Mouloudji et Les Disparus de Saint-Agil (Pour Vous 1938) 2 commentaires


Au moment où Pathé édite en version restaurée ce classique du cinéma, il nous a semblé intéressant de ressortir cet interview de Mouloudji en 1938 après le tournage du film de Christian-Jaque: Les Disparus de Saint-Agil. Il avait 16 ans au moment du tournage du film.

Du coup nous avons rajouté les articles et critiques publié dans Pour Vous à propos des Disparus de Saint-Agil.

Par Vous du 7 décembre 1938

Pour Vous du 7 décembre 1938

« Nous avons vécu un vrai roman » nous dit le petit Marcel Mouloudji, interprète des Disparus de Saint-Agil.

paru dans Pour Vous daté du 7 décembre 1938

Marcel Mouloudji est l’aîné et il prend la parole plus volontiers qu’André, son frère : celui-ci affirme, proteste, opine et, en vrai petit homme, jauge avec ou sans tendresse les producteurs, suivant leur régularité. André, lui, parait plus réservé : assez rêveur même, et qui nuance ses réponses. Mais l’un et l’autre ont de larges sourires de francs petits chenapans, d’épais sourcils et des yeux noirs de Méditerranéens, un je ne sais quoi de délié et de simple qui prouve qu’ils ont évité le piège habituel à quoi s’achoppent les enfants prodiges.

Les Mouloudji, vous les connaissez : vous les avez vus dans la Guerre des boutons, dans Claudine à l’école, au théâtre même (Marcel joue en ce moment chez Dullin, André a joué au Théâtre des Arts): Mais c’est surtout dans les Disparus de Saint-Agil qu’ils ont pu s’en donner, comme ils le voulaient, à cœur joie.

Ça, c’était autre chose que du travail, m’explique posément Marcel. Ce qu’on a pu s’amuser ! Pendant tout un mois, au studio de la Villette. Je parle pour moi. Je jouais un grand rôle, j’étais vedette. André, lui…
Ça va, ça va, interrompt André, sans se fâcher. J’y ai fait simplement de la figuration, c’est entendu. Mais, d’abord, j’ai été vedette ailleurs. Ensuite, ça m’a permis de voir que tu joues comme un pied… Laisse-moi tranquille ! Et, troisièmement, pour ce qui était de faire du boucan, de resquiller au restaurant et de mettre Christian-Jaque en fureur, j’ai tenu mon rôle aussi bien que toi.
On était une tapée de gosses, avec Serge Grave, Claudio, tant d’autres. Il y a eu des batailles : Claudio venait avec sa robe de chambre sur le plateau, on le charriait. Et il se mettait en rogne quand on pénétrait dans sa loge, vous pensez bien qu’on ne s’en privait pas…

Pour Vous du 7 décembre 1938

Pour Vous du 7 décembre 1938

Marcel Mouloudji, Serge Grave et Claudio

 

Je pense à ce qu’a dû être ce mois de studio : les impatiences et les colères de Christian-Jaque et de ses collaborateurs en présence d’une bande de petits démons mis soudainement en face de ce jouet merveilleux : un studio de cinéma à l’œuvre. Et j’imagine que ces gosses, par leur animation, leurs histoires, leurs mystères, créaient l’atmosphère qu’il fallait à Christian-Jaque.

Mais, si j’entends bien, pour les Disparus de Saint-Agil, il y a eu autre chose, que les Mouloudji m’expliquent avec des bouts de phrases maladroits et que, peu à peu, je saisis.

Comprenez-vous, on avait lu, avant, le bouquin de Pierre Véry, commence Marcel.
Ce qu’il écrit bien, Véry ! Ça, c’est des histoires ! surenchérit André.
On l’avait même lu avant qu’on sache qu’on allait le tourner : comme ça, parce que c’est une histoire de vrais gosses, pas un de ces romans idiots où il ne se passe que des choses invraisemblables. Le Club des Chiche-Capon et le voyage en Amérique, c’est du vrai, ce n’est pas de l’imagination…

Pour Vous du 7 décembre 1938

Pour Vous du 7 décembre 1938

Serge Grave 

Et comme on comprend leur émerveillement ! Que ceux qui, dans leur enfance, ont fait leurs délices des romans de Jules Verne imaginent qu’un jour on soit venu leur offrir de vivre leurs livres préférés, d’en reconstituer, intégralement, les images…
C’est là le miracle qui est arrivé à Marcel et à André Mouloudji et à leurs camarades, pour les Disparus de Saint-Agil.
A la fin, on était fâché que cela doive se terminer. On aurait volontiers recommencé…

