Entretien avec André Antoine par André Lang (La Revue Hebdomadaire 1923)


Nous avons publié précédemment la seconde partie d’une série d’entretiens qu’André Lang fit paraître dans La Revue Hebdomadaire en 1923, avec Marcel L’Herbier et Louis Delluc que vous pouvez lire ici.

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Cette fois-ci, nous décidons de mettre en ligne le premier de cette série, un entretien avec l’un des grands oublié des cinéastes français des années vingt : André Antoine, homme de théâtre (le Théâtre Antoine à Paris, c’est lui) mais également cinéaste, adepte du naturalisme en cinéma. A cette époque, André Antoine se désole de voir le cinéma français si bas, « la bêtise des scénarios dépasse tout ce qu’on peut imaginer ». 

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André Antoine a des idées sur le cinématographe iconoclastes (qui ont fait scandale à l’époque, voir plus bas) mais parfois assez pertinentes comme lorsqu’il souhaite tourner un film à plusieurs caméras et dans l’ordre de l’histoire. Surtout il fait référence dans cet entretien à son film maudit, tourné en 1920 et que Pathé a refusé de sortir le jugeant trop documentaire :L’Hirondelle et la Mésange. Il faudra attendre 1982 !! pour que la Cinémathèque française le restaure et le sorte en salle. C’est un film magnifique que tout amateur de l’Atalante de Jean Vigo doit avoir vu, malheureusement un DVD devait être édité mais n’est jamais sorti. Ce film est donc retombé dans l’oubli…

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Cet entretien fit grand bruit à l’époque comme en témoigne cet article paru dans Cinémagazine du 8 juin 1923 de Jean Pascal que nous publions ci-dessous.

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ENTRETIENS CINÉMATOGRAPHIQUES
II – INTERVIEW D’ANTOINE
Le Cinématographe contre l’art

paru dans La Revue Hebdomadaire du 02 juin 1923

Toute vérité est bonne à dire.

Aimez-vous les interviews ? Mais pourquoi les aimez-vous ? Par amour de la documentation ? Afin d’agrandir le champ de vos connaissances ? Ou par curiosité des hommes ? Si cette dernière raison l’emporte,suivez-moi, nous verrons du pays ensemble et nous ne nous ennuierons pas. Je suis comme vous : c’est l’homme qui m’intéresse, non ce qu’il peut répondre à brûle-pourpoint aux questions les plus diverses. Si elle n’a pas un but caché sous son but apparent, qu’est l’interview ? Une opération mécanique, à la portée du premier phonographe venu.

Or, Dieu merci, l’interview est un sport magnifique, une manière de cambriolage intellectuel, où le journaliste ne doit presque rien au hasard et peut se sentir de loin maître du jeu, quelle que soit la distance qui le sépare de son partenaire involontaire. Que de fleurs à cueillir sans se baisser, que de réponses offertes à des questions qu’on n’eût jamais songé à poser, quels éclairages, et quelles échappées étonnantes sur le fond humain ! On est là, correct, silencieux, approbateur, dans un fauteuil, et un homme, qui, le plus, souvent, croit seulement vous ouvrir sa porte et vous fournir de la copie, vous convie soudain au spectacle le plus attachant qui soit. Ah ! le  dialogue sous-jacent, l’inexprimé, messieurs de la Chimère, les voilà ! Quel admirable métier !

Je n’aurai pas, après cela, le front d’écrire qu’en publiant ces Entretiens cinématographiques, je songe à dévoiler l’avenir réservé au septième art, en France et à l’étranger. La vérité est que sur un sujet à surprises et encore mal défini, le cinéma, j’ai voulu interroger sans but et sans programme quelques personnalités compétentes, quelques chercheurs, quelques habiles, quelques sourciers, assuré à l’avance que cela fournirait plaisante matière à discussions et à rêveries. Si la moisson est plus abondante que je ne le crois, tant mieux ; je m’en réjouirai le premier.

