Le Monde Perdu de Harry O. Hoyt (Cinémagazine 1925)


Dans notre série de clin d’oeil face à l’actualité cinématographique de patrimoine, nous vous proposons cette fois-ci une série d’articles sur un film qui marqua une date dans le cinéma mondial et dont l’influence fut grande (à commencer par le King Kong de 1933 jusqu’à Jurassic Park) : Le Monde Perdu (The Lost World) réalisé par Harry O.Hoyt en 1925.

En effet, il s’agit du premier film de monstres de l’histoire du cinéma en l’occurrence des animaux préhistoriques (dinosaures, brontosaures, etc…).  Comme vous le verrez ci-dessous le film fit sensation en France lors de sa sortie à partir du mois de juin 1925 où il passa exclusivement au Caméo , 32 boulevard des italiens (devenu depuis l’UGC OPERA), pour de longues semaines d’exclusivité.

Ajoutons que le responsable des effets spéciaux est le même qui s’occupa de ceux de King Kong version 1933 : Willis H. O’Brien.

Signalons que Lobster Films vient de sortir la version restaurée du Monde Perdu (The Lost World) en DVD et que son directeur, Serge Bromberg, anime une masterclass vendredi 28 octobre 2016 à  la Fondation Jérome Seydoux-Pathé. Plus de renseignements ici.

Bonne lecture !

 

Cinémagazine du 3 juillet 1925

Cinémagazine du 3 juillet 1925

Une grandiose reconstitution : LE MONDE PERDU

paru dans Cinémagazine du 3 juillet 1925

Avez-vous fait de longues et patientes études de paléontologie ? Non, sans doute. Vous n’avez alors aucune idée de ce que pouvait être la Terre, il y a plusieurs milliers d’années, vous n’imaginez pas davantage ce qu’en était la faune. Vous avez évidemment entendu parler déjà de mammouths et de brontosaures, mais les quelques dessins que vous avez pu voir, les rares visites que vous avez pu faire dans la section des fossiles de nos musées ne vous ont pas enseigné grand’chose sur les animaux qui vivaient sur notre globe longtemps avant l’apparition de l’homme.
Votre curiosité, car je vous imagine intelligent, donc curieux, n’aurait jamais été satisfaite si de hardis réalisateurs de la « First National » n’avaient entrepris de reconstituer et de faire mouvoir devant l’appareil de prise de vues plusieurs types des monstres disparus depuis tant de siècles.

Il a fallu sept ans pour tourner Le Monde Perdu et nous n’en sommes pas surpris lorsque nous apprenons que d’éminents paléontologistes comme MM. les professeurs Boule et Verneau, qui ont assisté à la projection du film, ont été impressionnés à un tel point qu’ils demandèrent l’autorisation de se servir de cette bande pour les cours dont ils sont chargés.

C’est d’après des restes fossiles découverts au cours de fouilles pénibles que fut, à grands efforts de patience, reconstituée l’histoire de ce lointain passé. Les dinosaures, brontosaures, tricératops que dans Le Monde Perdu nous voyons vivre, lutter et mourir, sont exactement ce que furent les monstres de la préhistoire ; les assertions des plus hautes personnalités des académies de Londres et de Paris en font foi. La seule vision de cette faune inconnue aurait suffi à nous intéresser fortement, mais nous le sommes davantage parce qu’elle est incorporée dans un scénario attachant, et parce que, autour de ces géants formidables dont certains mesurent plus de 30 mètres de longueur, nous voyons se mouvoir, se défendre des hommes, pauvres pygmées apeurés.

Peut-être n’avez-vous pas lu l’œuvre, pourtant célèbre, de Conan Doyle dont ce film est tiré ? Un court résumé du scénario vous donnera une idée des aventures folles dans lesquelles s’engagent les héros de cette histoire.
Edward Malone, jeune reporter dans un grand journal londonien, était amoureux d’une gracieuse jeune fille qui, hélas ! restait insensible à ses feux. « Accomplissez quelque chose d’original, lui disait-elle, faites parler de vous… après nous verrons. » Chaque jour, plus désespéré, Edward Malone attendait le moment d’accomplir de grandes choses. Le professeur Challenger allait lui en fournir l’occasion. Ce grand savant organisait une expédition au centre de l’Amérique du Sud pour retrouver le célèbre explorateur Maple White, disparu depuis des mois dans des régions inconnues appelées « le monde perdu ». Edward Malone résolut d’interviewer le professeur Challenger et le décida à l’accepter dans sa troupe. Et voilà comment, la semaine suivante, Edward Malone faisait des adieux touchants à Gladys Hunger.

