Inauguration du Paramount-Opéra (Cinémagazine 1927) 1 commentaire


C’est dans le n°49 de la revue Cinémagazine daté du 09 décembre 1927 que l’on trouve cet article sur l’ouverture de la salle de cinéma le Paramount-Opéra, le plus beau cinéma d’Europe d’après le journaliste (devenu depuis le Gaumont-Opéra toujours en activité).

Cinémagazine du 09 décembre 1927

Cinémagazine du 09 décembre 1927

Le Paramount, le plus beau cinéma d’Europe

PARIS possède enfin une salle digne de lui, la plus belle d’Europe, je crois, qui soit consacrée au cinématographe.
Sur l’emplacement du Vaudeville qui, lui-même, avait remplacé, en 1869, l’hôtel Sommariva, au coin du boulevard des Capucines et de la rue de la Chaussée-d’Antin, s’élève aujourd’hui le plus confortable et le plus délicatement luxueux des cinémas européens.

Nous avons récemment consacré un article au dernier né des établissements new-yorkais : « Le Roxy », nous en avons dit toutes les particularités, nous en avons signalé toutes les innovations, il est juste qu’aujourd’hui, au lendemain de l’ouverture du « Paramount », nous étudions et louions comme il convient ce nouveau temple du cinéma.

Cinémagazine du 09 décembre 1927

Cinémagazine du 09 décembre 1927

C’est le 10 août 1926 que fut coulé dans les fondations le premier seau de béton armé. Depuis cette date une équipe d’ouvriers comprenant jusqu’à 500 hommes travailla sans relâche à l’édification du « Paramount ». Dans les trois sous-sols se trouve la machinerie pour la ventilation, l’électricité et le chauffage. Le dernier est enfoui à treize mètres de profondeur, en cuvelage étanche, dans le lit de la Grange-Batelière qui passe également sous l’Opéra.

La salle contient deux mille places réparties en un orchestre à plan incliné et deux balcons qui viennent mourir, par une dégradation savante, de chaque côté de la salle, de telle sorte qu’on peut voir les spectateurs autant que le spectacle.
La scène a douze mètres de large sur huit de profondeur et l’écran une superficie de quinze mètres carrés.
La fosse d’orchestre, contenant 35 musiciens, est placée à trois mètres au-dessous de l’orchestre, mais son plancher, monté sur vérins électriques, est susceptible d’être élevé jusqu’au niveau de la scène pour l’exécution de certains morceaux et de solis.

Les orgues, spécialement construites par Wurlitzer, peuvent à la fois exécuter les morceaux les plus classiques et reproduire l’instrumentation d’un jazz et tous les bruits naturels et mécaniques.

Cinémagazine du 09 décembre 1927

Cinémagazine du 09 décembre 1927

Du luxe de ce théâtre, du goût que déployèrent MM. Bluyssen et Verity et les décorateurs nous avons déjà longuement parlé et tous les spectateurs du Paramount peuvent l’apprécier, mais il est une chose que soignèrent particulièrement les constructeurs du « Paramount », c’est la ventilation, donc l’hygiène de la salle.

Les vingt mille mètres cubes d’air nécessaires sont renouvelés entièrement six fois par heure, en partie par de l’air frais capté à vingt-cinq mètres au-dessus du sol, et en partie par l’air de la salle elle-même, mais lavé, purifié à l’aide d’appareils spéciaux, rafraîchi en été et réchauffé en hiver.
L’air destiné à la salle passe d’abord dans un turbo-compresseur et est envoyé dans la salle dans le sens de haut en bas. L’air frais, par exemple, traverse donc la couche à rafraîchir, entraîne les impuretés, est aspiré par des ventouses dissimulées très habilement, repart à son point initial, où il est de nouveau lavé et purifié et prêt ainsi à un nouveau circuit. Un tel système de ventilation et de chauffage assure un maximum d’hygiène et de sécurité.

Cinémagazine du 09 décembre 1927

Cinémagazine du 09 décembre 1927

Lorsque nous aurons dit que l’éclairage, fourni par cinq mille lampes, est distribué de telle façon que l’atmosphère de la salle et de ses dégagements est des plus reposantes, que l’orchestre, sous la direction de Pierre Millot, ne comprend que des virtuoses, que le personnel parfaitement stylé ne sollicite aucun pourboire, nos lecteurs seront assurés qu’il sont certains de trouver au Paramount le summum de confort, de bien-être, de délassement et de plaisir qu’un établissement puisse offrir à ses spectateurs.

Et ceci est une grande victoire du cinématographe. Espérons que l’exemple du « Paramount » sera bientôt suivi de nombreux autres, tant à Paris que dans nos grandes villes de province, car nous manquons de belles salles capables d’attirer et de retenir un public. Et sans public… il n’y a pas de cinéma.

