Ouverture de la salle de cinéma : Le Grand Rex (1932) 2 commentaires


Nous poursuivons notre série consacrée à l’ouverture et l’inauguration des salles de cinémas en France. Cette fois-ci voici quelques articles sur l’une des plus belles salles parisiennes toujours en activité et qui n’a quasiment pas changé depuis son ouverture : Le Rex plus communément appelé Le Grand Rex au 1boulevard Poissonnière (75002).

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Le Grand Rex fut inauguré le 8 décembre 1932, par son propriétaire Jacques Haïk(qui possédait déjà un grand réseau de salle à Paris dont l’Olympia, voir notre précédent post ). C’est lui qui eu l’idée d’y apposer une plaque dédiant ce cinéma à Louis Lumière.

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Malheureusement quelques années plus tard, en 1935, Jacques Haïk doit déposer son bilan et la salle fut reprise un temps par Gaumont.

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Les seules modifications apportées depuis 1932 sont l’ajout de trois petites salles à la place d’anciennes loges et de salles de répétitions, ainsi la salle principale n’a pas changé ce qui en fait véritablement l’une des plus remarquables de Paris.

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Nous vous proposons donc d’abord un article de Cinémonde sur la construction de la salle en 1931, puis un autre dans Cinémagazine qui revient sur sa conception (janvier 1933). Quelques jours après son inauguration La Semaine à Paris revient sur le film qui a fait l’ouverture : Les Trois Mousquetaires(version parlante) d’Henri Diamant-Berger et pour finir  nous avons trouvé un article du Petit Parisien qui revient sur cet hommage de Jacques Haïk à Louis Lumière.

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Bonne lecture.

 

Comment naît une salle de cinéma ? (Le Grand Rex)

paru dans Cinémonde du 29 octobre 1931

Cinémonde du 29 octobre 1931

Cinémonde du 29 octobre 1931

Marchant rapidement sur une poutre métallique qui barrait le ciel d’un mince trait noir, un charpentier, que l’éloignement rendait minuscule, manœuvrait à courts intervalles un chalumeau dont la pointe étincelait à chaque instant comme un feu de bengale. Et, dans la rue Poissonnier, un attroupement de badauds, le nez en l’air, la cigarette au bec, se délectait au spectacle de cette acrobatie anonyme.

Y travaille sans filet, lança un gosse admiratif. Et les passants se dispersèrent en riant.

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J’entrai alors, par une porte étroite, dans le chantier, formidable, qui, depuis longtemps déjà, domine le boulevard Poissonnière, et, face au « Matin» s‘impose au voisinage comme un géant de fer dont les coupoles égratigneront bientôt les brumes du ciel parisien.

Dans cette cage d’acier aux rumeurs d’usine, où se mêlait le bruit des riveteuses, des perceuses, des moteurs et des machines à béton, deux cents hommes étaient à la manœuvre, disséminés dans les échafaudages, derrière les murs et dans les sous-sols, comme d’actives fourmis. Au faîte de l’édifice, des maçons, travaillant à quarante-cinq mètres dans les airs, laissaient tomber à travers leurs planchers provisoires une pluie incessante de gravier et de poussière rougeâtre. Enfoncés à dix mètres au-dessous du niveau des boulevards, d’autres hommes fabriquaient des briques armées, tordaient le fer sur leurs machines, préparaient les munitions des travailleurs aériens.

J’assistais à la naissance d’un cinéma.

Quel est le Parisien qui, ayant vu se profiler sur le ciel ces ponts métalliques jaillis brusquement du sol, ne s’est demandé ce que l’on abriterait dans cet immense vaisseau ? Un cinéma, une salle obscure, un moulin qui moudra sans fin des images. Bah ! il y a bien des cinémas, à Paris.

Oui, mais celui-là c’est autre chose… Laissez-moi vous conter l’histoire de sa naissance, et vous dévoiler un peu de son avenir.

Cinémonde du 29 octobre 1931

Cinémonde du 29 octobre 1931

C’est à M. Jacques Haïk que les Parisiens devront de posséder une salle dont il faudrait, pour trouver l’équivalent, traverser l’Atlantique. L’ardent animateur qui, d’un coup de baguette, transforme le vieil Olympia en un palace confortable, a trouvé là une tâche à sa mesure. Il a commencé par oublier ce qu’était une salle de spectacle suivant les conventions établies et connues. Puis, examinant tous les aspects du problème, il a décidé que le futur édifice compterait 3.500 places, maximum utile, et battrait sous le rapport du progrès, tout ce que l’on connaissait.