Après plusieurs semaines de navigation sur l’Amazone et sur un affluent qui s’enfonçait toujours plus avant au milieu de forêts inextricables, la petite troupe atteignit enfin un grand plateau qui, d’après les prévisions de Challenger, devait être le « monde perdu ». Un précipice énorme, de plusieurs centaines de mètres, défendait l’accès du plateau. Un sapin gigantesque avait heureusement poussé du côté où se trouvaient les explorateurs. Ils l’abattirent, et l’arbre établit, en tombant, un pont naturel au-dessus du précipice.
La petite troupe, par ce moyen, gagna l’autre bord. Les intrépides explorateurs s’y trouvaient à peine depuis quelques minutes que, devant eux, se dressa la plus terrifiante des apparitions : un dinosaure, mesurant près de 20 mètres. La petite troupe se tapit dans une anfractuosité de rocher, retenant son souffle. Sans se soucier d’elle, le monstre passa. II arrivait maintenant au bord du précipice. La vue du sapin jeté en travers l’intrigua ; il le regarda, le flaira, puis, comme un fétu de paille, de sa puissante mâchoire, il l’envoya au fond du ravin. Le professeur Challenger et ses compagnons terrifiés étaient désormais prisonniers dans le « monde perdu ».

Chaque jour, la vaillante troupe eut à lutter contre des monstres épouvantables, dans des paysages insoupçonnés jusqu’ici. Que pouvaient faire, d’ailleurs, leurs fusils contre des animaux semblables ! Le plus souvent, ils se contentaient de se cacher pour observer et emplir leurs yeux de ces visions préhistoriques.
Un matin qu’Edward Malone était monté au sommet d’un rocher pour découvrir un chemin de délivrance, il se trouva face à face avec un singe qui avait toutes les apparences humaines. « L’homme-bête », en l’apercevant, disparut dans une anfractuosité proche. Edward Malone le suivit et découvrit ainsi l’entrée d’une immense grotte, où, bientôt après, tous les explorateurs étaient réunis. La petite troupe s’engagea avec prudence dans la caverne. Au bout de quelques centaines de mètres, une ouverture apparut, qui s’ouvrait à la base du plateau. Bientôt, tout le monde était réuni au bord d’un lac s’étendant au pied du « monde perdu ». Pendant ce temps, là-haut, sur la falaise, une lutte titanique se livrait entre un tricératops et un brontosaure. Ce dernier, fortement touché par son adversaire, tomba dans l’eau du lac et fut capturé par Malone.

Voilà pourquoi, à quelque temps de là, l’expédition rentrait en Angleterre, en ramenant un brontosaure.
Mais il était sans doute écrit que les aventures de ces vaillants ne se termineraient pas encore. En arrivant à Londres, le brontosaure s’échappa. Je vous laisse le soin d’imaginer la perturbation que peut causer un monstre préhistorique dans les rues d’une capitale moderne. A la fin, le brontosaure, fatigué de renverser des maisons, s’engagea sur le fameux pont de Londres ; le pont se rompit sous son poids, il tomba à l’eau et gagna la haute mer en nageant…

La succession de tableaux retraçant les aventures des explorateurs nous offre une vision grandiose de ce « monde perdu »…
Comment de semblables géants ont-ils pu être ressuscités ?… Comment pouvons-nous voir les héros du drame face à face avec ces habitants d’un univers disparu ?
Au lecteur de résoudre cette énigme et, sans doute, ne parviendra-t-il pas facilement à le faire, tant réalisateur et cameraman ont rivalisé de talent et de science photographique. L’évocation grandiose de ces duels de géants et de ces apparitions fantastiques ne doit pas nous faire oublier les artistes de grand talent qui ont animé les personnages imaginés par Conan Doyle. Saisissant professeur Challenger, Wallace Beery burine la silhouette exacte du savant. A Lloyd Hughes échoit le rôle du reporter. C’est là une de ses meilleures créations. Quant à Lewis Stone, il s’acquitte remarquablement du personnage de sir John Rexton, un homme de cœur au courage à toute épreuve.

