L’Inhumaine de Marcel L’Herbier (Cinémagazine 1924)


Les articles parus dans la revue Cinémagazine entre 1923 et 1925 à propos de L’Inhumaine de Marcel L’Herbier. Nous y avons joint d’autres articles parus dans la presse quotidienne à la sortie du film en décembre 1924.

Marcel L’Herbier tourne L’Inhumaine

paru dans Cinémagazine n°45 daté du 9 Novembre 1923

Tournage de L'Inhumaine (Cinémagazine 9.11.1923)

Tournage de L’Inhumaine (Cinémagazine 9.11.1923)

Minuit… A travers la grande baie du studio Levinsky filtrent des rais de lumière. On travaille encore, à cette heure?… J’entre.
Le studio est tendu d’un bout à l’autre de grandes draperies grises. Au fond, dans une trouée lumineuse, de grandes fleurs de papier figurent une végétation géante qui complète la féerie du décor. Au milieu, une piscine où d’horribles masques simiesques crachent un jet d’eau.
C’est un décor extraordinaire. Un de ces décors comme nous en voyons décrits dans les magazines américains. Tout près de la porte du studio, tant l’espace inoccupé par les tentures est restreint, se tiennent Marcel L’Herbier et son opérateur.
On tourne L’Inhumaine, « féerie réaliste » déclare le compositeur cinégraphique.

Le principal rôle du film est interprété par Georgette Leblanc.
« Elle sera, me dit-on, une illustre cantatrice internationale, une Sarah Bernhardt du chant.
« Dès le début de l’action, elle est entourée d’une série de personnages masculins ayant chacun un caractère et un rôle très poussé.
« Tout le drame vient de ce que cette femme, que l’on accuse d’être inhumaine, n’est pas romantique.
— Bref, c’est comme qui dirait une inhumaine qui serait humaine ?
Profondément humaine. Mais à sa façon et sous l’apparence d’une invincible frigidité.
« Les autres personnages du drame sont Eïnar Norsen, un jeune ingénieur disciple d’Einstein (Jaque Catelain), Djora de Manilha, un fils de Maharadjah (Philippe Hériat), un agitateur unitariste au rôle assez noir (L. V. de Malte), un brasseur d’affaires (Fred Kellermann).
— Le frère de la célèbre nageuse américaine ?
Lui-même. Enfin, Marcelle Pradot interprète, dans L’Inhumaine, non pas un personnage, mais une silhouette, afin de figurer dans la bande de sa compagnie, bien qu’il n’y eût pas de rôle pour elle. »

Décor de L'Inhumaine (Cinémagazine 9.11.1923)

Décor de L’Inhumaine (Cinémagazine 9.11.1923)

 

Je visite le laboratoire d’Eïnar Norsen, le jeune ingénieur disciple d’Einstein. Tout y est noir et blanc, à moins qu’il n’y ait, par-ci, par-là, quelques touches de gris. C’est du cubisme qu’un impressionisme savant a mêlé de rondisme. Je pénètre là-dedans avec l’humilité profonde d’un vulgaire mortel égaré dans l’éther subtil de l’art pur.

Mon informateur complaisant me donne encore quelques explications.
« Nous verrons aussi, dans L’Inhumaine, le Prince Tokio, un jongleur qui jongle avec les pieds et une troupe d’Hindous qui mangent du feu, ce qui fait qu’en somme, il y en aura pour tous les goûts.
C’est la première fois, m’explique-ton, qu’une réalisation cinégraphique réunit les noms les plus en vue de toute l’école moderne en art, musique et littérature.
« Les décors mécaniques (— Ah! ça s’appelle des décors mécaniques?) ont été réalisés par A. de Cavalcanti, un technicien attaché à Marcel L’Herbier. Les maquettes sont du peintre Fernand Léger.
« D’autres maquettes ont été établies par Claude Autant-Lara qui fit les costumes de Don Juan et Faust.
« L’adaptation musicale sera de Darius Milhaud, bien connu pour son audace qu’il a maintes fois affirmée.
« L’adaptation littéraire sera de Pierre Mac Orlan. »

L'Inhumaine (Cinémagazine 9.11.1923)

L’Inhumaine (Cinémagazine 9.11.1923)

L’action de L’Inhumaine comprend plusieurs scènes se déroulant dans une grande salle de spectacle pleine d’un public brillant. Marcel L’Herbier eût l’idée de louer la salle du Théâtre des Champs-Elysées pour un soir, d’y former un programme et de lancer des invitations. Trois mille personnes répondirent à son appel et la prise de vue, assurée par dix opérateurs, fut particulièrement réussie.

