« La vraie vamp, c’est Danielle Darrieux » par H-G Clouzot (Ciné-Mondial 1941)


Nous avons fêté récemment le centième anniversaire de Danielle Darrieux avec la mise en ligne de deux séries d’articles qui lui était consacrée.

Tout d’abord, la série de 6 articles parue dans L’Ecran Français à la fin de l’année 1948 intitulé : Danielle Darrieux : La Coqueluche de Paris dont voici la dernière partie :

Danielle Darrieux : La Coqueluche de Paris – part3 (L’Ecran Français 1948)

Puis, nous avons mis en ligne la série de 10 articles illustrée et racontée par Yves Bonnat que publia le quotidien Ce soir pour fêter son 20°anniversaire en 1937 il y a tout juste 80 ans. Voici la dernière partie :

Danielle Darrieux et sa vie romancée – part2 (Ce Soir 1937)

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Nous rajoutons à cette série d’hommage à Madame Darrieux  cet article étonnant paru pendant la guerre écrit par le cinéaste Henri-Georges Clouzot dont on célébrera à l’automne le 110° anniversaire par une grande rétrospective à la Cinémathèque française mais nous en reparlerons.

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Si Henri-Georges Clouzot ne réalisera aucun film sous son nom avec Danielle Darrieux, il avait quand même supervisé la version française à ses débuts de Château de rêve en 1933 du réalisateur d’origine hongroise Géza von Bolváry, film dont Danielle Darrieux était la vedette aux côtés de l’inénarrable Lucien Baroux !

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Bonne lecture !

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« La vraie vamp, c’est Danielle Darrieux » par Henri-Georges Clouzot

paru dans Ciné-Mondial du 3 octobre 1941

Ciné-Mondial du 3 octobre 1941

Ciné-Mondial du 3 octobre 1941

Bleues, vertes, noires, rouges et dorées, un vol d’étiquettes est descendu sur la terre. Il s’est posé un peu partout sur les flacons et les boîtes de fer blanc.
Ici et là, papillons multicolores, les étiquettes accrochent le regard et forcent l’adhésion.

Ces fragiles morceaux de papier sont doués d’un extraordinaire pouvoir tyrannique. On ne discute pas une étiquette (les marchands de vin et les fabricants de spécialités pharmaceutiques en savent quelque chose). Dès qu’une drogue, une idée, un artiste sont catalogués, la paresse d’esprit est tellement générale que drogue, idée, artiste deviennent instantanément tabous.

C’est ainsi qu’un imbécile ou un plaisantin a truqué, à jamais, l’idée de la femme fatale, en collant l’étiquette « Vamp » sur la belle brune à l’œil noir et à la mèche provocante.

Si notre tendre ennemie arborait chaque fois des armes aussi apparentes, les plus naïfs et les plus imprudents d’entre nous auraient vite fait de se mettre à l’écart. Hélas, certaines chevelures floues et certains regards clairs recèlent des pièges autrement périlleux.

Vous, Monsieur, qui regardez flotter sur l’écran l’ombre du sourire de Danielle Darrieux, vous qui suivez la course zig-zagante de ses caprices et vous laissez emporter à son allure de jeune animal, comment ne sentez-vous pas que là est le vrai, le seul danger ?
Méfiez-vous ! Quand il s’agit de forcer un cœur, l’espièglerie et la candeur réussissent là où la coquetterie échoue. Certaines pudeurs vraies ou fausses font plus qu’un sex-appeal effronté.

On parle toujours de la douceur du Printemps, quelle blague ! Le mois d’avril est un mois plein de gaieté, mais aussi de brusquerie et ses sourires cachent mal son âpreté. L’été se prépare et s’organise au milieu des courants d’air. Les frissons succèdent aux bouffées de chaleur. La terre est secouée par un énorme accès de fièvre, de fièvre de croissance.

C’est cela le Printemps et c’est aussi cela la jeunesse. On ne fait pas plus traître.
Manon avait dix-sept ans.

Henri-Georges Clouzot

 

Ciné-Mondial du 3 octobre 1941

Ciné-Mondial du 3 octobre 1941

 

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Pour en savoir plus :

Le blog consacré à Danielle Darrieux.

La notice biographique de Danielle Darrieux sur le site de l’Encinémathèque.

« Danielle Darrieux, la « jeune femme moderne » du cinéma français des années 1930″ par Clara Laurent sur le site de la Cinémathèque française.

« DANIELLE DARRIEUX DANS LE MAGAZINE « POUR VOUS » » par Gilles Grandmaire sur le site de la Cinémathèque française

« Danielle Darrieux, la légende d’un siècle » par Armelle Heliot dans Le Figaro daté du 1 mai 2017.

« Danielle Darrieux: le feu sous la glace« , article d’Olivier Rajchman dans L’Express en 2015.

Danielle Darrieux évoque les débuts de sa carrière au cinéma en 1957.

Danielle Darrieux en 1990 interviewée par Eve Ruggieri à propos de sa longue carrière.

Danielle Darrieux en 1957 interviewée par François de Chalais sur son statut de vedette.

Souvenirs et chansons de Danielle Darrieux.

Un beau diaporama sur la carrière de Danielle Darrieux.

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