« La Vie est à Nous » de Jean Renoir (revues diverses 1936)


En ce jour du 1 mai 2016, fête du travail, et en ces temps de lutte contre la Loi Travail, il nous a paru pertinent d’évoquer 80 ans plus tard le Front Populaire et ce qui en est le film emblématique : La Vie est à nous de Jean Renoir (enfin pour être plus précis, d’un collectif de cinéastes sous la direction de Jean Renoir).

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La Vie est à nous était une commande du Parti Communiste Français, alors en position de force. Film de propagande assumé, il en a donc tous les défauts principalement à cause de son manichéisme. Le film est ainsi une succession maladroite de diverses scènes opposant les travailleurs et le patronat (les « 200 familles », aujourd’hui on dirait plutôt les « 500 familles »). Le but était de montrer la solidarité et l’entraide qu’apportent les militants communistes et la C.G.T.

Néanmoins, le film a pris avec les années une indéniable valeur historique et sociale. En effet, il nous parle d’un temps où les ouvriers étaient défendus par une Gauche qui n’avait pas oublié d’où elle venait. Un temps où l’union et la solidarité avait débouché le 3 mai 1936 sur la victoire du Front Populaire. Ce film est donc un formidable témoignage sur cette époque trouble, si lointaine et en même temps si proche de nous.

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Parmi les techniciens qui ont travaillé sur le film, il faut citer Jean-Paul Dreyfus (Le Chanois), Jacques Becker, Jacques B. Brunius et même Henri Cartier-Bresson ! On retrouve dans la distribution notamment : Jean Dasté (l’Atalante), Charles Blavette (Toni), Madeleine Sologne (l’Eternel Retour), Gaston Modot (Les Enfants du Paradis), Nadia Sibirskaïa (Le Crime de Monsieur Lange), etc.

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La Vie est à nous sera immédiatement censuré mais le Parti Communiste contournera cette censure en organisant des projections privées pour tout adhérent à l’association Ciné-Liberté et ce à travers toute la France grâce à son réseau de cellules et sections territoriales. Ciné-Liberté, créé en mars 1936 soit un mois avant la sortie du film, aura 12 000 membres six mois plus tard.

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Signalons que l’année 1936 est une année faste pour Renoir qui tourne trois films en un an : La Vie est à nous en mars/avril, Partie de Campagne en juin/juillet puis Les Bas-Fonds d’après Gorki à l’automne. Année qui se terminera par le Prix Louis Delluc qui lui sera remis pour le film Les Bas-Fonds en décembre 1936.

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Parmi nos recherches sur le site de Gallica, nous vous proposons les articles et encarts publicitaire suivants que nous avons trouvé dans le quotidien L’Humanité bien sur, mais aussi dans Rouge-Midi (un hebdomadaire communiste des Alpes-Maritimes), ainsi que dans les quotidiens Paris-SoirComoedia et Ce soir.

 

L'Humanité du 2 avril 1936

L’Humanité du 2 avril 1936

 « La Vie est à Nous » dans L’Humanité

L'Humanité du 21 avril 1936

L’Humanité du 21 avril 1936

Pour un cinéma populaire

paru dans L’Humanité du 21 avril 1936

Nous avons relaté récemment l’interdiction, par la commission de censure de projeter publiquement le grand film populaire qu’est « La Vie est à nous ».
Les belles scènes qui montrent les richesses de notre pays, les méfaits des ennemis de la liberté, la misère des chômeurs et des paysans, les luttes des ouvriers, les appels à la défense des libertés démocratiques, à l’union du peuple de France contre les fascistes serviteurs des 200 familles, sont considérées comme subversives.

Le gouvernement ne veut pas que ce film représentant : la vie, les luttes et les légitimes aspirations du peuple de France soit applaudi par les millions de travailleurs de notre pays ; mais à défaut d’être projeté publiquement, il sera, vu et sans nul doute acclamé par les milliers d’hommes et de femmes membres de « Ciné-Liberté ».

En effet, la grande organisation qu’est « Ciné-Liberté » qui, avec Jean Renoir, Henri Jeanson, etc., lutte pour un cinéma populaire, soucieuse conformément à ses buts de faire connaître les possibilités du cinéma, a décidé de présenter ,« La Vie est à nous » en séances privées réservées à ses membres.

