Le procédé Schufftan (Cinémagazine 1928) 3 commentaires


Cela fait trop longtemps que nous n’avions pas consacré un post à ces hommes de l’ombre qui sont essentiels dans l’évolution du Cinéma.

Ainsi s’il fut un chef opérateur reconnu, citons simplement Metropolis de Fritz Lang , Le Quai des brumes de Marcel Carné et L’Arnaqueur (The Hustler) de Robert Rossen (pour lequel il obtint un Oscar), Eugen Schüfftan fut aussi l’inventeur du procédé qui porte son nom : l’Effet Schufftan.

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Ce procédé eut une importance considérable dans le cinéma des années trente, quarante, etc. Outre Metropolis, il fut utilisé par exemple dans Les Enfants du paradis de de Marcel Carné pour les scènes du grand théâtre et par Alfred Hitchcock (Les 39 Marches).

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Bonne lecture !

 

Technique Cinégraphique : Le Procédé Schufftan

paru dans Cinémagazine du 10 février 1928

Cinémagazine du 10 février 1928

Cinémagazine du 10 février 1928

Il est courant maintenant pour la réalisation d’un grand film de reconstituer avec des décors l’ensemble d’une place publique, un grand hôtel, une rue pittoresque, etc., etc. Sur un terrain voisin du studio des Réservoirs de Joinville-le-Pont, furent ainsi édifiés le Palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg pour Le Joueur d’Echecs, le Palais des Tekrites pour La Vestale du Gangeune place de village pour La Valse de l’Adieu.

Ces grands décors coûtent fort cher. Afin de réduire les dépenses que nécessitent la construction de ces hautes façades en véritable relief, étayés de fortes poutres, on a eu l’idée de n’édifier que le bas de tels décors (le rez-de-chaussée et le premier étage d’une maison, par exemple) et de compléter la partie manquante au moyen d’un truquage. C’est ainsi que l’on ne construisit que la portion inférieure des palais dont je parlais plus haut.

Quel moyen employer pour restituer sur l’écran le haut de ces édifices, que ne reproduit pas le décor ?
Un des plus usités est le procédé Hall.

Il consiste à placer devant l’appareil cinématographique une plaque de verre sur laquelle est peinte la partie supérieure des maisons, palais, etc., que l’on doit cinématographier. Sur la pellicule, l’image peinte sur la plaque de verre et celle que donne le décor véritable se raccordent parfaitement.
Ce procédé, qui jouit d’une grande vogue
 à cause de sa simplicité, présente un certain nombre d’inconvénients. Si habile que soit un décorateur, il ne peut, avec une image peinte sur une plaque de verre, donner la même impression de relief qu’avec le décor inachevé ; aussi, dans les tableaux obtenus grâce au procédé Hall, le haut du champ, en opposition avec le bas, est toujours plat. En second lieu, pour que les ombres peintes sur la plaque de verre se raccordent exactement avec celles que le soleil produit sur le décor, on est conduit à ne tourner les scènes d’ensemble qu’à une heure déterminée, et pendant un temps fort court. C’est très gênant pour la mise en scène.

Cinémagazine du 10 février 1928

Cinémagazine du 10 février 1928

Ces inconvénients ont amené le peintre allemand Schufftan à chercher un procédé nouveau, qui donne l’illusion complète du relief dans le haut comme dans le bas de l’écran, et qui permette de filmer des ensembles avec n’importe quel éclairage. Un ingénieur viennois, M. Kottula, le collaborateur actuel de Carl Dreyer, l’aida dans sa tâche. Après de longs travaux, ces deux hommes découvrirent le procédé qui porte le nom du peintre.

Il consiste essentiellement dans le remplacement de la plaque de verre du procédé Hall par un décor à l’échelle de un dixième ou un vingtième, c’est-à-dire dix ou vingt fois plus petit que ce qu’il représente.

Cinémagazine du 10 février 1928

Cinémagazine du 10 février 1928

Les acteurs jouent devant un décor de dimensions normales, d’une hauteur moyenne de 2 m. 50 à 3 mètres, et qui constitue le bas du tableau. On place devant l’appareil cinématographique un miroir incliné de façon qu’il reflète l’image du décor en miniature situé en dehors du champ. Le miroir occupe tout le champ de l’appareil. Mais, afin que le décor de dimensions normales et celui de dimensions réduites soient visibles en même temps sur la pellicule, on a enlevé, sur la partie inférieure du miroir, la couche d’argent qui lui donnait la propriété de refléter la lumière : cette portion du miroir n’est plus qu’une vitre transparente.

Chaque image du film reproduit donc celle que donne le haut du miroir (le décor en miniature), et celle que le bas du miroir, changé en vitre, laisse voir par transparence (le décor de dimensions normales).

Le procédé Schufftan a été utilisé pour la réalisation des Frères Schellenberg (vues du grand hôtel d’où une jeune fille se jette par la fenêtre, d’une grande place, etc.) ; de Metropolis (scène du stade) et d’autres films allemands.

Cinémagazine du 10 février 1928

Cinémagazine du 10 février 1928

Avec ce procédé, on arrive à donner véritablement l’impression de relief sur tout l’écran ; on peut, en outre, grâce à lui, filmer de grands ensembles truqués, éclairés sous tous les angles que l’on désire (lumière venant de face, de côté, à 45°, etc.), et obtenir, des effets de nuit sans avoir à changer le décor en miniature : il suffit seulement de l’éclairer différemment, ainsi que le décor de dimensions normales.

On voit, par ces brèves indications, que la découverte de M. Schufftan vient de faire faire un grand pas en avant à l’art du décor cinématographique, créateur de l’illusion.

Louis Saurel

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

Pour en savoir plus :

Une notice biographique sur Eugen Schufftan sur le site Paris Images Cinéma – L’industrie du rêve.

Hitchcock et le procédé Schufftan sur le site The Hitchcock Zone.

Exemple du procédé Schufftan dans Métropolis de Fritz Lang.


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3 commentaires sur “Le procédé Schufftan (Cinémagazine 1928)

  • Claude Guilhem

    Merci d’avoir revisité le procédé Schufftan.
    Il m’avait été indiqué par Robert Enrico en 1975, qui l’avait utilisé pour l’horrible séquence de son film « Le vieux fusil » quand Romy Schneider est brûlée vive au lance flamme dans la cour du château de Bonaguil (Lot et Garonne), ou de Bruniquel (Tarn et Garonne), je ne sais plus. Le dispositif était semblable, l’actrice mimant la séquence devant un rideau noir et la caméra photographiant son reflet dans une grande glace positionnée à 45°.
    Le film avait été réalisé en partie dans ces deux places fortes en ruine, qui pour l’action n’en formaient qu’une.

    • Philippe M. Auteur de l’article

      Merci Monsieur pour cette anecdote que je ne connaissais pas. Cela devrait intéresser également d’autres internautes. J’ajoute que je n’ai pas précisé que ce procédé est toujours utilisé, par exemple en 2013 par Peter Jackson pour son film : Le Seigneur des anneaux (Le Retour du roi).