Micheline Presle (Pour Vous 1940)


C’est le 22 août dernier que Micheline Presle a fêté ses 93 ans.

Aussi, nous ne voulons pas manquer l’occasion de rendre hommage à sa carrière impressionnante en vous proposant les deux premiers articles que lui consacra la revue Pour Vous les 17  janvier 1940 (n°583) et 07 février 1940 (n°586) à l’époque où elle n’avait été remarqué que dans le film de G-W PabstJeunes filles en détresse.

Nous avons ajouté également sa première couverture pour Pour Vous le 17 avril 1940 (n°596).

Signalons que ce style d’article est révélateur de l’évolution de la presse cinématographique en ces temps de guerre où le ton est résolument léger.

 

Un quart d’heure de culture physique avec Micheline Presle

paru le 07 février 1940 dans le n°586

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Bavardant l’autre jour avec Micheline Presle, toujours désireux de pénétrer dans l’intimité des artistes, je lui demandai:
— faites-vous de la culture physique, le matin ?…

Je dus lui paraître complètement stupide: elle me regarda, moitié étonnée, moitié amusée. Elle me répondit, cependant :
Mais bien sûr, cher ami ! Il faut garder sa ligne, voyons ! Et c’est presque une obligation pour une vedette, surtout pour moi qui mange comme dix et engraisse comme vingt !

Je lui posai encore une question, pour connaître quelle était sa méthode.
La mienne, dit-elle simplement.

Ce laconisme, digne d’un communiqué officiel, réclamait quelques précisions. Je la priai donc de m’expliquer. Mais là, Micheline (Miquette pour ses intimes) objecta :
Vous savez, rien ne vaut de voir les choses pour les comprendre…
— Très juste.

Je partageais entièrement l’avis de Micheline. D’ailleurs, j’avais pris rendez-vous avec elle pour le lendemain malin, afin d’être présent à sa séance de culture physique. Et ce qui m’a été permis de voir pendant une heure me prouva suffisamment que Micheline Presle avait, en effet, une conception assez personnelle de la culture physique…

Car pour elle cela ne comprend pas seulement des exercices de gymnastique, cela comprend aussi tous les soins d’hygiène et de beauté au réveil. Je l’ai vue s’appliquer sur son gentil visage des onguents de toutes sortes, voire des escalopes et des jaunes d’œufs, avec la même maestria qu’un maquilleur professionnel… J’allais le lui reprocher : c’était de l’imposture… Devinant mes pensées, Micheline précisa, d’une voix ingénue :

Bâiller, s’étirer, se retirer des bigoudis confectionnés dans du papier journal…, se peigner, s’oindre, se laver, s’habiller, se maquiller, n’est-ce pas de… la culture physique ?
En effet. L’astuce est ingénieuse. Ah! petit amour de Micheline !

Quant à la « vraie » culture physique, Micheline Presle la pratique, d’une façon à la fois étonnante et burlesque, dans une tenue de plage — frêle soutien-gorge et léger short — qui lui va à ravir.
J’ai choisi quelque chose de décolleté, on est mieux à son aise, explique-t-elle.

Il serait maladroit de la contredire. Elle nous donne ainsi nettement l’impression que les beaux jours sont revenus et, si l’on contemple ses yeux, que le ciel est d’un bleu magnifique…

Les barres parallèles, ce sont deux chaises; les haltères, des fers à repasser; la barre fixe, la tringle des rideaux de la salle à manger; et la corde à nœuds, des draps noués entre eux, accrochés au plafonnier du salon.
Ne faites pas attention, s’excuse Micheline Presle, je suis un peu folle !

Quelle joyeuse fantaisie dégage de sa personne ! La voilà qui fait maintenant ses mouvements, les uns classiques, les autres inédits : les pieds au mur, le pont, la roue, de l’équilibre sur une corde à linge, nageant sous un fauteuil et sur un tapis, tournant comme une toupie sur un abat-jour, excentricités remarquables à tout point de vue.
C’est excellent pour la santé, m’avoue Micheline Presle.

