Après le Gala Georges Méliès à la salle Pleyel en décembre 1929 (Le Nouvel Art Cinématographique 1930)


Pour ces fêtes de Noël, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé organise un cycle « MAGIC MELIES, aux sources des effets spéciaux » (du 22 décembre 2016 au 3 janvier 2017).

Nous avons donc décidé de poursuivre nos posts hommage au premier génie du Cinématographe, Georges Méliès.

C’est ainsi que nous avons mis en ligne la semaine passée ce long article de Maurice Noverre qui revient sur la carrière de Méliès à l’occasion de la redécouverte de ses films à Paris à la Salle Pleyel le 16 décembre 1929 :

Le Gala Georges Méliès à la salle Pleyel en décembre 1929 (Le Nouvel Art Cinématographique 1930)

Puis, il nous a paru intéressant après cet article d’ajouter celui-ci qui revient sur la polémique qui s’ensuivit entre Méliès et une partie de la presse cinématographique. Cette polémique paraît bien futile à nos yeux après tout ce recul, mais elle semble révélatrice de l’époque où la reconnaissance du génie de Méliès n’était pas si évidente pour tout le monde.

Comme le précédent, ce nouveau post est long, prenez le temps de lire.

Bonne lecture !

Après le Gala MÉLIÈS

publié dans Le Nouvel Art Cinématographique de Janvier 1930.

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Le Nouvel Art Cinématographique du Janvier 1930

Le Nouvel Art Cinématographique du Janvier 1930

LE GÉNIE ET… L’A. P. P. C. (Association Professionnelle de la Presse Cinématographique)

PEINTS PAR EUX-MÊMES :

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En patronnant le GALA MÉLIÈS, Le Figaro et l’Ami du Peuple caressaient le rêve de provoquer la Renaissance de la Maison d’Edition Star-Film (1896-1914) ; en organisant la première représentation des Films Méliès, le « Studio 28 » poursuivait le même but en préparant de façon immédiate son propre lancement. Enfin, Georges Méliès espérait, lui aussi, voir se réaliser la résurrection de sa maison, à la suite du Gala. S’attendant, d’un autre côté, à être nommé « Directeur de la Maison de Retraite du Cinéma » (place qui lui avait été promise pour être donnée depuis à un militaire pourvu déjà d’une retraite), M. Méliès avait refusé de percevoir un bénéfice sur la recette du GALA qu’on allait organiser en son honneur.

Personne, en effet, ne pouvait garantir d’avance la réussite d’une entreprise dont la préparation promettait de coûter une somme d’argent considérable.
Après le succès triomphal remporté par le Gala Méliès à la Salle Pleyel, le 16 décembre 1929, des offres de fonds sont faites à Georges Méliès pour tenter de mettre sur pied un studio de prises de vues fantastiques…

Mais l’A. P. P. G. veille ! Méliès porte ombrage à de richissimes industriels… « historiques ».
Il faut qu’on le « naufrage » dans une mare d’encre.
Et le charivari commence.

(Reproduction de textes authentiques)

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Sous la date du 17 janvier 1930, Ciné-Journal (24°année, n° 1064) publie les documents suivants :

A L’A. P. P. C.

Voici un communiqué de l’Association Professionnelle de la Presse Cinématographique relatif à la réunion de son Comité, du 7 janvier 1930.

Bien que Ciné-Journal compte, croyons-nous, parmi les organes corporatifs, qu’il ait quelques années d’existence (fondé en 1907) et que son directeur soit membre actif de l’A. P. P. C. à jour de ses cotisations, le dit communiqué ne nous est parvenu que très tard et sur nos instantes réclamation. II y a des concours de circonstances vraiment malheureux. Entre temps, le texte nous avait été obligeamment remis par notre confrère Verhylle, directeur de Cinoedia. Nous tenons à l’en remercier ici.

