Au « rendez-vous de juillet » avec Jacques Becker (L’Ecran Français 1948)


A l’occasion de l’hommage rendu à Jacques Becker par la Cinémathèque française au mois d’avril 2017, nous en avions profité pour mettre en ligne divers entretiens (et écrits) publiés dans L’Ecran Français, la grande revue de cinéma de l’immédiate après-guerre, entre 1945 et 1947.

Textes de Jacques Becker + entretiens (L’Ecran Français 1945-1947)

Cette fois-ci nous vous proposons deux articles/entretiens lors du tournage de Rendez-Vous de Juillet, le film de Jacques Becker, qui sorti le 6 décembre 1949 à Paris.

Le premier est écrit par le critique Roger Régent et le second par Jean Quéval.

*

Ce grand film de Jacques Becker témoigne de la jeunesse parisienne de l’après-guerre qui va faire le succès de ce Saint-Germain-des-Prés qui n’existe plus. Le film est centré autour du premier club de jazz de la capitale, le Caveau des Lorientais, dans lequel se produisait notamment le célèbre clarinettiste Claude Luter.

*

Rendez-Vous de Juillet est également un film important par sa distribution car il révéla plusieurs acteurs et actrices qui connurent une grande carrière : Nicole Courcel, Daniel Gélin et Maurice Ronet, et des grands seconds rôles de l’époque comme Pierre Trabaud et Brigitte Auber notamment.

*

Rendez-Vous de Juillet a été récemment restauré par Gaumont en Blu-ray.

*

Bonne lecture !

 

Au « rendez-vous de juillet » avec Jacques Becker

paru dans l’Ecran Français du 23 novembre 1948

l'Ecran Français du 23 novembre 1948

l’Ecran Français du 23 novembre 1948

Ce qu’il y a d’abord de passionnant, dans toute entreprise artistique, c’est la raison, on l’ensemble de raison qui font que l’artiste a justement choisi à un moment donné, de traduire tel sujet plutôt que les mille autres sur lesquels il aurait tout aussi bien pu se fixer. Pourquoi le peintre a-t-il, dans cette période précise de sa vie de peintre, dessiné sur sa toile une nature morte et non un paysage ou un nu ? Pourquoi le sculpteur a-t-il ?… Et l’auteur dramatique ? Et l’écrivain ?…

Et le cinéaste ?…

J’ai voulu savoir — et naturellement sans le lui demander : ce n’eût plus été drôle du tout ! —- ce qui avait porté Jacques Becker à choisir pour son prochain film — à choisir et à écrire — le sujet de Rendez-vous de juillet. Après quelques conversations avec le metteur en scène de Goupi mains rouges, je crois bien avoir percé le secret. Il n’est d’ailleurs pas certain que lui-même ait le mot de sa propre énigme !

Eh bien, voilà ! Si Jacques Becker se prépare à tourner Rendez-vous de juillet, c’est premièrement, parce qu’il a des enfants ; secondement, parce qu’il est allé au « Lorientais ».

l'Ecran Français du 23 novembre 1948

l’Ecran Français du 23 novembre 1948

L’orchestre du Lorientais. De gauche à droite : Claude Luter (clarinette), Merlin (cornet à piston), Mowgli (trombone) et, au piano, pour les besoins de la cause… l’amateur Jacques Becker !

Le Lorientais, pour tous ceux qui l’ignorent, est un club d’étudiants qui tient ses assises, au quartier Latin, dans une cave. C’est là, à quelques mètres au-dessous du niveau de la rue des Carmes, que la jeunesse du quartier s’entasse pour communier selon les rites sacrés de la religion du jazz. Claude Luter et sa formation jouent au cœur de cette minuscule catacombe dans le plus pur style New-Orleans. A voir danser ces adolescents, et leur danse exaltante, à la fois pure et sauvage, chaste et passionnée, on comprend vraiment que l’extraordinaire musique qui coule dans les veines de cette jeunesse ardente est un philtre magique. Ce qui est surprenant surtout, dans ce lieu étrange, ce sont les visages ! Et je crois bien pouvoir dire que la révélation de ces visages est la première raison profonde qui a conduit Jacques Becker au Rendez-vous de juillet

Il y a aussi qu’il est père de famille, et que sur ces visages du Lorientais, il a plus d’une fois, sans doute, superposé les traits qu’auront ses enfants, les siens et les autres, dont il dit non sans laisser percer une certaine inquiétude, une angoisse :

Nous les voyons aller et venir dans la vie de famille, mais le visage qu’ils nous montrent à nous, leurs aînés, est le même ou à peu près que celui de leur petite enfance. Leur visage véritable nous demeure inconnu. Ils ne se le montrent qu’entre eux… Je sais bien, ajoute Jacques Becker, qu’il en a toujours été ainsi ! Mais dans les temps où nous vivons, cet aspect de la question revêt une autre importance que par le passé.

l'Ecran Français du 23 novembre 1948

l’Ecran Français du 23 novembre 1948

Becker et N. Ballif repèrent, sur le toit d’une voiture, les paysages parisiens du film.

