Margo Lion tourne « De haut en bas » (Pour Vous 1933)


Il faut avouer que nous avons un faible pour ces actrices comme Margo Lion, mystérieuse et dont la moindre des apparitions est envoûtante.

C’est grâce à son rôle dans la version française (devenue assez rare) de L’Opéra de quat’sous de G-W Pabst en 1931 où elle reprenait le rôle de Lotte Lenya, qu’elle eut une belle carrière dans le cinéma français. Même s’il s’agit plutôt de rôles de second plan, elle reste inoubliable. Regardez par exemple l’extrait vidéo où elle chante dans ce film méconnu d’Anatole Litvak, adaptation allemande du film de Jean Boyer Calais-Douvres (à voir dans les liens ci-dessous) de 1931.

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Mais souvenons-nous d’elle dans  La Bandera de Julien DuvivierJenny de Marcel CarnéL’Alibi de Pierre Chenal. Après-guerre on la retrouvera toujours auprès de Pierre Chenal dans le formidable La Foire aux chimères et la même année dans Martin Roumagnac de Georges Lacombe.

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Nous avons trouvé peu d’articles sur cette actrice mais voici celui paru dans Pour Vous en 1933.

Nous avons rajouté d’autres brèves sur sa belle carrière de chanteuse des années trente dont un texte de René Barjavel.

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Bonne lecture et bonne rentrée !

 

Margo Lion tourne « De haut en bas »

paru dans Pour Vous du 5 octobre 1933

Pour Vous du 5 octobre 1933

Pour Vous du 5 octobre 1933

La plupart des admirateurs de L’Opéra de Quat’Sous ont gardé un souvenir profond de Margo Lioncette étrange femme à la voix lente et âpre qui chantait une complainte si émouvante dans l’une des plus belles scènes du film : dans leur souvenir, l’image de Margo Lion, fille aux yeux de malheur et aux gestes de triste damnée, résume, en quelque sorte, l’esprit de cette œuvre de G.W. Pabst.

C’est une autre Margo Lion, bien différente, que nous présentera De haut en basle nouveau film du célèbre metteur en scène.
Déjà Léo Mitler et Kurt Gerron, dans leurs derniers films français avaient confié à Margo Lion des rôles caractéristiques. Mais c’est surtout le film de Pabst qui surprendra tous les admirateurs de Margo : ils y verront en effet une femme élégante et hautaine, aux longs cils pervers et aux regards d’une trouble dureté, ils y verront une femme belle et jeune qui se révèle une actrice excellente.

On ne peut pas dire que le rôle qu’elle interprète dans De haut en bas correspond bien à son caractère : autant Margo Lion est cordiale et douce, simple et aimable, autant son personnage est méchant, dur, distant, désagréable ; c’est le moins sympathique du film de G.W. Pabst… et Margo Lion l’a interprété à la perfection.

Margo Lion est Française, Alsacienne pour être plus précis. Elle a longtemps vécu à Berlin, où sa renommée est grande : elle chantait et jouait la revue, des revues qui étaient spécialement écrites pour elle. Je lui ai demandé comment se faisait-il qu’elle n’eût jamais joué ou chanté en France :
« Avant mon mariage, en France, j’étais une jeune fille à qui jamais ses parents n’auraient permis de faire cette chose horrible : du théâtre… »

Et Margo Lion rit en disant cela : car elle s’est bien rattrapée depuis, elle a fait du théâtre, et jamais elle n’est devenue une  « actrice », elle est toujours restée une femme solitaire et pathétique, qui a quelque chose d’enfantin dans ses yeux et dans sa façon d’être, et qui n’est gaie que par accès…
Elle est rebelle à toute interview. Interrogée, elle rit et rougit :
« Je ne fume pas, je ne bois pas, j’aime le cinéma, j’aime jouer en français, ma langue maternelle… Et puis, zut ! Je ne sais pas vous répondre : écrivez ce que vous voudrez… »

Pour Vous du 5 octobre 1933

Pour Vous du 5 octobre 1933

Elle est gênée par les longs cils que le maquilleur lui a posés sur les paupières, par le long fume-cigarettes dont se sert son personnage dans De haut en bas, par la chaleur des projecteurs : elle fait des blagues avec les électriciens, elle esquisse un pas de danses, puis, dès que Pabst lève la main, la voici devant la caméra, et ce n’est plus Margo Lion, mais la désagréable Mme Binder de De haut en bas qui enguirlande sa bonne ou se moque de son mari.

Margo Lion a un grand ami : son chien, Karl, un scotch aux yeux crédules. Il est noir comme le charbon et naïf comme un ange.
La vie du studio a fait de ce chien tranquille et obéissant un petit et cocasse pirate qui n’arrête jamais de galoper. Quand sa maîtresse jouait, il pleurnichait avec vivacité d’être retenu loin d’elle : je me souviens d’une scène que Margo Lion tournait avec Jean Gabin et la charmante Denysis, et au cours de laquelle Karl se mettait en fureur chaque fois qu’il entendait une réplique de sa maîtresse…

Cultivée, simple, mélancolique, spirituelle, telle est Margo Lion : et c’est le film de Pabst qui nous montrera qu’elle n’est pas seulement une émouvante chanteuse, mais aussi une actrice de grand talent. Et Margo Lion qui aujourd’hui, nous dit-elle, n’a pas de projets précis, en aura sans doute trop demain…

Nino Frank

Source : Bibliothèque numérique de la Cinémathèque de Toulouse

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L’Intransigeant du 29 juillet 1933

C’est donc l’été 1933 que Margo Lion ce très beau morceau « Il Suffit d’une femme qui passe » du film de Leo Mittler « La Voix sans visage » sortie en 1934.