Les hommes de l’art entrèrent alors en scène. Eberson, architecte new-yorkais, spécialisé dans la construction des grands théâtres ; Auguste Bluysen, architecte parisien auquel nous devons les plus beaux casinos de France et d’ailleurs, se mirent à la besogne. Georges Tombu, bâtisseur moderne, aux puissants moyens, exécuterait les travaux. L’équipe était constituée.

Le vieil immeuble fut rasé ; il se volatilisa en quelques semaines. 20.000 mètres cubes de terre furent extraits avant que l’on puisse poser le premier piquet de construction. Il fallut soutenir les immeubles voisins et creuser le sol à seize mètres de profondeur. On trouva des ossements, des monnaies datant de 1650, des murailles du vieux Paris. L’avenir se fondait, comme toujours, sur les vestiges du passé. Il fallut éviter les nouvelles lignes de métro, les passages des égouts. Enfin on put s’organiser pour bâtir. Et quelques chiffres feront ici toucher du doigt l’importance de l’œuvre entreprise.

A l’heure qu’il est, l’énorme construction a utilisé plus d’un million de kilos de fer, douze cent mille kilos de ciment, quatre cent mille boulons et rivets, et des dizaines de milliers de briques. Le travail se poursuit à une cadence que nous envieraient les spécialistes étrangers de la construction rapide. Et, peu à peu, la chrysalide se fait papillon. Dans le chantier encombré d’échafaudages, on reconnaît déjà la scène, l’orchestre, la mezzanine et l’immense balcon.

Il faut vous dire maintenant ce que sera cette salle que l’on nomme provisoirement « Le Poissonnière ».

Cinémonde du 29 octobre 1931

Cinémonde du 29 octobre 1931

N’insistons pas sur le confort des sièges et la parfaite visibilité, qui sont à la base de toute construction sérieuse. Mais étendons-nous sur les innovations de toute sorte qui feront de ce palais des Mille et une nuits le centre le plus attractif de tous les amis du film parlant.

Jetons tout d’abord un regard sur les sous-sols. Nous y trouvons, outre les indispensables commodités le vestiaire du public, une salle de jeux réservée aux enfants, une nursery où les babies pourront douillettement rêver aux anges tandis que papa et maman suivront sur l’écran les péripéties de l’œuvre du jour, un chenil où cinquante toutous attendront confortablement le retour de leur maîtresse, une batterie de téléphones publics, et, côté des artistes, un vaste foyer et cent cinquante loges, car le Poissonnière donnera sur scène des spectacles importants.

Au deuxième sous-sol, le personnel trouvera vestiaires et douches. C’est là que seront installées la sous-station électrique de 2.000 kilowatts, les salles de ventilation, de répétition, d’auditions, l’usine destinée à réfrigérer l’immense édifice, et la machinerie des treize ascenseurs.

La salle sera naturellement assainie sans arrêt, et, progrès que chacun appréciera, les tubes d’aspiration, placés sous les fauteuils, ne gêneront nullement les spectateurs. Ils étonneront seulement les fumeurs, qui verront avec stupeur la fumée de leur cigarette dédaigner les lois naturelles et descendre vers le sol.

Cette colossale installation ira chercher l’air frais sur le toit, et l’y aspirera avec une telle puissance que les matous en goguette feront bien de ne pas s’approcher du tube fatal, pour ne pas être happés comme de simples feuilles mortes. L’usine, alimentée par vingt-cinq moteurs électriques, produira journellement 300.000 mètres cubes d’air pur et parfumé.

Entrons maintenant dans la salle, et tout d’abord, excusons-nous de ne pouvoir dévoiler le secret de sa décoration, qui sera, à coup sûr, une innovation incomparable. Regardons la scène, constituée par neuf ascenseurs indépendants ; l’orchestre, qui sortira des profondeurs du sol comme d’une boîte magique ; l’orgue monumental, qui jaillira, lui aussi, d’une trappe particulière, et laissons-nous éblouir par les flots de lumière que l’on disposera de tous côtés. La rampe de balcon sera garnie de soixante projecteurs, la scène comprendra trois cent cinquante sources lumineuses, commandées par l’orgue,

Cinémonde du 29 octobre 1931

Cinémonde du 29 octobre 1931

Enfin, le Poissonnière fera oublier qu’il est une salle, et par la magie de son atmosphère, transportera le spectateur dans des décors qu’il n’évoque jamais que dans ses rêves.

