La Bataille du rail de René Clément (l’Ecran Français 1946)


A l’occasion de la projection ce jour à Cannes Classic de la (nouvelle) version restaurée (2K) de La Bataille du rail de René Clément, nous vous proposons une page spéciale sur ce film qui obtint le Grand prix du Festival de Cannes en 1946.

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Vous trouverez sur cette page les différents articles publiés dans la revue L’Écran français lors du tournage ainsi qu’à l’occasion de la sortie du film. Ainsi nous avons trouvé par exemple une interview de René Clément par le futur cinéaste Jean-Charles Tacchella, éminent collaborateur de L’Écran français (à lire ici).

A cette série d’articles, nous avons rajouté ceux que nous avons trouvé chez Gallica lors du tournage du documentaire de René Clément : Ceux du Rail qui donna naissance par la suite à cette fameuse Bataille du rail (à lire ).

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Bonne lecture !

 

La Bataille du rail

publié dans l’Ecran Français du 15 Août 1945

l'Ecran Français du 15 Août 1945

l’Ecran Français du 15 Août 1945

Parmi les innombrables batailles secrètes que la France livra dans l’ombre pendant quatre ans, la bataille du rail ne fut pas la moins meurtrière ni la moins efficace. C’est cette lutte incessante et acharnée qu’un jeune metteur en scène, M. René Clément, a décidé de retracer par le cinéma. Il écrivit un scénario, fit appel, pour le dialogue et l’adaptation, à la collaboration de Mme Colette Andry et entreprit, il y a quelque mois déjà, de tourner ce  « court métrage », qui devait s’appeler « La Bataille du rail ».

l'Ecran Français du 15 Août 1945

l’Ecran Français du 15 Août 1945

Pour garder à ces images toute la vérité d’un document, aucun acteur n’avait été engagé. Les personnages de cheminots, des cheminots eux-mêmes devaient les camper. Un aiguilleur, un chef de poste, un mécanicien allaient devant la caméra refaire les gestes de leur métier. Bientôt, on s’aperçut que le résultat dépassait les espérances, et tant d’anecdotes et d’actions héroïques, recueillies de la bouche même des « acteurs » du grand combat de la Résistance méritaient d’être contées que René Clément transforma en scénario, le compléta, et « La Bataille du rail » devint ainsi un « long métrage ».

l'Ecran Français du 15 Août 1945

l’Ecran Français du 15 Août 1945

Les trois quarts de la bande sont maintenant terminés. Quelques scènes doivent être encore réalisées sur divers points du réseau ferroviaire français ; dans quelques jours sera donné le dernier tour de manivelle de cette oeuvre qui montrera, sur tous les écrans du monde entier, espérons-le, l’héroïsme de tous ceux qui, pendant quatre années, s’efforcèrent, toujours au péril de leur vie, de paralyser les transports de l’ennemi. L’Amérique et l’Angleterre firent la guerre avec ce slogan : « Une goutte d’essence vaut une goutte de sang. » En France, nos cheminots savaient que tout train allemand qui n’arrivait pas, c’était des centaines de vies humaines alliées qui étaient épargnées.

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« La Bataille du Rail » restituera à la Résistance son vrai visage

« Après Buchenwald on ne peut plus faire de films mièvres » nous dit René Clément

publié dans l’Ecran Français du 12 Décembre 1945

l'Ecran Français du 12 Décembre 1945

l’Ecran Français du 12 Décembre 1945

Depuis onze ans, René Clément apprend son métier. Successivement opérateur, monteur et assistant. Pour se faire la main il a réalisé une douzaine de documentaires, en particulier La Grande Pastorale sur la transhumance. Dur apprentissage au cours duquel Clément a bien souvent porté lui-même la caméra. Il tourna plusieurs courtes bandes sur les chemins de fer dont Ceux du Rail qui faillit lui coûter la vie : il était agrippé à une locomotive roulant à 90 à l’heure lorsqu’il fut happé par un pont.