Nous rappelons que les inscriptions à « Ciné-Liberté » continuent, à être reçues, moyennant 5 francs et 2 fr. 50 pour les chômeurs, à la Maison de la Culture, 12, rue de Navarin. Chaque membre recevra une invitation à une des présentations toutes prochaines de «La Vie est à nous».
Pour voir ce grand film populaire, pour lutter en faveur de la liberté de l’écran et pour un cinéma populaire, c’est, en plus grand nombre encore, que s’inscriront à « Ciné-Liberté » les amis du cinéma libre.

L'Humanité du 24 avril 1936

L’Humanité du 24 avril 1936

 

L'Humanité du 24 avril 1936

L’Humanité du 24 avril 1936

Les Mesures prises contre « La Vie est à nous » sont illégales.

paru dans L’Humanité du 24 avril 1936

Nous avons relaté avant-hier les mesures prises contre la projection en séances privées de « La Vie est à nous ». Ces mesures sont iniques et la jurisprudence s’est prononcée sur quelques cas d’interdiction de pareilles séances. Pour nos camarades qui, organisateurs de séances privées, se verraient menacés par le commissaire de police, nous donnons ci-dessous quelques attendus d’un jugement, jamais infirmé depuis, prononcé par le tribunal de Strasbourg, en date du 5 août 1931.

Attendu que le témoin Hilqué a déposé que le 23 avril 1931, dans une salle au restaurant de « La Cloche », la Société d’Etudes Cinématographiques, dont le prévenu était alors le président, a fait projeter un film documentaire non muni du visa ministériel ;

Que ce film concernant la fête du Premier Mai en Russie a été saisi :

Attendu qu’à l’article 4 du décret du 1° février 1928 « aucun film cinématographique ne peut être représenté en public si ce film, y compris son titre et ses sous-titres, n’a obtenu le visa du ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts » et que « la reproduction du visa doit figurer sur chaque film projeté » ;

Attendu que le témoin Hilqué a déposé que n’étaient admis à la réunion que les membres de la Société d’Etudes Cinématographiques munis de leur carte de membres ;

Que ceci permet d’admettre qu’il s’agissait d’une réunion privée ; qu’en tout cas il n’est pas suffisamment établi que le film en question a été projeté en public, c’est-à-dire dans une réunion publique à laquelle avaient accès des personnes non nominativement invitées ; 

Qu’en conséquence, la contravention n’est pas suffisamment caractérisée.

La Société d’études cinématographiques de Strasbourg a résisté au coup de force policier et a obtenu gain de cause.
Nos camarades se doivent de conserver ce texte et le montrer au commissaire de police qui, méconnaissant les précédents judiciaires ou voulant faire montre de zèle fasciste, se proposerait d’interdire, une séance cinématographique privée, soit avec « La Vie est à nous », soit avec tout autre film non visé par la commission de censure.

L'Humanité du 24 avril 1936

L’Humanité du 24 avril 1936

Un film qui entraîne à l’action.

paru dans L’Humanité du 24 avril 1936

Nos camarades, savent que le grand film populaire qu’est « La Vie est à nous » s’est vu refusé le visa permettant sa projection publique. Il est en effet réalisé pour le peuple dont il symbolise les aspirations et ses qualités. techniques et artistiques en font un des meilleurs films Français de ces derniers mois.

La meilleure des preuves en est dans la lettre que nous expédie un camarade dirigeant d’un C.D. H. de province et membre d’un Ciné Club qui a projeté, pour ses membres, ce grand film.
L’émotion, la puissance qui se dégagent de « La Vie est à nous » étaient telles que parmi les spectateurs tous membres d’un Ciné Club aux tendances libérales, plusieurs vinrent trouver notre camarade et se mirent à sa disposition pour vendre l’Humanité le dimanche, à la criée.