« Le Comité s’est réuni au siège social de l’Association le mardi 7 courant. Étaient présents : MM. Goissac, Dianville, Fouquet, Ginet, Guilhamou, Harlé, de la Borie, Lafragette, Pascal, de Reusse, Stelli et Thierry. Excusés : Lepage et Verhylle.
Le Comité a constitué son bureau pour 1930. Ont été élus : président, E.-L. Fouquet ; vice-présidents, Jean Pascal et Jean Châtaignier ; secrétaires généraux, Henry Lepage et René Ginet ; trésorier, Henry Lafragette ; archivistes, Verhylle et Guilhamou.

« Le Comité ayant entendu formuler certaines critiques a décidé d’ouvrir une enquête au sujet du Gala Méliès. Il désigne l’un de ses membres pour rechercher si véritablement, M. Méliès a été le bénéficiaire de cette soirée et prendre, s’il y a lieu, la défense de ses intérêts…

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GEORGES MÉLIÈS VIENT AU SECOURS DE L’ENQUÊTEUR

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Georges Méliès, interviewé par notre confrère Paul Gilson, de l’Ami du Peuple, à propos de cette enquête, lui a répondu ceci :

9 janvier 1930.
Cher monsieur,

Je suis très surpris qu’un comité de journalistes corporatifs parle actuellement de défendre mes intérêts, alors que, jusqu’à ce jour, je n’ai jamais vu que Ciné-Journal, seul, rappeler ma carrière cinématographique (1). Au surplus, le gala ayant été fait en plein accord avec M. Jean Mauclaire et vous, je ne comprends pas très bien ce que ce comité viendrait faire en cette circonstance. Je n’ai rien à réclamer, donc il n’y a pas lieu pour qui que ce soit de défendre mes intérêts.
Je renouvelle encore à l’Ami du Peuple et au Figaro, ainsi qu’au Studio 28, pour la peine qu’ils ont bien voulu prendre de faire revivre mes anciennes vues devant le public de 1929, l’expression de ma profonde gratitude.
Recevez, cher monsieur, mes bien sincères salutations
Signé : Georges MÉLIÈS.

(1) C’est-à-dire que Méliès avait été le fondateur et le premier président de la « Chambre syndicale ». La « Chambre syndicale » actuelle ne veut pas reconnaître officiellement ce fait historique.

Tel M. Giard, le fameux juge d’instruction, l’A. P. P. C. ordonnera-t-elle un supplément d’enquête ? Dans ce cas, nous lui signalons la lettre suivante que nous adresse Georges Méliès :