Bessie Love et Alma Bennett se partagent l’interprétation féminine. La première nous présente une Paula White très touchante et bien sincère… la seconde silhouette une coquette.

Conçu dans une forme nouvelle, animant un scénario bien différent de tous ceux qui nous ont présentés, ce film intriguera et plaira tant par sa conception que par sa réalisation. Le Monde Perdu marque une date dans les annales cinégraphiques.

Jean de Mirbel

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

 

QUELQUES NOTICES, RÉCITS ET ANECDOTES SUR « LE MONDE PERDU »

paru dans Les Spectacles du 25 décembre 1925

Les Spectacles du 25 décembre 1925

Les Spectacles du 25 décembre 1925

 

D’après des restes fossiles découverts au cours de fouilles dans des sites préhistoriques, les savants ont réussi à grands efforts de patience, à reconstituer, pièce par pièce, l’histoire de notre passé le plus lointain… Et c’est ainsi que les Dinosaures qui font leur apparition effrayante dans « Le Monde Perdu », sont exactement tels que la science affirme qu’ils existaient, il y a des millions d’années.

Les paléontologistes qui ont pu voir ce film étaient émerveillés à la vue de ces gigantesques monstres préhistoriques rappelés à l’existence, se mouvant, se livrant bataille sur l’écran.

A Paris, tout récemment, les savants professeurs Boule, professeur de Mammamologie au Muséum d’Histoire Naturelle du Jardin des plantes, et Verneau, professeur d’Ethnologie au Musée du Trocadéro, ayant assisté à une démonstration privée du « Monde Perdu », organisée spécialement pour eux, en étaient, impressionnés à tel point qu’ils demandèrent l’autorisation de pouvoir s’en servir pour les cours dont ils sont chargés dans leurs institutions scientifiques.

Les monstres en bataille avec des êtres humains

Les plus « grands acteurs » jamais vus, de mémoire d’homme, dans un film, ce sont, sans aucun doute possible, les monstres préhistoriques de « l’âge reptilien », qui jouent dans le film « Le Monde Perdu ». Les naturalistes affirment que les dinosaures préhistoriques avaient disparu de notre surface, 10 millions d’années avant que le premier homme fit son apparition sur notre planète.

« Les Films First National » ont pourtant réalisé ce miracle de rendre la vie à plus de trente spécimens de ces animaux effroyables dans la version cinématographique du célèbre roman du grand écrivain sir Conan Doyle, dont quelques-uns dépassent en grandeur 10 éléphants mis l’un sur l’autre. Bessie Love, Lewis StoneWallace Beery et Lloyd Hughes leur livrent bataille dans les jungles inexplorées de l’Amérique du Sud. Ce sont des spectacles pleins d’une amère sauvagerie, d’un intérêt poignant.

L’Amour dans une chaumière

L ‘« amour clans une chaumière », ce thème cher à nos romanciers devient vérité dans « Le Monde (Perdu », l’émouvant film dû aux « Films First National » et à la réalisation du maître metteur en scène Watterson R. Rothacker (en fait il était le co-producteur du film, ndlr) d’après la nouvelle fantastique de Conan Doyle.

En effet, il y a deux amours dans ce film : celui de l’ancienne chaumière et celui, moderne celui-ci, de Bessie Love qui personnifie le rôle de la fille d’un explorateur jamais revenu d’une expédition partie à la recherche du « Monde Perdu », Paula White.

Mais la chaumière est remplacée, dans ce film, où tout est extraordinaire, par une caverne, et l’amour qui l’habite est celui de « l’homme des cavernes » ; celui-ci est prêt, à chaque instant à foncer sur sa proie ; cependant cela n’endigue pas l’ardeur de Lloyd Hughes. Lloyd Hughes joue le rôle d’un reporter qui accompagne l’expédition par goût des aventures. Des aventures, il en trouve autant qu’il veut et plus même dans la périlleuse expédition au « Monde Perdu », mais tous ces dangers, il s’y expose volontiers par amour pour la charmante Bessie Love.

Le spectacle de ces deux jeunes coeurs allant l’un vers l’autre, dans les demi-ténèbres et dans la désolation de la forêt vierge, vivant défi lancé aux monstres qui s’avancent pour les dévorer à chaque minute, est un des plus grands attraits de ce film grandiose d’aventures, d’amour et de terreur qu’est « Le Monde Perdu ».