Et notre camarade nous écrit :
« Nous avons décidé aujourd’hui une vente à la criée. Il nous faut dire que cette décision n’a pu être prise que grâce à la projection dans notre ville du grand film « La Vie est à nous ». C’est en effet après sa projection que plusieurs sympathisants se sont mis à à notre disposition. Il y avait pour voir le film 500 personnes. Je ne puis vous décrire, tellement il fut grand, l’enthousiasme qu’il a suscité.. »

L'Humanité du 24 avril 1936

L’Humanité du 24 avril 1936

 

L'Humanité du 5 mai 1936

L’Humanité du 5 mai 1936

 

L'Humanité du 11 mai 1936

L’Humanité du 11 mai 1936

L’Action de nos C.D.H :

Une belle séance de Ciné-Liberté à Paris-20° arrondissement

paru dans L’Humanité du 11 mai 1936

500 adhérents de Ciné-Liberté, en grande partie des membres des C.D.H du 20° arrondissement, ont assisté à la magnifique séance cinématographique qui eut lieu vendredi dernier à La Bellevilloise, au cours de laquelle fut projeté le merveilleux film « La Vie est à Nous » et quelques autres films très intéressants.

Lorsque le camarade Langumier, député du 20° arrondissement, après avoir remercié les travailleurs du 20° pour la belle victoire qu’ils viennent de gagner pour le P.C et fait un appel pour le renforcement des C. D. H., annonça que le camarade Gide et le grand cinéaste Renoir assistaient au spectacle, toute la salle debout chanta l’Internationale, et des triples bans furent battus en l’honneur de nos bons camarades.

Que dire du film « La Vie est à Nous » ? Les applaudissements chaleureux qui ont salué, les principales scènes, sont la meilleure preuve que les réalisateurs de cette belle œuvre, ont atteint pleinement leur but.

Pour les C.D.H. nous dirons encore que ce film a un attrait particulier. Il met particulièrement en valeur le rôle de l’Humanité, le dévouement sans borne de nos vendeurs et la meilleure forme de défense prolétarienne lorsqu’ils sont attaqués par les fascistes.

C’est pourquoi nous faisons un appel pressant auprès de tous nos membres pour qu’ils adhèrent à Ciné-Liberté et participent ainsi à l’organisation de séances privées pour protester d’une part contre la censure gouvernementale, et ensuite pour vulgariser cette belle, œuvre qu’est « La Vie est à Nous ».

 

L'Humanité du 14 mai 1936

L’Humanité du 14 mai 1936

 

L'Humanité du 14 mai 1936

L’Humanité du 14 mai 1936

 

L'Humanité du 14 mai 1936

L’Humanité du 15 mai 1936

 

L'Humanité du 17 mai 1936

L’Humanité du 17 mai 1936

M. Sarraut prend d’illégales mesures contre « La Vie est à nous » et méconnaît la volonté populaire

paru dans L’Humanité du 17 mai 1936

Nous avons déjà relaté les obstacles dressés par le ministère de l’intérieur à la projection du grand film « La Vie est à nous ». L’on pouvait espérer que M. Sarraut  n’irait pas à l’encontre des sentiments manifestés par le peuple de France aux dernières élections. Mais il n’en est rien.

Conformément aux règlements en vigueur et à une jurisprudence qui remonte à plusieurs années déja, Ciné-Liberté qui a à sa tête des hommes comme Jean Renoir, Henri Jeanson, etc. organisait vendredi soir pour tous ses membres, à la Bellevilloise, une séance cinématographique privée et gratuite au cours de laquelle devait être projetée  « La Vie est à nous ».

A 22 heures, alors que depuis longtemps la séance était commencée, la police du 20° émit la prétention d’interdire et de saisir le film. Elie tenta même d’enfoncer les portes du cinéma, et seule la présence de notre camarade Langumier, député du 20°, immédiatement avisé, évita tout incident et permit la continuation de cette soirée. Hier matin, le commissaire du 20° convoquait le locataire de la Bellevilloise et lui fit savoir qu’il ne pouvait permettre la projection de « La Vie est à nous ».

En attendant que le prochain ministère accorde, parce que respectueux de la volonté populaire, le visa de censure permettant la projection publique de ce film — en attendant la suppression de la censure — il faut que M. Sarraut applique et fasse appliquer les règlements et la jurisprudence faisant force de loi, qui admettent sous certaines conditions, que Ciné-Liberté a respectées, les séances cinématographiques privées.