Marcel L’Herbier a interrompu Résurrection, dont plus de 2.500 mètres ont été tournés, pour réaliser L’Inhumaine. Quant à Jaque Catelain, qui devait réaliser Les Malheurs d’Anicet, il dût aussi en remettre la date. C’est pour ces raisons et aussi à cause du départ de Mme Georgette Leblanc pour San Francisco qu’on travaille encore, bien qu’il soit une heure…
A six heures du matin, me dit Marcel L’Herbier, nous aurons sans doute fini. Quelques instants après, Mme Leblanc pourra prendre son train. Nous avons travaillé, en onze jours, cent quarante heures! »

J’appris, le lendemain, par un coup de téléphone, que l’artiste était partie et le film terminé.
J. AUGER.

L'Inhumaine (Cinémagazine 9.11.1923)

L’Inhumaine (Cinémagazine 9.11.1923)

Critique de L’Inhumaine

Paru dans Cinémagazine n°31  daté du 1 Août 1924

L’INHUMAINE (film français).

DISTRIBUTION : Claire (Georgette Leblanc) ; Einar (Jaque Catelain) ; le maharadjah (Philippe Hériat). Réalisation de Marcel L’Herbier.
Chacune des œuvres de Marcel L’Herbier est intéressante à étudier. Chercheur infatigable, le réalisateur tend toujours à nous montrer du nouveau, de l’original, à s’éloigner des sentiers battus où les visées commerciales l’emportent le plus souvent sur les intentions artistiques.

Son Inhumaine ne ressemble en rien à ses films précédents. L’Homme du Large, El Dorado, Don Juan et Faust, si appréciés et si discutés, ne s’apparentent pas avec cette aventure fantastique qui, tout en nous rappelant parfois Caligari, diffère énormément de l’œuvre allemande.

La course folle d’Einar à travers les ténèbres magistralement traitée, la soirée du théâtre des Champs-Elysées, peuvent compter parmi les meilleurs tableaux que nous ayons applaudis à l’écran. Une technique audacieuse contribue également à faire de cette féerie moderne une production intéressante.

Mme Georgette Leblanc s’acquitte admirablement d’un rôle difficile. Jaque Catelain en incarnant Einar ajoute un nouveau succès la longue liste de ses créations, et Philippe Hériat silhouette adroitement un Indou inquiétant. Nous reparlerons plus longuement de cette production lors de sa sortie en public.

ALBERT  BONNEAU

L'Inhumaine (Cinemagazine 01.08.1924)

L’Inhumaine (Cinemagazine 01.08.1924)

Entretien avec Marcel l’Herbier (1925)

Paru dans Cinémagazine n°01 daté du 2 Janvier 1925

Entretien avec Marcel L'Herbier (Cinémagazine 02.01.1925)

Entretien avec Marcel L’Herbier (Cinémagazine 02.01.1925)

COMPOSITEURS ClNÉGRAPHIQUES : MARCEL L’HERBIER

A « Cinégraphic ».
Des maquettes de L’Inhumaine. Des décors néo-classiques. Un nouveau film va sortir bientôt. Malgré l’heure tardive, quelle fièvre, quelle intensité de travail. Des gens passent, repassent, affairés… dans ce salon où j’attends Marcel L’Herbier. On entend les sonneries répétées du téléphone… Conversations étouffées : « intérieurs… extérieurs… groupes électrogènes… »
Marcel L’Herbier… Grand, jeune, la main tendue…
Studio de travail : écran miniature, appareils de projection. Marcel L’Herbier parle, dépouille son courrier, répond aux questions, donne des ordres :
— On a prétendu, dis-je, que vous étiez impressionniste… D’autres ont écrit : intimiste. Sur L’Inhumaine, on a apposé l’étiquette : cubiste !… Que pensez-vous de ces opinions ?
On a dit bien des choses sur ce nouveau film…
Et Marcel L’Herbier me tend une brochure où sont groupées en bouquet les opinions des critiques les plus autorisés, selon la formule consacrée. C’est un faisceau d’éloges…

« Mais, ajoute L’Herbier, je n’entends point qu’on m’embrigade dans une école. Cela dépend des critiques… des tendances…
— Chacun cherche à vous tirer à soi…
Et puis, ces écoles ne correspondent pas à la réalité. Pour les uns, je suis classique ; et romantique pour d’autres.
— Romantique : vous l’étiez dans El Dorado par les oppositions violentes de situations…
Pour déterminer exactement la place d’un artiste, il faut attendre sa mort… »

