« Elle est Bicimidine » de Edmond Greville et J.B Brunius (Cinégraphie 1927)


Elle est Bicimidine est un court-métrage invisible (a-t-il seulement été terminé ?) né de la collaboration entre le réalisateur Edmont T.Gréville et le journaliste/acteur/réalisateur Jacques-Bernard Brunius.

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Ces quelques photogrammes illustrant sont les seules témoignages existant de ce petit film d’avant-garde qui aurait été le premier film du réalisateur sous-estimé Edmont T.Gréville.

Le terme Cinéma Pur employé par Auriol dans l’article fait référence à ces oeuvres d’avant-garde qu’ont tourné Germaine Dullac, Man Ray, Fernand Léger

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Cet article et ces photogrammes sont donc les seuls témoignages de cette oeuvre disparue.

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  • Mis à jour le 25 avril 2016 –
  • Lucien Logette de la revue Jeune Cinéma me signale que Elle est Bicimidine était plutôt un canular monté par Gréville et Brunius qui faisait partie de la revue littéraire Jabiru, dans laquelle écrivait également  Jean-George Auriol. L’idée était de se moquer du Cinéma Pur qui était beaucoup représenté à l’époque dans la revue Cinégraphie.

 

Cinégraphie de Décembre 1927

Cinégraphie de Décembre 1927

Un film perdu : Elle est Bicimidine

paru dans Cinégraphie de Décembre 1927

Nous ne voulons ni présenter, ni commenter ces deux pages.
Elles sont par elles-mêmes assez éloquentes. Mais s’il était une Revue dans laquelle le droit de cité devait leur être accordé, c’est bien dans celle-ci qui ne se pique cependant pas, quoique l’on en pense ou que l’on en écrive, d’être avant-gardiste, mais qui a la fierté d’être avant tout une tribune libre.

Un film bien fait n’est jamais perdu pour tout le monde. Il y a des films qu’on ne peut voir parce qu’ils n’existent pas. Celui dont je tiens à parler a été réalisé en dépit de toutes les difficultés en avril dernier, et ses 250 mètres seraient plus profitables à bien des gens que la vision de douze grands films mis bout à bout.

Cinégraphie de Décembre 1927

Cinégraphie de Décembre 1927

Un beau jour, on vint demander à Bernard Brunius et à Edmond Gréville de composer, dans le délai le plus réduit, un petit film destiné à servir de fond à un des ballets du spectacle de certaine compagnie italienne d’avant-garde dont ils ignoraient les desseins artistiques. Brunius et Gréville virent là le moyen de donner corps à certains projets qu’ils avaient souvent rêvé d’exécuter.

Après 24 heures de discussions et d’attentes, au cours desquelles ils faillirent tout envoyer au diable, on leur donna une manière de contrat et les moyens de prendre des vues. En moins d’une heure, ils mobilisèrent l’atelier de Pierre Kéfer comme studio, Léon Ardouin comme opérateur et, à la nuit tombante, pendant que Brunius étudiait au garage Banville les mouvements et les habitudes d un ascenseur qu’on peut voir maintenant en vedette dans un grand film, Edmond Gréville parcourait à 80 à l’heure, avec des coups de freins mortels quand il pensait avoir attrapé un angle de prise de vues au passage, les alentours de Versailles, à la recherche de plans naturels.

Cinégraphie de Décembre 1927

Cinégraphie de Décembre 1927

Le lendemain, au petit matin, assistés de Simone Élizabeth, ils commencèrent à tourner les images en plein air. L’après-midi, je ne sais plus pourquoi, il leur fut impossible de travailler. Pendant la journée suivante, ils durent réaliser en hâte toute la partie minutieuse de leur œuvre, et ils se mirent au montage le jour d’après. C’est à ce moment que j’ai pu voir Elle est Bicimidine, que j’ai senti ce que ce film apportait au cinéma, apprécié tout ce qu’avaient visé les auteurs, et assisté au sabotage de leur travail.

C’est, en effet, à l’instant où Bernard Brunius et Edmond Gréville commençaient à voir clair dans le résultat de cette improvisation, où le mouvement intérieur et extérieur du film était, à peu de chose près, mis au point, que l’esthète italien à qui était confiée la direction artistique de la compagnie futuriste entra dans le jeu. Il avisa alors les réalisateurs que le film devait s’enchaîner avec le ballet dans lequel il allait être intercalé, et donna de confuses et incroyables indications. Il fut insensible à l’harmonie de formes et de lumières qui naissait du film à la projection d’un premier montage. Il fallut sur le champ introduire des vues de petits cœurs en carton, un « yeu de la femme sur le lécran » (sic) et autres plaisanteries moins inoffensives, d’un symbolisme douteux et d’une avant-garde un peu spéciale.

Cinégraphie de Décembre 1927

Cinégraphie de Décembre 1927

Je suis peiné d’avoir seulement pu montrer les quelques images qui accompagnent ces mots, j’ai déjà eu beaucoup de difficultés à les obtenir. Isolées, fixées, figées, elles suggèrent mal le mouvement réellement enchanteur qui conduit Elle est Bicimidine ; elles révèlent faiblement ces enchaînements et transformations miraculeux de formes d’une variété inconnue, qui constituaient un étonnant ravissement pour l’œil en même temps qu’une bonne satisfaction de l’esprit.

Cinégraphie de Décembre 1927

Cinégraphie de Décembre 1927

Cinéma pur ? Nous sommes fort éloignés, avec cette bande, de Picratt chez les Cachalots, de Premier Amour, de Zigoto et les Contrebandiers, de Douglas au Pays des Mosquées, de Pur-sang Aérien, films qui, eux, appartiennent exactement à ce qu il faut nommer le cinéma pur.

C’est un essai de cinéma abstrait qu’ont tenté Brunius et Gréville. Essai au cours duquel ils ont, à plusieurs endroits, merveilleusement réussi à créer des formes et des ensembles de volumes qui, dans la magie d’une lumière habilement dispensée, forment un spectacle appartenant rigoureusement au domaine du cinéma et donnent une émotion intellectuelle, sans jamais, pour cela, utiliser des souvenirs ou des suggestions concrets.

Cinégraphie de Décembre 1927

Cinégraphie de Décembre 1927

Quand on songe aux conditions matérielles, morales, financières (la compagnie quitta Paris sans payer complètement même les frais de travail du film) dans lesquelles les animateurs ont dû se forcer à cette inspiration obligatoire, on désire furieusement la récompense morale d’un effort si dangereux.

On ne projeta pas le film parce qu’au dernier moment, l’on s’aperçut que la scène de théâtre où avait lieu le spectacle, ne possédait pas le recul nécessaire à une projection par transparence. Oui.

Cinégraphie de Décembre 1927

Cinégraphie de Décembre 1927

Depuis le mois d’avril donc, Elle est Bicimidine est à l’ombre. Cette remarquable tentative doit être présentée. Nous nous y emploierons de toutes nos forces.

J. G. Auriol

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

 

Pour en savoir plus :

Le site sur Edmond T. Gréville.

Critique du DVD des courts-métrages de Jacques-Bernard Brunius (Doriane Films) sur le site Le Poignard Subtil.

 

Extrait de Remous avec Lyne Clévers chantant « Aimer » de Edmond T.Gréville.

 

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