Olivia DE HAVILLAND dans la revue Pour Vous (1936-1940)


Nous fêtons ce jour le 100°anniversaire de l’une des dernières grandes stars hollywoodiennes : Olivia de Havilland.

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Soeur de l’actrice Joan Fontaine dont elle est l’aînée, elle débuta en 1935 dans Le Songe d’une nuit d’été avant de jouer aux cotés d’Errol Flynn dans Les Aventures de Robin des Bois puis surtout elle sera Mélanie dans Autant en emporte le vent  (le film ne sortira en France qu’en 1950).

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Elle a remporté deux oscars, l’un en 1947 pour À chacun son destin (To Each His Own) de Mitchell Leisen et en 1949 pour L’Héritière (The Heiress) de William Wyler. Elle fut nominée en 1939 pour le meilleur second rôle féminin (Autant en emporte le vent).

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Pour cette belle occasion, nous avons souhaité lui rendre hommage en mettant en ligne ces quelques articles parus entre 1936 et 1940 dans la revue Pour Vous dont le superbe portrait écrit Jean-George Auriol en 1936.

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Olivia de Havilland vit à Paris depuis les années cinquante. C’est la doyenne des acteurs américains, précédant Kirk Douglas de quelques mois.

Bon anniversaire Madame !

 

OLIVIA DE HAVILLAND ou le travail récompensé

paru dans Pour Vous du 29 octobre 1936

Pour Vous du 29 octobre 1936

Pour Vous du 29 octobre 1936

Olivia de Havilland n’a pas encore vingt ans. Pour bien faire sa connaissance, il nous faut cependant ouvrir une fenêtre magique sur le passé, un passé tout proche d’ailleurs : la dix-huitième année d’Olivia, année glorieuse que la jeune fille voudrait pouvoir indéfiniment revivre.

Par cette fenêtre, nous voyons une souple adolescente hâtant le pas vers Mills Collège, dans les rues de Saratoga, en Californie. Elle porte ses livres et ses cahiers sous son bras, ses longs cheveux bruns bouclent sur ses frêles épaules. Les promeneurs jettent des regards d’admiration vers ses yeux rieurs et son menton à fossette, mais aucun ne se doute qu’il verra ces yeux vifs et ce sourire gourmand sur l’écran, d’ici peu. Pourtant, l’étudiante est déjà sur le point de devenir actrice.

Comme chaque aimée, le collège va donner une représentation pour clôturer la période des études ; et le professeur de lettres, Mrs Johnston, a réuni ses meilleures élèves pour esquisser la mise en scène du Songe d’une nuit d’été. Olivia, qui vient de passer brillamment ses examens, jouera Hermia. Non loin de Saratoga, à Berkeley, il y a un théâtre en plein air où Max Reinhardt a l’intention de jouer également Le Songe. Déjà ses collaborateurs sont là pour préparer la séance. Mrs Johnston connaît l’assistant du grand metteur en scène, elle lui présente Olivia :
« Vous devriez venir voir Reinhardt répéter à Hollywood ; cela vous amuserait-il ?
— Follement !
Alors, venez, Hollywood n’est pas loin, venez avec Mrs Johnston. Si vous êtes aussi douée que Mrs Johnston le dit, le patron vous donnera peut-être un petit bout de rôle : il y a beaucoup de figuration… »

Il y a des millions de petites filles qui rêvent d’aller à Hollywood et d’y entrer par un chemin pas trop mauvais. La Providence — ou le diable — apporte la chance à quelques-unes d’entre elles, dix ou douze ou vingt chaque armée. Olivia de Havilland est parmi celles-ci, cette fois-là ; elle est même la première à passer et la porte par laquelle elle passe n’est pas trop étroite. Au théâtre où travaille Reinhardt, on lui permet d’assister aux répétitions. Un jour, on a besoin d’une aide-répétitrice pour le rôle d’Hermia, et c’est naturellement à elle qu’on a recours.
« Soyez fière, lui dit Mrs Johnston, vous pourrez dire que vous avez aidé le grand Reinhardt. »

C’est Gloria Stuart que Reinhardt avait choisie pour jouer Hermia ; mais Gloria a un contrat avec une compagnie de cinéma : elle doit retourner au studio. La bonne fée qui veille sur Olivia jette un sort sur la répétitrice qui tombe malade. Alors, c’est à Olivia que Reinhardt offre le rôle d’Hermia.
« Je crois que vous êtes désignée pour jouer le personnage, qu’en pensez-vous ? demande-t-il à la jeune fille.
Je pense que je n’oserai jamais paraître sur une scène aussi vaste et devant un vrai public », répond-elle.