En octobre 1944, Clément, qui avait déjà tourné des films sur les milieux ferroviaires, décidait de réaliser un film sur la Résistance du rail. La « Coopérative de production », créée par le Comité de libération du cinéma, le soutint et fit confiance à son projet.

l'Ecran Français du 12 Décembre 1945

l’Ecran Français du 12 Décembre 1945

Par la suite, le court métrage prévu devint un film de 2,400 mètres : La Bataille du Rail. Durant des mois, l’auteur a vécu parmi les cheminots, apprenant les moindres détails de leur dur métier. Il amassa des tas de notes, rechercha les tracts, les appels à la résistance. C’est dans un poste de commandement d’où l’on surveille le trafic de toute une région qu’il trouva la clé de son intrigue. Il écrivit le scénario et Colette Audry en rédigea les dialogues, car Clément le dit lui-même : « Pour être vraiment l’auteur d’un film il faut aussi en être le scénariste. »

René Clément : un homme jeune aux idées neuves, aux idées fortes. Tout de suite il m’expose sa conception des choses actuelles du cinéma :

« Après Buchenwald on ne peut plus faire de films mièvres. Il y a quelque chose d’autre à exprimer… et il n’y a pas que les histoires d’amour qui intéressent le public. Les conversations dans un boudoir ne sont plus de notre époque. »

» Sciemment ou non tous les metteurs en scène recherchent l’illusion du vrai. Alors pourquoi ne pas aborder franchement le problème ? Pourquoi ne pas se mesurer avec cette grise réalité ? On triche trop souvent avec la réalité et elle se venge. De tous les films de guerre, les montages d’actualités sont ceux qui nous émeuvent le plus. Combien de films actuels sont vrais ? Combien ne sentent pas le studio, l’éclairage ou le maquillage ? Si peu que bien des gens s’écrient devant n’importe quoi manquant de véracité : « Oh… ça ! c’est du cinéma ! »

l'Ecran Français du 12 Décembre 1945

l’Ecran Français du 12 Décembre 1945

Clément n’est pas de ceux qui trichent. Il a passé par l’école du documentaire. Et La Bataille du Rail illustrera sa thèse. L’auteur a cherché à oublier tous les effets, tous les trucs, toutes les habitudes de la mise en scène. Le film comporte très peu de travellings. Les intérieurs sont de vrais intérieurs. Un atelier de locomotives est un atelier de locomotives et un poste de commandement est un poste de commandement. Aucun chiqué. Du vrai et du solide. Alekan, son fidèle chef opérateur, n’a pas cherché les angles de prises de vues agréables, les jolies photos, les cartes postales en clair-obscur. Il a voulu prendre le fait comme il s’offre aux yeux, naturellement. Je crois que le plus grand compliment que le public fera à Clément sera de croire que le film a été pris sur le vif lors des semaines qui précédèrent la Libération. Car ce n’est plus « du cinéma », c’est de la vie.

l'Ecran Français du 12 Décembre 1945

l’Ecran Français du 12 Décembre 1945

Lorsque je lui dis que des journalistes ont écrit qu’il était un disciple de l’école russe Clément se récrie :

« Les leçons à tirer du cinéma russe sont nombreuses. Personnellement, j’ai fait mes classes avec. Mais il n’y a pas de raisons de me rattacher à cette école. » Les meilleures leçons de Clément furent non seulement Dziga Vertoff, mais aussi les documentaires de Cavalcanti, Grierson, Wright, etc.