Pour Vous du 7 décembre 1938

Pour Vous du 7 décembre 1938

Eric Von Stroheim et Claudio

Je ne m’étonne guère que les Disparus de Saint-Agil, au cinéma, aient amplifié le succès qu’avait obtenu le livre de Pierre Véry et que les enfants — les petits et les grands, eux et nous — aient suivi à l’écran, avec une curiosité passionnée et un peu anxieuse, avec un sentiment de complicité même, les aventures merveilleuses qui se déroulent dans le collège de Saint-Agil ; comment pourrait-il en être autrement d’un ouvrage qui a été « joué » pour de bon — joué au sens qu’on attache à ce mot quand on le rapporte aux enfants : c’est-à-dire vécu mieux, plus complètement, plus profondément surtout, qu’on ne vit la réalité, ce miteux théâtre dépourvu de riches accessoires et de simples miracles…

Non signé

Pour Vous du 7 décembre 1938

Pour Vous du 7 décembre 1938

Critique des Disparus de Saint-Agil

paru dans Pour Vous du 20 avril 1938

Pour Vous du 20 avril 1938

Pour Vous du 20 avril 1938

(Mention A)
AH ! de nouveau un bon film français !
De la cohorte de nos jeunes metteurs en scène, M. Christian-Jaque devait un jour se détacher. Voilà qui est fait. Il a eu d’abord la chance de tomber sur un scénario intéressant, tiré du roman de Pierre Véry. Une intelligente adaptation de J.-H. Blanchon fut son second atout. Enfin, il a su réunir les artistes qu’il fallait : Erich von Stroheim, Michel Simon, Aimé Clariond, Le Vigan, Armand Bernard, Jacques Derives et Génin sont vraiment les personnages de leur rôle et chacun d’eux exactement à sa place. Pas une femme. Tout au long du film, pas trace d’un jupon. Mais une troupe d’enfants de huit à quinze ans, à la tête desquels Serge Grave, Mouloudji, que révéla la Guerre des gosses, et Claudio.

Ce sont ces deux derniers gosses qui disparaissent mystérieusement d’un lycée de province. Le troisième petit mousquetaire, Baume, va se transformer en détective pour retrouver ses camarades. Tous trois se réunissent, la nuit, dans la classe d’histoire naturelle, pour parler d’aventures et de voyages. Le professeur de dessin Lemel en sait long sur la disparition de Sorgues et Macroy, mais il meurt, lâchement assassiné. Avec l’aide du professeur d’anglais, Baume découvrira l’existence d’une bande de faux monnayeurs dont Lemel faisait, contre son gré, partie. Tous les gosses délivreront le plus jeune disparu, enlevé par les bandits qui craignaient qu’il ait trouvé leur cachette. L’autre avait seulement fait une fugue. Quant au chef de la bande, je ne vous révélerai pas qui il est, pour ne pas vous enlever votre anxieux plaisir.

Il y a beaucoup d’atmosphère dans ce film.
Le dosage du frisson et du rire donne une part beaucoup plus large au frisson, j’avoue avoir été saisi à plusieurs reprises, et si quelques invraisemblances nous heurtent et quelques petites longueurs nous lassent, il n’en reste pas moins vrai que ce film comptera parmi les meilleures productions françaises de ces dernières années.

Serge Veber

Pour Vous du 20 avril 1938

Pour Vous du 20 avril 1938

Critique des Disparus de Saint-Agil

paru dans Pour Vous du 4 mai  1938 dans la rubrique La Parole aux Spectateurs

Pour Vous du 4 mai 1938

Pour Vous du 4 mai 1938

SIMONE B. (Rochechouart) :
« Est-ce parce que le cadre d’une pension est, partout, toujours à peu près le même ? Est-ce parce que Christian-Jaque a été influencé par Zéro de conduite ? mais les Disparus de Saint-Agil m’ont évoqué à plusieurs reprises le film de Jean Vigo, et cela sans être désavantagé. (Au fait, pourquoi ce film a-t-il été interdit ? Je l’ai trouvé beaucoup plus anodin que Mâdchen in Uniform.)

Les Disparus de Saint-Agil est vraiment un film réussi, alerte, palpitant, soutenu par un solide scénario, une photo qui est de premier ordre sans pousser à l’excès, et une excellente distribution. Félicitations à Armand Bernard à qui je vais faire ce que je considère comme un grand compliment : je n’ai pas oublié son interprétation des Dieux s’amusent (un film qui n’a pas eu le succès qu’il méritait !) et je crois qu’il pourrait acquérir une place égale à celle que s’est taillée Larquey.

Quant à Stroheim, chaque fois que je le retrouve, il me stupéfie : je l’ai vu dans la fantastique Symphonie nuptiale, dans Folies de femmes puis, dans la Grande Illusion, l’Alibi… Ses possibilités sont étonnantes tant il est capable d’endosser n’importe quelle chair humaine avec tous ses tics, et cependant de rester lui-même. Pourquoi ne lui confie-t-on pas un scénario ?
Question d’argent ? »
(Il faudrait le lui demander! répond malicieusement le journaliste en charge de cette page. ndlr)

 

Source : Bibliothèque numérique de la Cinémathèque de Toulouse

Pour en savoir plus :

Le générique des Disparus de Saint-Agil

L’analyse du film sur le site de DVDCLASSIK ainsi que le test du combo DVD/Blu-ray édité par Pathé.

 


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