Comme nous voulions absolument partager avec vous ce morceau assez rare, nous l’avons posté sur Youtube, en espérant qu’il ne soit pas retiré pour des questions de droits.

A sa sortie, ce morceau ne passa pas inaperçu comme le montre ces deux coupures de presse paru dans L’Intransigeant les 13 et 14 novembre 1933, notez la référence à Marlène Dietrich

L’Intransigeant du 13 novembre 1933

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L’Intransigeant du 14 novembre 1933

Cette référence à Marlène Dietrich, sa grande amie, on la trouve dès 1928 dans Comoedia à travers sa période berlinoise, comme en témoigne également cette photographie parue en 1926.

Comoedia du 30 juin 1926

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Comoedia du 02 juillet 1928

En parallèle du cinéma, Margo Lion a eu une belle carrière dans la chanson dans les années trente à la suite de son succès dans la version française de L’Opéra de Quat’ Sous de Pabst.

Qu’on en juge par les coupures de presse ci-dessous où elle joue en 1934 aux Noctambules et à l’A.B.C.

Extrait de l’article paru dans Comoedia du 15 septembre 1934 de Pierre Barlatier.

Comoedia du 26 septembre 1934

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Comoedia du 7 décembre 1934

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Comoedia du 22 décembre 1934

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L’article de Marc Blanquet paru dans Le Journal du 18 décembre 1934.

Nous avons retrouvé également ce beau texte de l’écrivain René Barjavel à la suite d’un tour de chant de Margo Lion en 1937.

SILHOUETTES – Margo Lion

paru dans Ce Soir du 3 mars 1937

On la dirait descendue de l’ovale illustrant les vide-poches 1900, cadeau des Grands Magasins Dufayel, où les dames de l’époque déposaient leurs cartes postales et leurs épingles à cheveux.

Elle a un grand nez long, fin, mince, plein d’esprit, et d’admirables yeux de chèvre. Il y a, dans ses yeux, le pessimisme définitif d’une femme à qui la vie n’a plus rien à apprendre, sans aucune trace d’aigreur. Elle ne croit pas beaucoup à la bonté des hommes, mais elle fait, en souriant, semblant d’y croire. Elle est capable de grandes tendresses pour les déshérités, les laids, les délaissés, et d’adoration indulgente pour les beaux. Elle est un peu animale, avec toute la supériorité de l’animal sur l’homme dont l’intelligence se développe aux dépens de la certitude de l’instinct.

Sa voix est à la fois claire et voilée, à l’image d’un de ces matins de printemps où le soleil se voit, comme un visage, à travers la brume qui va disparaître.

Elle chante des chansons où elle annonce que son amant le corsaire viendra couper la tête à tous les bourgeois du port. Ou bien. « Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre ».

Elle est fine, intelligente avec son esprit, son cœur et ses sens. Son jeu ne ressemble à celui de personne. Elle est une de nos plus extraordinaires actrices. Et on s’étonne de la voir si peu quand l’écran est envahi par tant de « comédiennes » qui jouent comme des pensionnaires.

René Barjavel 

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L’Intransigeant du 18 septembre 1936

A la sortie du premier film de Marcel Carné, Jenny, nous retrouvons Margo Lion au cabaret de Suzy Solidor.

L’Intransigeant du 18 septembre 1936

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Et en 1939, Margo Lion chante toujours chez Suzy Solidor comme le montre cet encart paru dans L’Intransigeant le 17 juin 1939.

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Marlène Dietrich n’a pas oublié Margo Lion à la sortie de la guerre, comme le montre cette brève parue dans Ce Soir du 11 octobre 1944.

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L’année d’après en 1945, nous retrouvons Margo Lion au Théâtre Hébertot où elle joue aux côtés de Gérard Philipe la pièce d’Albert Camus : Caligula.

L’article d’Yves Bonnat sur Caligula paru dans Ce Soir du 29 septembre 1945.

 

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Pour en savoir plus :

La notice biographique rédigée par Jean-Paul Briant sur Margo Lion sur le site de l’Encinémathèque.

Une autre notice biographique sur le site CinéArtistes.

Une page sur la musique du film La Voix sans visage sur le blog Musique de Films.

Une page sur Margo Lion avec de belles photographies de son époque berlinoise sur le site Cabaret-Berlin.

La fameuse scène de L’Opéra de Quat’Sous de Pabst (version française) dans laquelle Margo Lion chante La fiancée du pirate (« Seeräuber Jenny » ou « Pirate Jenny »).

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Margo Lion chante « Leben ohne Liebe kannst du nicht » en 1931 dans le film d’Anatole Litvak : Nie wieder Liebe! (une version de Calais-Douvres de Jean Boyer).

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Marlene Dietrich chante « Wenn die beste Freundin » en 1928 avec Margo Lion et Oscar Karlweis.

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