M. ANDRÉ ANTOINE

De sa fenêtre, il voit la Seine, le Louvre, la Conciergerie, le roi malin de la poule au pot à cheval sur son terre-plein, le vrai Paris, la vieille ville, détente, charme, poésie; mais il voit aussi de sa fenêtre, correctif, frein, avertissement, les magasins de la Samaritaine. Ah ! c’est un homme qui sait choisir ses décors et « se créer une atmosphère ». Il y a un oranger dans la salle à manger où il travaille comme il reçoit, ce qui est déjà une idée.

Mais le Louvre et la Samaritaine en toile de fond, il n’y a pas à dire, c’est très fort.

Le cinéma est bien bas… la bêtise des scénarios dépasse tout ce qu’on peut imaginer… ça ne durera pas toujours, parce que le public a maintenant besoin d’aller dans les salles. Alors, on réagira mais quand, mais comment ? Aujourd’hui, c’est la misère, le règne du mélo, du feuilleton, du boulevard du Crime…

Un geste a étendu le linceul sur la production courante ; un geste magnifie l’effort à fournir.

Et pourtant, que n’y a-t-il pas à tenter et à réaliser ! Dès qu’on fait appel aux écrivains et aux artistes on change de pays, immédiatement…

— Croyez-vous que les écrivains aient le sens de ce qui convient à l’écran ? (question idiote, bien sûr,mais opportune)

Parbleu ! Il n’y a qu’un art ! Les écrivains et les poètes pourraient sauver le cinéma, mais rien à faire ! les exploitants les redoutent, les bannissent… Quand je suis arrivé chez Pathé, j’ai appelé Alexandre Arnoux. Il avait un scénario étonnant : La Cathédrale… l’enfantement et la vie de Reims à travers les siècles… et puis la fin sous les obus. Une chose inouïe. Ils n’en ont jamais voulu. Rostand avait eu l’idée d’une Marseillaise magnifique. Un film de propagande tel qu’on n’en rêve pas… Ni l’État, ni Pathé n’ont marché, bien entendu.Trop cher, toujours trop cher. On ne trouve pas cent mille francs à risquer sur un scénario neuf, mais on donne des paillions à ce roublard de Diamant-Berger pour tourner ses Trois Mousquetaires où il n’y a rien. Alors !

« Oui, sans doute, cela change un peu. Aux régisseurs d‘hier qui crèvent de faim ont succédé aujourd’hui des metteurs en scène plus intelligents et plus cultivés, les Baroncelli et les Léon Poirier. Mais ils ne sont pas venus au cinéma par amour, par vocation. Ils y sont venus parce qu’ils n’avaient encore rien réussi ailleurs. Ce qu’ils donnent est lamentable. Jocelyn, Jocelyn!! honteux !.

C’est exact, ce que fait Raymond Bernard est fort intelligent, et fort adroit… Oui, Delluc, L’Herbier, des gens qui ont du goût… mais que de complications inutiles ! Comme c’est plus simple qu’ils ne le croient… Remarquez qu’ils ont tous réalisé des progrès techniques indiscutables. On peut à présent considérer que tout le monde sait photographier, ou presque… Du côté technique, il n’y a pas à se plaindre, ça marche, ça marche

« Le maître, c’est Gance, notre seul cinéaste. Un photographe prodigieux, le Photographe avec ungrand P… S’il se contentait de mettre en scène de vrais scénarios conçus par des écrivains, ce serait peut-être un homme de génie. Mais voilà, il les écrit ! Cela nousvaut cette folie dans le sommaire qui s’appelle J’accuse et les enfantillages de la Roue. Seulement, comme technicien, comme photographe, c’est un maître.

« Voilà le danger, voyez-vous, et contre quoi ilest bien difficile de lutter, le metteur en scène s’improvisant, se décidant créateur. Regardez Griffith, l’as des as. Il sait ce qu’est un film, il lui imprime le mouvement, la vie, — rappelez-vous Intolérance — il surveille lui-même le montage et le découpage, — essentiel ! — il ne laisse rien au hasard ou à l’imprévu, mais tout cet effort magnifique est dépensé pour quoi ? Pour une histoire ridicule pour une ânerie sentimentale. Encore a-t-il la chance d’être servi par une interprète extraordinaire,cette petite Gish inconsciente, sans une ombre de métier ni de talent, mais à qui il suffit de paraître avec ce visage inouï, sourire aux lèvres ou larmes aux yeux, pour enchanter ou bouleverser toute une salle.