On peut donc supposer sans beaucoup de chances de se tromper que c’est cette interférence — découverte des visages au Lorientais par le père de famille — qui a porté Becker à composer un film dont le sujet est la jeunesse :

En réalité, dit-il, il ne s’agit plus pour moi de faire un film sentimental, un film social, un drame ou une comédie ordinaire ; il s’agit d’un voyage véritable qui transportera le spectateur dans une zone inconnue, parmi des gens inconnus. Cela constitue une arme puissante entre les mains d’un metteur en scène ! Lorsque j’ai fait Antoine et Antoinette, par exemple, je n’avais à compter que sur moi-même. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus riche, car ce qui est apporté est formidable !… Cela me permet de dire — autant que l’on puisse dire ces sortes de choses ! — que j’ai aujourd’hui une certaine tranquillité d’esprit et une conviction entière dans mon projet, ce qui n’est pas toujours aussi catégorique à ta veille d’un premier tour de manivelle…

RENDEZ-VOUS DE JUILLET va permettre à Jacques Becker — et c’est là un heureux présage— de retrouver le producteur de ses débuts : André des Fontaines, pour qui il tourna Dernier atout, cette œuvre qui promettait déjà tout ce que Jacques Becker a tenu, (ce prochain film sera une co-production Gaumont). Avec Rendez-vous de juillet, la difficulté pour l’auteur était, ayant un milieu, d’y introduire des personnages qui ne soient pas tous de série et qui apportent chacun un air nouveau et différent dans cette cave enfumée du Lorientais. Becker a su prendre pour héros des garçons et des filles qui viennent de toutes les latitudes de la jeunesse, mais qui sont tous, par leur époque, dans le même bain ! Pour poser ses personnages et construire ses scènes d’exposition, tâche toujours si ingrate, Jacques Becker a eu recours à un procédé d’une extraordinaire habileté et qui, avec une grande économie de temps et de scènes inutiles, situe immédiatement les êtres et leur milieu sans que nous soyons gênés par plusieurs actions parallèles. L’auteur se sert du téléphone, à l’heure du repas… Grâce à ces fils qui sillonnent Paris, nous pénétrerons successivement chez le bourgeois, chez le fonctionnaire, le commerçant, l’élève de l’I.D.H.E.C… De telle sorte que, lorsque nous retrouverons tous ces jeunes gens au club du quartier Latin, nous les connaîtrons suffisamment, eux et leurs familles, pour n’avoir pas à subir ces scènes de présentation au milieu du film !

Le découpage de Becker, dans toute cette première partie, est un chef-d’oeuvre.

Tous ces jeunes, marqués par la tragédie de l’époque, I’auteur de Rendez-vous de juillet leur donne un idéal, une volonté de réussite. Pour la plupart d’entre eux, c’est le théâtre, et cela nous introduira dans le milieu si pittoresque des écoles de comédie. Pour d’autres — les garçons — ce sera l’organisation d’une exploration, avec film documentaire à la clef, au coeur de l’Afrique. Pour ces derniers, Becker n’a eu d’ailleurs qu’à s’inspirer de la réalité : les jeunes de I’l.D.H.E.C., qui ont eux-mêmes monté une expédition en Afrique centrale et en ont rapporté un très beau documentaire sur les Pygmées ; lui ont servi de modèle.

l'Ecran Français du 23 novembre 1948

l’Ecran Français du 23 novembre 1948

Jacques Becker (à droite) en conversation avec Noël Ballif, Jeune élève du Musée de l’Homme, organisateur et chef de sept expéditions en Afrique, et qui a servi de modèle au metteur en scène du « Rendez-vous de juillet » pour camper le principal personnage de son film.

Si, à la fin du film, les choses paraissent se dénouer, que ce soit par des mariages, des réussites ou des déceptions, Jacques Becker, en réalité, se garde bien de conclure et de tirer une morale de son histoire ! Rien ne finit. Et comment quelque chose finirait-il à vingt ans ?

Le film nous montrera un milieu, une jeunesse, une action collective : ce ne sera à aucun moment une démonstration. C’est ce qui explique le morcellement du film ; il sera fait de petits éclats. Éclats de décors, de sentiments, de dialogue… Pas de grandes et longues scènes ; mais, pris sur le vif, des « instants » de rêve, d’amour, d’action : tous ces brefs instants de la jeunesse avec lesquels, plus tard, lorsqu’on les a tous assemblés, on fait sa vie.

Il n’y aura pas de vedettes dans Rendez-vous de juillet ! Des acteurs inconnus ou peu connus, et ces élèves des cours de comédie qui représenteront leur propre monde.