Peut-être… Mais je crois sage d’avertir ceux ou celles qui voudraient l’imiter. Ces mouvements ne figurent dans aucun manuel de culture physique, même revu et corrigé par le docteur Bobo ou le professeur Piéniclé. C’est une exclusivité Micheline Presle. Aussi leur conseillerais-je de lui demander un aperçu de sa méthode, bientôt brevetée et déposée au registre du commerce !… Micheline Presle se fera certainement un grand plaisir de l’envoyer, avec une aimable dédicace, accompagnée d’un sourire charmant, un sourire de petite fille délicieusement jeune et adorablement jolie…

Bertrand Fabre

Trois nouveaux visages du Cinéma français

paru le 17  janvier 1940 dans le n°583

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L’année qui vient de s’écouler a apporté quantité de troubles à notre pauvre planète, « la machine ronde qui a perdu la boule », comme on disait aux environs des années 19, quand on croyait avoir tout vu — et on n’avait pas encore tout vu, fichtre non !

En échange, au cinéma français, outre un certain nombre d’ouvrages de valeur qui confirmaient notre primauté en Europe, 1939 avait apporté l’offrande printanière d’un certain nombre de jeunes vedettes dont on pouvait — et on peut — tout attendre.

C’est le hasard qui nous fait réunir, ici, trois d’entre elles, trois fleurs ravissantes de cette guirlande : Micheline Presle, qu’on a vu dans « Jeunes filles en détresse » et qu’on va voir dans « le Paradis perdu », Irène Corday, l’Irène Corday de «Thérèse Martin », et Claire Jordan, qu’on a vu débuter à l’écran, et d’aussi aimable façon, dans « Tourbillon de Paris ».

Or le hasard est toujours bon maître ; et, par l’assemblage formé ici, il semble vouloir décrire les trois tons du climat singulièrement attirant, où se façonne le tempérament de nos interprètes.

Micheline Presle : image rêveuse et mélancolique de l’adolescence vouée aux doux mirages.

 

Micheline Presle (Pour Vous 1940)

Micheline Presle (Pour Vous 1940)

Irène Corday : le pathétique d’un jeune cœur déjà bouleversé par l’orage des sentiments.

 

Irène Corday (Pour Vous 1940)

Irène Corday (Pour Vous 1940)

Claire Jordan : le rire clair, aux couleurs de l’innocence, où s’exprime la joie de vivre.

 

Claire Jordan (Pour Vous 1940)

Claire Jordan (Pour Vous 1940)

Mais on serait mal venu de cantonner chacune de ces débutantes de qualité entre les limites tout de même étroites que paraissent dessiner les lignes de ces images : le rire n’est pas étranger à Irène Corday, ni le songe à Claire Jordan, et Micheline Presle sait apprécier ,la joie de vivre.

Mais ce triptyque, ces trois faces d’un tempérament un et indivisible, n’est-ce pas aussi une image assez significative de la France toujours jeune ?

Micheline Presle en couverture de Pour Vous du 17 avril 1940 n°596

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Voici l’encart qui figure en page 2 de ce numéro.

Dans la vie, Micheline Presle est un « bon copain ». Ses amis adorent cette petite fille un peu « fofolle », très « enfant terrible échappée du couvent ».
Micheline Presle était au couvent, il y a deux ans à peine. Mais elle n’a pas précisément le goût de l’étude. Elle n’aime que le cinéma.

Elle a fait ses débuts dans Jeunes filles en détresse, où elle se fit tout de suite remarquer. Elle tourna ensuite avec Abel Gance le Paradis perdu, film qui n’a pas encore affronté le public, Un soir d’alerte et, tout dernièrement, Elles étaient douze femmes, d’Yves Mirande, sous la direction de Georges Lacombe. Elle vient de partir pour l’Italie où elle tourne dans la Comédie du Bonheur.

***

Source : Bibliothèque numérique de la Cinémathèque de Toulouse

Pour en savoir plus :

la belle page biographique sur Micheline Presle sur le site de l’Encinémathèque.

 

Micheline Presle dans La Comédie du Bonheur de Marcel L’Herbier avec Louis Jourdan (1940).

Le documentaire Les Trois Glorieuses de Henry-Jean Servat et Pierrick Bequet en 2010 a réuni pour la première fois Micheline Presle avec Danielle Darrieux et Michèle Morgan.

 

 

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