Signalons pour terminer que M. Sarrraut avait voici quelques semaines déclaré que « la commission de censure qui jugeait en toute indépendance, était souveraine et qu’il ne pouvait que faire respecter ses décisions, sans pouvoir faire pression sur elle ».
Or, voici quelques jours, M. Picard, directeur du cabinet du ministre de l’éducation nationale, faisait savoir à notre camarade Bonté, député de Paris, que son ministère ne pouvait intervenir « étant donné que M. Sarraut avait personnellement donné des ordres à la commission de censure pour que La Vie est à nous soit interdite.  »

Est-ce ainsi que M. Sarraut respecte l’indépendance de la commission de censure ? Est-ce par ses tentatives répétées d’interdiction de séances privées populaires, qu’il respecte la volonté du peuple de France ?

Si la commission de censure doit sévir, c’est contre ceux qui, comme Bucard, projettent des films apologétiques de la « révolution fasciste italienne ».

 

L'Humanité du 20 mai 1936

L’Humanité du 20 mai 1936

 

L'Humanité du 31 mai 1936

L’Humanité du 31 mai 1936

 

L'Humanité du 01 juin 1936

L’Humanité du 01 juin 1936

 

L'Humanité du 10 juillet 1936

L’Humanité du 10 juillet 1936

L'Humanité du 10 juillet 1936

L’Humanité du 10 juillet 1936

 

En province, le film est largement diffusé comme en témoigne cet article sur Le Tour de France du 17 juillet 1936.

L'Humanité du 17 juillet 1936

L’Humanité du 17 juillet 1936

 

Pour promouvoir le film en province, plusieurs copies du film sont mise à disposition des structures qui souhaitent le diffuser.

L'Humanité du 16 septembre 1936

L’Humanité du 16 septembre 1936

 

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La projection du grand film «La Vie est à nous » en séance privée, est interdite.

paru dans L’Humanité du 17 septembre 1936

C’est avec une grande surprise que nous avons appris coup sur coup ces jours derniers l’interdiction, signifiée aux organisations du parti par les commissaires de police de Bobigny, Levallois, Gentilly, etc. de projeter en séance privée le grand film populaire « La Vie est à nous ».
le commissaire de police de Gentilly, questionné à ce sujet, a déclaré que ces mesures étaient prises en exécution d’une récente circulaire du ministère de l’intérieur interdisant tout particulièrement la projection en séance privée ou publique, de « La Vie est à nous », où l’on serait bien en peine pourtant de trouver quoi que ce soit de subversif.

Une telle mesure paraît d’autant plus invraisemblable que le ministre de l’Education Nationale, M. Jean Zay, avait donné l’assurance qu’aucune projection de ce film en séance privée ne serait interdite.

C’est pourquoi nous voulons vérifier de près les déclarations du commissaire de police précité, car nous ne pouvons croire que l’attitude du ministre socialiste Salengro puisse être différente sur
ce point de celle de son collègue radical, Jean Zay.

En tout cas la question sera posée à notre camarade Léon Blum aujourd’hui même.

 

A la fin de l’année 1936, Jean Renoir reçoit le Prix Louis Delluc pour son film Les Bas-Fonds, l’occasion pour Henri Jeanson de signer cet article l’exaltant à faire un « cinéma libre ».

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Le prix Louis Delluc à Jean Renoir

paru dans L’Humanité du 23 décembre 1936

Jean Renoir a obtenu, sans le solliciter, le prix Louis Delluc pour son film Les Bas-Fonds. Le prix Louis Delluc a été créé par les critiques cinématographiques indépendants. Il est au grand prix du Cinéma français ce qu’est le prix Goncourt au grand prix de l’Académie française, ce que fut naguère le Salon des Indépendants au Salon de la Nationale.

Trois candidats étaient en présence : Jean Renoir, Marcel Carné et Jean Renoir. En effet, certains membres du jury entendaient primer Les Bas-Fonds de Jean Renoir tandis que d’autres voulaient absolument voter pour Le Crime de M. Lange de Jean Renoir. Finalement, les « Langistes » se joignirent aux « Bas-fondistes » et Renoir l’emporta.

Tous ceux qui aiment le cinéma se souviennent de Delluc, qui fut un admirable pionnier de la caméra. Le premier, il comprit tout ce que Chaplin apportait au cinéma. Il réalisa des films admirables et créa la critique cinématographique. Il eût certainement approuvé le choix du jury Delluc.