— Pourquoi Rendez-vous de juillet ? ai-je demandé à Becker.

Parce que cela représente à peu près, pour moi, la borne des dix-huit ans…

Ce film confirmera donc de façon éclatante ce que disait, mardi dernier dans ce journal, Paul-Edmond Decharme : la vedette d’un film, c’est le metteur en scène. Oui, quand celui-ci est (entre quatre ou cinq autres) un Becker. Dans Rendez-vous de juillet, il sera évidemment sa première vedette. Avec la jeunesse, bien sûr, qui jouera tous les rôles, qui sera tous les décors, et qui, si elle ne figure pas au générique, sera dans la lumière de chaque image.

Roger Régent


Jacques Becker a voulu des visages nouveaux. Pour qui Le Rendez-Vous de Juillet sera-t-il le rendez-vous de la chance ?

paru dans l’Ecran Français du 15 mars 1949

l'Ecran Français du 15 mars 1949

l’Ecran Français du 15 mars 1949

Et pourquoi crois-tu que je t’ai engagé ?
— Tu as eu ce que tu voulais, hein ! Nous sommes quittes.

Ce sont les deux répliques d’une scène capitale de Rendez-vous de juillet. Elle a été tournée quinze fois. Deux ou trois prises seront envoyées au montage. C’est la un exemple extrême de la méthode de travail de Jacques Becker. Minutie dans le tournage ; recherche patiente du point de projection ; constitution du matériel de montage qui permet d’assurer la plus efficace continuité du récit par l’image. C’est ce qu’on se dit à la réflexion, mais sur le plateau, ce qui saisit, c’est l’aptitude à diriger les comédiens. Bernard Lajarrige (Rousseau dans le film) tient un rôle de metteur en scène de théâtre déjà célèbre, acteur de surcroît, et, quand il dit à Nicole Courcel (Christine dans le film) :

Et pourquoi crois-tu que je t’ai engagé ?  

Il n’est que de la regarder pour comprendre le clair sous-entendu., Avec sa robe pourpre, sa capeline noire jeté sur ses épaules bien prises, la poitrine provocante, sa voilette, son regard bleu où se déchiffre la géographie entière des ruses féminines, avec ses dix-huit ans terriblement avertis, quel homme ne se damnerait pour Christine ?

Et pourquoi crois-tu que je t’ai engagé ?  

l'Ecran Français du 15 mars 1949

l’Ecran Français du 15 mars 1949

Oui, le port de reine de cette troublante gamine fait qu’on ne peut se méprendre sur les raisons de Bernard Lajarrige (je veux dire de Rousseau), mais la réponse de Christine est si tranquillement cynique, si cruelle, empreinte d’une telle puissance de déjà, et si révélatrice d’un tempérament qui se met à nu, qu’elle ne peut pas être dite sans que soit atteint le point de perfection : Tu as eu ce que tu voulais, hein ! Nous sommes quittes.

Si Becker a tourné quinze prises de ce plan, ce n’est pas parce que Nicole Courcel est mauvaise. C’est parce qu’elle est bonne. C’est parce que, chaque fois — dans la façon de lever lentement, le regard ; dans le regard même, où il entre de la puissance d’évaluation, du défi, de la réserve, de la duplicité, de la lassitude, des réminiscences sensuelles ; dans la façon de repousser I’amant qui lui presse la poitrine ; dans I’intonation —, elle pressent ses propres imperfections, devance l’observation du metteur en scène et serre de plus prés encore le point de perfection.

Si Jacques Becker est un admirable directeur de comédiens, c’est en grande partie parce qu’il sait choisir ses interprètes.
J’AI vu, me dit-il, prés d’un millier de filles et de garçons, j’en ai fait auditionner une centaine, sans référence au film, pour les voir au naturel, dans leurs morceaux préférés. Une quarantaine ont passe cette épreuve éliminatoire. A ceux-ci j’ai fait jouer des bouts de scènes du film. Et, enfin, a ceux qui ont ainsi franchi le second tour, j’ai imposé des essais complets, photogenie et diction.

— Il est des jeunes déjà connus. Pourquoi avez-vous entrepris d’explorer tous les cours de comédie de la capitale ?