Jean de Mirbel

Cinémagazine du 09 décembre 1927

Cinémagazine du 09 décembre 1927

Dans le numéro précédent Jean de Mirbel avait rendu compte de l’inauguration du Paramount.

Cinémagazine du 2 décembre 1927

Cinémagazine du 2 décembre 1927

L’Inauguration du Paramount

paru dans le n°48 daté du 2 décembre 1927 de Cinémagazine

Ce fut ce qu’il est convenu d’appeler une soirée très parisienne que celle de l’inauguration du Paramount.
La gloire de ce temple du théâtre que fut le Vaudeville est heureusement rappelée dans le hall principal par une plaque qui commémore la carrière de l’illustre Réjane qui y triompha, et la direction de Porel qui dirigea ce théâtre pendant de nombreuses années.

Que dire d’autre de ce nouvel établissement, si ce n’est qu’il émerveilla tous les privilégiés qui l’inaugurèrent, tant par son luxe sobre que par le souci du confort qui présida à son édification.
Aucun abus des ors et des staffs, mais de larges dégagements, une décoration d’un luxe délicat, des fauteuils spacieux et tous bien placés, un orchestre remarquable, un organiste de premier ordre, un personnel comme peu de théâtres en possèdent.
Le comité d’organisation qui avait composé la salle n’avait pas invité que de fervents cinéphiles et il nous semble bien cependant que beaucoup des hôtes de la Paramount eurent la révélation de ce qu’était un réel spectacle cinématographique et que tous deviendront d’assidus habitués de cette salle, véritablement digne du boulevard.

Parmi tant de personnalités reconnues que nous ne sommes pas habitués à rencontrer dans de telles manifestations, citons au hasard MM. Bouisson, président de la Chambre, Albert Sarraut, Bokanowski, Fallières, Louis Marin, les maréchaux Foch et Pétain, le général Gouraud, MM. les ambassadeurs Marquis de Crewe, Souza Dantas, Alvarez de Toledo, Von Hoesch, MM.Philippe Berthelot, de Fouquières, Delsol, Chiappe, comte de Beaumont, comte de Noailles, baron Henri de Rothschild, marquis de Castellane, Mmes la princesse de Ligne, duchesse de Grammont, marquise de Ganay, comtesse de Chevigné, baronne Robert de Rothschild, marquise de Saint-Sauveur, Mmes Colette, Mistinguett, Zambelli, et quelques-unes des plus belles artistes : Suzanne Bianchetti, Rachel Devirys, Dolly Davis, Jeanne Helbling, Michelle Verly, etc., etc.

On parla longuement et longtemps de toutes ces merveilles au Café des Capucines où se retrouvèrent pour souper de nombreux invités. La littérature, le théâtre, le music-hall…. et le cinéma fraternisèrent autour des rouges écrevisses et du savoureux caviar. Mme Mistinguett et M. Earl Leslie n’étaient-ils pas tout proches de Louis Aubert, d’Abel Gance et de Henri Diamant-Berger ? Mmes Colette et Sarah Raffale, MM. Pierre Wolff et André de Fouquières ne voisinaient-ils pas avec Rachel Devirys, Jean Pascal, Jean Bertin et Blanche Montel ?
On se serait cru à une grande première d’avant-guerre.
N’est-ce pas un grand succès pour le cinéma ? Un succès plein de riches promesses ? Réjouissons-nous-en.

J. DE M.

Le premier film distribué au Paramount (Cinémagazine 02.12.27)

Le premier film distribué au Paramount (Cinémagazine 02.12.27)

 

Publicité pour le Paramount (Le Temps du 26.11.27)

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Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

Pour en savoir plus :

Le Paramount-Opéra sur le site Silverscreens.

Le Paramount-Opéra (devenu le Gaumont-Opéra) sur le site Salles-Cinéma.com.

Le Théâtre du Vaudeville avant qu’il ne devienne le Paramount sur le site Vergue.

Le rapport entre le Paramount et Louis-Ferdinand Céline ? le blog Le Petit Célinien vous dit tout ! (le « Tarapout »).

 


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Commentaire sur “Inauguration du Paramount-Opéra (Cinémagazine 1927)

  • Claude Guilhem

    À Toulouse, seules deux salles furent remarquables dans leur conception architecturale et décorative d’ influence « Art Déco ».
    Le GAUMONT-PALACE jusqu’en 1953 avant sa rénovation; et précisément son plus proche voisin de la place Wilson le PARAMOUNT, qui vendu en 1935 à la M.G.M. poursuivit une distinguée et éblouissante carrière sous le nom de PLAZA jusqu’à sa démolition en janvier 1964.
    Que reste t il de tout cela dites le moi ? pourrait chanter Trénet, à part quelques photos jaunies…