Examinez de près ce que valent les scénarios des films à succès, c’est à pleurer. Il est évident que Robin des bois, sur l’échelle des valeurs, c’est très bas, avec tout de même cette subite trouée du détail vrai, le coup de dents dans le gigot ! Douglas est toujours Douglas, la séduction même mais son ambitieux Robin n’est qu’une transposition du Signe de Zorro et de la Journée mouvementée, un prétexte à prouesses éclatantes, une manifestation de souplesse et d’élégance athlétiques. Sympathique comme il l’est avec cette impression de force saine qu’il dégage et son charmant sourire de garçon boucher, Douglas ferait au music-hall la même carrière magnifique qu’à l’écran…

Mais comme auteur de scénarios. On m’a bien dit que Chaplin voulait tourner Hamlet… Ma foi, pourquoi ne pas le croire ! Qu’il est triste de revoir ses premiers films… et pourtant, comme nous avons ri ! Aujourd’hui seuls les enfants s’amusent avec la même naïveté. Il nous faudrait autre chose.

— Et Charlot nous a valu toutes ces imitations, ces comiques.

Horrible ! Pathé est un bien grand coupable ! Lui est une de ses tristes inventions… Et Rigadin ! C’est l’infamie ! Mais ces messieurs ont décidé que ce serait drôle. Et le public subit et digère tout.

« Certes, je ne méconnais pas les graves difficultés financières de l’industrie cinématographique ni la gêne que lui apporte l’incompréhension tracassière du gouvernement. Avec un pareil fil à la patte on ne saurait aller très vite. Mais ce n’est pas une explication, à peine une excuse. Il faudrait d’abord commencer par changer du tout au tout les méthodes de travail. Ah ! si j’avais seulement vingt ans de moins, c’est une bataille qui me tenterait… D’abord, je vous le répète, à la base, le respect de l’écrivain, de l’artiste, de l’homme qui apporte l’idée… Ensuite, une troupe d’artistes…

J’ai cru que le théâtre et le cinéma exigeaient des interprètes différents. C’est une erreur. Seulement, il faut travailler avec amour. Les artistes de théâtre viennent tourner, mais comme on fait un extra, et sans connaître un mot de l’histoire. J’ai été le premier à faire taper mes scénarios et à les distribuer aux interprètes. On ne fait rien de bien sans ordre et sans fièvre... Or, songez que pour d’apparentes raisons d’économie, on tourne les films sens dessus dessous et au plus complet mépris du mouvement. Un jour tous les intérieurs, le lendemain les plein-air en forêt, puis arrêt brusque de six mois pour défection du principal interprète appelé à jouer la comédie sous d’autres cieux, puis reprise des plein-air en montagne. Comment réaliserait-on quoi que ce soit de présentable dans ces conditions ? Impossible. Il y a une progression dans l’enfantement. Il faut la suivre ! Il faut aller chercher son décor ! Il faut aller vivre à l’aventure ! Sans cela on accouche d’enfants morts.

« Voyez-vous, quand je suis entré chez Pathé, j’avais l’espoir d’y jouer un rôle.