Paris, le 10 janvier 1930.
Mon cher directeur,

Une pièce de Shakespeare est intitulée. Much ado about nothing {Beaucoup de bruit pour rien) : ce titre pourrait à merveille s’appliquer à ce qui se passe en ce moment.
Il paraîtrait qu’un comité de journalistes professionnels aurait décidé d’ouvrir une enquête au sujet du Gala de la Salle Pleyel, où furent projetées un certain nombre de mes vues anciennes, à l’effet de savoir si j’avais été le bénéficiaire de la soirée et de défendre mes intérêts éventuellement.
Or, vous savez aussi bien que moi, puisqu’il n’y a que votre journal qui ait jamais parlé dans ses colonnes de ma carrière cinématographique, qu’il n’a jamais été question entre M. Mauclaire, propriétaire des vues retrouvées, et les journaux l’Ami du Peuple et le Figaro, qui ont fait « gracieusement toute la publicité nécessaire », d’une représentation à bénéfice.
Dans ce cas, les affiches auraient porté l’indication habituelle, en pareille circonstance : « Gala au bénéfice de … ».
Or, elles portaient simplement: « Gala Méliès ».
Le Figaro, du moins un de ses rédacteurs, ayant par erreur parlé de « bonne œuvre », je suis allé moi-même demander une note rectificative qui a paru dès le lendemain, et disant :
« Qu’il s’agissait d’un « gala en l’honneur de G. Méliès », et non d’une « représentation à bénéfice ». Si certains se sont figuré que j’étais un « bénéficiaire », en cette affaire, ils se sont trompés, voilà tout, car cela n’était affiché nulle part et le but de ce gala était tout différent.
En conséquence, je n’ai pas d’intérêts à défendre, je n’ai rien à réclamer et je ne réclame rien pour un gala qui a été fait sans que j’aie à m’occuper des bénéfices ou des pertes possibles ; les frais ont d’ailleurs été considérables et les organisateurs, qui ne cherchaient pas, eux non plus, un bénéfice, n’ont lésiné sur aucune dépense. Les bénéficiaires sont surtout l’Assistance publique et les propriétaires de la salle. Mais cela ne me regarde en aucune façon.
Tient-on à savoir, maintenant, quel intérêt je pouvais avoir à cette exhibition rétrospective ? C’est un simple intérêt moral.
J’ai souvent été mortifié en voyant les jeunes nous traiter nous les créateurs de la profession de primitifs, d’incapables et en les entendant dire que, malheureusement, le cinéma avait été à ses débuts entre « les mains de nullités non qualifiées pour entreprendre un métier éminemment artistique ».
Or, il est certain que nous avons tous été, au début, des primitifs. Ils l’auraient été comme nous, alors que tout était à créer, et il eût été étrange d’ailleurs que nous fussions d’emblée des « vétérans » et des « as », tout en étant des « débutants ». Mais ils oublient que c’est nous-mêmes qui, pendant les vingt premières années, avons créé les perfectionnements successifs qui ont fait un Art du Cinéma dont ils profitent aujourd’hui.
Eh bien, quoique à la Salle Pleyel on n’ait pu montrer qu’un seul de mes « genres » : le « genre féerique », destiné surtout à amuser en même temps les grands et les petits (ce qui n’est pas facile), j’ai eu la joie de voir que, même en 1929, ces vues ont obtenu un très gros succès, bien qu’évidemment, elles soient d’un genre absolument différent de ce qui se fait aujourd’hui.

Abel Gance lui-même, et ceci valait pour moi « tous les bénéfices », m’a dit : « Il se dégage de tout cela une grande Jeunesse, une grande fraîcheur et pas mal de poésie. Quant à la technique, elle est purement extraordinaire et je ne vois pas qu’on ait fait mieux ». Quel compliment aurait pu me faire plus plaisir, venant d’un de nos plus éminents metteurs en scène ? Et entre nous, j’étais heureux de tenter cette expérience, et de voir si le public moderne s’amuserait autant que l’ancien devant « mes folles productions ». Or, il s’est copieusement amusé, et… moi aussi.
Que pouvais-je désirer de plus ?
Cordialement à vous.

G. MÉLIÈS

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(c) D.R

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ET L’A. P. P. C. BAT EN RETRAITE !

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Voici, en effet, un extrait du procès-verbal d’une nouvelle réunion du Comité de l’A. P. P. C. (14 janvier) :
Comme suite à l’article paru dans l’Ami du Peuple du vendredi 10 janvier, contenant une lettre de M. Méliès, le Comité a décidé d’envoyer à l’Ami du Peuple la lettre ci-dessous, pour mettre fin à cet incident :

« Monsieur et cher Confrère,
« Comme suite à l’insertion dans l’Ami du Peuple de la lettre de M. Méliès, nous croyons qu’une mise au point s’impose et nous vous prions de l’accueillir.
Une confusion s’étant produite dans l’esprit de certains spectateurs, au sujet du Gala Méliès, organisé par l’Ami du Peuple et le Studio 28, nous avons désiré savoir si cette représentation en l’honneur de M. Méliès était aussi au profit de M. Méliès.
Nous sommes maintenant fixés, puisque nous avons appris de source autorisée que M. Méliès a reçu des organisateurs la part lui revenant (1), sur la recette effectuée à la soirée de la Salle Pleyel, et nous nous permettons de vous féliciter de la belle réussite de votre initiative.

En exprimant le regret que M. Méliès ait cru manifester à l’égard de notre association une certaine ingratitude, nous vous prions d’agréer, monsieur et cher confrère, l’assurance de nos sentiments les plus distingués. ».