Elle y parut cependant et fut remarquée par les critiques. Elle suivit Reinhardt dans sa tournée à travers l’Ouest et fut retenue par contrat pour tourner la version cinématographique de la féerie de Shakespeare. Son succès fut un des plus rapides qu’on ait vus à Hollywood où, avant de confier un rôle important à une nouvelle venue, même connue au théâtre ou en Europe, on la soumet à un entraînement de plusieurs mois.

Après Le Songe, Olivia tourna Capitaine Blood et le rôle de la belle et voluptueuse Angela d’Anthony Adverse. A présent, son chemin est tracé : c’est une route ensoleillée qui s’étend à perte de vue au creux de riantes vallées. Quel est le secret de son succès ? Il y a l’intervention de la bonne fée dont nous avons parlé, et puis il y a qu’Olivia est restée aussi appliquée que lorsqu’elle faisait la gloire de Mills Collège.
Pas d’amusements pendant le travail ! est sa devise.

J. G. A. (Jean George Auriol)

Pour Vous du 29 octobre 1936

Pour Vous du 29 octobre 1936

Portrait de Olivia de Havilland

paru dans Pour Vous du 6 avril 1938

Pour Vous du 6 avril 1938

Pour Vous du 6 avril 1938

Elle est bien jolie, ne trouvez-vous pas ? Et trois fois jolie. Et trois fois différente. Une beauté qui se renouvelle.
N’est-ce pas là le secret de plaire longtemps ? Ou tout au moins de ne jamais lasser ?
Une enfant, d’abord.
Puis une jeune fille.
Une femme enfin.

Or, ces photos ont été prises la même année. Et c’est là où intervient l’art du maquilleur, du coiffeur et du couturier.
C’est un joli tour de force que d’arriver à présenter un être sous trois aspects aussi divers.
L’âge frêle, l’âge tendre, l’âge formé.

Pour Vous du 6 avril 1938

Pour Vous du 6 avril 1938

Olivia de Havilland dans Les Aventures de Robin Hood (ci-dessus et ci-dessous)

Pour Vous du 6 avril 1938

Pour Vous du 6 avril 1938

On laisse d’abord aux traits leur caractère candide, presque naïf ; la coiffure est celle d’une grande petite fille, la taille haute dans la longue robe de nuit, le sourire plein d’innocence, le maintien légèrement gauche.
Puis le visage se précise, accuse des contours plus nets. Un peu de rêve flotte dans le regard. L’épaule se découvre. La jeune fille est éclose.
Voici maintenant que les cheveux ont perdu de leur flou. L’ovale du visage est plus ferme, le menton plus volontaire, les sourcils laissent présager des soucis.
Beaucoup de mélancolie, encore de l’espoir, et bien plus d’assurance.

Pour Vous du 6 avril 1938

Pour Vous du 6 avril 1938

Olivia est devenue une femme. Que regrette-t-elle déjà ? Qu’attend-elle toujours ?

S. V. (Serge Veber)

Puis en mai 1940 paraissent les deux articles suivants relevant plus du potin qu’autre chose mais qui sont révélateur de la baisse qualitative de la revue Pour Vous au début de la seconde guerre mondiale, le titre disparut d’ailleurs le 5 juin 1940.

JIM STEWART épousera-t-il Mélanie-OLIVIA DE HAVILLAND ?