Un dernier mot, sur la sécurité et la protection du public. Certes, l’immeuble est incombustible, mais cela ne suffit pas. Vingt-cinq escaliers de dégagement permettront, le cas échéant, une évacuation rapide, et toute la façade ne sera qu’ouvertures larges et commodes.

Voici esquissée, en quelques traits, la silhouette de ce nouveau palais, où nous aurons accès dans quelques mois. Sa masse imposante, déjà inscrite dans le ciel en lignes majestueuses, atteste la vigueur du cinéma français et la confiance de ceux qui mènent vers de plus larges horizons cette grande industrie nationale.

Max Renneville

Cinémonde du 29 octobre 1931

Cinémonde du 29 octobre 1931

Source : Collection personnelle Philippe Morisson

 

UNE  NOUVELLE  FORMULE  DE  CINÉMA « LE REX »

paru dans Cinémagazine de janvier 1933

Cinémagazine de janvier 1933

Cinémagazine de janvier 1933

Le jeudi 8 décembre 1932 a été une date mémorable dans les annales de l’industrie française du spectacle. C’est ce jour-là, ou plutôt ce soir-là, qu’a eu lieu l’inauguration du Rex, le premier cinéma atmosphérique français construit par la volonté de M. Jacques Haïk, le grand industriel du cinéma, selon les conceptions les plus nouvelles et les plus modernes

LA CONCEPTION DU CINÉMA ATMOSPHÉRIQUE

L’idée du cinéma atmosphérique nous vient directement des États-Unis. Les premiers, les Américains ont élevé ces immenses constructions destinées à l’exhibition des films, où le spectateur peut avoir l’impression d’être, non pas enfermé entre quatre murs, sous un plafond bas souvent étouffant, mais en plein air, en un pays enchanteur, sous un ciel étoilé au milieu d’agréables villas, de minarets ou d’autres édifices non moins charmants.

Le cinéma atmosphérique est en somme une salle qui se trouve en plein air, sans en avoir les inconvénients : c’est « l’extérieur dans l’intérieur », c’est le mauvais temps, la pluie, la neige du dehors oubliés, c’est le climat de la Riviera en plein hiver à Paris.
Le Rex est le premier qui ait été édifié en Europe continentale. C’est aussi le plus moderne de conception et peut-être aussi le plus vaste.

Le Rex a été construit par M. John Eberson, architecte new yorkais, spécialisé dans la construction des grands théâtres, et particulièrement des salles atmosphériques, et par M. Auguste Bluysen, architecte parisien, auquel nous devons les plus beaux casinos de France.
Les travaux furent exécutés par M. Georges Tombu, bâtisseur moderne, qui mena cette entreprise à bien en un temps record.

Le Rex est, comme chacun le sait, situé en plein cœur de Paris, sur la partie la plus animée et la plus populaire des grands boulevards, au coin du boulevard Poissonnière et de la rue de même nom. La construction, commencée dans les premiers mois de 1930, dura environ vingt mois.

On travailla sur un terrain complètement rasé. Il fallut d’abord creuser le sol à 16 mètres de profondeur, pour bâtir les fondations, étayer les immeubles voisins, éviter les nouvelles lignes de métro voisines, détourner des égouts, etc.
Il fallut ensuite entourer le terrain d’une sorte de cuvette de béton armé d’où partit la construction métallique. Cette énorme charpente, sur laquelle s’appliquèrent le ciment, le béton, le plancher, a absorbé 1.200 tonnes de fer et d’acier.
Au moyen de consoles très importantes, les balcons purent être soutenus sans le secours d’un seul poteau, ce qui constitue une merveilleuse nouveauté donnant à la salle un aspect de légèreté qui déconcerte au premier abord.

Cette salle gigantesque s’élève maintenant, en son point culminant, à 48 mètres au-dessus du boulevard et comporte trois étages de sous-sol.
Nous allons commencer par eux notre visite du Rex.

