Le chef-opérateur Georges Périnal (Pour Vous 1932) 1 commentaire


C’est dans le numéro 175 du 24 mars 1932 de Pour Vous que parait cet article sur le chef opérateur Georges Périnal (René Clair, Jacques Feyder, Jean Grémillon, Jean Cocteau, etc.). 

L’année d’après, en 1933, il partit en Angleterre travailler avec Alexandre Korda.

C’est ainsi que Georges Périnal obtiendra en 1940 l’oscar de la meilleure photographie pour Le Voleur de Bagdad de Michael Powell qu’Alexandre Korda avait produit.

Georges Périnal dans Pour Vous 1932

Georges Périnal dans Pour Vous 1932

Parmi  les  techniciens  du  cinéma  :  l’opérateur  Georges  Périnal

Le cinéma est un art où, à ses débuts, l’anonymat a été de rigueur : seuls y échappaient les principaux interprètes — et le reste… c’étaient de vagues mécaniciens photographes qui ne pouvaient, décemment, émettre la prétention qu’on les nommât.

Ensuite, petit à petit, d’autres noms sont venus s’inscrire à leur suite : le metteur en scène, le scénariste, l’opérateur, l’ingénieur du son, le décorateur, etc.. Et ces palmarès sont utiles : ils précisent la conviction (on ne l’avait pas autrefois) que si l’acteur est un élément important de l’œuvre, il n’est pas le seul (sauf exception), et qu’à côté de lui on se doit de nommer ceux qui, souvent, lui permettent d’être ce qu’il est.
Par exemple, l’opérateur.

J’ai voulu aller au studio, pour voir travailler un opérateur qui est, de tous ceux que nous avons en France, le plus connu et le plus habile : Georges Périnal. C’est un homme mince et jeune qui parle doucement, les yeux plissés par un sourire timide, et qui a l’air dépaysé dès qu’il s’éloigne de son appareil. On ne lui entend jamais rien dire : il fait son travail silencieusement, l’œil collé à la caméra, debout, assis par terre, à genoux, ou comme on voudra.

Voici les confidences que j’ai pu soutirer à la modestie de Périnal, au cours d’une conversation à bâtons rompus :
« J’ai commencé par faire de la projection. J’ai toujours été passionné de cinéma, et un beau jour j’ai pu avoir à ma disposition un appareil de prise de vues. Ainsi, pour mon compte, m’étais-je mis à enregistrer des « plein air », des documentaires, quand je rencontrai Jean Epstein. C’est, en somme, Epstein qui m’a fait débuter. Depuis, j’ai travaillé pour Grémillon, Feyder, Clair… d’autres aussi. II m’est difficile de vous parler d’eux.

« Il faut bien comprendre une chose : seul le metteur en scène compte au studio ; l’opérateur, n’est que sa machine. Mais si, mais si… Sans doute, il est des réalisateurs avec qui j’aime bien travailler, vous devinez lesquels ; il en est également, qui m’intéressent moins, mais ce n’est pas à moi d’en parler, et je ne peux pas vous raconter mes mauvais souvenirs puisque, par définition, je ne peux pas en avoir. Certes, parfois nous regrettons que notre travail ne soit pas mieux jugé par les metteurs en scène, et que, par exemple, on ne nous consulte jamais durant la période préparatoire d’un film, comme le fait un René Clair, de rares autres.

« Le plus souvent, on nous appelle sur le set au moment où il faut commencer à tourner, et nous n’avons qu’à nous débrouiller. D’autre part, nous pouvons veiller avec la plus grande attention à la photographie : tous nos efforts sont souvent gâchés par un tirage hâtif ou mal réglé…
N’importe : le responsable est toujours l’opérateur : aussi m’arrive-t-il, après une journée de travail harassant, de voir le soir, à la projection, de la pellicule que je ne peux pas renier et qui me donne de véritables crises de nerfs…

« Ne vous étonnez donc pas si je vous dis que rien ne me satisfait de tout ce que j’ai photographié jusqu’à présent : j’aime bien Gardiens de phare ou Le Million, mais voyez par exemple Les Nouveaux Messieurs, dont on a dit que la photographie était ratée, pour comprendre après coup que ce gris était voulu…

« Je n’ai jamais songé à faire de la mise en scène : je connais trop mes limites. Ce que je souhaite, c’est que notre travail soit facilité par des conférences préparatoires, pendant qu’on « découpe » un sujet. Cela nous permettrait de gagner beaucoup de temps. D’autre part, si je devais donner des conseils à un jeune, je lui recommanderais d’avoir beaucoup de patience, car notre métier est difficile, et pour cinquante films, il y a une centaine d’opérateurs sur les rangs, et une dizaine d’élus en tout et pour tout. Il faut de la persévérance, de la chance aussi, et si la pratique est nécessaire, je crois que de bonnes études sont encore plus utiles : il y a dix mille choses qu’on ne peut pas apprendre au studio.
Après… ne pas trop travailler : j’ai fait huit films en 1931 — c’est trop.

« Quant au mot « photogénique »… mon Dieu, tout le monde l’est, plus ou moins, dans certaines conditions, à certains moments.
C’est là qu’intervient le maquillage : le maquilleur est, avec les électriciens, notre collaborateur intime. Pourtant, certains acteurs peuvent y renoncer : un Jim Gérald, par exemple. Et sans doute le teint d’un René Lefebvre est exceptionnel… La vérité est qu’on pourrait, pour des œuvres dramatiques, renoncer au maquillage : il en est qui l’ont fait. Ce qui compte le plus, c’est la lumière. Et Rouben Mamoulian a parfaitement raison de lui accorder tant d’importance, de s’en servir pour créer une atmosphère dramatique ou comique, en la modérant ou en l’augmentant : mais tout le monde l’a fait avant lui… »

Nino Frank.

Georges Périnal dans Pour Vous 1932

Georges Périnal dans Pour Vous 1932

Source : Bibliothèque numérique de la Cinémathèque de Toulouse

Pour en savoir plus :

Une page (en anglais) sur le site INTERNET ENCYCLOPEDIA OF CINEMATOGRAPHERS.


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