paru dans Pour Vous du 1 mai 1940

Pour Vous du 1 mai 1940

Pour Vous du 1 mai 1940

Peu importe aux jeunes personnes, fanatiques du cinéma, ce que décidera le Président Roosevelt sur telle ou telle question politique ; ce qui les préoccupe c’est la tendre sympathie qui unit le plus aimé des célibataires de Hollywood à la belle Mélanie de Autant en emporte le vent. Toutes se posent la question suivante : Jim Stewart épousera-t-il Olivia de Havilland ?
Le roman d’amour de Jim et Olivia commença exactement, à New-York, la semaine d’avant Noël. Ils ne s’étaient rencontrés qu’une fois auparavant, à Hollywood, tout à fait par hasard.
Jim était parti dans l’Est pour passer les vacances avec sa famille. Depuis deux jours à New-York, il fut appelé au téléphone par son agent publicitaire et son meilleur ami, Leland Hayward, alors à Hollywood, également homme d’affaires d’Olivia.
Olivia de Havilland part ce soir en avion pour New-York, lui annonçât-il. Elle a deux billets pour la première de Autant en emporte le vent, et je lui ai dit que vous l’attendriez à l’aéroport et l’accompagneriez à cette soirée. Maintenant je voulais vous parler au sujet de ce film…
Peu importent les affaires ! interrompit Jim. Olivia de Havilland ! Mais je désirais justement sortir avec elle depuis notre première rencontre. Leland, vous êtes merveilleux !

De toutes les célébrités qui paradèrent au gala de Autant en emporte le vent, personne ne provoqua davantage de regards admiratifs que la ravissante Olivia et son élégant cavalier.
Pendant un entr’acte, Olivia fut étonnée d’entendre Jim murmurer : « Hello ! chaussures ! » Elle se tourna et le vit les yeux fixés sur ses souliers vernis, reluisants, qu’il avait achetés pour la circonstance.
« Je suis tout juste en train de faire leur connaissance », expliqua Jim avec un large sourire. Le mince et grand jeune homme regarda à nouveau ses pieds et répéta :
« Hello ! chaussures ! Vous comprenez, je ne fais que rompre la glace, nous pourrons nous familiariser davantage par la suite. »

Jim Stewart, pendant les cinq jours qu’ils restèrent ensemble à New-York, ne cessa de faire rire Olivia, qui en était ravie. Une de ses manières d’agir l’enchantait surtout.
Chaque fois qu’elle faisait une remarque courante, comme :
Les voyages enrichissent l’esprit, ne trouvez-vous pas ?
Jim la regardait soudain avec des yeux agrandis par une feinte admiration et disait :
C’est très profond cela… Vous êtes vraiment intelligente. Cela ne vous ferait rien si je replaçais cette remarque ?

Cette phrase devint un jeu entre eux. Si Jim faisait quelque commentaire banal sur le temps, Olivia, le parodiant, s’écriait :
Mais c’est très profond ! Vous êtes vraiment intelligent. Je peux le replacer, n’est-ce pas ?

Pour Vous du 1 mai 1940

Pour Vous du 1 mai 1940

Durant ces cinq jours de la semaine d’avant Noël, Olivia et Jim s’amusèrent comme deux collégiens en vacances. Olivia ne devait rester que deux jours ; mais, chaque matin, lorsqu’elle lui annonçait son départ par l’avion de l’après-midi, Jim trouvait une nouvelle aventure pour la tenter, un nouveau prétexte pour la faire rester.
Un soir, après avoir été au cinéma, ils décidèrent de faire un tour dans les boîtes de nuit. Ils allèrent de l’une à l’autre et, finalement, arrivèrent dans le quartier nègre de Harlem. C’est là qu’ils firent l’expérience la plus amusante. Une demi-heure environ après être entrés dans l’un de ces cabarets, le petit maître de cérémonies au visage rond interrompit le spectacle et, tandis qu’un projecteur éclairait les tables plongées dans une demi-obscurité, il parla ainsi :
Mesdames et messieurs, nous avons l’honneur d’avoir parmi nous, ce soir, un jeune couple célèbre dans le domaine du divertissementEt maintenant, reprit-il d’une voix forte, j’ai le plaisir de vous présenter… miss Sadie Gluckheimer, qui revient d’une tournée sensationnelle des Folies de la glace 1939, et son partenaire également bien connu, Mr. Joe Mannerheim ! »
Jim et Olivia furent saisis d’un fou rire inextinguible.

