Leurs Vacances (Pour Vous 1935) 1 commentaire


Le site La Belle Equipe va pour quelques semaines se mettre au repos. Quoi de mieux que de se remémorer du coup à quoi ressemblait les vacances des stars françaises en 1935 ?

Bien sur, nous resterons dans notre domaine à travers cette article au ton badin de Pour Vous publié le 18 juillet 1935 (n°348).

Pour Vous 18.07.1935

Pour Vous 18.07.1935

Leurs Vacances

On parle beaucoup de pêche dans les studios en ce moment :
« Tu ne crois pas qu’on serait mieux à la pêche ?
— Si au moins ça se tournait sur un bateau, pendant les pauses on pourrait pécher !
— Tu as pris quelque chose, dimanche, à la pèche ?…

Albert Préjean (Pour Vous 1935)

Albert Préjean (Pour Vous 1935)

Ce sport tranquille compte beaucoup d’adeptes… dans la voie lactée… entendez « parmi nos étoiles ».
—  Sport tranquille, sport tranquille, c’est bien vite dit ! me jette Charles Vanel par-dessus l’épaule — un peu comme il jetterait sur l’herbe un goujon trop petit.
Mais je connais depuis longtemps cet homme sympathique, cet ami d’autant plus précieux qu’il se livre moins aisément, pour me laisser décourager par une boutade. J’attends. Sans insister. J’attends… et j’ai raison.
La pêche, reprend-il de lui-même, c’est un sport qui demande de l’habileté, de la patience et du silence. »
(Aïe !) Un petit sourire fait danser ses yeux verts et remonte ses lèvres (du côté qui tient la pipe, c’est assez amusant).
—  Et ça nourrit son homme ! ajoute-t-il.

Gabriel Gabrio (Pour Vous 1935)

Gabriel Gabrio (Pour Vous 1935)

Raymond Cordy et Albert Préjean, grands amis de Charles Vanel avec qui ils font dans le Midi, et parfois à Vincennes, d’impressionnantes parties de boules, partagent son goût pour la pêche. Pêche à la ligne, pêche en mer, selon ce que permettent les circonstances. Tous deux sont des habitués du Vagabond, le joli yacht à voile et à moteur que Vanel — il n’est pas Breton pour rien —manœuvre comme un marin de profession.
Il m’est arrivé une histoire, à bord de ce Vagabond ! me confie Raymond Cordy. J’étais à Nice, où nous tournions Toboggan. Dans la journée, notre metteur en scène m’avait laissé entendre que je ne tournais pas le lendemain : aubaine !… Tout de même — car je suis un gars consciencieux — je vérifie le tableau de service avant de quitter le studio. Tout allait bien, mon nom n’était pas inscrit ! Le bateau de Charles était au port, j’embarque, je dîne, je dors sur place, et vers les cinq heures du matin nous prenons le large. Quelle belle pêche !… Jusqu’à dix ou onze heures, on est heureux comme des rois — comme des rois qui n’auraient pas de soucis gouvernementaux et qui auraient une bonne bouillabaisse en perspective. Et puis le temps se gâte, on rentre. Un yacht de la même catégorie que Le Vagabond essaie de nous gratter : vous pensez bien qu’on ne se laisse pas faire !… Je vous prie de croire qu’on offre de belles régates en spectacle au groupe dont la présence sur la jetée, fouettant notre amourpropre, nous donne un surcroît de courage. Nous arrivons bon premier », je saute sur le quai, tout gonflé d’orgueil, j’attends les ovations. Eh bien ! ça n’a pas été ça du tout !… Pour une raison que j’ai oubliée aujourd’hui, mais qu’alors j’ai trouvée mauvaise, le tableau de travail avait été modifié… et le groupe qui suivait d’un œil intéressé nos évolutions et nos prouesses se composait du metteur en scène, du régisseur, de l’opérateur, de l’assistant et des camarades… A les entendre, j’ai eu l’impression qu’ils étaient deux mille… et pendant un bon moment, j’ai regretté de ne pas être dans un coin perdu de l’Ile-de-France, à pêcher à la ligne au bord d’une rivière paisible — tout seul !…»

Charles Vanel, Raymond Cordy, Gaston Modot (Pour Vous 1935)

Charles Vanel, Raymond Cordy, Gaston Modot (Pour Vous 1935)

C’est à Berlin que Gabriel Gabrio, autre grand pêcheur devant l’Eternel — pêcheur à la ligne — va passer son été. Mais à la veille de son départ, il s’est offert une journée de vacances : le matin, il a participé à un concours de pêche à Anet, et l’après-midi, sans concours, il est allé pêcher à l’étang de Dreux, où il prit un plein seau de poissons.
Mais le matin, il n’en prit pas un seul !… Il est vrai que le gagnant… n’avait à son tableau qu’une demi-douzaine d’ablettes !…

Suzy Vernon aime l’eau… De vraies vacances, pour elle, se passent de préférence au bord de l’eau — ou sur l’eau. Les planches d’un yacht sous les pieds… ou même grimpée dans les cordages… elle est contente. Elle nage comme un poisson… mais ne dédaigne pas non plus les paisibles week-ends dans la campagne.