En récompensant le metteur en scène des Bas-Fonds, on a aussi récompensé l’admirable réalisateur du Crime de M. Lange et le courageux animateur de La Vie est à nousC’est sur toute la carrière de Renoir, sur toute sa vie d’artiste indépendant, que le jury du prix Louis Delluc a entendu, attirer l’attention du public.

Et maintenant, cher Renoir, au travail pour un cinéma libre, pour un cinéma courageux, pour un cinéma-cinéma !

Henri JEANSON

 

En 1937, la diffusion du film se poursuit dans toute la France.

L'Humanité du 09 mars 1937

L’Humanité du 09 mars 1937

De même en 1938 en y joignant le film de Jean-Paul Dreyfus (dit Jean-Paul Le Chanois) : Le Temps des Cerises.

L'Humanité du 07 janvier 1938

L’Humanité du 07 janvier 1938

 

 « La Vie est à nous » dans Rouge-Midi (Marseille)

Rouge-Midi du 17 avril 1936

Rouge-Midi du 17 avril 1936

« La Vie est à nous »

Le film qui passera à l’Alcazar (Marseile, ndlr) mercredi 22 avril, à 21 heures

paru dans Rouge-Midi du 17 avril 1936

Ce film, est une magnifique réalisation, fruit du travail collectif d’excellents techniciens et artistes attachés à notre Parti et ayant mis leur talent à la disposition du prolétariat. Il est une preuve de plus de la force et du rayonnement de notre Parti. Nos camarades Marcel Cachin, Maurice Thorez et les membres de notre Comité Central figurent et parlent dans ce film.

Dans une classe d’école pauvre, surchargée, un instituteur parle devant 40 enfants des richesses de notre pays. Les enfants sortent de l’école et se trouvent dans une rue mal pavée d’un quartier prolétarien. Ils passent devant des boutiques fermées « pour cause de faillite ». « A qui appartiennent donc toutes les richesses dont l’instituteur nous parlait » demande un enfant. « Aux riches » répond un autre.

Devant un grandiose paysage de grande ville, un chœur fait le procès des 200 familles dont des représentants apparaissent. Devant un Conseil d’administration, un rapporteur insiste sur la nécessité de compressions de personnel et de diminution des salaires. Ce même rapporteur, peu après, admiré par les autres joueurs, perd 2 millions au baccara.

Mais baisse des salaires et compressions du personnel ne vont pas sans riposte ouvrière.
Devant le mécontentement des travailleurs, les riches s’arment et s’exercent au tir. ils arment aussi d’autres hommes et mettent leurs parcs à leur disposition pour qu’ils s’exercent aussi à tirer. Ils attaquent ensuite les vendeurs de la presse ouvrière à Montargis, à Limoges.
La scène se termine par un défilé des fascistes aux Champs-Elysées.

Nous passons ensuite dans le bureau de Marcel Cachin à l’Humanité. Parmi de nombreuses lettres, trois sont ouvertes ;
La première relate un débrayage dans une usine en signe de solidarité envers un vieux travailleur que le patron veut chasser.
La deuxième est celle d’un petit paysan saisi et sauvé grâce la solidarité de ses camarades.
La troisième émane d’un jeune intellectuel, en chômage malgré ses diplômes. Désespéré d’abord, il reprend goût à la vie après avoir rencontré des Jeunes communistes avec qui dorénavant il militera.

On assiste aux scènes relatées dans ces trois lettres.

C’est ensuite un grand meeting enthousiaste où se retrouvent les différents personnages du film, et où parlent nos camarades Marcel Cachin, Maurice Thorez, Jacques Duclos, Gitton, Vaillant-Couturier, Renaud Jean, Martha Desrumeaux, etc.

Puis une masse énorme déferle. De cette foule en mouvement jaillit et se propage une puissante « Internationale ».

Suit un compte-rendu de cette soirée dans le numéro du 24 avril 1936.

Rouge-Midi du 24 avril 1936

Rouge-Midi du 24 avril 1936

Une belle soirée prolétarienne à l’Alcazar

paru dans Rouge-Midi du 24 avril 1936

Mercredi soir 22 avril avait lieu à l’Alcazar une magnifique soirée organisée par la région marseillaise de notre Parti et au cours de laquelle était projeté le film si impatiemment attendu : « La Vie est à nous ». première réalisation cinématographique du Parti communiste français.

