Les débuts d’Hollywood à Los Angeles (Ciné Pour Tous 1922) 3 commentaires


Nous avions prévu depuis quelques semaines de publier cet article écrit en 1922 alors que la grande aventure du cinéma américain à Hollywood n’avait même pas quinze ans derrière elle.

Mais du coup cet article se télescope avec une actualité politique américaine qui désole tous les amoureux de ce pays. « Rendre sa grandeur à l’Amérique » ? Le réalisateur du film Idiocratie n’aurait pas trouvé meilleur slogan…

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Bref, toujours est-il que c’est donc le 7 avril 1922 que la revue Ciné Pour Tous publie cet article qui fait le point sur Hollywood qui est devenu en quelques années le « centre de la production américaine ».  En effet, il nous parait intéressant de relire un article comme celui pour se remettre dans le contexte de l’époque et mieux comprendre l’importance d’Hollywood pour le cinéma mondial.

Bonne lecture !

 

LOS ANGELES centre de la production américaine

paru dans Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ce qu’on en a déjà dit un peu partout, et les récents scandales qui y ont éclaté ont fait suffisamment connaître déjà du grand public que Los Angeles et ses environs sont bien le centre de la production cinégraphique américaine. D’ailleurs, il ne faut pas dire : Los Angeles. Car les studios et leurs dépendances sont installés, en réalité, entre Los Angeles et l’Océan Pacifique, distant d’une quinzaine de kilomètres.

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Ce qu’étaient jadis Los Angeles et ses environs, bien avant l’invasion cinématographique, nous le savons par Le Signe de Zorro, qui se déroule dans le cadre et à l’époque des missions qu’y envoyèrent dès le 18° siècle les Jésuites.
Dès 1769, le long de la route d’El Camino Real, de San Francisco au nord, jusqu’à la baie de San Diego au Sud, se fonda peu à peu la chaîne de « missions » franciscaines, dont les vestiges ont d’ailleurs subsisté en grande partie.
Ce fut, d’abord, San Diego d’Alcala, en 1769, San Carlos Borromes, 1770 ; San Gabriel, 1771 ; San Fernando, 1797 ; San Luis de Diego, 1798; puis San Buena Ventura, Pala, et San Juan Capistrano— où furent filmés les extérieurs du Signe de Zorro, tiré d’un roman intitulé : Le fléau de Capistrano.

En 1896, il n’y avait aux Etats-Unis que trois producteurs de films : Edison, Biograph et Selig — leur principal concurrent était Lumière, à Paris — et tous trois produisaient aux environs de New York, où ils recrutaient leurs acteurs.
Pourtant, dès avril 1908, Selig (William Selig), que la température peu favorable de New-York, gênait dans son travail, alla s’installer à Chicago, puis à la Nouvelle-Orléans, où il produisit, en collaboration avec F. Boggs (Francis Boggs), un drame d’une partie (300 mètres) par semaine ; ils tournèrent ensuite le premier film américain en deux parties : Damon et Pythias, puis La Ville Sainte, de même longueur. Puis Boggs tourna un Monte-Cristo en trois parties et un Faust, qu’il ne put achever à la Nouvelle-Orléans en raison de la température.

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

C’est alors que la Compagnie Selig décida d’installer un studio (?) en Californie.

En septembre 1908, F. Boggs fondait donc le premier établissement de ce genre à Los Angeles, au coin de la 8th & Olive Streets. En 1909, toute la production Selig était centralisée en Californie et l’installation d’un grand studio avec jardin zoologique dans le district d’Edendale commençait.

Déjà les célébrités de la scène se tournaient vers l’écran et Selig engageait Hobart Bosworth, Kathleen Williams, William Farnum, Tom Santschi, Roscoë Arbuckle, Robert Léonard, Myrtle Stedman, Tom Carrigan, Eugénie Besserer, Mabel Taliaferro, Herbert Rawlinson, etc., et produisit entre autres grands films Cendrillon et The Spoilers.