(1) Erreur tendancieuse destinée à alimenter la polémique. Méliès n’avait touché que ses droits d’auteur et non un pourcentage sur la recette. (M. N.).

Cependant — in cauda venenum — Méliès ingrat ? Ça c’est un comble ! Qui donc a tiré le premier coup de fusil ?
(Ciné-Journal, 24° année, n° 1.064, 17 janvier 1930)

M. Méliès est-il intéressant ? En tout cas, il a touché son chèque ou La « Furia Francese » de M. HARLÉ

(Le Mouvement Cinégraphique, 2° année, février 1930).

Le Cinéma s’est donné beaucoup de mal, depuis quelque temps, pour glorifier M. Méliès, pionnier du Cinématographe. On a reproduit des photos de ses œuvres, pondu des articles sur son génie méconnu, demandé pour lui la Légion d’honneur, et enfin, organisé un grand gala, auquel chacun prit grand plaisir et eut à cœur de collaborer, voire pécuniairement.
Mais M. Méliès est un homme modeste. Si modeste qu’il ne lit pas les journaux, de peur de constater qu’on y parle de lui. Si humble, qu’il n’a pas trop d’amis pour crier qu’il faut le décorer, si désintéressé, qu’il ferme les yeux sur ce qu’a pu rapporter le Gala Pleyel, et nous prie de faire de même.
Il n’a qu’un tort, c’est d’insister sur cette charmante modestie, qui perd ainsi son parfum.
C’est un Mendiant Ingrat, comme feu Léon Bloy.
Aussi nous faut-il, pour sa modestie, mettre sur l’i, un point.
Ses œuvres, il les a récemment vendues à M. Noverre.
Sa Légion d’honneur, il en a formulé la demande, et il cherche partout des pistons (1).
Son Gala, il en a touché les bénéfices matériels, en un bon chèque remis à lui par Mauclaire et Gilson.
Le Cinéma est quitte. M. Méliès n’est plus intéressant, et nous espérons qu’il saura le comprendre.
Au Pionnier suivant, s. v. p. !
P. A. HARLÉ.
(La Cinématographie française, 12° année, n° 585, samedi 18 janvier 1930)

(1) Maurice Noverre n’a rien acheté de Méliès ; Méliès n’avait pas formulé de demande de la Légion d’honneur à la date du 18 janvier 1930 ; l’accusation de chercher partout des « fistons » est dérisoire, etc. (M. N.).

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Un fichu métier

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Le « Métier de P. C. »

(Hebdo, 15° année, n°13, 29 mars 1930, page 2).

A. P. P. C.
Le Comité s’est réuni le 14 janvier 1930. — Présents : MM. Coissac, Dianville, de la Borie, Fouquet, Ginet, Guilhamou, Harlé, Lafragette, Pascal, Stelli, Thierry, Verhyle.
Comme suite à l’article paru dans l’Ami du Peuple du vendredi 10 janvier, contenant une lettre de M. Méliès, le Comité a décidé d’envoyer à l’Ami du Peuple la lettre ci-dessous, pour mettre fin à cet incident :
(Texte reproduit ci-dessus)