Et L’Herbier sourit en pensant qu’on ne déterminera pas son rôle de sitôt.
— Sans doute, chaque critique essaie d’analyser l’art, et les critiques sont différentes. Aussi bien le metteur en scène peut-il aider les notations… J’ai pensé que vous étiez un admirateur de Carrière
— Ce sont les flous de L’Homme du Large qui provoquent cette opinion. On ne pourra pas dire cela avec L’Inhumaine, qui procède d’une toute autre esthétique. »

Et le novateur qui a créé les balancements, les vertiges, les rappels, qui a présidé à la création de tant de chefs-d’œuvre, conclut :
Mon rôle est de produire. Celui du critique, de me juger… J’accepte tous les jugements.
— Dans vos derniers films, on a remarqué la presque absence de Marcelle Pradot. Loïs Moran et Georgette Leblanc en étaient les vedettes. On s’est ému…
Bien à tort. Dans Feu Mathias Pascal, Marcelle Pradot est la première artiste femme.

… Et je quitte L’Herbier. En passant, je heurte une immense corbeille pleine de papiers froissés où je devine des lettres parfumées d’admiratrices et des offres de petites filles imaginatives qui rêvent de devenir une star, comme Marcelle Pradot qui les a fait pleurer.

RAYMOND-MILLET.

Marcel L'Herbier (Cinémagazine 02.01.1925)

Marcel L’Herbier (Cinémagazine 02.01.1925)

Finalement L’Inhumaine sortira en exclusivité au Madeleine-Cinema le 12 décembre 1924 (si l’on se fie à Wikipédia) et à cet encart paru dans la revue Cinéa le 01 décembre 1924.

L'Inhumaine (Cinea-01.12.1924)

L’Inhumaine (Cinea-01.12.1924)

Néanmoins, une ambiguité subsiste lorsque l’on fouille la presse de l’époque puisque cet encart publicitaire trouvé dans le quotidien Le Temps daté du 03 décembre 1924 nous prouve que la première représentation de L’Inhumaine a eu lieu le 03 décembre 1924 au Madeleine Cinéma.

Le Temps (03 décembre 1924)

Le Temps (03 décembre 1924)

Il semble d’ailleurs que la projection n’ait duré qu’une seule semaine (du 3 au 10 décembre) comme le montre cet autre encart publié dans le numéro du 10 décembre 1924.

Le Temps (10 décembre 1924)

Le Temps (10 décembre 1924)

Finalement cette affiche trouvé sur le site Notre Cinéma nous le confirme.

Affiche de L'Inhumaine au Madeleine Cinéma

Affiche de L’Inhumaine au Madeleine Cinéma

Pour clore cette ambiguité concernant la sortie publique de L’Inhumaine, voici l’encart publié dans Le Figaro du 09 décembre 1924 qui montre qu’à partir du 12 décembre 1924 le Madeleine Cinéma a projeté le film d’Henri King : The White Sister avec Lilian Gish.

Le Figaro (09 décembre 1924)

Le Figaro (09 décembre 1924)

 

Voici une critique du film parue dans Le Petit Parisien.

Critique de L’Inhumaine (Le Petit Parisien du 10 décembre 1924)

On représente l’Inhumaine, de M. Marcel L’Herbier, ce film qui a fait quelque bruit avant son apparition publique. Il a beaucoup d’étrangetés, atteste un goût prononcé pour le cubisme, et le papillotement d’un grand nombre de ses scènes est un peu effarant. Mais il y a là, évidemment, un effort curieux où s’affirment la personnalité et la virtuosité du réalisateur. C’est un chercheur. Il faut qu’il y ait de ces téméraires, secouant, fût-ce en se plaisant dans l’excessif, l’apathie de ceux qui suivent les chemins battus. On ne saurait reprocher à M. Marcel L’Herbier d’être épris de modernité. Il a une riche imagination visuelle.

Ses personnages habitent sans doute des intérieurs singuliers. Ainsi, la cantatrice Claire Lescot donne-t-elle un dîner dans une salle à manger qui est une espèce d’île en damier, à laquelle ses hôtes, qui ont passé par une décoration toute géométrique, n’accèdent que par des ponts jetés sur des canaux où nagent des canards.