En 1911, les autres compagnies américaines venaient en nombre s’installer dans la banlieue de Los Angeles ; la Compagnie Nestor, dirigée par Al. Christie, construisit, l’une des premières, un studio à Hollywood. D’autres cherchèrent à s’établir plus loin ; Meliès alla à Santa Paula, à 80 kilomètres de Los Angeles ; Vitagraph construisit à Santa Monica, où il est resté ; Kalem également.

Essanay, jusqu’alors installé à Chicago, construisit des studios à Niles (à 70 km. au sud de San Francisco) sur la côte du Pacifique. Là, durant un an, travailla Charlie Chaplin, qui y tourna ses six derniers films pour cette compagnie. Aujourd’hui personne n’y tourne plus.

Santa Barbara, à cent-soixante kilomètres de Los Angeles, fut choisi par l’American-Film Company, qui, dès 1913, y produisit les films de ses étoiles : Harold Lockwood, Margarita Fisher, William Russell, puis Mary Miles Minter.

Thomas Ince, lui, avait, dès 1912, choisi le Santa-Inez Canyon pour centre de production. C’est là que furent tournés les premiers films en deux parties de William Hart et les premiers films Triangle-Kay-Bee. Quand Ince construisit un peu au sud, à Culver-City, ses grands studios à éclairage artificiel, il garda Inceville — c’est le nom que l’on avait donné à son premier centre — et y tourna les extérieurs de Civilisation, Peggy, La Mauvaise Etoile, Châtiment, etc.

La Compagnie Paramount elle aussi s’installa à Hollywood dès 1912. Pour les extérieurs de la plupart de ses films elle alla, comme Ince, sur les hauteurs au nord et y édifia les éphémères décors de Jeanne d’Arc, de Carmen, des Conquérants, de The Little American.

Griffith venu en 1912 pour la Compagnie Biograph à Hollywood, y resta pour produire ses films de la série Triangle-Fine Arts et Intolérance, dont les décors d’extérieur furent construits à proximité des studios et n’ont été démolis que dernièrement. Depuis trois ans, Griffith est revenu près New-York et c’est à Mamaroneck qu’il a tourné La Rue des Rêves, Way down East et Les Orphelines de la Tempête.

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Reste à mentionner l’organisation la plus importante de l’endroit — et, d’ailleurs, du monde entier — Universal City, louée à des producteurs indépendants et centre de production de la Compagnie Universal, qui y réalise les films d’Eddy Polo, de Priscilla Dean, d’Harry Carey, de Frank Mayo, etc.

Universal-City, située dans la vallée de San Fernando, au nord-ouest de Los Angeles, à dix-huit kilomètres de l’Océan Pacifique, ne couvre pas moins de cent hectares. Tout ce que l’on peut désirer comme installations publiques dans une grande ville cosmopolitaine, y existe. Ajoutons encore au hasard : une usine d’électricité, un réservoir d’eau, deux hôtels pour le grand nombre de curieux qui visitent continuellement l’Universal City, une ménagerie dont le Jardin des Plantes pourrait être jaloux, un « Dancing Montmartrois », et ainsi de suite. Il n’y a pas encore de Chemin de fer souterrain ; mais il semble que cela ne durera plus longtemps et que l’Universal City sera également pourvue de ce dernier confort. En attendant quelques centaines d’automobiles et une demi-douzaine d’aéroplanes y assurent le transport avec toute la célérité désirable.

On conçoit que, pour la fondation de cette cité multiforme, le choix d’un site convenable constituait la pierre de touche de l’édifice qu’il s’agissait de bâtir. Ce n’est pas en tous lieux que concourent les conditions propres à reproduire, évidemment sur une échelle minuscule, la flore, la configuration, le climat même des contrées du monde les plus diverses, et à permettre de cinématographier en toutes saisons à la lumière du jour.

Après des recherches sans nombre, les promoteurs d’Universal City firent choix d’un territoire qui contient tout à la fois des collines boisées et non boisées, une vallée profonde, des terrains sablonneux convenant particulièrement aux scènes de désert et une plaine de grande étendue. La rivière de Los Angeles traverse ce domaine de la cinématographie américaine et permet de « tourner » toutes sortes de scènes et acrobaties aquatiques, lesquelles, d’ailleurs, ont parfois pour théâtre plusieurs lacs artificiels.