Note personnelle. — Si j’avais fait partie du Comité qui a rédigé la lettre ci-dessus, j’aurais fortement insisté pour que les termes en fussent plus sévères, car le « Gala Méliès », qui fut l’occasion, pour nous tous, de prouver spontanément notre chaude sympathie (d’alors) pour Méliès, a laissé à quelques-uns d’entre nous de cuisants souvenirs que ravive fort mal à propos l’indécente attitude du bénéficiaire à notre égard. Et, personnellement, je m’explique : Dès que fut annoncée l’idée de ce gala, j’adressai immédiatement au Figaro, où avait paru l’indication, un chèque de cent francs pour le fauteuil de l’Hebdo. On me retourna l’envoi en me faisant connaître qu’il ne s’agissait pas d’une représentation au bénéfice de celui dont elle portait le nom.
Or ayant, par la suite, reçu deux invitations gratuites « de presse », je crus de mon devoir de ne pas me défiler lors d’une corvée professionnelle qui, non seulement m’obligeait, moi, banlieusard, à coucher à Paris, mais à des frais de taxis nocturnes. Lorsque, arrivé à la Salle Pleyel, où la cohue régnait en maîtresse, je réussis enfin, après une attente infinie et une bousculade sans pareille, à m’approcher du contrôle, muni de mes « invitations gratuites de presse » (qui ne m’empêchèrent pas de payer deux taxes de, je crois, 14 francs) et de ma carte verte, accompagnée de ma carte syndicale, je fus reçus avec la plus nette goujaterie par les trois zèbres qui trônaient dans la boîte-à-sel et qui me délivrèrent deux places tellement au fond de la salle qu’il m’était impossible de distinguer ce qui se passait à l’écran. Je revins, très poliment, solliciter un changement de fauteuils. Alors, qu’est-ce que je pris pour mon grade du trio de charretiers chargé de recevoir les « invités » (???)! Quant à M. Mauclairorganisateur et, sans doute, seul bénéficiaire de la colossale recette réalisée, puisque « le gala n’était pas, m’avait-on dit, au bénéfice de Méliès », je n’eus pas la chance de le joindre pour lui communiquer, et mes doléances, et mon indignation de la grossièreté de ses sbires.

De très intéressant qu’il m’apparaissait — ne m’avait-on pas affirmé que, pour gagner sa vie, il en était réduit à vendre des bonbons à la gare Montparnasse ! — M. Méliès, pour qui j’ai si souvent réclamé un « souvenir » honorifique qu’il me semble mériter tout autant que certains, ses cadets de loin, décorés au titre cinématographique, M. Méliès a totalement cessé de m’intéresser. Il ne me déplaît nullement qu’il le sache !
Seulement, une autre fois, zut pour les galas, représentations à bénéfice et autres trucs similaires. Je garderai mon pognon !
A. DE REUSSE

(Hebdo, 15° année, n° 3,  18 janvier 1930, au verso de la couverture).

Après lecture de ces morceaux de haute littérature, Georges Méliès exige du Comité de l’A. P. P. C. une entrevue qui a lieu au cours de la matinée du 21 janvier 1930, dans la « Salle du Tourisme » du Journal. Assez penaud de la tournure prise par les événements, le « Comité » se place sous la protection de M. Letellier (propriétaire du Journal) qui préside la réunion, en qualité d’ARBITRE. M. Letellier, après audition des parties, reconnaît la parfaite honnêteté de l’organisation du Gala Méliès. Ce gala n’étant pas à bénéfice, on ne peut songer à incriminer les actes de l’Ami du Peuple, de Figaro et du « Studio 28 »…
M. A.-P. Harlé, pris vertement à partie par Georges Méliès, promet de lui faire des excuses publiques dans la « Cinématographie Française »…

Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris, le Comité de l’A. P. P. C. plaide… le « malentendu » et s’engage à publier, pour clore l’incident, un communiqué donnant satisfaction à Georges Méliès que ces messieurs, devenus tout miel, invitent à déjeuner.
M. Méliès décline les agapes et se retire.

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(c) D.R

Le Studio Méliès à Montreuil (c) D.R

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APRES LE GALA MELIES

Le lundi 21 janvier, sur la demande personnelle de M. Georges Méliès, le Comité de l’A. P. P. C. s’est réuni au Journal, salle du Tourisme.
M. Méliès a de son plein gré, fourni au Comité des explications très nettes au sujet du Gala de la Salle Pleyel. Ces explications ont été jugées par lui nécessaires, à la suite d’articles injurieux à son adresse, dus à un simple malentendu.
Il a été convenu qu’un communiqué de l’A. P. P. C, approuvé de part et d’autre, terminerait cet incident regrettable.
(Ciné-Journal, 24 janvier 1930, 24° année, n° 1.065.)