« Le Monde Perdu » a coûté des sommes et des efforts énormes

Il a fallu sept ans pour tourner le film « Le Monde Perdu », d’après le célèbre roman de Conan Doyle. Car ce film des monstres préhistoriques est également celui des animaux exotiques, pour la location desquels des sommes fabuleuses ont dû être payées, ainsi que pour l’assurance sur leurs vies, etc.

Par exemple, dans les scènes de la jungle sud-américaine, on employait un python, un crocodile, des singes, etc. En supposant que ces animaux eussent « travaillé » toute l’année, ils auraient reçu des cachets plus élevés que ceux des plus grandes « stars » de la race humaine.

Ainsi, Earl Hudson, le metteur en scène (en fait c’est aussi l’un des co-producteur du film, ndlr), dut payer au propriétaire du python un cachet qui, à la fin de l’année, aurait représenté la coquette somme de 730.000 fr. Pour chacun des singes, la somme correspondante se serait élevée à 292.000 fr. et pour le crocodile à 298.000 fr.

17 acteurs principaux et 2.000 figurants composent l’interprétation du « Monde Perdu ». Quelque idée de la grandeur de l’entreprise peut être gagnée par le fait qu’il a fallu plus de six années d’expériences et de préparatifs avant que le travail définitif de mise en scène pût être commencé. Pour la première fois dans l’Histoire de l’Image Mouvante, on a réussi ce tour de force, qui paraît, vraiment incroyable de faire paraître sur l’écran des animaux tellement gigantesques que les hommes semblent des nains à côté d’eux.
Tel le fameux « Tyrannosaurus Rex », le roi des reptiles géante, plus haut que 10 éléphants, plus fort que 25, la terreur de ses semblables, qui s’avance dans le film pour dévorer la délicieuse Bessie Love.

Comment l’art cinématographique a-t-il réussi ce miracle de faire revivre ces gigantesques animaux préhistoriques disparus du globe depuis au moins dix millions d’années, ancêtres tellement éloignés de notre civilisation que l’Arche de Noë apparaît vis-à-vis d’eux comme un bébé d’un jour ? Voilà le mystère.

DARWIN N’AVAIT RIEN VU !

Nous avons appris tout récemment par les journaux que des explorateurs avaient retrouvé, dans les jungles de l’Inde, le chaînon qui, jusqu’ici, avait manqué à la démonstration complète de la théorie de Darwin, « l’Homme-Singe », et que cet être bizarre serait ramené bientôt en Europe, pour être présenté à l’examen des naturalistes. En attendant le plaisir de faire connaissance avec cet ancêtre, vénérable, mais un peu négligé, le film « Le Monde Perdu » nous présente un autre homme-singe, et c’est l’artiste américain Bull Montana qui l’a silhouetté de manière tout à fait étonnante.

La ressemblance est, en effet, tellement frappante qu’un vrai singe, mis en présence de l’artiste maquillé en son congénère, s’y laissa tromper, lui tendit affectueusement le museau, se mit à lui gratter la fourrure et lui en retira triomphalement une puce.

Les Spectacles du 25 décembre 1925

Les Spectacles du 25 décembre 1925

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Au cinéma, comment on fait vivre les animaux préhistoriques

paru dans Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

On se rappelle la surprise que souleva l’apparition de ce beau film « Le Monde Perdu » qui ressuscita les monstres de la préhistoire. Par quel prodigieux artifice était-on arrivé à les rendre vivants à nos yeux ? C’est ce que dévoilent cet article et les curieuses photographies qui l’accompagnent, et qui sont la révélation d’un tour de force cinématographique.

On connait beaucoup plus Conan Doyle pour son fameux Sherlock Holmes, dont nous publions aujourd’hui une des plus curieuses incarnations, que par son ouvrage « Le Monde Perdu », dont fut pourtant tiré un des films les plus impressionnants qu’il nous ait été donné de voir.

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Il s’agit, on s’en souvient, de l’aventure d’un savant qui, au cours d’une exploration aux sources de l’Amazone, retrouve sur un plateau presque inaccessible et jusqu’à ce jour inexploré, le monde perdu des temps préhistoriques, le monde des bêtes fabuleuses, les dinosaures, les brontosaures, les tricératops.

Les réalisateurs du film avaient véritablement fait revivre sous nos yeux ces monstres de la préhistoire, et la reconstitution en était telle et si prodigieusement vivante avec ses combats d’animaux— telle la lutte émouvante et stupéfiante d’un brontosaure et d’un tricératops — que notre savant professeur Boule, un des maîtres actuels de la paléontologie, demanda à se servir de la bande filmée pour son cours.