Cinémagazine de janvier 1933

Cinémagazine de janvier 1933

LES SOUS-SOLS

Les sous-sols du Rex sont aussi vastes et importants que la salle ; leur visite est un perpétuel étonnement.
On y trouve, outre les indispensables commodités, le vestiaire du public, une salle de jeu réservée aux enfants, une nursery où les bébés seront attentivement gardés pendant que leurs parents seront dans la salle, un chenil où cinquante toutous pourront attendre tranquillement le retour de leurs maîtresses, des téléphones publics, un poste médical, un poste de police, les loges des placeurs, etc. Ce même sous-sol comporte pour les artistes qui assurent le spectacle sur scène un vaste foyer et cinquante loges, avec douches, toilettes, salles de bains, etc.

Si nous descendons au deuxième sous-sol, nous voyons les vestiaires et les douches du personnel. C’est là également que se trouve installée la sous-station électrique recevant le courant sous une tension de 12.000 volts, le transformant en 220 volts et le distribuant dans les différents services du théâtre.
C’est là également que sont installées les salles de ventilation, de réfrigération, et de chauffage, en un mot l’usine destinée à « climatiser » l’immense édifice.

A ce même étage sont situées de vastes salles de répétition des spectacles ou d’auditions.
La salle est assainie sans arrêt. Les tubes d’aspiration, placés sous les fauteuils, ne gênent nullement les spectateurs. Ils étonnent seulement les fumeurs, qui voient avec assez de stupeur la fumée de leur cigarette dédaigner les lois naturelles et descendre vers le sol. Cette colossale installation va chercher l’air frais sous le toit. L’usine, alimentée par 25 moteurs électriques, produit journellement 300.000 mètres cubes d’air pur et parfumé.

Cinémagazine de janvier 1933

Cinémagazine de janvier 1933

LA SALLE, SA DÉCORATION

La salle comprend 4.000 fauteuils, sans aucun strapontin naturellement, divisés en un orchestre, au niveau du boulevard, un mezzanine, une corbeille et un balcon.
Au rez-de-chaussée, l’orchestre est précédé des halls d’entrée avec les dégagements sur la rue Poissonnière et les ascenseurs pour monter au mezzanine, à la corbeille ou au balcon.

Au premier étage, se trouve le mezzanine et son foyer. Au-dessus, viennent la corbeille et le balcon avec un foyer-bar, où l’on peut prendre le thé dans la journée. Les photographies qui illustrent cet article sont plus expressives que n’importe quels mots à exprimer ce qu’est la décoration « atmosphérique » du Rex et à en expliquer la formidable nouveauté et originalité.

Le ciel est peut-être le chef-d’œuvre de cette décoration. Il n’y a pas un spectateur qui soit dans la salle du Rex et qui n’ait l’impression absolue, complète, de se trouver en plein air, par une belle nuit de printemps ou d’été sous un ciel méditerranéen. L’illusion est parfaite. On voit de vraies étoiles ; pour un peu, on sentirait la brise nocturne.

De chaque côté des fauteuils, il n’y a pas de murs, mais des villas, avec leurs balcons, leurs loggias. Ce sont des constructions mauresques, provençales ou vénitiennes.

LA SCÈNE

La scène est l’une des plus belles et des plus perfectionnées de Paris. Elle occupe un emplacement de 18 mètres sur 12. Le plateau est constitué par neuf planchers portés chacun par un ascenseur. Un dixième ascenseur élève le plateau de l’orchestre depuis sa fosse jusqu’au niveau de la scène. Un onzième fera sortir un orgue monumental des profondeurs du sous-sol.

Admirons en passant l’immense arc-en-ciel qui limite cette scène et qui constitue un des « clous » de la décoration du Rex.
Cette scène peut être inondée de flots de lumière pour les merveilleux spectacles que conçoit à chaque nouveau programme M. Francis-A. Mangan, maître du genre, dont les ballets et les girls ont fait l’admiration de tous les spectateurs du Rex.
La rampe de balcons comprend 60 projecteurs de 1.000 watts chacun ; sur la scène, les rampes et les herses se partagent 330 projecteurs de diverses puissances.

