L’Invention du Cinématographe (IV), suite (Cinémagazine 1924)


Faisant suite aux trois précédents articles que nous avons déjà publié, l’un des Frères Lumière, l’autre de Pierre Noguès de l’Institut Marey, le troisième  de l’ayant-droit d’Etienne Marey, voici le quatrième paru à la suite dans la revue Cinémagazine le 24 avril 1924.

Il s’agit de la protestation des frères Lumière suite à l’article de l’ayant-droit d’Etienne Marey dans le précédent numéro, puis une mise au point par Léon Gaumont.

A suivre.

L’Invention du Cinématographe (IV)

L’Invention du Cinématographe (IV)

L’INVENTION DU CINEMATOGRAPHE

Une protestation de MM. A. et L. Lumière + Déclaration de M. Léon Gaumont

Il ne nous convient pas d’engager une controverse d’ordre technique avec la signataire de la lettre qui a été publiée dans le dernier numéro de Cinémagazine.
L’inexactitude flagrante de ses allégations est démontrée par les faits, par les écrits mêmes de Marey et par les documents publics de la Société que nous dirigeons. En ce qui regarde le fond de la question, d’ailleurs, le corps éminemment compétent en la matière : — la Société Française de Photographie — a été saisi et nous nous en rapportons entièrement à son jugement.

Nous sommes, cependant, obligés de rompre le silence que nous voulions observer pour protester, avec une énergie indignée, contre certaine phrase véritablement calomnieuse de cette lettre.

Les souvenirs de conversations que l’un de nous aurait eues avec M. Marey, évoqués brusquement à plus de 25 ans de distance par votre correspondante sont — est-il besoin de le dire — de la pure fantaisie. De tels ragots, dont l’inexactitude n’égale que l’invraisemblance, ne mériteraient même pas d’être relevés, s’ils ne constituaient une injure aussi bien envers nous qu’envers la mémoire de Marey lui-même.

Si, en effet, nous avions tenu des propos aussi stupides, il faudrait admettre que Marey, en continuant par la suite, non seulement à nous témoigner son amité, mais aussi à reconnaître la priorité nous revenant dans la réalisation de la projection animée, et en voulant bien qualifier luimême, publiquement, notre cinématographe des termes « admirable invention », se serait rendu complice d’une action déloyale.
Voilà une singulière façon de défendre la mémoire du grand et regretté savant !

En face d’une assertion aussi contraire à la vérité que celle formulée par Mme Bouton, nous nous bornons à déclarer formellement que nous revendiquons personnellement, d’une façon intégrale, l’invention du dispositif cinématique qui constitue le cinématographe Lumière.

A. et L. LUMIÈRE

Paris, le 14 avril 1924
« Monsieur le Directeur,
« Personnellement mis en cause par la lettre de Mme Bouton qui avance que des projections animées ont été données en spectacle public au moyen de l’appareil de Demény construit par notre Maison, avant que MM. Lumière n’aient donné les leurs, je déclare absolument inexacte cette allégation.

« Désireux d’apporter mon témoignage à l’établissement de la vérité, j’affirme que les appareils construits par ma Maison sur les brevets de Demeny pris en 1893 et notamment celui du 10 octobre 1893, n° 233.337, ne s’appliquaient uniquement qu’à la prise de vues. L’addition du 7 juillet 1894, se rapportant à ce brevet et qui s’appliquait à des modifications de détail de la pellicule, ne faisait encore aucune allusion à la réversibilité.

« Ce n’est qu’après les essais de MM. Lumière et les résultats de leurs premières projections animées que Demeny prit, le 25 mai 1895, un nouveau certificat d’addition à son brevet 233.337, dans le but de s’assurer la propriété de ce brevet étendue à la réversibilité. Mais les dispositifs imaginés à la hâte furent incapables de répondre au but poursuivi. « Ce ne fut que par un nouveau brevet, en date du 1 5 juin 1896, portant n°257.257, qu’enfin un dispositif approprié au but fut conçu, mais sa mise au point demanda plusieurs mois. Notre correspondance de cette époque avec Demeny en fait foi.

« Veuillez agréer. Monsieur le Directeur, l’assurance de mes sentiments distingués. »

Léon GAUMONT

N. D. L. R. — Les lettres très nettes de MM. Lumière et Gaumont mettent fin d’une manière péremptoire à la controverse sur l’Invention du Cinématographe. Néanmoins nous publierons un jour prochain le travail très complet que M. Léon Gaumont écrivit, dès 1920, et où se trouve reconnue, avec pièces à l’appui, l’antériorité du Cinématographe Lumière sur le Chronophotographc de Demeny.

 

Source : Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française

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