Les tableaux grandioses que nous avons vu sous les yeux firent couler beaucoup d’encre. Par quels procédés avait-on pu donner une telle illusion de la vie ? Comment avaient été recréés de tels êtres ?Chacun exposait sa façon de voir. Mais jusqu’à ce jour le secret n’avait pas été révélé. Nous avons pu nous procurer des renseignements précis, appuyés sur des documents photographiques très explicites, et nous sommes heureux de pouvoir donner aujourd’hui à nos lecteurs les explications qui n’avaient pu être fournies jusqu’à ce jour.

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Les animaux ont été construits par une maison de New-York. Le corps même de l’animal est fait suivant un procédé qui n’est pas nouveau, avec une sorte de carton-pâte qui se compose de pâte à carton mélangée à de la colle forte moulée et cuite. Une fois la forme extérieure de l’animal obtenue, le corps est peint à l’aérographe. Tout le monde connaît aujourd’hui l’aérographe, appareil d’un usage courant, qui projette la couleur, en pluie fine, sous la poussée d’un filet d’air comprimé. On obtient ainsi une surface où n’apparaît aucun coup de pinceau et où la couleur semble être partie intégrante de la peau.

A l’intérieur du corps se trouve une armature légère qui supporte toute la partie mécanique. De quoi se compose cette partie mécanique ? De moteurs et de transmissions. Les moteurs sont de petites dynamos, qui ressemblent à des jouets d’enfants. Par courroies, par engrenages ou par arbres, suivant les cas, le mouvement est transmis aux différentes parties de l’animal. Une dynamo et un organisme mécanique règlent chacun des gestes. A l’exécution on filme chaque geste successivement, en s’arrêtant entre chaque geste pour tourner le commutateur qui commande au geste suivant. On se rendra compte de tous les détails en se reportant à l’une de nos photographies où l’on voit à l’arrière-plan une tête de chameau ; entre les mains du monteur le système mécanique qui, à l’intérieur de la tête, fera mouvoir les yeux, et, sur la table, la petite dynamo, de 15 centimètres de diamètre, qui constituera le moteur.

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Le brontosaure que nous publions également, et qui a 16 mètres de long et 3 mètres de haut, et dont les mouvements sont extrêmement variés, contient dix petits moteurs électriques répartis dans le corps. Les yeux et les paupières, la tête, le cou, la poitrine sont pour ainsi dire « vivants ». L’illusion est complète.

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Dans certaines parties ce sont de véritables combinaisons d’engrenages, comme des mouvements d’horlogerie, où le ressort serait remplacé par un moteur électrique, qui animent les personnages, tel le clown que montre une de nos photographies, et qui n’appartenait pas du reste au film du Monde perdu.

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

La maison de New-York qui s’est spécialisée dans ce genre d’automates constitue le plus étrange des musées. On y voit un mammouth, des buffles, des lions, des tigres, des girafes, qui s’animent soudain, dès que l’on touche un commutateur.

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

Lectures Pour Tous du mois de janvier 1927

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Au service de la science : Le Monde Perdu

paru dans Paris Soir du 08 août 1925

Paris Soir du 08 août 1925

Paris Soir du 08 août 1925

Si la presse a déjà beaucoup parlé du « Monde Perdu », le film étrange édité par la « First National Pictures » passant actuellement au « Caméo », c’est qu’entre toutes, cette production mérite d’être particulièrement signalée.

Le Cinéma, à qui tout est permis, avait déjà accoutumé le public aux anticipations. Mais voici que « Le Monde Perdu » constitue la plus formidable rétrospection qui ait jamais été tentée. On connaît le thème fourni par le roman de Conan Doyle, pour la réalisation de cette bande unique.

Un jeune reporter anglais, pour conquérir celle qu’il aime, part avec une mission scientifique, à la recherche du « Monde Perdu ». Entre la Cordillère des Andes et l’Amazone, les savants découvrent une région vierge où s’ébattent en liberté, des monstres antédiluviens. Grâce au combat que se livrent deux de ces monstres, la mission pourra en capturer un, et le ramener à Londres. A l’arrivée, la bête préhistorique rompra ses liens, sèmera la terreur dans la capitale anglaise, et par la Tamise, voguera vers la mer, où elle disparaîtra.