Cette année, peu de bateau pour Suzy Vernon, pas de long voyage pour elle : ses vacances seront brèves, mais elle est bien contente tout de même, car elle va, ces jours-ci, commencer Touche-à-tout. Et comme le scénario est de Roger Ferdinand, que le metteur en scène est Jean Dréville, et qu’elle a gardé un souvenir particulièrement heureux d’Un homme en or, Suzy Vernon envisage allègrement l’idée de passer ses vacances… au studio !… Elle se reposera… peut-être… cet hiver !…

Suzy Vernon (Pour Vous 1935)

Suzy Vernon (Pour Vous 1935)

Berval, lui, bien que passant ses vacances (quand il en a) au bord de la Méditerranée, dans sa belle propriété du parc Liserb, à Cimiez, n’est pas pêcheur du tout. Il se contente de jouer aux boules, comme tout Méridional qui se respecte ; c’est même — avec quelques promenades en compagnie de son chien, le célèbre « Monsieur Hercule » — le plus clair de ses occupations. Ce doux farniente a la pleine approbation de sa maman qui tient surtout à ce qu’il fasse honneur aux savoureux repas qu’elle lui prépare.
Mange, mon petit, lui dit-elle. Mange. « Ils » ne t’aimerong pas moinss si tu es eung peu plus grâs ! Meinge »

André Lefaur voit toute l’année, du haut de son balcon orienté vers la Seine et vers le Midi, les saisons et les jardiniers parer diversement les admirables jardins de deux hôtels particuliers que leurs propriétaires n’occupent jamais, et qui semblent ne verdir, ne fleurir, n’embaumer que pour lui. Pourtant, dès que le théâtre et l’écran lui en laissent le loisir, il file vers Samois, et, de longues journées durant, il rêve ou médite en suivant la danse de son bouchon au fil de la Seine. Son voisin d’en face, Marcel Vallée, n’est pas un très bon élève : la patience lui manque et l’immobilité lui met des fourmis dans les jambes !…

Pas très loin de là, Blanche Montel, joyeuse et charmante, réorganise sa maison de Vétheuil : Ces vacances-ci, dit-elle, je me transforme en peintre, en menuisier, en tapissier, et je m’applique à ne pas avaler les clous que, comme un bon ouvrier je tiens entre mes dents… Une de mes joies est de voir revenir à la santé mon brave briard noir que vous connaissez et qui était mal portant cet hiver.
— Et les poules ? et les pigeons ? et les poissons ? et le bain ?
Plus de poules ! Les pigeons sont toujours aussi magnifiques et aussi querelleurs. La Seine me voit tous les jours et je nage avec joie. Mais le poisson… j’ai été à la pêche une fois, c’était tout de suite après l’ouverture, par conséquent les autres n’avaient pas encore tout pris. Malgré quoi rien n’a mordu ! Comme mes chances auraient diminué les jours suivants, je n’ai pas renouvelé ma tentative !

Maurice Chevalier (Pour Vous 1935)

Maurice Chevalier (Pour Vous 1935)

Jacques Feyder et Françoise Rosay jouissent, à Paris, d’un avantage semblable à celui qui enchante Lefaur : sous leurs fenêtres de la rue de l’Université s’étalent, vastes, majestueux, tranquilles, hantés par les rouges-gorges et les merles, les beaux jardins de l’O. N. M. Le buste gris de quelque grand homme y somnole en paix. Parfois, un moineau étourdi pénètre chez les Feyder, par la fenêtre ouverte du salon, et se sauve, en hâte, éperdu de sa méprise.
« Pourvu que l’Exposition ne nous enlève pas tout cela ! Qu’on ne bâtisse pas quelque bruyant et sonore pavillon sur l’emplacement du tranquille jardin de l’O. N. M. ! Il nous faudrait alors fuir à Gambais… »
Car les Feyder possèdent à Gambais une villa dans un jardin si grand que c’est presque un parc, avec un vrai potager, et un petit bois au fond. Leurs trois fils y vivent heureux. Le chien Flambard y dépense son excès de vitalité. Et le jars ne permet à personne d’oublier qu’il est là !…

Françoise Rosay, qui est une véritable championne de bicyclette, fait de grandes promenades avec ses fils dans la forêt de Rambouillet voisine ; le lundi, elle se rend au marché de Houdan où elle rencontre les Gabrio.
Jacques Feyder, plus sédentaire, lorsqu’il ne travaille pas, portes-fenêtres largement ouvertes sur le jardin, s’occupe de ses fleurs, et, parfois, entame avec son épouse et interprète un sensationnel match de tennis. Comme la femme et le mari sont très grands, ont de grandes jambes, de grands bras, une allonge considérable et une détente rapide, les parties sont très disputées…

Doringe

 

Source : Bibliothèque numérique de la Cinémathèque de Toulouse


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Commentaire sur “Leurs Vacances (Pour Vous 1935)

  • Claude Guilhem

    Charles Vanel, une présence qui emplissait tout l’écran. E tune voix profonde qui lui conférait une autorité naturelle.
    Je le revois aujourd’hui dans le film de François Leterrier « Un roi sans divertissement » en 1963, tourné dans ma Région sous la neige.
    Il avait donc 70 ans, et disait à Claude Giraud : »Cet assasin n’est pas un monstre, c’est quelqu’un comme vous et moi ».
    Aujourd’hui Claude Giraud, acteur magnifique approche les 80 ans, et est donc plus âgé que Vanel à l’époque…
    Mais le temps n’a pas de prise sur le Cinéma.
    C’est là une belle revenche, sinon victoire !