Une petite femme de caractère : Suzy Delair (Ciné-Mondial 1941)


Pour notre premier post de l’année, nous avons souhaité rendre hommage à l’une des dernières grandes actrices qui aura marqué durablement l’histoire du cinéma français : Suzy Delair.

D’autant plus que Suzy Delair vient de fêter ses 99 ans et rentre dans sa centième année ! En effet, elle est née le 31 décembre 1917 ou le 1 janvier 1918 selon les sources. De toutes façons, elle est inoubliable sitôt que l’on voit Quai des Orfèvres, ne serait-ce que celui-là. Mais bien sûr il faut citer Le Dernier des six de Georges Lacombe d’après un scénario de Henri-Georges Clouzot, son compagnon. Puis il y eut  L’assassin habite au 21 de Clouzot justement, Pattes blanches de Jean Grémillon, Lady Paname d’Henri Jeanson. Elle est hilarante dans Du mouron pour les petits oiseaux de Marcel Carné mais elle a aussi tourné à l’étranger chez Visconti dans Rocco et ses frères. Et son dernier rôle a été dans le film de Gérard OuryLes Aventures de Rabbi Jacob.

Bref, c’est un sacré personnage doté à l’écran comme à la ville d’un sacré caractère, ce qui lui jouera quelques tours dans sa carrière.

Voici son premier article d’importance, dans Ciné-Mondial, au moment de la sortie de son premier grand rôle : Le Dernier des six.

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Nous lui souhaitons chaleureusement une bonne année (et surtout la santé!) et espérons qu’elle passe des jours pas trop difficile dans la maison de retraite où elle a été admise récemment.

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Bonne lecture !

 

 

Une petite femme de caractère : Suzy Delair

paru dans Ciné-Mondial du 19 septembre 1941

Ciné-Mondial du 19 septembre 1941

Ciné-Mondial du 19 septembre 1941

Vous toutes, jeunes lectrices, qui ambitionnez de devenir Edwige Feuillère ou Danielle Darrieux et qui vous désespérez de votre petite taille ou de votre nez retroussé, voilà un modèle que je vous propose…

Vous ne connaissez pas encore Suzy Delair. Elle vient de faire ses débuts à l’écran dans Le Dernier des six (de Georges Lacombe. NDLR), où elle joue Mila Malou, la pétulante et insupportable amie du détective Wens…
Mais vous la reverrez…

Elle est blonde, vive, elle danse, elle joue et elle chante.
Elle est pleine de dons, pleine d’avenir et surtout pleine de caractère… Mais… il a fallu huit ans pour qu’on s’en aperçoive…

Ciné-Mondial du 19 septembre 1941

Ciné-Mondial du 19 septembre 1941

Car voilà huit ans que, sans se lasser, sans se décourager, sans renoncer, elle poursuit, de petits rôles en petits rôles, la chance qu’elle a enfin saisie…

A 14 ans, elle était arpète chez Marthe ; elle ramassait les épingles et allait chercher le goûter des autres ouvrières.
Mais le démon du théâtre la poursuivait si fort qu’un beau matin, elle lâcha tout pour aller faire de la figuration dans Violettes Impériales (de Henry Roussell. NDLR) , puis lancée dans le courant, elle fut successivement « petite femme » dans la revue de Mistinguett, doublure à la Porte-Saint-Martin.
Elle joua dans Phi-Phi où elle disait en tout et pour tout : « Ta, ta, ta. » Elle annonça à l’Européen.
Elle chanta l’opérette…

Ciné-Mondial du 19 septembre 1941

Ciné-Mondial du 19 septembre 1941

Tous les imprésarii, les directeurs de théâtres de Paris, connaissaient cette petite femme ambitieuse, ardente, travaillant d’arrache-pied pour enfin arriver…

Elle était réputée pour son mauvais caractère…
Mais le tout est d’en avoir, du caractère… Et elle en a…

Elle était semblable à vous, une fluette arpète avec un drôle de nez retroussé, un large sourire éclairé de grandes dents blanches…
Elle est maintenant une vedette, sa voix cultivée a acquis une ampleur d’opéra-comique…

Ciné-Mondial du 19 septembre 1941

Ciné-Mondial du 19 septembre 1941

Elle va bientôt tourner à nouveau dans un grand film musical…

Elle rêve d’incarner également les héroïnes fantaisistes de comédies légères ?
Pourquoi pas ?
Tous les espoirs sont permis quand on a du talent.

France Roche

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Pour en savoir plus :

La Notice biographique sur Suzy Delair sur le site du Temps des cerises aux Feuilles mortes.

« SUZY DELAIR, PRESQUE UN SIÈCLE ET TOUT LE TRALALA« , l’article de Libération (!!!) du 01 janvier 2017.

« Suzy Delair ou l’air de Paris« , l’article de Jean-Noël Mirande paru dans Le Point du 31 mars 2012.

Suzy Delair et son tra-la-la dans Quai des Orfèvres de Clouzot.

 


Suzy Delair dans l’Assassin habite au 21 de Clouzot.

 

Suzy Delair avec Fernand Ledoux dans Pattes Blanches de Jean Gremillon.

 

 

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