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Universal City est divisée en deux parties principales : un terrain de grande superficie représentant un « ranch » américain, c’est-à-dire une étendue de terre de pâturage et d’élevage avec, de-ci, de-là, une ferme en bois, comme le sont toutes les fermes des Etats-Unis. Le ranch artificiel sert de cadre aux films supposés se dérouler dans l’immense Ouest américain, c’est-à-dire tous ceux qui exigent de l’espace inculte, des paysages heurtés et arides, comme les scènes où sont appelés à jouer des Indiens.

La seconde partie constitue la section civilisée : celle qui renferme les bâtiments susceptibles de donner l’illusion d’une ville, et dont, pour cette raison, à côté de constructions démontables, un certain nombre sont des édifices permanents, érigés très solidement en ciment armé.

La caractéristique la plus intéressante de ces bâtiments est qu’ils sont tous, en eux-mêmes, multiformes. Chacun de leurs côtés constitue, en effet, la façade d’une maison ou d’un édifice particulier, de sorte qu’un seul bâtiment représentera, suivant qu’on l’examinera tour à tour sous ses quatre côtés, par exemple, l’atelier et l’habitation d’un forgeron, un hôtel, un chalet, un palais ou une caserne. Cela n’empêche pas que chacune de ces façades peut être transformée en quelques heures pour représenter tout autre chose: une église, une banque, un théâtre ou un château fort.
Les fonds ou arrière-plans font la richesse de Universal City. C’est ainsi que, vus sous un angle particulier, ils présentent un certain aspect qui, sous un autre angle, est entièrement différent. Ceci permet aux réalisateurs de trouver, sans déplacements appréciables, une infinité de sites très divers. Des ponts, construits de manière à pouvoir prendre l’apparence tantôt d’un pont japonais, d’un pont de pierre romain, d’un pont de fer, en un mot de toute espèce de ponts qu’une scène particulière peut exiger, sont jetés sur tous les ruisseaux et les ravins. Quelques-uns de ces ponts, habilement agencés, sont monumentaux.

 

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

 

Le principal boulevard de l’Universal City mesure près de dix kilomètres de longueur.
Universal City est dotée d’une scène de plein air entièrement construite en charpentes d’acier et béton armé ; ses dimensions sont énormes ; elle couvre un espace de près de cinquante mètres sur cent. Le béton du « plateau » a quinze centimètres d’épaisseur.

Des rideaux et toiles, que l’on peut manœuvrer à volonté, sont disposés au-dessus, pour doser et diffuser la lumière sur la scène, lumière qui est évidemment celle du jour, puisque la scène est en plein air, et par cela même, serait souvent beaucoup trop vive. En arrière de la scène, sont les chambres d’habillage, les bureaux, les lavabos et bains-douches. Toutes les chambres sont desservies par une distribution d’eau chaude et froide, sont éclairées à l’électricité et présentent le confort le plus moderne. Trois fosses de quatre mètres environ de profondeur sont destinées à certaines scènes aquatiques ou de sous-sol ; par ces dernières, il faut entendre, par exemple, le cas d’un acteur descendant un escalier qui doit se prolonger au-dessous du niveau de la scène. Ces fosses ont de trois mètres cinquante à sept mètres de diamètre ; leurs plancher et parois sont également en béton armé. La scène possède deux magasins de décors et accessoires de très vastes dimensions.
L’avant-scène, ou mieux le plateau proprement dit, mesure environ deux cent dix mètres sur quatre-vingt-dix-huit mètres.

Dans la Californie du Sud, il ne pleut que quelques jours par an ; les rayons solaires y ont des propriétés actiniques extraordinaires ; le climat est enchanteur ; toutes ces conditions concourent là faire de ce point du globe un véritable Eden, et, par suite, le paradis du cinéma.

