Lyon va édifier le Parthénon du film : le Musée Lumiere (Comoedia 1924)


Nous avons déjà publié de nombreux articles relatifs aux frères Lumière et aux divers hommages qui leur ont été consacrés à Paris et dans leur ville natale, Lyon.

Cette fois-ci, nous avons trouvé un article de Jean-Louis Croze dans Comoedia datant du 11 mars 1924 dans lequel il évoque le projet d’établir à Lyon ce qui doit être le « Parthénon du film » en hommage aux frères Lumière.

Il s’agit donc des prémices de ce qui deviendra (plus modestement) le Musée Lumière à l’adresse de l’Institut Lumière, à partir de… 1982.

Signalons que quelques jours plus tard, le 24 mars 1924, les frères Lumière feront publier un article dans Comoedia sur l’invention du cinématographe qui lancera une polémique qui durera plusieurs semaines, voir la série d’articles que nous avons mis en ligne précédemment dont le premier d’entre eux est à lire ici.

http://www.la-belle-equipe.fr/2015/07/16/linvention-du-cinematographe-texte-des-freres-lumiere-cinemagazine-1924/

 

Lyon va édifier le Parthénon du film

paru dans Comoedia du 11 Mars 1924

Comoedia du 11 Mars 1924

Comoedia du 11 Mars 1924

Lyon entend honorer deux de ses plus illustres enfants : Auguste et Louis Lumière, et en même temps qu’eux leur découverte, une de celles dont notre pays, a le droit d’être fier et que le reste du monde peut nous envier : le cinématographe.

Pour cette commémoration solennelle, un projet, vaste, grandiose, digne de son objet, est à l’étude; certains dispositifs préliminaires ont déjà reçu commencement d’exécution.

Un comité fonctionne ; M. Edouard Herriot, député et maire et Lyon, en est l’âme. A ses côtés se sont rangés le général Philippot, gouverneur de Lyon ; MM. Valette, préfet du Rhône ; Jean Lépine, doyen de la Faculté.

M. Goiffon, une des personnalités les plus agissantes et des plus compétentes de la Fédération du Spectacle du Sud-Est, a été justement mis à la tête d’un second comité où collaborent : MM. Daclin, le docteur Clément Sahuc, notre confrère, chef des informations du Progrès, secrétaires, et M. Grange, représentant à Lyon des Etablissements Gaumont, trésorier.

Comoedia du 11 Mars 1924

Comoedia du 11 Mars 1924

Où en sont les choses ?
Notre correspondant va nous le dire.

« L’idée de célébrer le cinéma et ses inventeurs a pris naissance à Lyon au dernier congrès du Spectacle ; il a reçu l’adhésion des principales personnalités lyonnaises.
« Actuellement se poursuit, dans les cinés de Lyon, une semaine Lumière avec film documentaire sur l’invention du cinématographe à Lyon ; elle obtient le plus vif succès. Les brochures illustrées relatant l’historique authentique du ciné sont offertes, au bénéfice de la souscription. Le comité lyonnais ne songe qu’à créer le noyau de départ, et le fonds initial de la souscription. Aussitôt la première organisation solidement établie, la propagande s’étendra à la France, puis à l’étranger. Et Paris sera bientôt appelé à fournir une collaboration active. La prochaine assemblée générale du comité de commémoration de l’invention du ciné aura lieu le 21 mars prochain. »

De cette assemblée que sortira-t-il ? Evidemment l’adoption définitive du projet qu’en une remarquable brochure à la fois historique et technique notre confrère le docteur Clément Sahuc appelle « Le Parthénon du film ».

Il s’agit de marquer d’un édifice grandiose le berceau du cinématographe, de proclamer hautement que la photographie vivante est née à Lyon et non ailleurs. Projet d’envergure. Il ne tend à rien moins, dit Clément Sahuc, qu’à ériger au confluent du Rhône et de la Saône une sorte de Parthénon du Cinéma. Le monument, dont les proportions varieront suivant l’importance des sommes versées par les souscripteurs du monde entier, serait à la fois « symbole solennel et organisme actif. Il fonctionnerait comme un musée historique du cinéma, une filmathèque constamment tenue à jour, une Centrale d’études, munie de laboratoires de recherches, de vérification et d’essais d’appareils, un Bureau international sans cesse informé ; et agissant sur tout ce qui se passe touchant le ciné : invention, perfectionnements, édition, législation, etc. »