Là où Clément rejoint la conception russe, c’est dans le choix des interprètes. Dans La Bataille du Rail il y a très peu de comédiens professionnels. La plupart des rôles sont tenus par des employés de chemin de fer et des cheminots. « Vous verrez, les Allemands sont des Allemands, les cheminots sont des cheminots. Je n’ai pas cherché autre chose. »

La S.N.C.F. a, non seulement, fourni une grande partie des interprètes, mais aussi le matériel nécessaire. Qu’on se rassure ! Le train allemand 1504 qui devait aller finir ses jours dans un ravin était du matériel réformé. Malgré cela, pour filmer la chute du 1504 dans le ravin de trente-cinq mètres, il fallait agir avec adresse… car, bien sûr, il n’était pas question de recommencer.

l'Ecran Français du 12 Décembre 1945

l’Ecran Français du 12 Décembre 1945

Cette conception de la réalité telle qu’elle est, sans truquages, équivaut à l’amour du détail. Que ce soit chez Vertoff ou chez Cavalcanti, le détail a une importance primordiale. On l’oublie trop souvent. Il faut avoir le respect du détail aussi bien dans l’arrière-plan que dans le gros plan. La manière dont on visse un boulon, le geste d’un aiguilleur sont des choses impossibles à truquer.

Et Clément ajoute : « Le spectateur n’est pas seulement impressionné par le moindre détail de l’image, mais aussi par tout ce qui est derrière la caméra. Si le metteur en scène est énervé pendant la prise de vues d’une scène, le spectateur le ressentira. Mais ce qu’il ressent encore davantage c’est si le film a été fait avec foi, avec insouciance ou avec ennui. »

Jean Cocteau a eu le privilège de voir La Bataille du Rail, il a été enthousiasmé. La poésie jaillit de ces images sans truquage. C’est une épopée. Comme dit lui-même Clément : « La poésie du cinéma naît de la véracité. » René Clément est sur la bonne voie. Pour 1946 il a trois projets : Le premiers film sera, en février, Le Père Tranquille, la pittoresque aventure d’un Français moyen qui fait de la Résistance : Noël-Noël. Souhaitons que René Clément continue son métier avec toute la conscience qui l’anime aujourd’hui.

Tacchela (Jean-Charles Tacchela)

l'Ecran Français du 12 Décembre 1945

l’Ecran Français du 12 Décembre 1945

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La Bataille du Rail a été gagnée

publié dans l’Ecran Français du 23 Janvier 1946

l'Ecran Français du 23 Janvier 1946

l’Ecran Français du 23 Janvier 1946

Comme jadis les premiers mystères chrétiens, les grandes premières cinématographiques ont lieu dans les catacombes, c’est-à-dire au théâtre du Palais de Chaillot : Que de marches pour parvenir au royaume des ombres… cinématographiques. Mais, la Bataille du Rail que « Résistance-Fer »  présentait ce soir en gala justifie largement tous les exploits spéléologiques. Les Parisiens l’ont d’ailleurs pressenti : la salle était comble.

Manque personne à l’appel ? Si : il manque le général de Gaulle qui devait présider la manifestation. Mais le président du gouvernement est à cette même heure sur la Côte d’Azur. Absent par congé.

En revanche, M. Jules Moch arrive. Marseillaise, un petit temps pour permettre au ministre d’aiguiser ses lunettes et la projection commence…

Avez-vous vu Malraux… avez-vous vu Malraux ?» demande à l’entracte un organisateur qui fait du cross-country dans les couloirs.

Non, on n’a pas vu Malraux. Pour la simple raison que M. Malraux n’est pas venu…

Dommage. On aurait aimé qu’un des seuls films qui fassent vraiment honneur au cinéma français depuis la Libération, le plus authentique que nouus ayons vu, un film qui servira notre cause a l’étranger, ait attiré le ministre de l’Information…

l'Ecran Français du 23 Janvier 1946

l’Ecran Français du 23 Janvier 1946

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« La Bataille du Rail – une oeuvre authentique, poignante comme la vie » par Jean-Pierre Barrot

publié dans l’Ecran Français du 27 Fevrier 1946

l'Ecran Français du 27 Fevrier 1946

l’Ecran Français du 27 Fevrier 1946

Cela débute comme un documentaire et se termine comme une épopée. Et pourtant, ce n’est pas un hymne ; c’est une histoire vraie, celle d’hommes qui ont combattu — et dont beaucoup sont morts — sans gloire, avec le courage tranquille de ceux qui savent qu’ils ont raison…