Cinémagazine de janvier 1933

Cinémagazine de janvier 1933

LA SÉCURITÉ

Les architectes ont collaboré avec l’état-major des Pompiers de Paris dans le plus parfait accord. Ils ont même ajouté aux prescriptions qui leur étaient faites par le colonel Pouderoux certaines innovations supplémentaires empruntées aux grandes salles américaines.
Outre les mesures prises au point de vue même de la construction (la charpente métallique est montée de telle façon qu’aucune dilatation n’est à craindre en cas d’incendie), outre les nombreux postes d’incendie disséminés à travers tout l’immeuble, le Rex compte 25 escaliers de dégagement et plusieurs ascenseurs. Toute la façade sur la rue Poissonnière et une partie de celle du boulevard peuvent s’ouvrir, permettant la sortie de la foule de 4.000 spectateurs en quelques minutes.

Un détail de construction à signaler : la cabine de projection. Elle est située en encorbellement sur la rue, à la hauteur du sommet du balcon, en quelque sorte simplement accrochée à l’immeuble. Les opérateurs ne peuvent y accéder qu’en passant par les bureaux de l’Administration, lesquels sont situés sur la toiture de l’immeuble, et en redescendant par un escalier de fer qui leur est spécial.
Nous n’insisterons pas plus sur les merveilles de cette salle, véritable monument nouveau qu’il faut voir et visiter.

L’INAUGURATION DU REX

Le 7 décembre eut lieu au Rex, en présence du sous-secrétaire des Beaux-Arts, la pose d’une plaque commémorative par laquelle M. Jacques Haïk, créateur et animateur du Rex, a dédié cette salle à M. Louis Lumière, inventeur et père du cinématographe. Le lendemain soir, jeudi 8 décembre, eut lieu la première représentation du Rex, donnée au profit des œuvres de la Maison de la Légion d’honneur.

Cette soirée, à laquelle assistaient les femmes les plus jolies, les plus élégantes de Paris, toutes les personnalités de la politique, de la finance, de l’industrie cinématographique, fut un de ces événements marquants dans la vie parisienne dont on parlera pendant longtemps.

Le Rex a maintenant un mois d’existence. Il attire de tous les coins de Paris, de la banlieue, de la province, une foule immense, qui se presse pour voir le spectacle unique que constitue le premier cinéma atmosphérique français, en même temps que les attractions scéniques et les films qu’il présente.

Jacques Terau

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

 

 

La Semaine à Paris du 16 décembre 1932

La Semaine à Paris du 16 décembre 1932

Les Trois Mousquetaires, spectacle d’inauguration du Rex, cinéma « atmosphérique »

paru dans La Semaine à Paris du 16 décembre 1932

La Semaine à Paris du 16 décembre 1932

La Semaine à Paris du 16 décembre 1932

Le Tout-Paris, sans doute même considérablement augmenté, car le Rex est un cinéma immense, se pressait, l’autre soir, boulevard Poissonnière, pour assister à l’inauguration de la première salle « atmosphérique » de France. Quatre mille places, dit-on. Un cinéma en hauteur, avec un balcon qui s’élève vers la coupole où s’inscrivent en lettres lumineuses la devise orgueilleuse de la nouvelle salle de M. Jacques Haïk.

Le cinéma « atmosphérique », cela signifie que le spectateur doit avoir une illusion multipliée. Il ne se croira pas dans une salle de cinéma, mais sous un ciel étoile, auprès de mosquées, de palazzos. sous des palmiers balancée mollement par le vent d’été. Le ciel étoilé est heureusement conçu et l’arc-en-cicl qui entoure l’écran d’un fer à cheval multicolore produit de très jolies harmonies lumineuses. Je dois avouer que j’aime moins la mosquée en stuc et le palais vénitien en carton pâte, destinés à « créer l’atmosphère ». Peut-être aurait-il fallu moins de réalisme, plus de mystère ?

Et puis, il me semble que le cinéma atmosphérique, pour nous donner l’illusion des nuits d’Orient, devait se préoccuper également du problème de l’aération, le cubage d’air du Rex est insuffisant pour la salle pleine à craquer, comme elle l’était, le soir du gala inaugural.