Soirée des mieux réussies et qui eut un éclatant succès, puisque la grande salle de spectacle du cours Belsunce regorgeait de monde. Jamais pareille affluence n’avait été constatée aux précédentes représentations ou fêtes prolétariennes.

Le film, en lui-même, est une excellente réalisation de propagande d’une très haute portée morale, où il est montré d’une façon claire et frappante ce que veut le Parti communiste, mais aussi ce que doit être un communiste.

Le public, en grande part de travailleurs et de petits commerçants, qui emplissait la salle, a vivement apprécié ce spectacle, nouveau en France, qui répond si bien à ses aspirations et aux préoccupations de l’heure.

Une réelle surprise lui était aussi réservée. Nous voulons parler de la part méritoire prise à cette soirée par le Théâtre de la Liberté. L’ancien Théâtre ouvrier, mieux adapté à la réalité politique présente, a trouvé une bonne formule et des collaborations très appréciables. Il a réalisé, en outre, un effort important dans le sens de l’effet scénique, de la cohésion, de la technique enfin. Nous ne doutons point que persévérant dans cette voie il puisse rivaliser dans quelques mois avec les collectifs parisiens de même formation.

Nous nous excusons, vu l’abondance des matières, de ne pouvoir nous étendre davantage sur cette magnifique soirée que nous voudrions voir renouveler dans un avenir prochain.

F-M Forest

En juillet 1936, on trouve ce compte-rendu passionné par un militant à la suite d’une des projections de « La Vie est à nous ».

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Rouge-Midi du 28 juillet 1936

LE FILM DU PARTI COMMUNISTE : La Vie est à Nous

paru dans Rouge-Midi du 28 juillet 1936

Voici quelques extraits des appréciations que vous communique un sympathisant sur « La Vie est à nous » :

Dans une obscurité pleine d’étoiles et de feuillages, j’étais assis par terre, dans la poussière du Racati, parmi de jeunes ouvriers ardents et graves, qui veulent vivre. Je me proposais de voir « La Vie est à nous » en professionnel. Mais déjà l’ambiance m’avait fait partisan.

Le film, édité par le Parti communiste, ne ressemble à rien de ce qu’on voit dans les cinémas. Pas d’intrigue, de scénario laborieux, d’amourette eu de jalousie. Une suite de tableaux vibrants, électriques qui se pressent et s’enchaînent sans lien d’action, mais selon une puissante synthèse’ d’idées. Le peuple est mis face à face avec sa vérité.

Quel soulagement et quelle allégresse de ne retrouver nulle part ce mensonge, omniprésent dans les productions« standard ». par quoi, de bonne ou mauvaise foi, on maintient le public dans cette torpeur conformiste qui est la condition de l’esclavage. Ici, tout est net, sans bavures, bref, sans délayages, et d’une si admirable densité, humaine !

Nous voyons défiler les richesses de la France. La terre. Les usines. Les arts. Le luxe : c’est la voix d’un instituteur qui fait sa classe. Amicalement, bien sûr, mais selon les programmes. Les gosses sortent, l’esprit hanté de tant de merveilles. Et voici que, repris par la détresse des foyers, ils s’aperçoivent qu’ils ont reçu en pâture un simple rêve d’abondance et de bien-être, que de toutes ces richesses ils n’ont que le spectacle. « C’est qu’on les leur a volées ! » clame soudain une émouvante figure de femme, surgie en gros plan, comme une proue..

Alors, échappées de l’Album d’Effel, défilent les sinistres effigies des maîtres du capital. Sans commentaires, selon un rythme lourd comme celui d’un réquisitoire, on nous les montre qui arment leur machine de guerre, leur machine à mâter l’ouvrier : le fascisme.

Voici un conseil d’administration : « Vu les circonstances et les lois de la fatalité, explique l’élégant,président, il faut que le personnel s’adapte aux restrictions inévitables ». Et de récuperer des millions sur les salaires, tandis qu’on détruit le lait, le blé, les machines. Mais ces millions récupérés restent sur le tapis vert de Deauville. Alors, dame, de nouvelles restrictions deviennent inévitables pour les travailleurs.