S’il faut chercher ce qui caractérise essentiellement « La Bataille du Rail » et fait, de ce film, une œuvre de première grandeur, sans doute est-ce, avant tout, sur l’authenticité qu’il faut mettre l’accent. Et non pas simplement parce qu’il est singulièrement émouvant et précieux de trouver enfin, ici, une image valable et forte de la Résistance : outre le témoignage, il faut comprendre et retenir la leçon qui se dégage d’une telle réussite. Ce n’est pas le fait d’un hasard heureux ou exceptionnel !

l'Ecran Français du 27 Fevrier 1946

l’Ecran Français du 27 Fevrier 1946

Qu’un souffle lyrique si puissant naisse d’une œuvre volontairement très dépouillée, voilà ce qui importe et qui est riche d’enseignement — surtout au moment où tant d’acrobates intellectuels se torturent les méninges et s’essoufflent à « ces jongleries relatives et ces contorsions » d’une poésie forcée que dénonçait déjà Lautréamont. Lyrisme de la réalité, lyrisme de la vérité ; ces hommes, que René Clément a fait vivre, ont bien les pieds sur le sol et les mobiles qui les font agir sont si clairs qu’à aucun moment il n’est besoin de les exprimer. Jamais l’émotion n’est créée par des procédés artificiels : pas de paroles inutiles, pas de déclarations redondantes sur la patrie, l’héroïsme, la mort… Des faits poignants comme la vie : ainsi cette scène muette où, tandis que les sifflets des locomotives hurlent pour saluer ceux qui meurent, l’exécution des otages, un à un, est — on ne peut pas dire vue — mais ressentie sur le visage de celui qu’on abat le dernier. Sur les traits de cet homme, de ce cheminot, qui ne vous retrouverait, vous tous, nos camarades, fusillés, battus, torturés à mort, tués au combat, exterminés, là-bas, dans les camps…

Ce qui ne veut pas dire que ce film soit sans défauts. Le plus grave tient, sans doute, aux circonstances de sa réalisation ; commencé sur l’initiative de la Commission militaire nationale pour être un court métrage, c’est pendant qu’on le tournait que — le sujet s’y prêtant, et de nouveaux appuis, notamment celui de la S.N.C.F., ayant été obtenus — il fut décidé d’en faire un grand film. Le déséquilibre du récit atteste cette conception en deux temps.

l'Ecran Français du 27 Fevrier 1946

l’Ecran Français du 27 Fevrier 1946

La division en deux parties, de longueur très inégale, est nette : la première — de beaucoup la plus courte — constitue un documentaire sur les méthodes de sabotage et les moyens utilisés par les cheminots pour « rouler les Allemands » et passer hommes et courrier à la ligne de démarcation ; la seconde relate, d’après l’authentique aventure de la division « Das Reich », les retards apportés, par tous les moyens, à l’acheminement vers le front d’une division blindée lors du débarquement en Normandie. Ce que l’on peut penser, c’est que, si l’on avait complètement supprimé la première partie et que les éléments qui la composent aient été rattachés à des épisodes de la seconde légèrement modifiée, l’unité du film en eût été accrue et l’on eût ainsi éliminé l’aspect uniquement documentaire des premières minutes qui risquent d’inquiéter — bien à tort — certains spectateurs.

On peut également remarquer que, puisque le clou technique du film — d’ailleurs magnifiquement réalisé — est indiscutablement le déraillement dans un ravin de tout un train chargé de tanks, il eût été plus opportun de placer cet épisode immédiatement avant les dernières images — celles de la Libération — afin de ménager, d’un bout à l’autre, un crescendo d’émotion. En ne le faisant pas, on a, plus ou moins, sacrifié les séquences qui suivent : la chute d’intérêt est manifeste…

Notons encore, pour être pointilleux, qu’on a parfois l’impression que les Allemands sont un peu facile à berner, que l’on utilise avec trop d’aisance, peut-être, les téléphones de gare, que la complicité est bien générale et qu’il n’était peut-être pas indispensable de faire intervenir un ingénieur en chef pour bien montrer que le sabotage était orchestré et que l’exemple venait de haut…

Mais ce sont là défauts bien légers et qui n’empêchent pas l’ensemble, d’un style si prenant, d’être l’œuvre la plus émouvante réalisée depuis la Libération.