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

A Universal City, on travaille tous les jours, ou presque, sous le ciel bleu, et l’on ignore les retards dus aux intempéries.
Les « intérieurs » sont tournés dans les studios à éclairage artificiel qui ont été construit en grand nombre, durant ces dernières années, à Universal City.
Le « gouvernement » de Universal City est logé dans un immeuble imposant qui, en dehors des bureaux, renferme une grande salle de réception, une banque, une vaste bibliothèque, et possède une tour d’observation du haut de laquelle le regard peut embrasser toute la ville et le ranch. La cité possède un vaste atelier de menuiserie et de charpenterie, où sont fabriqués tous les accessoires. Le même bâtiment abrite un atelier de plomberie, d’électricité, des galeries de dessins, et, bien entendu, les ateliers de photographie nécessaires. Universal City est doté d’un restaurant, d’une pâtisserie et de deux cafés, dont un en plein air.

On y trouve aussi une infirmerie admirablement située et pourvue d’une chambre d’opérations parfaitement outillée. Cette infirmerie n’a que trop souvent l’occasion de montrer son utilité, car les artistes de cinéma, pour satisfaire le besoin d’inédit du public, accomplissent tous les jours des exploits assez périlleux, susceptibles de mettre leur vie en danger, tout acrobates ou rompus aux sports qu’ils sont pour la plupart. L’infirmerie, d’ailleurs, participe au même titre que tous les autres bâtiments de Universal City aux besoins propres du cinématographe pour certaines scènes qui demandent à se dérouler dans le cadre d’un hôpital ou d’une ambulance.

On trouve encore un théâtre romain et un stade offrant 1.400 places assises. En avant et en arrière de ces bâtiments, le terrain a été transformé en pelouses au milieu desquelles un bain romain, une piscine et une fort jolie fontaine ont été installés. La garde-robe des artistes de Universal City occupe à elle seule un vaste bâtiment rempli de costumes anciens et modernes portés dans les différents pays.
Cette garde-robe est évaluée à plusieurs milliers de dollars et est complétée par des ateliers dans lesquels un personnel exercé de couturières, coupeurs, etc., confectionne, suivant les besoins et d’après les meilleurs dessins, des costumes de n’importe quelle époque, depuis la ceinture en feuilles de palmier des premiers âges du monde jusqu’aux toilettes raffinées du XXe siècle. Vingt machines à coudre, actionnées électriquement, facilitent le travail ; le repassage est effectué, également, au moyen de fers électriques. Une maîtresse habilleuse, assistée d’un personnel très expérimenté, veille à ce que tous les artistes soient vêtus convenablement et en parfaite harmonie avec les rôles qu’ils ont à remplir.

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Le ranch reproduit fidèlement une section de cet Ouest encore rude, sauvage et pittoresque de l’Amérique. De vrais Indiens et des cow-boys de profession y vivent et y jouent. Il est également pourvu d’une large scène, de chambres d’habillage, magasins d’accessoires, etc., mais ce qui le distingue de la section « civilisée », c’est une magnifique ménagerie renfermant une vingtaine de chameaux, deux éléphants, plusieurs lions, phoques, tigres, léopards, serpents, ours, loups, chiens et singes. De ces derniers l’un est célèbre à Universal City, c’est Joe, un chimpanzé qui dort dans un lit de cuivre et se lave les dents après les repas.

Le ranch comprend encore une immense arène où sont montées et « tournées » les scènes à grand spectacle. Cette arène renferme une série de petites cages dans les quelles les acteurs peuvent se réfugier quand les hôtes de la ménagerie sont rendus à une liberté relative, mais suffisamment dangereuse. Universal City est également munie d’un arsenal abondamment pourvu d’une grande variété d’armes à feu et d’armes blanches, anciennes et modernes. Un grand haras abrite, ailleurs, environ cent cinquante chevaux.

Des villes, des villages, des châteaux sont érigés tout alentour de Universal City pour former les arrières-plans désirables. La plupart du temps, ces constructions ne sont que des façades convenablement étayées en arrière, mais qui, sur les clichés, donnent l’illusion d’édifices définitifs. Ces décors — ou sets —, comme les Américains les appellent, coûtent souvent plusieurs milliers de dollars, ce qui n’empêche pas de les jeter à bas quand ils n’ont plus de raison d’être.

