Danielle Darrieux : La Coqueluche de Paris – part1 (L’Ecran Français 1948) 1 commentaire


Voilà, chaque année depuis deux ans nous souhaitons un bel anniversaire à la grande actrice et l’une des trois glorieuses (selon le fameux terme d’Henry-Jean Servat) : Danielle Darrieux.

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En 2015, nous avions publié les articles parus dans Pour Vous de 1931 à 1937 :

Entretiens avec Danielle Darrieux (Pour Vous)

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Puis en 2016, nous avons publié ses souvenirs retranscrits en 1946 dans Cinévie :

Souvenirs de Danielle Darrieux (Cinévie 1946)

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Mais voilà cette année Danielle Darrieux fête ces cent ans le premier mai prochain et c’est exceptionnel, non ?

Nous allons donc publier pour célébrer cet anniversaire la série d’articles parue dans la prestigieuse revue L’Ecran Français à la fin de l’année 1948 intitulé : Danielle Darrieux : La Coqueluche de Paris dont voici la première partie.

La suite, dans les jours à venir…

 

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A suivre…

 

Danielle Darrieux : La Coqueluche de Paris

paru dans L’Ecran Français du 23 Novembre 1948

L'Ecran Français du 23 Novembre 1948

L’Ecran Français du 23 Novembre 1948

Et pourquoi donc cacherais-je mon âge ?… dit Danielle Darrieux. Je suis née le premier mai 1917. C’est ainsi et, ma foi, je ne trouve pas qu’il y ait la moindre honte à être née le premier mai 1917. Alors !…

En effet.

C’est à Bordeaux, dans l’une des plus noires années de la première guerre mondiale, que naquit donc Danielle Darrieux. (Elle a toujours porté son nom. Ses parents eux-mêmes étaient bordelais, ainsi que ses grands-parents et que toute sa famille, qui était originaire de cette même Aquitaine dont elle-même ne garde aucun souvenir d’enfance, sinon des souvenirs de vacances, car elle quitta Bordeaux à l’âge de un ans !

Mon père était médecin, dit Danielle. En 1918, il quitta les bords de la Gironde pour venir s’installer a Paris. Naturellement, je suivis la famille…

Pour elle commencèrent alors, dans la capitale, les années de la première enfance. Saisons sans histoire, avoue-t-elle elle-même… L’école, les jardins du Parc Monceau, l’été les vacances à Royan ou à Saint-Palais : tout cet A.B.C. de la vie, Danielle Darrieux l’a appris, avec l’autre, celui de l’alphabet, sans qu’aucun fait marquant ne troublât ce premier contact avec le monde extérieur de l’école.

Le premier grand événement et la première grande douleur de sa vie, c’est à sept ans qu’elle les connaît. Son père, meurt. Elle reste avec sa mère, une sœur et un frère…

Lorsque Danielle eut neuf ans, Mme Darrieux mère eut une idée que sa fille, alors, trouva saugrenue : celle de faire apprendre le violoncelle à son enfant. Les leçons s’accompagnèrent de toutes les manifestations de mauvaise humeur et de colère qui, en pareil cas, rompent la monotonie des paisibles intérieurs bourgeois, mais enfin maman Darrieux tint bon contre les coups de pied dans le violoncelle et les crises de larmes et, quelques années plus tard, Danielle prépara le concours d’entrée au Conservatoire et s’y présenta.

Dieu merci, dit-elle, je fus recalée ! Cela mit heureusement fin à ma carrière de violoncelliste !… En revanche, je continuai à travailler un peu le piano. Cela me plaisait et il m’arrive encore aujourd’hui, fréquemment, de jouer pour moi, pour mon plaisir…

L'Ecran Français du 23 Novembre 1948

L’Ecran Français du 23 Novembre 1948

A 14 ans, son premier film

Ainsi, Danielle Darrieux parvint à l’âge de quatorze ans. Nous sommes donc en 1931, c’est-à-dire à une époque où le film parlant, né depuis deux ans, était en train de bouleverser le cinéma et de jeter le désarroi dans les rangs des grandes vedettes du muet, qui éprouvaient, pour la plupart, d’énormes difficultés à s’adapter à l’invention nouvelle. On cherchait de nouveaux talents, des visages neufs…

Un producteur français, Marcel Vandal, acheta les droits cinématographiques d’une charmante nouvelle d’Irène Nemirovsky : Le Bal. L’héroïne est une enfant de treize à quatorze ans dont les parents organisent un bal. Chargée de porter les invitations, l’espiègle gamine jette tous les cartons dans un égout : le soir du bal, les grands salons de madame mère sont déserts…

Pour jouer ce rôle, il fallait découvrir une nouvelle artiste. D’abord parce qu’il n’existait pas, dans le cinéma français, de vedette ayant l’âge du personnage, et parce que l’ingénuité et la fraîcheur ne se trouveraient que chez une inconnue.