Arrêtons-nous quelques instants. J’ai besoin ici de vous faire une confidence. J’admire M.Antoine, mais je ne l’admire pas tous les jours. Quelquefois, en lisant ses billets et ses feuilletons, j’ai l’impression que son esprit critique est en défaut et qu’il n’a pas regardé, avant d’écrire, les magasins de la Samaritaine. Je lui en veux alors stupidement de ne pas sentir ce que je sens, comme j’en voudrais à un homme de ma génération, —car il est si jeune qu’on oublie facilement son âge. Et je me dis, biffant en une seconde tout ce que je lui dois certainement sans le savoir : « Non, on exagère avec Antoine… Tout de même, il n’y a pas que lui, etc., etc. » Mais lorsqu’il m’est donné de l’écouter et de le voir, et d’entendre par exemple une phrase de l’ordre de celle-ci :
Voyez-vous, quand je suis entré chez Pathé, j’avais l’espoir d’y jouer un rôle… la raison me revient, et je m’apostrophe à peu près ainsi :

« Imbécile ! Prends le temps de la réflexion ! Voilà un homme qui, chaque fois qu’il voulut tenter quelque chose de grand, fut écrasé par l’argent et qui serait aujourd’hui millionnaire s’il eût commercialisé son incroyable activité ou s’il eût seulement accepté de vivre le cou pelé dans quelque forteresse moderne. Cependant il ne désarme pas. Qu’une nouvelle bataille se prépare, il veut en être, il en sera. L’expérience d’hier, si durement acquise, il la rejette, il n’y pense plus. Et jusqu’à l’heure inévitable de la déception, il n’y aura pas de propagandiste plus enflammé ni plus confiant. Tu en connais beaucoup, de ces hommes-là ? Combien en nommerais-tu après lui ? Cherche les costauds sans peur et sans reproche du monde des théâtres, à Paris, en l’an de grâce 1923. Allons, mon petit garçon, tu ferais mieux de te taire. »

Et je me tais. Non, n’est-ce pas, c’est magnifique ! Cet homme arrivant chez Pathé frères et se disant : « Je vais les convaincre. Je vais les conduire à me laisser faire.» Ce qu’il y a de plus magnifique, c’est qu’en effet, comme il l’avoue, s’il avait eu vingt ans de moins, la vigueur physique à côté de son courage intact, il y fût peut-être parvenu ! Un instant, il aurait pu nous donner l’illusion d’une victoire de la foi sur l’intérêt. Après, la nuit serait revenue plus opaque et plus dense naturellement, mais nous aurions conservé le souvenir des éclairs et attendu plus patiemment un nouvel orage.

J’étais sans argent. Decourcelle vient me chercher. « Le cinéma ? Oui, ça m’intéresse, mais je n’y connais rien. — Pas d’importance. Vous vous y mettrez. C’est votre nom qu’on demande. » J’accepte. Pendant un an, je regarde. Et peu après, je fais tourner mon premier film. Oui. Enfin !. Que voulez-vous, il n’y avait rien à faire. Je l’ai dit à Pathé : « Vous n’entendez rien au ciné. Sans doute, vous êtes un gas. Le monsieur qui a élevé cette usine, c’est quelqu’un. Je salue. Mais pour le ciné, non, c’est autre chose, et vous n’y comprenez rien. » Gaumont ? même chose. Un industriel de première force, un administrateur sans contredit, un chercheur et un chef, mais à ne pas sortir de son rayon.

C’est lui qui dit : « Je n’ai pas besoin de scénarios ni d’artistes. » Il a Louis Feuillade. C’est Pathé qui offrait d’essayer les hommes nouveaux, auteurs et metteurs en scène, sous condition qu’ils couvrent la moitié des frais à supporter. Insensé !. D’une part, un gaspillage énorme, gouvernemental, pour des âneries ; d’autre part, une peur maladive de risquer la plus petite somme, si le rendement n’est pas certain… Oh ! ça crèvera,ça crèvera fatalement, mais nous sommes dans la sale période

« Le ciné, c’est une question de relief et d’attitudes. Il faudrait pouvoir prendre les scènes avec cinq ou six opérateurs, faire travailler les artistes sous le feu croisé des objectifs et savoir choisir ensuite les meilleurs gestes, les expressions les plus vraies. C’est élémentaire , c’est logique. Seulement, cinq ou six opérateurs, c’est cinq, six fois plus cher qu’un seul, vous comprenez, et on s’en passe. Gance le fait pourtant.,, mais aussi quels résultats ! »

Depuis le début de l’entretien, il est calé dans son fauteuil, une jambe pliée sur l’autre, presque immobile. Un haussement d’épaules par-ci par-là, pour marquer sa lassitude, une avancée de la lèvre pour l’écœurement et un clignement pour la joie, voilà tout. A peine un mot plus haut que l’autre. Il paraît que dans le Roi Lear il n’était pas bon. Mais, chez lui, je vous assure, il est fameux.