Le réalisme est une chose coûteuse, qu’on aille le chercher sur place ou qu’on le constitue de toutes pièces. C’est cependant une nécessité, car, sans lui, le cinéma ne pourrait avoir atteint son développement actuel ni laisser espérer un avenir plus brillant, encore.

Sont, également à mentionner les studios Goldwyn, à Culver-City, Fox, Métro, Sennett, Robertson-Cole et R. Brunton, ce dernier mis en location, comme Universal City, aux producteurs indépendants.

Enfin restent les petits studios particuliers où tournent différentes compagnies de moindre importance, tels que les studios de Chaplin, Charles Ray, Hart, Fairbanks-Pickford, etc.

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En dépit de toutes les attaques, de toutes les critiques, les environs de Los Angeles n’ont cessé d’attirer de plus en plus les producteurs américains ; il y a deux ans, un mouvement de retour vers l’Est s’était dessiné et la Compagnie Paramount avait édifié un studio monumental de deux millions de dollars à proximité de New York, mais le prix de revient des films qui y firent tournés s’étant avéré trop élevé et les extérieurs nécessitant des voyages coûteux en Floride, on semble avoir abandonné définitivement New York pour la Californie, où l’on produit plus vite, à meilleur compte et avec toutes les facilités qu’offre la centralisation du matériel et du personnel.

Pour les scènes du désert, par exemple, les producteurs californiens n’ont pas à aller loin puisqu’à une cinquantaine de kilomètres de Los Angeles ils rencontrent le désert Mojave, où William Hart, entre autres, a tourné Pour sauver sa race et La Caravane.

Pour les scènes qui sont censées se dérouler au Klondike ou dans quelque partie du Canada neigeux on va dans la Sierra, au Big Bear Lake, à six heures de Los Angeles.

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Voyons à présent quelle est l’existence de l’artiste qui tourne en Californie.
La vie des artistes de cinéma, à New York, est sensiblement la même que celle de ceux de Paris ; un grand nombre d’entre eux évoluent devant l’appareil de prise de vues pendant la journée et paraissent en public à la scène, le soir. L’expérience a accusé les multiples inconvénients de cette double existence professionnelle, car en procédant de cette manière, un artiste se trouve dans l’impossibilité de donner toute sa mesure dans l’un comme dans l’autre des deux arts.

Naturellement, il y a à New York des centaines d’artistes qui se consacrent entièrement au cinéma, mais ils sont en nombre absolument infime si l’on considère l’énorme population de cette ville. Il est assez rare, en effet, qu’ils aient l’occasion de se rencontrer, à moins naturellement qu’ils ne viennent à travailler à quelques-uns dans le même studio : et encore, dans ce cas, ne se voient-ils que durant les heures de travail.

En Californie, leur vie est tout à fait différente. Là, un artiste de cinéma travaille que pour l’écran. A Hollywood, l’œil ne rencontre que choses de cinéma, l’oreille ne perçoit que conversations cinématographiques, on ne respire que l’atmosphère du cinéma et on ne vit que de cinéma. La confection des films est le commencement, la fin et le centre de l’existence de ceux que l’on y rencontre.

Des vingt-cinq mille habitants que compte Hollywood, vingt mille sont directement intéressés à la confection des films et les cinq mille autres s’occupent de leur entretien, soit comme boutiquiers, soit comme domestiques. Et tous viennent de tous les coins du globe : Ecrivains, metteurs en scène, artistes et machinistes. Aucune nationalité n’est préférée; une seule question se pose : « Que pouvez-vous faire ? »

Vivre dans cette colonie d’experts de toutes nationalités, s’intéresser à leur continuel échange de vues et assister à l’incessant perfectionnement des méthodes de production, c’est là une splendide école pour qui a la ferme ambition de devenir quelqu’un dans quelque branche que ce soit de l’art du film.
Chaque artiste, chaque travailleur du film connaît ses confrères dans la même besogne particulière que la sienne. Ils vont l’un chez l’autre, voient les films des uns et des autres, et discutent leurs qualités et défauts respectifs.