Jean-Pierre Barrot

l'Ecran Français du 27 Fevrier 1946

l’Ecran Français du 27 Fevrier 1946

Nouvelles de la zone non occupée

publié dans Comoedia du 04 octobre 1941 

Comoedia du 04 octobre 1941

Comoedia du 04 octobre 1941

Aux environs de Gap, le jeune metteur en scène René Clément tourne les extérieurs d’un film que le gouvernement français patronne et qui a pour titre : « Chefs de demain ».

C’est un film jeune, réalisé par des jeunes qui, pleins d’enthousiasme, mettent toute leur volonté et tout leur cœur à faire de ce film un « grand film ».
Parmi les interprètes, citons Jean Lemaître. un tout jeune acteur qui s’est fait remarquer cet hiver au théâtre de Nice. où il débuta, dans « Phèdre » et dans le « Cid ».

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Les jeunes du cinéma ne produisent pas de grands films,  ils poursuivent par contre de fécondes recherches

publié dans Le Journal du 17 décembre 1942

Le Journal du 17 décembre 1942

Le Journal du 17 décembre 1942

A la villa « El Patio », est installé le Centre artistique et technique des jeunes du cinéma. Il s’agit « d’un instrument de recherches et de perfectionnements théoriques des jeunes techniciens et artistes du cinéma, en même temps que d’un instrument de création ». Treize stagiaires, après concours d’entrée, viennent d’y être admis. Ils s’initieront aux diverses techniques cinématographiques : prises de vues, de son, mise en scène, direction de production.
Ceux qu’ils viennent de remplacer avaient solidement travaillé : l’on verra sous peu, sur nos écrans, quatre des productions réalisées cette année.

Il s’agit tout d’abord des « Surprises de la Vie », de Paul Gilson, reportage poétique qui nous initie à diverses coutumes, légendes et horizons inconnus de France. Une part importante est faite dans ce film aux métiers bizarres.

Maurice Labro a campé dans « Equipe », la vie des Chantiers de Jeunesse dans la montagne. Une légère affabulation, mais surtout une peinture vivante de ce que sont les efforts des « gars en vert », occupés, en altitude, à des travaux silencieux et durs.

Une jeune fille, Jacqueline Audry, a filmé « Les Chevaux du Vercors ». Des images très neuves et très belles : dressage des jeunes poulains, transhumance, vie libre aux immenses pâturages cévenols. Ce documentaire-reportage constituera, pour la plupart des Français, une véritable révélation.

Enfin on verra, de René Clément, « On demande des hommes », film consacré aux écoles de cadres du Secrétariat général de la Jeunesse, et qui représente un véritable tour de force. Comment, en effet, retracer sur l’écran les stades d’une formation avant tout faite de discipline morale et de foi intérieure ? Des images retraçant, et magnifiant, des symboles. On aperçoit tout de suite le péril ! Le jeune metteur en scène a su, avec brio, en triompher.

D’autres réalisations sont actuellement en cours de montage, citons-en quelques-unes. Voici « Mémoires des maisons mortes », de Paul Gilson ; « Le Pain », par Maurice Labro ; « Le Chant du Feu », de René Zuber ; « La Grande Pastorale », de René Clément ; « La Symphonie du Travail », de Maurice Cloche ; « Rail impérial », par Jean Arroy.

Répétons-le : il ne s’agit pas de films de vaste envergure, susceptibles de passionner d’immenses publics, et interprétés par des vedettes. Mais des « première partie » qui nous montreront quelques aspects de l’effort français depuis l’armistice, et qui, en même temps ont servi de banc d’essai à des jeunes désireux de se tailler une place dans la plus passionnante sans doute des formes modernes d’art.