Leurs joyeuses vacances passées ensemble prirent fin. Étaient-ils toujours aussi épris qu’ils semblaient l’être à New-York ?
Voici ce que confia Jim Stewart à notre confrère américain Photoplay :
Nous nous voyons beaucoup, très souvent même, dit-il avec un plaisir qu’il ne pouvait dissimuler. Je ne peux pas dire qu’il y ait quelque chose de vraiment sérieux entre nous, mais nous aimons énormément sortir ensemble. Je ne lui ai encore rien déclaré. Non ! Je n’ai pas fait de proposition. Mais il est vrai que nous sommes allés danser plusieurs fois depuis notre retour à Hollywood. J’ai emmené Olivia en avion aussi, car elle adore cela. Pour l’instant elle est absente de Hollywood, mais j’espère qu’elle sera bientôt de retour. Ce ne sera jamais trop tôt !

E D.

Finalement trois semaines plus tard, Pour Vous consacre à nouveau un court encart sur Olivia de Havilland dans un article intitulé : 

Confidences  de  quatre  vedettes – LES  PETITS  PROBLEMES  DE  L’AMOUR

OLIVIA DE HAVILLAND…

paru dans Pour Vous du 22 mai 1940

Pour Vous du 22 mai 1940

Pour Vous du 22 mai 1940

… prétend, lisons-nous dans Picture Play, que son expérience date d’un an seulement. Il y a fort peu de temps qu’elle a réellement compris les problèmes qui la préoccupaient.
Cette expérience, Olivia l’a acquise après de grandes déceptions et au prix de bien des larmes.
Il n’est pas nécessaire de nommer l’homme en question. Il est célèbre, et ce que l’on doit dire à son sujet pourrait lui nuire à tort. Car, au fond, il n’est pas coupable, assure Olivia. Elle l’avait seulement trop idéalisé. Cet homme était étrangement sophistiqué. Il savait parler aux femmes, et il les connaissait bien, mais il savait aussi écouter. Il avait un charme indéniable, et Olivia s’y laissa prendre au point de compter les minutes qui séparaient leurs rencontres. Elle le parait de qualités idéales, totalement incompatibles avec sa personnalité, si bien qu’elle fut elle-même déçue !
« Finalement, dit-elle, j’étais si malheureuse, que je me suis enfuie. C’était lâche et bête bien sûr. Je m’en suis aperçue sitôt partie, et, peu de temps après, je suis revenue, résolue à prendre une décision plus sage. »

En le revoyant, elle fut à nouveau séduite, mais elle comprit enfin qu’il ne possédait aucune des qualités qu’elle eût aimé lui trouver. Il n’avait même jamais prétendu les posséder, mais elle se complaisait à l’auréoler ainsi.
« Ce fut très difficile de rompre, avoue-t-elle, le courage me manquait. Cette période douloureuse que j’ai traversée — et dont j’étais seule responsable — m’a appris à ne pas idéaliser les hommes.
« Si vous parez l’homme que vous aimez de qualités qui ne sont pas les siennes, vous risquez beaucoup. De ce fait, vous attendez de lui des choses qu’il ne pourra pas vous donner, et vous vous rendrez malheureuse vous-même. N’en faites pas des saints. Acceptez-les comme ils sont. Aimez leurs qualités sans les idéaliser, et vous aurez des chances d’être heureuse. »

Pour Vous du 22 mai 1940

Pour Vous du 22 mai 1940

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Source : Bibliothèque numérique de la Cinémathèque de Toulouse

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Pour en savoir plus :

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur cette idylle avec James Stewart, un article (en anglais) sur le blog Olivia & Joan.

Un article de Jean-Noël Mirande paru dans Le Point à l’occasion du 96°anniversaire d’Olivia de Havilland.

Une page spéciale sur le site de CNN avec de nombreuses photographies (2016).

Une interview (en anglais) en 2015 sur le site américain Entertainment Weekly : The Last Star: An evening with Olivia de Havilland.

Bande annonce de l‘Intégrale Erroll Flynn & Olivia De Havilland sur TCM en 2014.

Olivia de Havilland, présidente du jury au festival de Cannes en 1965.

Olivia de Havilland présente « Une femme en cage » de Walter Grauman avec Pierre Tchernia en 1965.

Olivia de Havilland remporte l’Oscar de la meilleure actrice en 1950 et c’est James Stewart qui lui remet…

Olivia de Havilland retrouve Bette Davis dans This Is Your Life (1971).

Olivia de Havilland et James Cagney en 1935 dans : Tête chaude (The Irish in Us) de Lloyd Bacon, son second film !

 

 

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