J’avais eu l’idée d’un film… la vie des bateliers, dans les Flandres, sur les canaux. J’envoie Grillet devant, chercher le décor. J’arrive ensuite avec les artistes. Nous partons d’Anvers sur notre péniche et nous remontons l’Escaut. Magnifique ! Comme tout avait été tourné en marche, toutes les photos vinrent en relief. Saisissant… L’histoire était dure… un drame très simple… ça finissait par l’enlisement d’un homme dans la vase, une nuit… et le lendemain la péniche filait à nouveau, tranquillement, dans la lumière et le silence. C’était très beau… Au retour, on présente ça à l’usine.., et l’on me dit : — Mais ce n’est pas un film, »

Le petit sourire de M. Antoine, à cette minute, est une chose unique.

« Et je réponds : — Mais non, monsieur, ce n’est pas un film. Mais si vous voulez, on peut ajouter une taillerie de diamants à Amsterdam et une descente de police dans un bar de Londres. » Voilà. Et le film n’est jamais sorti..

« Des hommes pourraient parler utilement ; les journaux craignent pour leurs recettes. Quand Comœdia s’est transformé, j’ai dit : « Demandez donc deux chroniques par mois à Benjamin sur le cinéma. — Et les contrats ! a lancé l’administrateur. Je crois qu’ils ont bien tort. »

Et moi donc ! Et je parierais fort que cette interview de M. Antoine, qui ne plaira pas à tout le monde, ne privera pourtant pas d’un seul spectateur les films les plus niais de la semaine.

Après avoir quitté M. Antoine, je gagnai le boulevard Saint-Michel et m’installai pour prendre mes notes en déjeunant, à la terrasse d’un petit restaurant au nom frais. Comme je finissais, je vis passer un être inouï, un loqueteux hâve au poil gris, musette au côté, et qui fumait une pipe de quatre sous. Il avançait d’un même pas traînard et sans regarder personne. Je ne l’observais déjà plus, lorsque soudain il obliqua, et se glissa péniblement sous une table voisine de la mienne que des clients venaient de quitter. Je le vis ramasser un petit croûton de pain noirci dont un chien n’aurait pas voulu, puis un plus gros qu’il atteignit malaisément sous un barreau de chaise, inquiet de sa maladresse et redoutant l’arrivée du garçon. Il se releva en frôlant, sur ma table, une assiette pleine d’un pain blanc dont je n’osais pas lui offrir et qu’il ne daignait pas voir. Sans les regarder davantage, il glissa le gros croûton dans sa musette et commença de manger le petit en s’en allant, barrant d’un malaise mon estomac pourvu.

Il n’y a de toute évidence aucune apparente relation entre le cinéma, mon interview de M. Antoine et ce banal croquis de misère. Pourtant, il m’est apparu que je devais respecter ici les mystérieuses combinaisons du hasard et qu’il me fallait rapporter, après cette conversation obtenue, ce geste surpris. Celle-là n’est que savoureuse, et celui-ci est poignant. Il n’empêche : tous deux sont vrais. C’est probablement ce qui m’empêche de sentir le ridicule qu’il y a sûrement à les rapprocher.

André Lang

(A suivre.)