C.-A. Gonnet

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Les risques du métier

publié dans Comoedia du 17 avril 1943

Comoedia du 17 avril 1943

Comoedia du 17 avril 1943

Entre Toulon et Nice, un train roule à quatre-vingts à l’heure.

Sur la locomotive, un appareil de prise de vues est fixé, un opérateur, l’œil au viseur, « cadre » et René Clément, le jeune metteur en scène, le torse hors de la machine, donne le signal du départ et de l’arrêt de la caméra : on tourne un documentaire ferroviaire, « Ceux du rail ».

C’est dans cette position que René Clément, happé par la culée d’un pont qu’il croyait plus éloignée de la voie, fut précipité hors de la locomotive et projeté dans un champ bordant la ligne de chemin de fer. Relevé avec plusieurs fractures, le jeune metteur en scène guérira.

Le métier de réalisateur de documentaires n’est pas, comme on pourrait le croire, de tout repos !

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LES SPECTACLES  – Cinéma de jeunes

publié dans Le Journal du 11 juin 1943

Le Journal du 11 juin 1943

Le Journal du 11 juin 1943

La deuxième séance de présentation, à Lyon, des films documentaires, réalisés par les Jeunes de l’A.T. A.C. et du C. A. T. J. C. a remporté un légitime succès.

Trois films étaient au programme. Le premier, de Georges Régnier, s’intitulait « Manosque, pays de Jean Giono. ». (…) Les « Surprises de la Vie », de Paul Gilson, nous ont paru bien supérieures à la « Mémoire des Maisons mortes ».  (…)

Est-ce notre grand amour de la Provence ? Toujours est-il que la troisième projection de la soirée — la plus importante — la « Grande Pastorale », de René Clément, nous a paru, de tout le spectacle, le point culminant, l’apothéose.

Art dépouillé, hardiesse de prises de vues, noblesse du paysage, pittoresque sans chiqué, voilà les qualités majeures de ce film. Il en est d’autres : une gerbe de coutumes locales alertement contées, illustrées de phrases patoises, un emploi judicieux des bruits, une symphonie exacte des paroles et du son, de la vision et du rêve.

René Clément est évidemment un esprit curieux et un excellent chasseur de « types » ; mais c’est aussi un poète du noir sur blanc. Il a tracé, de la transhumance, un tableau si complet et émouvant à la fois, que l’on ne pouvait s’empêcher de penser au conte fameux d’Alphonse Daudet (quel commentaire visuel, aux ordres d’un habile récitant !). Entre tous, le charivari de Haute-Savoie, la veillée des morts près d’Arles, la noce tarentaise sont d’un art achevé et sûr.

Trois films, en somme, nettement supérieurs a ceux de la première séance, et qui n’attendront désormais, pour se faire « classique », que la ratification du grand public. Ils attestent combien l’école de cinéma de la cité niçois, en offrant à des jeunes la possibilité de se révéler, sert la cause du cinéma français de demain.

C.-A. Gonnet

Source :

Tous : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
sauf L’Ecran Français : Collection personnelle Philippe Morisson

Pour en savoir plus :

La page officielle sur le site de Cannes Classics sur La Bataille du Rail.

Un article passionnant sur le site Rail Passion : « La Bataille du rail » aux « Dossiers de l’écran » : un film politiquement consensuel ?.

Un autre article sur le site Il était une fois le Cinéma.

Le tournage en Bretagne (le Trégor) évoqué sur le site du Télégramme.

L’article « «La bataille du rail» peut en cacher une autre » sur le site du Figaro.

La bande annonce de La Bataille du Rail .

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René Clément évoque le Festival de Cannes le 07 mai 1968 (INA).

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Henri Alekan, le directeur de la photographie, raconte une anecdote de tournage sur « La bataille du rail » (11 août 1988). 

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