Ceux-ci réclament du pain devant les grilles du patron. La jeune fille au château, espiègle, celle qui décore imprudemment nos bons films endormeurs. La donzellc pas encore tricolore, réussit à s’emparer d’une casquette symbolique, Elle en coiffe le mannequin qui sert de cible à la joyeuse compagnie pour le tir au revolver. Entre un bridge et un tango, on s’exerce à ne pas rater le salopard.

« On ne peut donc rien contre ça » ? demande l’homme de la rue, prêt à abdiquer devant l’insolence des valets d’argent, le 6 Février.

Si, camarade, lui répond un ouvrier. Et nous voyons apparaître simplement et souverainement, dans une lumineuse et solide réalité, la façade du Parti communiste.

Voici Cachin dans son bureau de l’Huma. Il reçoit des lettres. Chacune raconte comment le Parti a redressé un tort, vengé une injustice, instruit un travailleur. Chacune déclenche une scène filmée, drame complet en raccourci, où parfois un éclat de rire arrive à trouer l’âpre trame de la lutte sociale.

C’est l’œuvre des délégués d’usine, le débrayage discipliné, les revendications précisés. Tout est noté d’un trait sur, rapide, qui porte : les ouvriers inexpérimentés, prêts à reprendre le travail sur de bonnes paroles et des promesses vagues, le directeur qui flatte doucereusement le chef de la délégation pour le faire « basculer » (La trahison « leur » parait si naturelle, quand on la paie, « qu’ils » sont douloureusement surpris devant un type propre « ils » ne comprennent pas.,.)

C’est la conjuration des paysans communistes qui empêchent d’enchérir à la vente judiciaire d’un fermier. L’un d’eux se rend acquéreur du matériel, du bétail et d’un stock de blé pour 112fr. 50, bien entendu, le tout reste à la ferme et le tour est joué.

C’est enfin « l’histoire d’un jeune chômeur » qui, réduit au pire dénuement et méprisant l’embrigadement fasciste qui spécule sur sa misère ; trouve, enfin, dans le Parti communiste des gens qui lui disent. : tu n’es pas seul. Il y a dans ce dernier épisode — ici, tant pis, le cinéaste reprend le dessus — des choses remarquables au point de vue technique, ou plutôt que le cinéma capitaliste nous a habitués, à appeler comme ça, mais qui, dans ce film, ne sont que l’irradiation d’une sincérité souveraine.

Images de vérité, pathétique et solennel avertissement jeté aux ouvriers et aux paysans par des hommes courageux, sûrs de leur technique puissant et probe, vif remous de pensée libre et d’air pur, qui bouscule, balaie, éparpille, met en déroute les pauvres petites conventions où s’acharne le cinéma enchaîné — œuvre non de prédication, mais vécue par ses producteurs au rythme de ceux pour qui ils ont travaillé, art dont les racines même, se confondent avec l’élan et avec l’espoir d’un peuple en marche — voilà les mots, qu’on peut écrire hâtivement à minuit, après cette inoubliable soirée où se profilait, dans la lueur dansante de l’écran, le masque volontaire, des jeunes gardes.

H. T.

 « La Vie est à nous » dans Paris-Soir

Paris-Soir du 14 avril 1936

Paris-Soir du 14 avril 1936

LES PRESENTATIONS : « La Vie est à nous »

paru dans Paris-Soir du 14 avril 1936

Fidèles à la ligne de conduite de notre journal, désireux avant tout de rester vis-à-vis du public des informateurs impartiaux, nous ne porterons aucun jugement sur La Vie est à nous, nous contentant simplement d’exposer ce qu’est ce film et pour quelles fins il a été réalisé.

La générique avertit le spectateur que ce film est l’œuvre d’une collectivité d’artistes, de techniciens et d’ouvriers.

En fait, au point de vue mise en scène, il a été dirigé par Jean Renoir, et sur l’écran, personnages épisodiques, on reconnaît Gaston Modot, Nadia Sibirskaïa, Jean Dasté et Jean-Paul Dreyfus.

La Vie est à nous est un film de propagande communiste, mais, contrairement aux films soviétiques, où cette propagande est contenue dans l’histoire, il s’agit ici de propagande directe.

