Gisèle Casadesus « débutante » (Cinémagazine 1934) 1 commentaire


Cette fois-ci, nous voulons célébrer la grande comédienne qu’est Gisèle Casadesus, qui vient de fêter le 14 juin dernier ses 102 ans !, avec l’un des premiers articles que lui consacra la presse cinématographique pour son premier film en 1934 : L’Aventurier de Marcel L’Herbier.

Un article qu’elle partage avec Lise Delamare, qui est rentrée comme elle à la Comédie-Française cette année là. Elle avait 20 ans et Lise Delamare 21.

Depuis Gisèle Casadesus a bien sur connu une grande carrière au théâtre et à la Comédie-Française (qu’elle quittera en 1962). Quant au cinéma, elle tourna curieusement peu dans les années qui suivront (et ce jusqu’aux années quatre ving-dix, où sa carrière cinématographique redécollera). Citons le Vautrin de Pierre Billon en 1943 et surtout Entre onze heures et minuit d’Henri Decoin en 1948.

En 2003, elle reçut un Molière d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.

Bonne lecture et Merci Madame !

 

Cinémagazine du 11 octobre 1934

Cinémagazine du 11 octobre 1934

Gisèle CASADESUS « débutante »

paru dans Cinémagazine du 11 octobre 1934

Le hasard qui s’est complu à rapprocher Gisèle Casadesus et Lise Delamare, engagées à la Comédie Française à la suite d’un premier prix qu’elles avaient remporté le même jour, s’est encore manifesté. Simultanément Lise et Gisèle débutent dans la carrière cinématographique, dans des rôles de premier plan et sous l’égide de deux metteurs en scène dont le nom brille d’un éclat particulièrement vif au palmarès de la production française.

Dans L’Aventurier, vous apprécierez la sensibilité, l’enjouement de Gisèle Casadesus et Pension Mimosas, vous révélera le charme et l’intelligence équilibrés chez Lise Delamare.
Un même article devait rassembler les deux héroïnes qui sont d’excellentes camarades.

GISÈLE CASADESUS

« Avant mon premier prix, dit Gisèle Casadesus, j’avais reçu beaucoup de propositions. J’ai bien le temps, pensais-je. Le Cinéma ce sera pour plus tard ! Mais quand Marcel L’Herbier me demanda pour l’Aventurier, je n’eus pas une seconde d’hésitation. Sous sa direction tout apparaît transformé : c’est un esprit érudit et un guide parfait, jamais il n’avance quelque chose dont il ne soit sûr…

« Je suis contente de mon rôle parce que ce n’est pas celui de la jeune fille bébête et que, s’il ne me permet pas d’être gaie comme à mon ordinaire, il est aussi éloigné de la tristesse qui ne me convient pas du tout. J’aime chanter, danser. Je voudrais que l’on me confiât des rôles comiques, pleins de fantaisie. J’ai mes dieux : Laurel et Hardy. Ils seraient mes partenaires préférés… mais cette éventualité ne doit pas être envisagée…

— Avec qui aimeriez-vous tourner ?
« Je suis tellement gâtée avec Victor Francen et Henri Rollan, que je peux me montrer difficile. Donc, je choisis Charles Boyer. — j’aime les hommes « hommes ». — Un « partner » qui me plairait aussi beaucoup : René Lefebvre. Et je serais ravie si l’occasion m’était donnée de tourner sous la direction de René Clair. Je ne le connais que par ses œuvres et je l’adore !

« Le cinéma m’intéresse et je le crois une excellente école. A l’acteur de théâtre, porté à toutes les exagérations, il enseigne les restrictions. Il assouplit, il oblige à penser et à ne penser qu’à la minute présente… Il arrive qu’on doive tourner une scène à l’envers. Ainsi ai-je rompu mes fiançailles avec Henri Rollan avant leur célébration. »

Gisèle Casadesus reconnaît :
« J’ai eu toutes les chances. Alors que pas une seule fois au théâtre, je n’ai joué avec mon mari, mon premier film nous a réunis. Ce sont d’ailleurs les débuts de Pascal. Il est enchanté. A la projection j’ai pu constater qu’il était très bien dans un rôle antipathique.

« Je me suis trouvée « engraissée ». Je n’ai pas reconnu ma voix : « C’est à moi ? » Sans l’affirmation que me donnèrent des personnes dignes de foi je croirais à la perfection réalisée dans la synchronisation.

— Avez-vous des projets ?
« Plusieurs. Mais je ne veux pas y penser avant mes débuts officiels à la Comédie-Française, le 30 septembre.

— L’autorisation de tourner vous est-elle facilement accordée ?
« Très facilement, à la condition que le service de la maison n’en souffre pas. Quoi de plus légitime que cette réserve ? Pendant la réalisation de l’Aventurier, j’étais affichée constamment. Levée à six heures je filais au studio d’où je rentrais pour répéter l’après-midi et je jouais en soirée. C’est assez fatigant… mais passionnant ! »

Et Gisèle Casadesus, avec sa jeune expérience, conclut :
«  Il faut choisir, en se montrant très difficile. Un acteur qui aime son métier le respecte et on n’a pas le droit de tourner uniquement pour gagner de l’argent. »

Jacques Lombardy

Cinémagazine du 11 octobre 1934

Cinémagazine du 11 octobre 1934

Gisèle Casadesus qui, la même année, verra ses débuts sur la scène de la maison de Molière et sur l’écran de toutes les salles dans L’Aventurier qu’elle termine sous la direction de Marcel L’Herbier.