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UN COMMUNIQUÉ… TENDANCIEUX

Le Comité de l’Association Professionnelle de la Presse cinématographique, réuni le mardi 28 janvier, décidé à mettre fin en ce qui le concerne à l’incident Méliès, a voté la résolution suivante :
Le Comité de l’A.P.P.C. après avoir entendu M. Georges Méliès, regrette une fois de plus que certains communiqués aient pu laisser supposer qu’il s’agissait d’un gala au bénéfice d’un des pionniers du cinéma ; s’élève contre ces  représentations qui, sous le couvert de manifestations en l’honneur d’une personnalité ou d’une oeuvre quelconque, poursuivent également des buts commerciaux.

Reconnaît l’entière et évidente bonne foi de M. Georges Méliès, qui n’a d’ailleurs jamais été mise en doute ; enregistre les déclarations de M. Méliès, desquelles il ressort que la somme qui lui a été versée représente seulement ses droits d’auteur.

De son côté M. Georges Méliès affirme que les critiques dont il usa vis-à-vis de la Presse ont dépassé sa pensée et reconnaît que les journaux cinématographiques ont, à plusieurs reprises, rappelé sa carrière artistique (1) et déclaré qu’il fut un des grands pionniers du cinéma, et le véritable inventeur de tous les truquages.

En attirant l’attention du public sur le gala Méliès, le Comité de l’A.P.P.C. affirme qu’il n’a fait qu’user d’un droit de contrôle puisque la plupart de ses membres avaient inséré des communiqués et des informations gracieuses dans le seul but d’honorer M. Georges Méliès et de lui être utile ; il était donc nécessaire qu’une mise au point fût faite, afin de savoir dans quelles conditions et pour quelles fins cette représentation avait été donnée.
(1) Oui, mais pas sa « carrière officielle ».. Le malentendu va persister.

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ET PAS D’EXCUSES ! ?
GEORGES MELIES RIPOSTE

M. Georges Méliès nous demande de publier la note suivante, ce que nous faisons très volontiers :
« Violemment pris à partie par un journal corporatif dans son numéro du 18 janvier 1930, j’ai, en présence du Comité de l’A. P. P. C, démontré à l’auteur l’inanité de ses injures et je l’ai mis en demeure de s’excuser. Il ne l’a pas fait, je le regrette, mais je le préviens que je me verrai contraint de lui dire en public ce que je lui ai dit, devant ses collègues de l’A. P. P. C. »

G.. MÉLIÈS.
(Ciné-Journal, 24° année, n° 1.066, 31 janvier 1930)

Sous forme d’excuses, le jeune directeur de la « Cinématographie Française » aggrave par le persiflage, l’insulte et les accusations injustes prodiguées, sous la date du 18 janvier 1930, aux soixante-neuf ans du Créateur du Spectacle Cinématographique.

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INCIDENT MÉLIÈS

On lira plus loin le communiqué de l’A. P. P. C. Ayant l’honneur de faire partie du Comité de l’Association, j’ai eu l’occasion de faire connaissance de l’homme simple et aimable qu’est M. Georges Méliès. Au premier abord, il fut très froid. Il avait raison, car ma plume avait été pour lui un peu dure : puis nous causâmes et je m’aperçus que la fameuse lettre de l’Ami du Peuple où il négligeait assez pesamment la Presse Corporative, il l’avait écrite sans se rendre compte qu’il pouvait blesser quelqu’un. Avec innocence, il manipulait cet explosif violent que peut être la Presse.
Je m’empressai alors de reconnaître ma propre violence et ses excès.
L’une des choses qui a blessé, dans mon entrefilet, M. Georges Méliès, est : la comparaison avec le « Mendiant Ingrat » de Léon Bloy.
Je croyais que tout le monde avait lu ce charmant livre où l’auteur de « Trois ans de captivité à Cochons-sur-Marne » s’accuse lui-même de mendier l’affection des hommes et prétend avoir le droit de les engueuler après.
Méliès a pris le mot de Mendiant au sens propre. Ce n’était pas mon idée. Au contraire, je le devinais (et je le connais maintenant) comme parfaitement désintéressé.
Je blaguais sa modestie. J’y avais quelque droit après le Gala de la salle Pleyel, et sachant que, sous la pression des gens du métier, on s’est proposé de lui donner la Croix. Mais il m’a appris qu’il n’a jamais sollicité cet honneur, ni signé de demande.
Quand au Gala, l’A. P. P. C. en parle. On y verra que M. Méliès a apporté, dans sa participation à cette présentation payante, la même ingénuité que dans la rédaction de la fameuse lettre, et un désintéressement, qu’il faut proclamer hautement. A notre époque, des hommes semblables sont rares.