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

 

La ville de Los Angeles proprement dite est éloignée de plusieurs kilomètres. Elle compte 600.000 habitants dont on peut dire que chacun d’eux entretient avec quelqu’un d’Hollywood des relations d’affaires ou d’amitié. Tout y est mis en oeuvre pour aider l’industrie qui ne cesse d’amener dans cette ville la prospérité. On peut y prendre une vue de quelque chose ou de quelque endroit que ce soit et être assuré de la coopération effective des autorités. Ainsi, un policeman interrompra la circulation et figurera comme acteur dans une scène sans formuler la moindre objection, pourvu que cela ne prenne pas trop de temps.

Il faut se trouver ailleurs qu’à Los Angeles pour apprécier tout le prix de ces facilités qu’y trouvent les producteurs. En effet, les autorités, dans bien des endroits, semblent considérer comme un devoir, et je dirai même comme un plaisir, de rendre la prise de vues dans tel endroit public ou bien impossible ou tout au moins aussi difficile qu’ils le peuvent.

La population de Los Angeles sait ce que le film a fait, non seulement pour la prospérité de cette ville en particulier mais aussi pour les Etats-Unis en général et est justement fière et reconnaissante à son égard ; elle fait donc tout ce qu’elle peut pour faciliter la tâche à ceux qui produisent du film.

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Quand un étranger arrive à Los Angeles, la première chose qu’on lui propose est une excursion à Hollywood pour visiter les studios ; il n’est pas besoin de dire que la proposition est toujours bien accueillie. Une foule ininterrompue de visiteurs de toutes les parties du monde emplit les studios : princes, ducs, hommes d’Etat renommés, généraux, écrivains, célébrités de tous ordres enfin, tous désirent rencontrer les artistes qu’ils ont pu admirer à l’écran et tous gardent un souvenir durable de la vie intense qui règne dans cette capitale du film.

Il n’y a pas d’oisifs dans cette ville de rêve ; presque tous ses habitants possèdent une automobile. Depuis le plus petit employé jusqu’aux « stars » les plus payées, chacun a son véhicule. Presque chacun habite sa propre maison ; ces habitations vont des petits cottages aux somptueux palais. Toutes sont très modernes et pourvues de tous les perfectionnements modernes d’élégance et  de confort ; leurs murs sont de couleur blanche, avec des toits de tuiles rouges ou grises.

C’est là vraiment une ville unique, contenant le plus grand nombre des travailleurs d’art les plus connus et les mieux pavés du monde.

Non Signé (vraisemblablement de Pierre Henry).

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Ciné Pour Tous du 7 avril 1922

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

Pour en savoir plus :

L’historique du fameux panneau Hollywood qui domine Los Angeles depuis 1923, sur le site hollywoodsign.org.

L’historique des débuts d’Hollywood sur le site hollywoodfilmoffice.org.

« Hollywood les origines » sur le site cinemaclassic.free.fr

 

« Marchands de rêves 1920 – 1928 » est la troisième partie du documentaire « Mythes et stars, la grande histoire d’Hollywood » diffusé sur TCM en 2011.

 


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3 commentaires sur “Les débuts d’Hollywood à Los Angeles (Ciné Pour Tous 1922)

  • Claude Guilhem

    Quelle merveilleuse idée d’avoir ajouté ce documentaire sur la naissance en 1923, et le sauvetage du fameux panneau géant de HOLLYWOODLAND à HOLLYWOOD. Les 9 lettres hautes de 14 mètres sur une longueur de 110 m. semblaient là pour  » l’éternité « , et pourtant il s’en est fallu de peu pour que tombées en ruines elles fussent entièrement démolies il n’y a pas si longtemps…

  • Claude Guilhem

    Oui c’est une bonne initiative !

    Hier soir en regardant la TV j’attendais qu’au moins les 2 grands journaux de 20 heures consacrent un peu de temps au quarantième anniversaire de la disparition ( je n’aime pas ce terme ) de notre Jean GABIN; mais en dehors du magazine « Entrée-Libre » de Claire Chazal sur France 5, rien. Ou bien cela m’a t il échappé ?
    Si je ne me trompe pas, c’est triste et bête à pleurer…