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Cinémagazine du 8 juin 1923

Cinémagazine du 8 juin 1923

Le Nihilisme Cinématographique de M. A. Antoine

paru dans Cinémagazine du 8 juin 1923

M. André Lang commence cette semaine, dans « La Revue Hebdomadaire », la publication d’interviews sur le cinématographe.
A vrai dire l’avenir du cinéma importe peu à notre confrère, et il l’avoue sans détour puisqu’avant même de reproduire les paroles de M. Antoine, par qui il a commencé son enquête, il nous informe que : «c’est l’homme qui l’intéresse, non ce qu’il peut répondre à brûle-pourpoint aux questions les plus diverses ».
M. Antoine — son interview le prouve grandement, — n’avait rien, au point de vue cinématographique, à apprendre à M. Lang, ni à personne. Si sa personnalité théâtrale est en dehors de toute discussion, il n’en est pas de même de ses idées touchant le cinématographe ! Venu beaucoup trop tard, trop vieux aussi, à un art très jeune — qu’il ne comprend pas — M. Antoine vitupère à tort et à travers les productions de tous ordres ainsi que les artistes. En cela il a bien tort ! Il a surtout tort de ne pas se souvenir qu’à plusieurs reprises on lui fit confiance, qu’on ne lui ménagea alors, quoi qu’il dise, ni temps ni argent, et qu’on le fit assister de techniciens qui devaient suppléer à son inexpérience.
Qu’est-il sorti de ses productions ? Que nous ont révélé Le Coupable, Les Travailleurs de la Mer, La Terre ou l’Arlésienne ?
Rien d’intéressant, aucun apport personnel, pas même une innovation.

Il ne s’est malheureusement trouvé personne pour dire à M. Antoine, ainsi qu’il le faisait lui-même jadis à ses artistes :
Vous êtes mauvais, Monsieur Antoine, vous n’entendez rien à la composition cinégraphique !
Celui qui rénova le théâtre moderne, qui ouvrit cette merveilleuse fenêtre que fut le Théâtre Libre n’a rien saisi du cinéma.
Dans une de ces boutades, dont il est coutumier, il ne craint pas d’avancer que c’est seulement le jour où on ne fera plus de photographie que le cinéma deviendra intéressant ?
Ne juge-t-il pas Gance un photographe prodigieux ; Jocelyn, une chose honteuse !…
Ses compliments, par contre, vont à Raymond Bernard, à Raymond Bernard qui n’ayant pas même compris l’œuvre de son père, l’a trahie en faisant de l’indécis Triplepatte un être ridicule, un fantoche ; Raymond Bernard qui ne sauva Le Costaud des Epinettes — car où est le costaud ? — que par une bonne photographie et une excellente interprétation !
Il passe sous silence Boudrioz qui nous donna l’Abri, et Hervil, et les Russes : Mosjoukine, Volkoff, Tourjanski qui sont intéressants ; Feyder qui réalisa Crainquebille, et Mme Germaine Dulac dont la Souriante Mme Beudet est véritablement une chose très neuve.

M. Antoine n’a pas même saisi l’effort des novateurs, les recherches des Delluc et des l’Herbier qu’il juge intelligents — sans plus — compliqués inutilement ; mais il s’extasie sur la conscience de Griffith qui « surveille lui-même le montage et le découpage d’un film ». Je ne connais, à part M. Antoine, aucun metteur en scène français qui ne surveille le montage et le découpage de ses bandes. J’en connais aussi, ne lui déplaise, qui cherchent eux-mêmes leurs extérieurs et qui aiment le cinéma auxquels ils donnent tous leurs efforts, parce qu’ils savent — ceci n’est pas une révélation — que c’est un art jeune, neuf, dont la grammaire est incomplète.

Ceux-là seuls ont le droit de révéler les tares qui entravent l’effort de la cinégraphie parce qu’ils les combattent eux-mêmes, et qu’ils montrent le bon exemple.
M. Antoine n’a pas le pouvoir de donner des leçons à personne parce qu’il n’a rien appris et qu’il n’a rien à enseigner.

Jean Pascal

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

 

Pour en savoir plus :

L’Hirondelle et la Mésange sur le site de DVDCLASSIK.

Une critique très intéressante sur L’hirondelle et la mésange (en anglais) sur le blog IThankYou.

Freddy Buache présente « L’hirondelle et la mésange ».

La première vague 1 : Delluc et Cie (Cinéastes de notre temps) du 05 avril 1968 sur le site de l’INA.

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