C’est parce qu’il me fallait des visages nouveaux. II y a quelques semaines passait sur les écrans de Paris un film où Shirley Temple était représentée comme la fille de Claudette Colbert. Aucun chef-d’oeuvre ne pourrait résister à cette distribution. Quiconque a quelque ancienneté dans la carrière de spectateur sait en effet que Shirley Temple n’est pas la fille de Claudette Colbert. Ce n’est pas tant une affaire d’apparentement des types, ou de rapports des âges. C’est une question de mythes. II y a un mythe Shirley Temple. Vous voyez ce que je veux dire ? Shirley Temple ne peut pas plus être la fille de Claudette Colbert que Greta Garbo ne peut être l’épouse de Fernandel.

l'Ecran Français du 15 mars 1949

l’Ecran Français du 15 mars 1949

— En choisissant des visages nouveaux, ne vous privez-vous pas de talents plus murs ?
Oui, bien sur. Mais il faut commencer, non ? De plus, j’essaie en général de découvrir des débutantes qui n’aient pas à faire un important effort de composition. Je ne dis pas qu’ils jouent Rendez-vous de juillet au naturel Nicole Courcel n’est pas une garce et Pierre Trabaud (Pierrot) ne dérobe pas de gigots à la devanture des bouchers.
— Evidemment.
Evidemment. Mais l’effort de composition de Nicole Courcel, quand elle veut nous faire croire qu’elle est une petite arriviste qui ne balance pas sur le choix des moyens, est moins grand, par exemple, que celui de Shirley Temple, quand elle veut nous faire croire qu’elle est la fille de Claudette Colbert. Naturellement, il y a aussi, dans mon film, des rôles de composition. Mais ce sont ceux des parents, ou des maîtres : Louis Seigner enseigne la comédie, Gaston Modot l’anthropologie.

— Pourtant, Daniel Gélin, papillon farfelu, vingt-cinq ans, cynique sentimental, intellectuel rongé par l’instabilité de l’âge et touché par le mal du siècle, quand vous en faites le chef d’une expédition chez les pygmées, vous lui donnez bien un rôle de composition ?
— C’est l’exception. Enfin, la demi-exception. Il y a du chef de file et de l’explorateur en Daniel Gelin.

— Pouvez-vous me parler de vos découvertes ?
— Vous avez vu Nicole Courcel.
— Oui. Il ne m’étonnerait pas quelle soit au commencement d’une longue carrière.
Pierre Trabaud (le fils du boucher) tenait le rôle du boxeur amoureux dans Antoine et Antoinette, ou Brigitte Auber (la fille du coiffeur) avait aussi quelques répliques. En revanche, Maurice Ronet (Roger, élève de l’IDHEC), est un nouveau venu. Ses parents (dans le film) sont aussi ses parents (dans la vie). Ce sont des comédiens. Il y a encore Henri Cremieux, Philippe Mareuil et bien d’autres. Le film comporte un relativement grand nombre d’importants rôles secondaires, puisqu’il a fallu chaque fois camper les parents, afin que mes jeunes personnages soient plus intelligibles. Le milieu familial et celui de leur choix les expliquent complètement par l’éclairage du contraste. Enfin à l’arrière-plan, grand concours de figuration intelligente. Pour tenir leur partie au Lorientais avec naturel, les amateurs n’ont pas manqué.

l'Ecran Français du 15 mars 1949

l’Ecran Français du 15 mars 1949

JACQUES BECKER a de grands enfants, et qui figurent aussi dans son film. Il ne sait trop ce qui se passe dans leur tête : ainsi de tous les parents. C’est donc un voyage en pays inconnu qu’il a entrepris, et il l’a entrepris comme un reportage digne de ce nom. S’il le réussit, il aura fait une grande découverte : celle du réalisme français. Car enfin, ce qu’on nomme ordinairement ainsi, ces voyous, ces putains, ces personnages maudits, c’est souvent de la chiennerie pure. C’est quelquefois l’occasion de réfléchir sur la condition recluse de l’homme, c’est quelquefois de la poésie. Ce n’est sûrement pas du réalisme, qui se puisse comparer à ce qu’on nomme justement ainsi, dans le cinéma italien (ou anglais).

Peut-être Jacques Becker introduira-t-il dans le cinéma français le vrai visage de l’époque, et des types sociaux. Il a pris toutes les précautions du reporter. Il fait parler au naturel (au point de modifier sensiblement les dialogues sur le plateau) des personnages reconnaissables. Et qui jouent (presque) au naturel. Mais il aura un autre titre encore à notre reconnaissance, et ce sera d’avoir enrichi le cinéma français de talents nouveaux.

Nicole Courcel, Brigitte Auber, Maurice Ronet, Pierre Trabaud, Henri Cremieux, Philippe Mareuil. Ces noms sont sur la ligne de départ. Qui prend les paris ?

Jean Quéval

*

Source : Collection personnelle Philippe Morisson

*

Pour en savoir plus :

Le Paris de Jacques Becker sur le site du Forum des Images, par Claude Naumann.

Une page sur Jacques Becker sur le blog Mon Cinéma à moi.

L’interview de Françoise Fabian, qui fut l’épouse de Jacques Becker, dans Le Figaro du 7 avril 2017.

Extrait au Lorientais de Rendez-Vous de Juillet de Jacques Becker.

*

« Jacques Becker raconte le jazz à Saint-Germain » 26 juillet 1956 (INA).

 *

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *