véritable miniature et il ne fallait pas moins d’une année pour achever une bande. Le défaut du procédé au point de vue commercial est évident et les administrateurs du Musée Grévin s’en rendirent compte. C’est pourquoi, à contre-cœur, l’inventeur se décida à faire appel à la photographie. Il le fit d’ailleurs avec certaines réticences, concevant le rôle de la photographie d’une manière particulière : il la considérait comme une matière « brute » qu’il travaillait ensuite, retouchait, sélectionnait.

A l’époque, Marey avait déjà publié ses travaux sur la chronophotographie. Reynaud s’en inspira pour construire son « photoscénagraphe », véritable appareil de prise de vues, à pellicule, et dont l’originalité était d’assurer la perforation du film à l’instant même de la prise de vue, afin d’assurer un repérage impéccable. Encore une fois, le film obtenu dans le « moulin à images » n’était pas définitif. 
Il faisait ensuite un découpage et un montage, tenant essentiellement à styliser le reflet servile de l’original. D’ailleurs les nouvelles projections étaient présentées sous le titre de photo-peintures animées. 

Les clowns Footit et ChocolatGalipaux, « tournèrent » pour Reynaud des pantomimes spirituelles ; ce furent sans doute les premiers artistes de cinéma. 

Galipaux, dans ses souvenirs, rapporte ses impressions de studio :

« Cela se passait dans l’atelier d’un photographe de la rue de Londres ; mais, chose curieuse, au lieu de me dire « Ne bougez plus », on m’avait dit : « Bougez tant que vous voudrez. » D’habitude je n’avais pas besoin de ce conseil, mais un photographe me faisant cette recommandation, c’était tout à fait nouveau pour moi, et je crois bien qu’en novembre 1896, ça n’était pas arrivé encore à beaucoup de mes confrères, en art dramatique. »

— J. V.

Regards du 22 mars 1946

Regards du 22 mars 1946

En 1942, Marc Blanquet célèbre par cet article les 50 ans de la présentation au Musée Grévin des Pantomimes Lumineuses d’Emile Reynaud.

Les dessins animés et la perforation des films ont cinquante ans
Ce sont des inventions françaises

paru dans Le Matin du 18 novembre 1942

 Le Matin du 18 novembre 1942

Le Matin du 18 novembre 1942

Si le cinéma n’a que quarante sept années, le film, lui, vient de fêter son cinquantenaire en même temps que son fils aîné le dessin animé.
C’est en effet le 28 octobre 1892 que l’inventeur français, Emile Reynaud, à qui l’on doit deux des découvertes essentielles qui devaient permettre la naissance du cinéma : la compensation optique et la perforation du film, présenta pour la première fois au public du musée Grévin, sous le nom de Pantomimes lumineuses, trois scènes respectivement intitulées : Pauvre Pierrot, Un bon bock et Clown et ses chiens qui sont sans conteste les ancêtres directs de ces courts métrages qui font aujourd’hui la joie des petits et des grands.

Mais laissons la parole à M. André Reynaud, fils du génial précurseur, aquarelliste de grand talent, qui fut à cette héroïque époque le collaborateur de son père :

Il est difficile d’imaginer une création plus complète que celle, réalisée en 1892 par Emile Reynaud dans son spectacle des Pantomimes lumineuses, nous disait-il hier.

— En premier lieu Emile Reynaud construisit son appareil de projection, basé sur un système optique nouveau. Il l’appela théâtre optique ; ensuite il composa le scénario des scènes puis il imagina, dessina et coloria lui-même toutes les poses de ses bandes, enfin il en assura personnellement la projection à chaque représentation. 

Il manœuvrait pour cela son théâtre optique, projecteur docile et obéissant, qui permettait dans l’exécution le déroulement à volonté du film, son arrêt brusque et la répétition des images par retour en arrière de la bande, l’appareil laissait ainsi l’opérateur donner libre cours à sa fantaisie, ce dont il ne se privait pas. 
Ainsi à chaque représentation, Emile Reynaud vivait intensément la petite scène qu’il projetait sur l’écran, et en réglait l’interprétation suivant les réactions des spectateurs et en communion avec eux. 