Aussi ai-je présenté mes excuses à M. Méliès, pour la vivacité de mon « papier » et mes — il faut dire le mot — impertinences. Nous avons eu plaisir, l’un comme l’autre, à oublier nos écrits, et nous serrer la main.
Ainsi se créent les amitiés.

Dernière heure. Quel petit gourmand que M. Druhot, il a mangé tout son caviar ! Et à cette heure tardive (jeudi à 4 heures) il ne lui en reste plus assez pour supprimer un article que M. Méliès aurait bien voulu qu’il retirât des presses.
Beati ponperes spiritu ! Si seulement tous les anges s’abonnaient !

P.-A. HARLÉ. (La Cinématographie française, 12° année, 11° 387, 1° février 1930)

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Georges Méliès et Jean Mauclaire (c) D.R

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GEORGES MÉLIÈS EXÉCUTE LE COUPABLE

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LETTRE OUVERTE A M. P.-A. HARLE

« Cher monsieur,
« Vous me faites des excuses. Bien. Je les accepte, mais les excuses seulement. Il n’y a aucune honte à reconnaître ses torts. Mais quel malheur ! Vous gâchez un geste qui eut pu être beau, en remplaçant maintenant vos injures par des impertinences. Et de peur que « trop simple » pour comprendre vos finesses cousues de fil blanc, je n’en saisisse pas l’ironie, vous insistez lourdement dans une phrase adressée à M. Druhot, mais nous visant tous deux en réalité : « Heureux les pauvres d’esprit ».
« Merci, pour lui, merci, pour moi.
« Je pourrais, avec Molière, vous répondre :
« A répondre à cela je ne daigne descendre
« Et ce sont sots discours qu’il ne faut pas entendre.
« Je préfère vous pardonner, vous êtes à l’âge où tous les jeunes se croient, de naissance, supérieurs intellectuellement à leurs aînés.
« Mais, dans votre « simplicité » et votre « ingénuité », vous me donnez une superbe occasion de vous faire répondre par votre éminent confrère et collègue, M. Michel Coissac, historien du cinéma (1), dont l’opinion, reflet de l’opinion générale, m’est infiniment plus précieuse que la vôtre

« Je cite, en les numérotant (vous verrez pourquoi plus loin) six des phrases contenues dans son compte rendu du Gala, dans le « Cinéopse » :
« 1° La croix de la Légion d’honneur qui lui revient de droit, au titre de pionnier exceptionnel du cinématographe ;
« 2° Un homme qui, bien à tort, n’a pas obtenu la reconnaissance et l’admiration qu’il mérite ;
« 3° Nous avons été les premiers à exposer ce que l’écran lui doit d’inventions, d’initiatives, d’ingénieuses découvertes, de trouvailles qui, du coup, ont élargi les horizons du film, et fourni matière à tous ceux qui vinrent après lui, qu’ils portent un nom français ou américain ;
« 4° Nous rappelons, chaque année, la place considérable occupée par Méliès dans l’évolution du cinématographe ;
« 5° Figure de premier plan qui est et restera une figure historique de la Cinématographie française ; et, dans ce domaine, une gloire bien française.
« 6° Nous sommes et resterons un des plus vieux et des plus fidèles de ses amis.

