La belle histoire de Fernandel par Philippe Soupault (VU 1933)


C’est par hasard que nous sommes tombé sur ce court texte du poète surréaliste Philippe Soupault à propos de Fernandel !

Paru dans la revue prestigieuse VU, ce texte ne semble pas figurer dans le recueil Ecrits de cinéma 1918-1931 présenté par Alain et Odette Virmaux et publié chez Plon en 1988.

soupault

Fernandel, en 1933, s’est déjà fait remarqué depuis deux ans dans des films comme On purge bébé de Jean Renoir avec Michel Simon, Cœur de lilas d’Anatole Litvak avec Jean Gabin, Le Rosier de Madame Husson de Bernard Deschamp et Les Gaîtés de l’escadron de Maurice Tourneur.

Ces films, dans lesquels il apparait souvent en chantant (rappelons qu’il vient du music-hall comme beaucoup à l’époque) vont lui permettre d’imposer son physique singulier et son sens unique du comique.

Philippe Soupault est persuadé, aussi surprenant que cela puisse paraître, que Fernandel va vite partir à Hollywood après un tel début de carrière.

 

La Belle histoire de Fernandel par Philippe Soupault

paru dans VU du 29 novembre 1933

VU du 29 novembre 1933

VU du 29 novembre 1933

Fernandel est un Marseillais de Marseille, et dans cette ville, plus que dans aucune autre, la valeur n’attend pas le nombre des années. A l’âge de sept ans, Fernandel est emmené au café-concert par son père qui est, lui-même, un acteur-amateur et un passionné de théâtre. Ce soir mémorable, Polin était la vedette du spectacle et chanta son air le plus fameux :

Ah ! mademoiselle Rose,

J’ai un petit objet à tous offrir…

Le petit Fernandel ne comprenait guère les allusions, mais ne perdait ni une syllabe, ni un geste, ni un clin d’œil du tourlourou. Le lendemain, il répéta devant sa famille, la chanson de Polin en l’imitant à la perfection. Son père enthousiasmé (n’oublions pas que nous sommes à Marseille), lui prédit une brillante carrière et lui promit un costume de tourlourou.

Quand le petit eut son costume, on le produisit dans les cercles d’amateurs qui sont si nombreux à Marseille. On lui fit un vrai succès. C’était un prodige ! On imagine aisément quelles prédictions, quels encouragements (et avec quel accent !) furent prodigués au petit. Ce n’étaient pas des galéjades. Fernandel, petit prodige marseillais, est devenu une grande vedette parisienne et sera bientôt une star du cinéma international.

Mais ce succès, il l’a mérité et il l’a voulu.

VU du 29 novembre 1933

VU du 29 novembre 1933

A l’âge de douze ans, en 1915, après son certificat d’études et malgré les réels succès qu’il obtenait comme petit prodige de café-concert, il entra comme saute-ruisseau dans une banque.

On peut facilement comprendre que le petit bonhomme qui, avec un geste ou un sourire, savait déjà amuser et faire rire, n’était vraiment pas fait pour vivre dans l’atmosphère particulièrement austère d’un établissement de crédit. Il changea de métier. Mais nulle part, le caractère de Fernandel ne s’adaptait aux nécessités du commerce. Il s’obstinait cependant et il fit quatorze métiers sans compter celui de chanteur de café-concert, le seul, à vrai dire, où ses efforts étaient couronnés de succès.

Un soir, un chanteur, à l’Odéon de Marseille, se fait siffler, huer comme on sait le faire dans cette ville. Il est obligé de sortir de scène et on ne veut plus le revoir. Il faut le remplacer sur le programme. Personne ne peut ni ne veut se charger de cette lourde succession. Personne, sauf Fernandel. Et il est acclamé. Désormais, il trouvera des engagements. Il est lancé. Cela se passait en 1927. Fernandel fit des tournées en province, puis il débute à Paris, à Bobino. Il est de plus en plus sûr de lui. Son succès va en augmentant. Son genre s’affirme. Il n’imite plus ni Polin, ni aucun autre chanteur. Il suit son inspiration.

Il a quitté le commerce et se consacre à la scène, mais pour gagner sa vie et celle de sa famille, il lui faut faire des tournées.

VU du 29 novembre 1933

VU du 29 novembre 1933

C’est en 1930 qu’il est sacré vedette. Un soir, à Vichy, le directeur d’un music-hall parisien l’entend et l’engage pour son établissement. Le même soir, un metteur en scène lui propose un rôle dans un film : Le Blanc et le Noir, le rôle du chasseur, rôle minuscule, mais qui prouve que son comique est particulièrement « photogénique ». et désormais il va de succès en succès.

Son répertoire, qu’il a choisi avec grand soin, est traditionnel comme son costume. Il joue avec la difficulté. En 1933, faire rire avec des histoires de caserne dans un costume de pioupiou, est une gageure. L’admirable, c’est que le chanteur, le diseur et le mime font oublier les décors démodés, les couplets d’une grivoiserie désuète, le costume d’un autre âge. Mais Fernandel métamorphose toutes ces vieilleries. Nous ne voyons plus que l’étonnant bonhomme (celui que nous voudrions tous être) qui, d’un geste, d’un clin d’œil, d’une intonation, établit un contact avec la foule immense et inconsciente qui ne veut jamais comprendre et analyser, qui ne cherche qu’à s’amuser et qui n’admet pas la médiocrité dans ce domaine.

Au cinéma, même miracle. L’appareil de prises de vues qui souligne tout, qui est prêt à toujours caricaturer, montre Fernandel sous son meilleur jour.

Près de Mistinguett, il débute aujourd’hui aux Folies-Bergère en attendant qu’il parte un jour ou l’autre pour Hollywood.

Philippe Soupault

VU du 29 novembre 1933

VU du 29 novembre 1933

Source : Collection Musée Nicéphore Niépce

Pour en savoir plus :

Le site de l’association Philippe Soupault.

Le site sur Fernandel de Diggi.

Extrait de l’entretien entre Bernard PIVOT et Philippe SOUPAULT le 1 août 1980 (INA).

 


Fernandel avec Paulette Dubost dans L’ordonnance de Victor Tourjansky en 1933.

 

Fernandel dans Coeur de Lilas d’Anatole Litvak en 1932.

 

Fernandel dans le court-métrage Bric à brac et cie de André E. CHOTIN en 1931.

 


Fernandel dans Le Rosier de Madame Husson de Dominique Bernard-Deschamps en 1932.

 

 

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