Une telle unité dans la réalisation et une collaboration aussi intime d’un appareil mécanique avec les fantaisies de l’esprit sont vraiment uniques ; elles étaient toutes deux l’expression d’une forte personnalité aujourd’hui disparue et la consécration d’une époque qu’il serait vain de vouloir ressusciter. 

M. André Reynaud de conclure :
— Aujourd’hui les dessins animés sont tributaires de la photographie et prisonniers du mécanisme.

Marc Blanquet

 Le Matin du 18 novembre 1942

Le Matin du 18 novembre 1942

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Trois hommes ont inventé les dessins animés. Le premier est mort dans la misère, le deuxième est à l’Assistance Publique, le troisième a fait une énorme fortune.

paru dans Paris-soir du 28 avril 1937 

Paris-soir du 28 avril 1937 

Paris-soir du 28 avril 1937

Tout le monde connaît Mickey, Félix le Chat, Mathurin, Betty Boop et tous les autres personnages extraordinaires créés par les dessinateurs cinéastes. Par contre, on ignore presque aussi généralement les hommes dont les travaux successifs ont permis ces charmantes projections. Pourtant, quel étrange destin est le leur !

Les premiers pas : Emile Reynaud

Avant la révélation du « cinématographe » Lumière, des dessins animés avaient déjà réjoui le bon public parisien. Emile Reynaud, né au Puy en 1844, en était l’auteur. En 1870, il possédait un atelier de photographe, rue Poissonnière. Son travail l’amena à collaborer avec le botaniste Focillon et l’intérêt qu’il prit pour les sciences naturelles le poussa à suivre les cours de l’abbé Moigno et à constater l’importance éducative des projections lumineuses (lanterne magique). Il devint l’opérateur projectionniste de l’encyclopédique abbé et, plus tard, il fut chargé par la municipalité du Puy d’organiser dans les écoles professionnelles de la ville « l’enseignement par la vue ».

A l’Exposition de 1889, Reynaud révéla le « théâtre optique ». Cette fois, les images du praxinoscope, multipliées à l’infini, étaient renvoyées sur un écran. Pour la première fois, les spectateurs étaient admis à contempler des projections animées. Par la suite, les représentations du théâtre optique furent données au Musée Grévin. Il s’agissait de scènes dont chaque image était dessinée et coloriée à la main : Pauvre Pierrot, le Bon bock, le Clown et ses chiens, Autour d’une cabine, Un Rêve au coin du feu, tels étaient les titres de ces « tableaux vivants » dont chacun occupait l’écran pendant dix à quinze minutes. Reynaud avait réellement inventé les devins animés. Pendant sa période de prospérité, il gagna 500 fr. par mois et il devait, sur cette somme, payer ses collaborateurs.

Sans entrer dans le détail de ses travaux ultérieurs, disons que les efforts de Reynaud furent ruinés et son oeuvre oubliée. Le cinématographe de Lumière éclipsa le théâtre optique que son inventeur élevait pourtant vers la perfection artistique. Le Musée Grévin raya de son programme les peintures animées tandis que l’« opinion savante » se détournait du photographe ingénieux.

Désespéré, celui-ci abandonna ses projets. Il travailla comme ouvrier chez Gaumont puis fut secrétaire d’un architecte. Il détruisit les appareils et les bandes de son théâtre optique. En 1918, il mourut misérablement à l’hospice d’Ivry et sa femme dut tenir la caisse d’un petit cinéma de quartier pour gagner quelques sous.

Un artiste : Emile Cohl

Paris-soir du 28 avril 1937 

Paris-soir du 28 avril 1937

Le dessinateur Emile Cohl, disciple et ami d’André Gill, s’aperçut, un jour, qu’une idée contenue dans une de ses séries de dessins avait été utilisée par les confectionneurs de films de la maison Gaumont. Prêt à crier au plagiat et à invoquer toute la jurisprudence qui protège la propriété artistique, il courut chez l’éditeur. Il y fut fort bien reçu et, en manière d’excuses, on lui offrit un contrat. En effet, puisque ses idées pouvaient être traduites en films, n’était-il pas plus simple qu’il les apportât directement à l’usine de cinéma ?