L’oeuvre est morcelée en plusieurs parties. La première donne un aperçu général sur les richesses de la France, la seconde montre la lutte entre le communisme et le fascisme, avec des scènes ayant pour but de ridiculiser les leaders des groupes de droite.

Suivent quelques sketches consacrés au développement d’un journal du parti, aux 200 familles, à l’exploitation des ouvriers par les patrons et au recrutement des jeunesses communistes. L’apothéose finale, c’est le défilé, à l’écran, de tous les chefs de l’extrême gauche.

La Vie est à nous, destiné à la propagande électorale, ne passera pas en public. M. Marcel Cachin, sénateur de la Seine, l’a présenté dernièrement, en privé, au cinéma du Panthéon.

Serge Berline

 

 « La Vie est à nous » dans Comoedia

 

Comedia se fera l’écho du tournage de La Vie est à nous mais curieusement le passera quasiment sous silence une fois le film terminé.

 

Comoedia du 16 mars 1936

Comoedia du 16 mars 1936

 

Comoedia du 2 avril 1936

Comoedia du 2 avril 1936

 

Comoedia du 21 septembre 1936

Comoedia du 21 septembre 1936

M. Jacques DUCLOS  écrit à M. SALENGRO pour protester  contre l’interdiction de « LA VIE EST A NOUS »

paru dans Comoedia du 21 septembre 1936

On sait que le film de Jean Renoir La Vie est à nous a été interdit dans de nombreuses communes de la banlieue parisienne et des départements. Nos lecteurs n’ignorent pas que ces interdictions ont fait l’objet de commentaires passionnés. On peut citer la lettre que notre confrère Henri Jeanson écrivit à M. Jean Zay, ministre de l’Education nationale, par l’organe de Ciné-Liberté.

La controverse autour de La Vie est à nous reprend à nouveau, et aujourd’hui, c’est M. Jacques Duclos, vice-président de la Chambre, qui écrit à M. Salengro, ministre de l’Intérieur.
M. Jacques Duclos, commentant ces interdictions imputées aux instructions du ministère de l’Intérieur, termine ainsi sa lettre à M. Salengro :

« Je ne puis croire à l’existence de telles instructions qui seraient du reste contraires aux diverses procédures (notamment un arrêt de la cour de Strasbourg), réglementant les séances cinématographiques privées et contraires aussi à l’assurance donnée par votre collègue M. Jean Zay, ministre de l’Education nationale, à une délégation du groupe parlementaire de notre parti communiste.
Aussi, je vous prierais de bien vouloir intervenir rapidement pour que des directives soient données aux commissaires de police concernant la projection du film La Vie est à nous, qui, je le répète, n’a aucun caractère subversif. »

 

 « La Vie est à nous » dans Ce Soir

Voici deux encarts paru dans le quotidien de Louis Aragon à propos de la projection de « La Vie est à nous » à Londres et à Hollywood.

Ce Soir du 21 avril 1937

Ce Soir du 21 avril 1937

 

Ce Soir du 04 août 1937

Ce Soir du 04 août 1937

Pour finir voici dans La Semaine à Paris du 23 octobre 1936, l’annonce de l’Assemblée Constitutive de Ciné-Liberté avec la participation de Jean Renoir, Gaston Modot, Jean Painlevé, Jean Cassous et Françoise Rosay la femme de Jacques Feyder.

La Semaine à Paris du 23 octobre 1936

 

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Pour en savoir plus :

Le site de Ciné-Archives qui gère le fonds audiovisuel du Parti communiste français.

Nous vous conseillons les pages consacrées à La Vie est à nous, au parcours du Front Populaire,

Dans le cadre des 80 ans du Front Populaire, La Vie est à nous est projeté le 24 juin à l’Auditorium du Petit Palais (Paris) mais aussi au Forum des Images les 13 et 27 mai.

D’autre part Ciné-Archives sort un coffret Triple-DVD + Livre regroupant plusieurs films de l’époque dont bien sur La Vie est à nous.

La fiche sur La Vie est à nous sur le site Autour du 1 Mai ainsi que celle sur Ciné-Liberté.

« L’Internationale » dans La Vie est à nous.

La Bande Annonce du coffret DVD « La Vie est à nous, Le Temps des cerises et autres films du Front populaire ».

 

 

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