Gisèle Casadesus (à droite) avec Victor Francen, Henri Rollan et Blanche Montel dans L’Aventurier de Marcel L’Herbier.

 

En bonus, nous vous proposons la suite de cet article consacré à Lise Delamare.

LISE DELAMARE

Gaston Ravel, pendant les prises de vues de Monsieur de Pourceaugnac, fit cette réflexion qui affecta profondément l’orgueil de Lise Delamare : « Ma chère, il ne suffit pas d’être jolie pour faire du cinéma, il faut encore jouer la comédie. » La même année, Lise était admise au Conservatoire qu’elle n’a quitté que pour la Maison de Molière.

Désignée par Françoise Rosay qui avait suivi les concours de la Comédie, elle est sa partenaire dans le film de Feyder, Pension Mimosas et ne cache pas sa joie : « Ceux qui ont travaillé sous la direction de ce metteur en scène, qui est un homme du monde, me comprendront », me dit-elle.

Lise Delamare ne veut pas qu’on la prenne pour une « vamp » et sa protestation me rappelle celle d’Edith Mera, désolée d’être assimilée à ces créatures inconsistantes, nées de l’imagination enfiévrée de réalisateurs à la recherche du morbide.
« Les hommes préfèrent à ces fictions, les petites bonnes femmes saines et charnues qui mangent un beafteck saignant à midi et acceptent d’être soumises aux lois de la nature. »

Elle ajouta qu’elle avait rencontré la dernière vamp.
« Dans les jardins du Luxembourg. Elle promenait son petit garçon. Il eut besoin de faire pipi et comme elle était bonne mère, elle déculotta le « trésor », mettant à nu les petites fesses bien vivantes et roses qui la verdissaient davantage. Car elle était peinte en vert et, sur ce fond tragique avait dessiné des sourcils copiés sur ceux de Marlène Dietrich.

— Parlez-moi de votre rôle…

« J’ai peur de me faire mal juger : j’ai deux amants L’un est Jean Max et l’autre Paul Bernard. J’incarne une « vraie femme » coquette, mais sensible et c’est une chance que beaucoup recherchent sans l’obtenir. J’ai une scène très dramatique, très humaine et qui me plaît énormément ; toutes me plaisent d’ailleurs en dépit de petits inconvénients. Jean Max me fait de terribles scènes, et je me défends de mon mieux. Au lendemain de ces manifestations sportives, commandées par le scénario, nous constatons les dégâts : j’ai les bras truffés de bleus, les poignets enflés, mais Jean Max porte sur la main gauche une empreinte fort nette de mes dents. Nous sommes quittes !

« On apprend, au cinéma, à réfléchir et le jeu qui se disperse au théâtre devient concentré. Il n’est pas douteux que l’acteur, à cette école, dépouille tout ce qui éloigne de la simple vérité humaine. La projection qui suit les prises de vues est la leçon la plus sévère, la plus humiliante et la plus féconde je pense. Cet étranger que votre esprit critique, détaille impitoyablement, c’est vous. Je suis déprimée par ce que je vois, je me trouve mauvaise. On m’assure du contraire Je reprends espoir jusqu’à la prochaine séance ! »

Lise Delamare, dont l’orgueil est une vertu, a cet aveu charmant :  « J’ai besoin d’être encouragée ! »

Mais les encouragements lui viendront d’elle-même car Pension Mimosas, son premier film, attirera l’attention de la critique sur cette fille si jolie et qui joue la comédie, comme le demandait Gaston Ravel.

Jacques Lombardy

Cinémagazine du 11 octobre 1934

Cinémagazine du 11 octobre 1934

Ci-dessus : Lise Delamare qui eut le bonheur d’être remarquée par Françoise Rosay lors de son concours au Conservatoire et qui fut immédiatement engagée par Feyder pour interpréter un des rôles principaux de Pension Mimosas. Lise Delamare est ici représentée avec Jean Max un des protagonistes du film, avec Françoise Rosay, Alerme, Paul Bernard, etc. Ses débuts au studio furent difficiles, mais elle persévéra et nous semble aujourd’hui bien près du but que sa jeune et légitime ambition convoitait.

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

 

Pour en savoir plus :

La biographie de Gisèle Casadesus sur le site de la Comédie Française.

La notice biographique de Lise Delamare sur le site de l’Encinémathèque.

 

Gisèle Casadesus fête son anniversaire au musée de Montmartre en juin 2014.

 

Une belle interview pour Ciné Watt en 2015 à Montmartre chez elle.

 

 


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Commentaire sur “Gisèle Casadesus « débutante » (Cinémagazine 1934)

  • Claude Guilhem

    Le dernier rôle dans lequel j’ai eu le bonheur de voir Madame Gisèle Casadesus fut dans le film de Robert Guédiguian  » Le promeneur du Champ de Mars « , avec Michel Bouquet et Geneviève Casile.
    Le temps passe terriblement vite; il y a déjà onze ans…