Féerie, dira-t-on. Non pas, œuvre forte et puissante, qui laisse au spectateur une impression d’admirative curiosité.

On sait qu’il a fallu à l’homme plus de dix millions d’années pour exterminer plésiosaures, brontosaures, iguanodons et ptérodactyles, animaux gigantesques de l’époque reptilienne. Il n’a fallu que sept ans aux metteurs en scène du « Monde Perdu » pour reconstituer ces monstres et les animer devant l’objectif !

L’exactitude et la souplesse de mouvement de ces animaux artificiels confondent l’imagination et la déroutent. Malgré soi, on songe au labeur formidable, fait de tâtonnements, puis de calculs minutieux, nécessités pour la réalisation précise de ces tableaux prodigieux de la faune pré-historique.

De nombreux curieux ont écrit à M. Reginald Ford, propriétaire du Caméo, pour connaître le secret de Rothacker, animateur des bêtes fabuleuses. M. Reginald Ford, se retranchant derrière le secret professionnel, n’a pas pu répondre à la trop volumineuse correspondance qu’il avait reçue.

Les milieux savants ont approuvé, d’autre part, « Le Monde Perdu » qui supplante victorieusement la sèche documentation du Muséum et constitue une tâche scientifique de la plus haute valeur.

Petits et grands doivent voir ce film qui suscite chez les nombreux spectateurs du Caméo une impérieuse curiosité.

Ajoutons que l’interprétation « humaine » de la bande réunit les noms de Bessie Love, de Lewis Stone, de Wallace Beery et de Lloyd Hughes, artistes aimés du public.

Paris Soir du 08 août 1925

Paris Soir du 08 août 1925

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LE MONDE PERDU

paru dans Les Spectacles du 7 août 1925

Les Spectacles du 7 août 1925

Les Spectacles du 7 août 1925

Mardi matin, c’est au milieu d’un véritable mouvement de curiosité que la « First National » a présenté, à Printania, à Lille, l’une de ses plus grandes productions de la saison : « Le Monde Perdu ».

C’est qu’en effet, ce film est un des plus remarquables et des plus étonnants que l’on ait vu à ce jour, non pas en tant qu’interprétation, mais en qualités photographiques et en « forme cinégraphique ». « Le Monde Perdu » résuscite les monstres formidables de la préhistoire et c’est un spectacle qui n’a pas la moindre banalité. Un scénario attachant, quoiqu’un peu enfantin, nous montre un reporter partant en expédition scientifique à la recherche d’un explorateur perdu jadis sur un plateau où se sont réfugiés les derniers spécimens des espèces disparues. La vision est fantastique. Ces animaux immenses et bizarres réalisent un effet assez-étrange à l’écran. Nos explorateurs, après mille dangers, réussissent pourtant à capturer un brontosaure qu’ils n’amènentLondres. La bête s’échappe et nous la voyons en des scènes surprenantes évoluer à travers les rues où elle sème la panique. Et elle trouve enfin le chemin de la liberté en tombant dans la Tamise… vers l’océan, son élément…

A notre humble avis, l’oeuvre de Conan Doyle n’a de mérite que par l’étrangeté de sa matière et c’est sans doute ce pourquoi les réalisateurs du « Monde Perdu » : Harry Hoyt, Sam Rork et Willis O’Brien ont tant insisté sur les combats entre ces étranges animaux et les hommes assez audacieux pour les aller quérir dans un tel monde perdu. Il n’en est pas moins vrai que le film plaira à beaucoup et surtout aux jeunes gens amoureux de folles et aventureuses histoires. Ils y trouveront matière à bien des rêveries…

Il a fallu, dit-on, sept années pour tourner ce film, et nous n’en sommes guère surpris, car d’éminents paléontologistes, MM. les professeurs Boule et Venneau qui ont assisté à la projection du « Monde Perdu » ont demandé l’autorisation de se servir de cette bande pour les cours dont ils sont chargés. C’est d’après des restes de fossiles découverts au cours de fouilles pénibles, que fut, à grands efforts de patience, reconstituée l’histoire de ce lointain passé. Les dinosaures, brontosaures et triceratops que nous avons vu vivre, lutter et mourir dans « Le Monde Perdu », sont exactement ce que furent les monstres de la préhistoire ; les assertions des plus hautes personnalités des académies en font foi.