« Voyez-vous, ce pauvre petit naïf, qui est une gloire bien française ! Pauvre France ! Que n’a-t-elle une légion d’esprits supérieurs, comme le vôtre, mon cher Monsieur Harlé.
« En tous cas, voilà un petit palmarès qui n’est déjà pas si mal. J’attends que vous mettiez le vôtre en parallèle.
« Quand vous aurez, à votre tour, l’honneur de devenir une figure historique de la Cinématographie, ce dont je ne saurais douter, étant donné votre grande notoriété, alors, mais alors seulement, nous pourrons traiter d’égal à égal, et je pourrai ressentir vos coups d’épingle. Pour l’instant, relisez la phrase n° 2, puis la fable de La Fontaine : Le serpent et la lime.
« Et comme je n’ai nulle rancune (j’ai essayé de vous le prouver en vous tendant la main le premier, devant vos apparences de regrets), je n’hésite pas le moins du monde, cher monsieur, à vous faire l’honneur de vous saluer. Mais je ne vous ferai plus l’honneur d’une réponse. »

G. MÉLIÈS
(Ciné-Journal, 24°année, n° 1.067, 7 février 1930)

(1) C’est nous qui soulignons. On sait que le 20 septembre 1928, nous nous sommes vu dans la nécessité de défendre, par ministère d’huissier, l’œuvre et la personne de M. Georges Méliès, contre un ensemble d’allégations, affirmations et insinuations erronées ou tendancieuses parsemées, dans trois articles publiés dans le Cinéopse, n°198 et 199. En saluant en M. Coissac « Historien du Cinéma », M. Georges Méliès s’expose à de cruels mécomptes. Nous sommes déjà obligé de réfuter de nouvelles balivernes publiées par la Revue française de Photographie, sous la signature de l’Historien-né. (R. F. P. C. n°243, 1° février 1930). Notre tache est parfois ingrate, elle aussi.

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Devant le malaise de l’A.P. P. C.

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Le « P-C » essaie de détourner l’attention du public, par une pirouette.

P. S. — J’ai inséré, par discipline pure, la semaine dernière, un communiqué de l’A. P. P. C. qui semblait mettre au point le fâcheux incident Méliès dont j’avais parlé, il y a quelque temps. Une note d’Harlé, dans le dernier numéro de la Cinématographie Française, me confirmait que tout était arrangé à l’honneur de chacun.
Or, je lis dans le Journal du Film une lettre plus que désobligeante de M. Méliès qui, prétendant avoir « exigé » des excuses d’Harlé, affirme, à l’encontre de la déclaration « publique » de celui-ci, qu’elles lui ont été refusées.
J’attache, pour ma part, beaucoup plus de poids à l’affirmation d’Harlé, qui est un confrère ayant le courage de ses responsabilités, qu’à celle de M. Méliès, lequel semble donner d’inquiétants signes de santé intellectuelle en ne sachant pas très exactement ce qu’il veut, ou, plutôt, ce qu’il écrit.

J’ai assez, servi le souvenir de ce monsieur pour regretter — sans qu’il espère d’excuses ! — qu’il insiste ainsi dans son inexplicable manie d’être désagréable envers la Presse cinématographique, personnifiée soit-elle en l’occasion dans un seul de ses membres.

A. de R.
(Hebdo, 15° année, n° 6, 8 février 1930)

Pauvres Génies Français !

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Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

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Publicité paru dans Le Figaro du 16 décembre 1929

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Pour en savoir plus :

Le site officiel de l’association « Cinémathèque Méliès – Les Amis de Georges Méliès ».

Le site officiel de Georges Méliès.

La page Facebook Georges Méliès.

Le cycle « MAGIC MELIES, aux sources des effets spéciaux » à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé jusqu’au 3 janvier 2017.

Extrait de la version restaurée du Voyage dans la lune (2011)

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L’autre grand film de Georges Méliès :Voyage à travers l’impossible, (autre version du Voyage dans la lune dans lequel le soleil remplace la lune).

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Extrait de la scène hommage à Méliès dans Hugo Cabret de Martin Scorsese

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