Le premier spectacle du Rex nous a permis d’applaudir une troupe de girls, nouvellement importée d’Angleterre, malgré le « contingentement », et qui, par la rigueur, la précision de ses pas, par l’audace méthodique de certaines figures, notamment le collectif jeu de cerceau et les mouvements de « claquettes », mérite le plus vif succès.

L’ensemble de la première partie parait un peu languissant. Chanteur et chanteuse, en duo, tandis qu’évoluent des « marcheuses » en costumes d’apparat, c’est du vieux music-hall. Nous ne venons pas le chercher au cinéma, qui, même dans sa partie « spectacle », doit être rapide et moderne.

On attendait, en outre, avec impatience, les nouveaux Trois Mousquetaires de M. Henri Diamant-Berger. Celui-ci, avec l’intelligente collaboration de M. D-B. Maurice, a réalisé un film vivant, pittoresque, coloré. Il serait amusant de comparer la technique employée, il y a quatorze ans, par M.Diamant-Berger et celle qu’il utilise aujourd’hui.

Tout, aujourd’hui, a gagné en audace photographique, en ingéniosité. Tout est plus nerveux, plus vrai. Les photos sont, de bout en bout, excellentes. Le découpage est ingénieux. Les dialogues sont succincts. Les mouvements de foule roulent, constamment heureux, avec à la fois, tout le luxe et tout le grouillement pittoresque que l’on pouvait espérer.

M. Diamant-Berger a-t-il vu, à Berlin, l’étonnant spectacle que Chanell ordonna voici trois ans, Drei Muskctiere ? Peut-être. El c’est tant mieux, d’ailleurs.
La mise en scène, si intelligente et alerte, de MM. Diamant-Berger et D.-B. Maurice, est aidée par une distribution de choix : Aimé Simon-Girard retrouve son rôle de d’Artagnan. Aujourd’hui, il parle et il chante. Dommage qu’il n’ait pas l’accent du Midi. Harry Baur est Tréville avec beaucoup d’allure. Blanche Montel est une tendre Mme Bonacieux.

On remarque le frémissant Richelieu de M. Samson Fainsilber, l’émouvant Altos de M. Henri Rollan, Mlle Edith Mera, impressionnante milady est une « wamp » 100 %. Paul Colline, chansonnier, se lance avec succès sur les traces de son camarade Noël-Noël.

Bref, un bon film de cape et d’épée, dans la pure tradition romantique.

Jacques Chabannes

Dans ce même numéro, nous trouvons cet encart précisant aux spectateurs que des bus sont mis à leur disposition s’ils assistent à la « séance de nuit »…

La Semaine à Paris du 16 décembre 1932

La Semaine à Paris du 16 décembre 1932

 

Voici la publicité que publie Le Petit Parisien le lendemain de l’inauguration, le 9 décembre 1932

Le Petit Parisien du 9 décembre 1932

Le Petit Parisien du 9 décembre 1932

 

NOUS DISIONS DONC

paru dans Le Petit Parisien du 9 décembre 1932

Le Petit Parisien du 9 décembre 1932

Le Petit Parisien du 9 décembre 1932

Le Rex a été inauguré hier soir par une de ces grandes soirées qui ne sont pas seulement un événement parmi les cinéastes, mais un événement tout court. Le Rex est un cinéma surprenant. Pour le construire, le meubler, le décorer, en faire ce qu’il est, chose unique en son genre, les corps de métiers les plus divers, les peintres, les sculpteurs ont collaboré.

Les metteurs en scène eux-mêmes n’ont point dédaigné d’apporter leur appui à l’aventure puisque M. Henri Diamant-Berger nous y a donné le régal des exploits de ses Trois Mousquetaires.

Je voudrais souligner le geste pieux de M. Jacques Haïk, directeur de cette salle, dédiant cette oeuvre à M. Louis Lumière, inventeur du cinéma.

Geste pieux, s’il en fut, hommage aussi du souvenir, je gage que M. Jacques Haïk s’est rappelé, en l’occurrence, sa première impression cinématographique. Impression de jeunesse inoubliable.

Pour moi, c’était à Laval, dans une baraque foraine, sur la place publique.
L’Arrivée du train de Vincennes, autant que L’Arroseur arrosé, sautillait à vous en déchirer la vue, mais que cela était beau, de toute la beauté de la chose neuve et inconnue. Je me souviens qu’à la porte de cette baraque, par un phonographe, qui n’était pas encore le « phono », on pouvait entendre un discours du président Carnot. Cela ne date pas d’hier !