Ce palais du film « se dresserait à la pointe de la presqu’île de Perrache, à la proue de la cité, dans la perspective sereine des deux fleuves, entre les deux lignes ferrées de Paris-Marseille et de Saint Etienne. On va faire appel au monde entier pour la souscription. Il y aura quantité de fêtes, représentations, journées, etc. »

Comoedia du 11 Mars 1924

Comoedia du 11 Mars 1924

Ce n’est pas ici le lieu ni l’heure de conter par le menu comment prit naissance à Lyon le cinématographe, que d’autres, ailleurs, ont pu deviner, pressentir, esquisser mais que les frères Lumière, au nom prédestiné, ont mis au point.

Le 13 février 1895, Auguste et Louis Lumière faisaient enregistrer sous le n° 245033 le premier brevet français pour un appareil prenant une succession d’instantanés rapides d’objets en mouvement et, reversiblement les projetant sur l’écran pour donner la sensation de la vie.

Une aussi admirable invention devait être contestée, au moins dans sa priorité. Les Allemands furent les premiers à réclamer : leur silence en l’occurrence m’eût étonné. Des Anglais, John Herschell, Beal, l’un avec son Thaumatrope, l’autre avec une croix de Malte incomplète, Friere-Green, ont bien certainement quelque mérite et quelque droit à figurer dans la liste des précurseurs où il faut inscrire également avec honneur Janssen et son « revolver photographique », Marey, Demeny ; les Américains Muybridge, Edison

Dieu me garde d’entreprendre un chapitre d’histoire ; Sahuc l’a esquissé à ses risques et périls. Il est vrai qu’il a près de lui, à portée d’interview, ceux qui savent, aussi grande aussi véridiques et documentés que modestes, ces deux génies du cinéma : Auguste et Louis Lumière.

La première démonstration publique du cinématographe fut présentée par MM. Lumière, devant la Société d’encouragement à l’Industrie nationale, le 22 mars 1895, sous la présidence de l’astronome Mascart, président de l’Académie des Sciences.

La deuxième séance de projections se déroula le 10 juin 1895, devant le Congrès des Sociétés photographiques de France, sous la présidence de M. Janssen, directeur de l’Observatoire de Paris. Les congressistes, filmés au cours d’une promenade sur la Saône, eurent l’émerveillement de se voir, le lendemain, défiler sur l’écran.

La troisième séance eut lieu à Paris, le 11 juillet 1895, devant les membres et les invités de La Revue générale des Sciences.

Le 25 décembre 1895, dans le sous-sol du Grand Café, se sont déroulés les premiers films — dix-sept mètres de pellicule. Je me les rappelle : L’Arroseur arrosé (qui mettait en scène — en mouvement plutôt — un dessin d’Albert Guillaume, qui lui-même l’avait pris sur nature aux Champs-Elysées, blague dont l’idée remonte à notre père Adam, si tant qu’il y eut un serpent. d’arrosage au Paradis terrestre!), La Pêche des poissons rouges, Le goûter du gosse, et enfin, le plus caractéristique, le plus curieux, le plus direct : La sortie des Usines Lumière.

Comoedia du 11 Mars 1924

Comoedia du 11 Mars 1924

Un mois après, Lyon avait, lui aussi, sa salle de cinéma. Il faut en nommer le directeur M. Perrigot. Bordeaux, Londres, Bruxelles, Berlin furent servis, à leur tour !

J’arrête là les premiers chapitres de la féerique histoire. Aussi bien tous mes lecteurs pourront ajouter la suite, supputer les milliards de kilomètres de films qui ont passé et passeront, sur les écrans, imaginer le nombre de scénarios (qu’on leur a fait avaler et qu’ils avaleront encore, sans oublier les articles d’un tas de journalistes qui s’occupent, compétents, incompétents, orgueilleux ou modestes, de l’art muet, celui dont on parle le plus.

J.-L. Croze (Jean-Louis Croze)

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Pour en savoir plus :

Le Musée Lumière sur le site de l’Institut Lumière

L’épisode de la série « Secret de Musée » consacré au Musée Lumière à Lyon.

Les 120 ans du Cinématographe Lumière au Musée Lumière.

 

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