Marcel Vandal fit donc faire des essais à d’innombrables filles qui paraissaient susceptibles de tourner Le Bal. La petite Danielle Darrieux tenta sa chance sans avoir la moindre idée de ce qu’était un studio, un appareil de prise de vues et sans avoir davantage de notions sur l’art de jouer la comédie…

Elle fit un premier essai et quitta le studio sans attacher autrement d’importance à cette nouvelle idée saugrenue de sa mère ! trois jours plus tard, Marcel Vandal la pria de revenir au studio pour un nouvel essai. Tiens ! Tiens ! s’intéresserait-on à la petite Danielle ?… Une deuxième fois elle passa devant la caméra où on lui fit jouer un bout de scène. Le surlendemain, elle était convoquée chez Marcel Vandal pour signer son contrat.

C’était la première chance, le chemin de la gloire !

L'Ecran Français du 23 Novembre 1948

L’Ecran Français du 23 Novembre 1948

Pas si vite ! Car le rôle étant obtenu, il s’agissait maintenant de le bien jouer… Le réalisateur du Bal — c’était le metteur en scène allemand Wilhem Thiele — prit la petite Danielle à part et entreprit de lui expliquer ce qu’elle devrait faire. Et d’abord de lui dire ce que c’était que le cinématographe…

Danielle trouva tout de suite cela très drôle !  Elle alla au studio de la meilleure humeur du monde et elle s’amusa comme une folle parmi tous ces appareils barbares.

Je crois bien, avoue-t-elle aujourd’hui en riant, que je ne me suis aperçue qu’au bout de huit jours qu’il y avait un microphone.

Le Bal fut réalisé en deux versions. Dans le film allemand, le rôle était joué par une jeune vedette berlinoise, Dolly Haas.

Le jour de la présentation, le triomphe personnel de Danielle Darrieux fut complet. Le film, qui était d’ailleurs excellent, fut très bien accueilli par la presse et par le public, mais tout le monde saluait surtout la naissance de cette nouvelle vedette qui était tellement charmante : la petite Darrieux.

Le jour même, Marcel Vandal lui signait un contrat d’exclusivité de cinq ans.

François Desvignes

(A suivre.)


Danielle Darrieux : La Coqueluche de Paris  2. L’Âge ingrat

paru dans L’Ecran Français du 30 Novembre 1948

L'Ecran Français du 30 Novembre 1948

L’Ecran Français du 30 Novembre 1948

Le Bal constitue donc pour Danielle Darrieux son entrée dans ce monde cinématographique. C’est le premier film des trente-cinq quelle a tournés à ce jour, et elle garde encore une tendresse particulière pour ce personnage d’adolescente espiègle et romantique qui ne mettait pas les lettres à la poste afin de jouer un bon tour à ses parents !

C’est là qu’il importe de situer rapidement le caractère de Danielle Darrieux. On a fabriqué autour de sa vie et de sa personne des légendes de toutes sortes. Le vrai et le faux se mêlent dans tous ces potins de studios et de coulisses, et il est impossible à ceux qui désirent connaître le vrai visage de D. D. de démêler dans ces élucubrations fantaisistes la vérité du mensonge.

Car, ce qui est vrai, c’est qu’elle se moque de ce que l’on peut raconter sur son compte — tant que cela, naturellement, ne dépasse pas une certaine limite — et qu’elle ne dément pas les propos des cancaniers professionnels. Il est vrai aussi qu’elle est fantasque, insouciante, un peu capricieuse… Qu’elle n’aime pas les raseurs et ne leur envoie pas dire ce qu’elle pense. Le mépris qu’elle a du « qu’en dira-t-on » fait qu’elle tient par-dessus tout à sa liberté et qu’elle ne reconnaît à quiconque le droit de se mêler de ses affaires ; son métier et sa vie privée sont deux choses : l’une relève de la critique, l’autre ne regarde exclusivement qu’elle.

Une jeune fille vient de naître

Après Le Bal, le visage de la « petite Darrieux » éclaira tous les écrans de France et alla même porter loin de nos frontières le sourire de Paris. Ce foudroyant départ permit à la jeune interprète de quatorze ans de tourner rapidement deux nouveaux films dont l’un, Coquecigrole, avait pour vedette Max Dearly alors en pleine gloire cinématographique. Danielle a gardé dé lui un souvenir vivace : c’était le premier grand comédien qu’elle approchait !

L'Ecran Français du 30 Novembre 1948

L’Ecran Français du 30 Novembre 1948

D’aussi brillants débuts allaient pourtant rester sans lendemains immédiats ! Pendant toute une année, Danielle Darrieux n’entra pas dans un studio… Après Coquecigrole et Le Coffret de laque, il lui arriva ce qui arrive à toutes les jeunes actrices qui ont commencé trop tôt : elle avait dépassé l’âge des rôles de fillettes et pas encore atteint celui des jeunes filles. Combien de vedettes ont connu cet âge ingrat, cette transformation de la personnalité physique et morale ! Les Shirley Temple, Deanna Durbin, Jackie Coogan 0nt vécu aussi ces mois de mue, et il fallut toute l’habileté d’Henry Koster pour employer Deanna Durbin pendant cette période de transition et tourner justement Cet âge ingrat.