Mais de cet hier, cependant, à force de travail, est sorti l’incomparable instrument, puissant, immense, magnifique qu’est le cinéma.

Le cinéma ! A force d’entendre dire et répéter le modernisme de l’invention magique, on en oubliait un peu l’inventeur. Louis Lumière, l’homme qui a cru lorsque personne ne croyait, l’homme dont la foi ne fut point entamée par les sarcasmes de tous, même de Jean Lorrain et de Catulle Mendes qui prétendaient avoir étouffé dans la cave du Grand Café où l’on montrait la lanterne merveilleuse.

Que M. Jacques Haïk soit loué d’avoir, sur les murs encore frais de son Rex, apposé le nom de Louis Lumière. Synonyme de clarté, ce nom sera pour lui un palladium, s’il en était besoin.

Jean Marguet

Le Petit Parisien du 9 décembre 1932

Le Petit Parisien du 9 décembre 1932

 

Paris-Soir du 10 décembre 1932 publie cette photographie de la soirée d’inauguration du Grand Rex.

paris-soir-10-12-32-rex

 

Pour finir, signalons que le second film programmé sera le film de Monty Banks : L’Amour et la veine avec Max Dearly.

Paris-Soir du 22 décembre 1932

Paris-Soir du 22 décembre 1932

 

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Pour en savoir plus :

Le site officiel du Grand Rex.

La page facebook du Grand Rex.

Une page historique sur le Grand Rex sur le site de Linternaute.

Une page biographique sur Jacques Haïk sur le sitde des Indépendants du premier siècle.

Le spectacle La Féerie des Eaux au Grand Rex qui vous donnera une idée de l’intérieur de la salle.


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2 commentaires sur “Ouverture de la salle de cinéma : Le Grand Rex (1932)

  • Cinémaniac

    Tout d’abord, un grand bravo pour votre site, toujours plus passionnant !!!
    J’ai fais suivre votre article sur l’ouverture du cinéma « REX », à Alexandre Hellmann, petit-fils de Jean Hellmann (qui racheta le REX à la Gaumont, à la fin des années 30), fils de Jean Hellmann (qui prit la direction, après son père) et actuel directeur du REX. Il a été ravi de votre article !
    D’ailleurs, j’en profites aussi pour vous dire qu’à certaines dates précisent, le cinéma organise les « visites du Grand Rex » !
    Là, un des employés de la salle, un véritable passionné des salles de l’époque en général et du REX en particulier, vous explique l’historique de ce cinéma, avec des anecdotes inédites et instructives ! Le clou de la visite se termine sur… le toit de l’établissement ! (oui, oui, juste derrière les fameuses lettres « R E X » !), avant d’aller visiter l’attraction « Les étoiles du Rex » ! A faire absolument !!!

    Concernant les premiers films programmés dans cette salles, voici ce que cela donne :

    du 9 au 22 décembre 1932 : Les trois Mousquetaires, 1ère époque : Les ferrets de la reine (Henri Diamant-Bergé)
    du 23 décembre 1932 au 5 janvier 1933 : L’amour et la veine (Monty Banks), distribué par les Films Jacques Haïk
    du 6 au 12 janvier 1933 : Criminel (Jack Forrester)
    du 13 au 19 janvier 1933 : Maman (Henry King), distribué par Fox-Film
    du 20 au 26 janvier 1933 : Les bleus de l’amour (Jean de Marguenat)
    du 27 janvier au 2 février 1933 : L’étrange Mission du Nordlande (Albert S. Rogell), distribué par RKO Radio-Films
    du 3 au 16 février 1933 : L’oiseau de paradis (King Vidor), distribué par les Films Jacques Haïk
    du 17 février au 2 mars : Les trois Mousquetaires, 2ème époque : Milady (Henri Diamant-Bergé)
    etc… (car la liste serait trop longue, pour reconstituer toute la programmation !)

    • Philippe M. Auteur de l’article

      Merci pour votre commentaire. Si Monsieur Alexandre Hellmann repasse par ici, je le salue bien volontiers. ça fait plaisir de voir que ces articles circulent à nouveau. C’est tout le bon côté d’Internet ! A bientôt.