La seule vision de cette faune inconnue aurait suffi à nous intéresser fortement, mais nous le sommes davantage parce qu’elle est incorporée dans un scénario captivant. La succession de tableaux retraçant les aventures des explorateurs nous offre une vision grandiose de ce « Monde Perdu ».

L’évocation des duels de géants et des apparitions fantastiques ne doit pas nous faire oublier les artistes de grand talent qui ont animé les personnages imaginés par Conan Doyle. Saisissant professeur Challenger, Wallace Beery burine la silhouette exacte du savant. A Lloyd Hughes échoit le rôle du reporter. C’est là une de ses meilleures créations. Quant à Lewis Stone, il s’acquitte remarquablement du personnage de sir John Baxton, un homme de coeur au courage à toute épreuve.

Bessie Love et Alma Bennett se partagent l’interprétation féminine. La première, nous présente une Paula White très touchante et bien sincère, la seconde silhouette une coquette.

Bref, conçu dans une forme nouvelle, animant un scénario bien différent de tous ceux qui nous sont présentés de coutume, ce film intriguera et plaira tant, par sa conception que par sa réalisation.

« Le Monde Perdu », dont il faut féliciter « First National », marque une date dans les annales cinégraphiques. Nous nous devions de consacrer son mérite.

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Une suite au Monde Perdu

paru dans Le Gaulois du 22 février 28

Le Gaulois du 22 février 28

Le Gaulois du 22 février 28

Mr Watterson R. Rothacker, qui a réalisé en 1925 Le Monde Perdu, est en train de prendre les derrières césures pour tourner une suite à ce film, qui fit sensation à l’époque, et qui est encore un gros succès dans certains pays à l’heure actuelle.

Dans son examen hebdomadaire des rapports des propriétaires de cinémas, l’Exhibition Herald and Moving picture World, un des plus grands journaux de l’industrie cinématographique, déclare que Le Monde Perdu, au point de vue succès financier, vient immédiatement après Ben-Hur.

Ce même journal, dans la liste des plus gros succès financiers de 1927, donne une place d’honneur au Monde Perdu, qui, dit-il, est un des rares films qui se soient vu accorder cet honneur pendant trois années consécutives. Les autres films sont le Cheval de Fer de John Ford, et La Petite Annie, avec Mary Pickford.

De tous les coins du monde, les propriétaires de cinémas inondaient M. Rothacker de lettres lui demandant de filmer une suite au Monde Perdu ; et les préparatifs qui se poursuivaient dans ce but, depuis un certain temps; sont prêts d’être terminés.

 

Voici divers encarts publicitaires parus dans la presse en 1925.

paris-soir-24-04-25-mondeperdu1

paris-soir-24-04-25-mondeperdu2

Paris-Soir du 24 avril 1925

 

lepetitjournal-10-06-25-mondeperdu

Le Petit Journal du 10 juin 1925

 

lefigaro-17-06-25-mondeperdu

Le Figaro du 17 juin 1925

 

lepetitjournal-18-06-25-mondeperdu

Le Petit Journal du 18 juin 1925

 

lepetitjournal-28-06-25-mondeperdu

Le Petit Journal du 28 juin 1925

 

letemps-13-07-25-mondeperdu

Le Temps du 13 juillet 1925

 

L’encart suivant nous confirme le succès du Monde Perdu à Paris.

paris-soir-25-07-25-mondeperdu1

Paris-Soir du 25 juillet 1925

 

lematin-08-08-25-mondeperdu

Le Matin du 08 août 1925

 

legaulois-09-08-25-mondeperdu

Le Gaulois du 09 août 1925

 

Le succès ne se dément pas comme en témoigne cet encart publié plus de deux mois après sa sortie à Paris.

lepetitjournal-28-08-25-mondeperdu

Le Petit Journal du 28 août 1925

 

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Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Pour en savoir plus :

Une page sur Le Monde Perdu sur le site SF Story.

Une page sur Le Monde Perdu sur le blog Film Perdu.

Une page assez complète (en anglais) sur Le Monde Perdu /The Lost World sur le site Silent Movie Monsters.

La bande annonce du Monde Perdu (1925).

 

Une scène du Monde Perdu avec l’animation en stop-motion des dinosaures.

 

Un autre extrait montrant à quel point cette technique du stop-motion, bien que rudimentaire, était révolutionnaire en 1925 !

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