La caméra, Caméréclair, par Marcel L’Herbier (Cinéa 1926)


En clin d’oeil à l’exposition à la Cinémathèque française, De Méliès à la 3D : la machine cinéma (du 5 octobre 2016 au 29 janvier 2017), nous avons décidé dans les mois qui viennent de mettre en lignes plusieurs articles concernant les différentes techniques liées au cinéma depuis ses origines.

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Pour commencer, nous vous avons trouvé cet article sur une caméra utilisée par Marcel l’Herbier dans la deuxième partie des années vingt dont il parle dans cet entretien publié dans Cinéa au début de l’année 1926 : la Caméreclair mise au point par Jean Méry. Une caméra qui est exposée dans le cadre de cette exposition De Méliès à la 3D : la machine cinéma.

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A suivre…

Une innovation technique : Un nouvel appareil de prise de vues utilisé par Marcel L’Herbier pour la réalisation du « Vertige »

paru dans Cinéa du 15 janvier 1926

Cinéa du 15 janvier 1926

Cinéa du 15 janvier 1926

On sait que, de plus en plus, l’appareil de prise de vues, quittant son ancienne immobilité, tend à se rapprocher de l’oeil humain.

On n’a pas oublié les prises de vues en mouvement, réalisées de la nacelle d’un ballon captif par D. W. Griffith et son cameraman Bitzer, pour la grande bacchanale d’Intolérance.

On en est venu depuis lors à la prise de vues entièrement mobile, l’appareil en reposant sur aucun trépied et étant actionné par un mouvement d’horlogerie ou un accumulateur.
C’est le cas de la fameuse scène du faucon, dans Robin des Bois, tournée avec l’appareil de prise de vues automatique « Le Sept ».

Plus récemment on voyait dans le Dernier des Hommes la première application d’une invention anglaise, la caméra gyroscopique ; nous avons publié dans notre numéro 40 une photo de cet appareil, extrêmement précieux pour nos réalisateurs, alors qu il était utilisé par Frank Tuttle dans une scène d’un film de Bébé Daniels : la Manucure.

Mais cette invention, dont on avait pu apprécier sur l’écran les excellents résultats, restait un peu obscure pour nous, du fait qu’elle n’avait pas encore son équivalent en France.

C’est à présent chose faite. Et cela grâce au Caméréclair, système Méry, réalisé et manufacturé par les Ateliers Jourjon.

Laissons d’ailleurs la parole à M. Marcel L’Herbier.
On sait quel amour, le réalisateur de l’Inhumaine, a voué à son art, avec quelle passion il s’y abandonne ; il se devait d’être le premier en France à utiliser avec son talent coutumier ce camèréclair spécial (pour lequel un nom n’est pas encore trouvé).

Cinéa du 15 janvier 1926

Cinéa du 15 janvier 1926

Nous qui aimons le cinématographe, me dit M. Marcel L’Herbier, nous sommes obsédés de plus en plus par le désir de saisir tous les mouvements d’un personnage et non pas seulement ses gestes, mais aussi ses impressions psychologiques, celles qui montent du fond de l’être, dessinent une ride sur le front, luisent dans le regard et s’éteignent presqu’aussitôt nées.

Avec le Caméréclair spécial, nous allons pouvoir vivre en pleine action ; suivre sans interruption l’effort du coureur, pénétrer plus profondément dans le drame psychologique. L’appareil peut être porté par un homme peu robuste, le moteur électrique qui le meut étant léger et le poids du gyroscope annulé par un système automatique. On peut l’adapter à l’essieu avant d’une auto, sur un porte-bagage. C’est ainsi que si j’avais pu l’employer dans l’Inhumaine certaines scènes où il fallait que je donnasse une sensation de vitesse intense, auraient été réalisées sans difficulté, tandis que l’opérateur manqua mille fois se rompre les os dans les positions dangereuses qu’il dut prendre pour tourner.

Grâce à ce Caméréclair, l’opérateur ne quitte plus son sujet, le suit à la vitesse réglée d’avance et les mouvements, les jeux de la physionomie sont enregistrés sans secousse.

Ainsi dans le Vertige un Cosaque lâche sa meute de chiens danois dans un parc noyé d’ombre, au milieu d’une bourrasque. Pour rendre l’atmosphère angoissée de ce passage, il faut que cette fuite d’animaux soit enregistrée sans coupures, qu’on voie bondir ces chiens, qu’on cherche avec eux, qu’on les entende hurler en quelque sorte, parmi les branches remuées dans la nuit pleine de vent. Grâce au nouvel appareil, la prise de cette scène me fut puissamment facilitée.

On ne pouvait avant enregistrer la chute d’un homme qui venait de se tuer, que d’assez loin tandis que maintenant on filme la fin de ce désespéré en premier plan.

Et le gros plan ne rapproche-t-il pas le spectateur de ces êtres qui espèrent, souffrent, vivent de toute leur âme sur l’écran ? Dans El Dorado, je dus faire recommencer à la danseuse ses pas plus de dix fois afin d’être sûr d’obtenir un bon résultat, c’est à-dire l’élasticité des mouvements, la grâce, car cette scène était prise de fort loin ; aujourd’hui la danseuse pourrait être suivie dans toutes ses évolutions, comme en se jouant, l’appareil tout près d’elle et se déplaçant à la cadence de son rythme ».

Rapprocher les spectateurs du drame cinématographique nous a dit M. L’Herbier. Comment ne pas aimer ces arides recherches de laboratoire dont les résultats se transforment pour le public en émotions ?

Pierre Heuzé

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

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Publicité pour la Caméréclair paru dans la revue Photo-Ciné d’octobre 1929.

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

 

Voici les deux Caméréclair exposées à la Cinémathèque française dans l’exposition : De Méliès à la 3D : la machine cinéma (du 5 octobre 2016 au 29 janvier 2017)

 

Credit photographique : Philippe Morisson

 

 

Pour en savoir plus :

La Caméreclair sur le site Cinématographes.free.fr

La Caméreclair sur le site de la Cinémathèque française.

La page sur l’exposition De Méliès à la 3D : la machine cinéma (du 5 octobre 2016 au 29 janvier 2017) à la Cinémathèque française.

La fiche technique du Vertige sur le site de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.

Extrait du film Le Vertige de Marcel L’Herbier.

 

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