Emile Cohl devint donc scénariste et metteur en scène. Tout en travaillant, il réfléchit sur son nouveau métier et il conclut qu’il serait amusant, au lieu de photographier des acteurs vivants, d’animer par le même système des personnages dessinés, inventés, donc plus fantaisistes. Gaumont approuva cette façon de voir et, en 1908, Cohl réalisa son premier dessin animé, Fantasmagorie, qui fut projeté au Gymnase, lequel était transformé en cinéma pendant la saison d’été.

Le succès fut tel qu’on invita le dessinateur à continuer. Il continua : son personnage, qu’il avait baptisé Fantoche, reparut dans de nombreux films.

En 1912, il s’en fut en Amérique, envoyé par « Eclair-Journal ». Au cours de son séjour, il fit la démonstration de ses méthodes et les Américains ne manquèrent pas d’en profiter.

La guerre interrompit les travaux de Cohl et, quand la paix fut revenue, de nombreux dessins animés fabriqués aux Etats-Unis envahirent le marché. Le vieil artiste en éprouva une grande  amertume et il ne put remonter le courant : il disparut.

Il y a quelques mois, on apprenait que Cohl vivait dans la gêne, à Saint-Mandé : il touchait, chaque mois, un billet de cent francs de l’Assistance publique ! La semaine dernière, on l’a transporté à l’hôpital de la Pitié.

Et, de même que Reynaud se débattait dans une situation lamentable tandis que ? remportait ses premiers succès, le malheureux Cohl connut la misère alors que ses imitateurs édifiaient des fortunes.

Walt Disney : Le triomphe de Mickey

Paris-soir du 28 avril 1937 

Paris-soir du 28 avril 1937

Les auteurs des dessins américains : Ben Harrison, Many Gould, Pat Sullivan, Soglow, Max Fleischer, ont fait des carrières brillantes, certes, mais le cas le plus typique est celui de Walt Disney.

Disney était un pauvre petit porteur de journaux de Kansas City. Adroit et débrouillard, il se fit embaucher pour composer des dessins de publicité.

C’était un artisan besogneux, mais plein de talent et d’humour. Il entreprit de faire des dessins animés et créa Oswald le joyeux lapin, dont la firme Universal s’assura l’exclusivité. Pour occuper ses loisirs, il travailla une idée personnelle et il inventa Mickey — en souvenir, dit-on, d’une petite souris qui lui avait tenu compagnie dans le sordide bureau de ses débuts.

Tout d’abord, personne ne voulut s’intéresser à cet excentrique rongeur.

Le film parlant faisait son apparition, mais Walt Disney, au lieu d’en être victime, sut s’y adapter : il fit sonoriser ses Mickey. Quand il les présenta, ce fut du délire, les éditeurs se les disputèrent.

Dans plusieurs pays, il existe des publications pour enfants dont le titre est Le Journal de Mickey. La silhouette de Mickey est reproduite sur les objets les plus divers : bijoux, verres, boîtes à  bonbons, serviettes, tabliers, ballons, brosses, etc. Tout cela rapporte. C’est par centaines de millions de dollars que se chiffrent les affaires de Walt Disney.

Quel contraste avec les destins tragiques de Reynaud et de Cohl !

A Emile Reynaud, on ne peut rendre qu’une justice posthume, mais il est encore temps d’aider Emile Cohl qui sut jadis témoigner à André Gill un si parfait dévouement.
Qu’on se hâte !

Marcel Lapierre

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Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
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Pour en savoir plus :

Le site de l’association les Amis d’Émile Reynaud

Adaptation cinématographique de « Pauvre Pierrot » par Julien Pappé de l’AFCA sur Vimeo.

La version brut de Pauvre Pierrot d’Emile Reynaud.

Autour d’une cabine d’Emile Reynaud (1894).

Émile Reynaud et le Praxinoscope, extrait du film de Jacques-Bernard Brunius « Le violon d’Ingre ».

 

 

 

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