Danielle Darrieux ne trouva en France ni auteur ni metteur en scène qui sut exprimer le charme un peu trouble de la puberté et ses angoisses. Et lorsque, de longs mois plus tard, elle reprit le chemin du studio, on l’appelait Mademoiselle, au passage, on lui donna un nécessaire à maquillage complet, on la prit au sérieux, on lui téléphona à elle et non plus à sa mère, on l’invita et les gens mal élevés commencèrent à lui baiser la main : une jeune fille venait de naître.

L'Ecran Français du 30 Novembre 1948

L’Ecran Français du 30 Novembre 1948

Une « Drôle de gosse »

Très vite, des contrats lui furent offerts par l’Allemagne ; On est aux alentours de 1933, période où la collaboration cinématographique franco-allemande bat son plein. On tourne à Berlin dans les studios de la U.F.A., de nombreux films parlant français. Nos Charles Boyer, Pierre Blanchar, Pierre Richard-Wilm, Raimu, Edwige Feuillère, Viviane Romance, Florelle sont des habitués de Neubabelsberg. Un grand ténor polonais, Jan Kiepura, est alors la coqueluche de l’Europe ; On lui cherche une partenaire française digne de sa réputation : c’est Danielle Darrieux qu’on va lui donner.

Après cet intermède berlinois, Danielle revint à Paris où elle interpréta encore quelques films sans histoire et avec Le Domino vert et surtout Quelle drôle de gosse, elle connut un nouveau succès éclatant. Ce dernier film était une comédie très réussie qui valut à sa jeune interprète le surnom d’enfant terrible du cinéma. Elle déployait dans cette œuvre un dynamisme et une fantaisie trépidants et elle devint le modèle de toutes les allègres bobby-soccers de l’époque. Ce fut le commencement de cette période pendant laquelle Danielle Darrieux régna incontestablement sur le cinéma français et fut alors que l’on n’avait pas encore inventé la pin-up girl, la star la plus photographiée et la plus « pressée sur le cœur » par la jeunesse française… Tous les collégiens avaient son portrait dans leur pupitre, les filles copiaient sa coiffure et ses manières et prenaient une allure dégagée et cascadeuse ; les « drôles de gosses » se multiplièrent à une vitesse vertigineuse et commencèrent à arpenter les Champs-Elysées, nez au vent et jupe flottante : ce furent les premiers signes de ce qui devait être plus tard, fortement évolué et mis à jour, le style swing puis zazou..

L'Ecran Français du 30 Novembre 1948

L’Ecran Français du 30 Novembre 1948

De Mozart à Mayerling

Mais bientôt se produisit dans la carrière de Danielle Darrieux un événement d’une importance capitale : son engagement par Anatole Litvak pour tourner Mayerling au côté de Charles Boyer.

C’est en 1935. La jeune Danielle a dix-huit ans. Elle a jusque là tenu des rôles de clowns endiablés, jeté son bonnet par-dessus tous les moulins à images de Joinville et d’Epinay, et voilà qu’on lui offre de jouer ce personnage tragique et romantique à la fois de Marie Vetsera dont les amours passionnées et désespérées s’achèvent par le drame de Mayerling !

Danielle fut assez décontenancée par cette proposition. C’était tout un programme à réviser, une autre voie à prendre. Mais comme elle avait toujours souhaité jouer des rôles dramatiques, sérieux, la jeune flapper du cinéma français n’hésita pas. Et puis Litvak était un metteur en scène réputé et Boyer un acteur célèbre… Alors qu’elle n’avait pas encore achevé de tourner Mademoiselle Mozart, sous la direction d’Yvan Noé, elle prit le chemin du studio de Joinville où allaient se nouer les amours de Rodolphe et de Marie…

François Desvignes

(A suivre.)


Source : Collection personnelle Philippe Morisson

 

Pour en savoir plus :

Le blog consacré à Danielle Darrieux.

La notice biographique de Danielle Darrieux sur le site de l’Encinémathèque.

« Danielle Darrieux: le feu sous la glace« , article d’Olivier Rajchman dans L’Express en 2015.

Danielle Darrieux évoque les débuts de sa carrière au cinéma en 1957.

 

Danielle Darrieux en 1990 interviewée par Eve Ruggieri à propos de sa longue carrière.

 

Danielle Darrieux en 1957 interviewée par François de Chalais sur son statut de vedette.

 

Souvenirs et chansons de Danielle Darrieux.

 

Un beau diaporama sur la carrière de Danielle Darrieux.

 


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