Mais où pourrait-on anticiper si ce n’est au cinéma ? Quel laboratoire est aussi compliqué que celui de l’ingénieur Norsen avec ses extraordinaires machines ? Il est vrai qu’on est là en pleine féerie de la science.
Cette « inhumaine », Claire Lescot, n’est pas aussi insensible qu’elle parait l’être. Elle est fort troublée quand elle apprend la mort de Norsen, furieusement épris d’elle, qu’elle avait défié de se tuer. En fait, Norsen, au moment décisif, s’est repris, et il s’est borné à faire croire à son suicide. Il reparaît devant elle et les sentiments de la cantatrice se modifient. Elle, l’orgueilleuse et l’égoïste, elle en viendra peu à peu jusqu’à une conversion qui lui inspirera, au delà de tout intérêt personnel, le dévouement à l’humanité. Elle le payera de sa vie. Mais le laboratoire de Norsen est l’antre des prodiges et, après une terrible épreuve, il la ressuscitera. Si l’on trouve que c’est là un thème un peu fumeux, nous n’en disconviendrons pas. Du moins prête-t-il aux facultés inventives du metteur en scène, ayant multiplié des images qui ne laissent pas que d’être saisissantes et qui ont, parfois, une sorte de grandiose.

Ce film montre que, avec un esprit de hardiesse, on n’est pas au bout des ressources de l’art cinématographique. En dehors de la partie fantastique, des scènes de réalité, comme une manifestation dans un théâtre sont vigoureusement traitées.

Jacques Vivien

L'inhumaine (Le Petit Parisien 10.12.24)

L’Inhumaine (Le Petit Parisien 10.12.24)

 

Critique de L’Inhumaine parue dans La Rampe du 30 novembre 1924

Lors de la présentation de ce film, j’ai dit dans ces colonnes ce que je pense de l’oeuvre de M. Marcel L’Herbier. Aujourd’hui, que son film sort enfin en public, je n’ouvrirai pas un nouveau débat sur la question de savoir qu’est-ce qui est le plus important dans un film : le sujet, l’idée ou sa réalisation.

Je ne ferai que reprendre toutes mes réserves que j’avais faites autrefois au sujet du scénario de L’Inhumaine, qui me paraît singulièrement inférieur aux qualités artistiques de son réalisateur qui, d’ailleurs, a compris, semble-t-il, depuis, qu’il a tout intérêt de mettre ses qualités uniques de poète de l’écran au service des oeuvres d’une haute tenue littéraire.

En attendant son interprétation cinématographique d’un des plus beaux romans de Pirandello, qu’il vient de commencer, félicitons-le de nous avoir montré, dans L’Inhumaine, une suite de tableaux admirables où des décors, des éclairages, des mouvements empreints d’un rythme intérieur, s’harmonisent merveilleusement.

Admirons la jeunesse saine et claire de M. Jaque Catelain, l’art de composition magnifique de M. Philippe Heriat et saluons respectueusement la grande cantatrice Mme Georgette Leblanc-Maeterlinck, qui a bien voulu sacrifier sa belle voix aux exigences d’un art qui dut regretter amèrement, dans cette occurrence de rester muet.

L.Valter

L'Inhumaine (La Rampe 30.11.24)

L’Inhumaine (La Rampe 30.11.24)

A cet article est joint cette photographie de L’Inhumaine.

L'Inhumaine (La Rampe 30.11.24)

L’Inhumaine (La Rampe 30.11.24)

 

Une dernière critique du film. Celle parue, à la suite de la projection privée du 24 juillet 1924, dans le quotidien La Presse le 26 juillet 1924. Malheureusement cette critique n’est pas signée, peut-être est-elle de Raymond Berner qui signe les critiques cinématographiques dans La Presse ?

Critique de L’Inhumaine parue dans La Presse du 26 juillet 1924

LES GRANDES PRESENTATIONS

L’INHUMAINE, film français, histoire féerique vue par Marcel l’Herbier. ”

Notons avant tout que l’on emploie de moins en moins l’expression « mise en scène de… » qui est impropre au cinéma. Nous avons eu pour la remplacer « mis à l’écran par… » « animé par… », « réalisé par… », « adapté à l’écran par… », « images de… « visualisé par… ».
Voici maintenant une « histoire féerique vue par » Marcel l’Herbier. La formule est assez séduisante. Il est évident que le cinégraphiste doit « voir » son oeuvre en pensée avant de la réaliser, tout comme le musicien entend en lui la musique qu’il transcrit en suite sur le papier.

L’intérêt de ce film ne réside pas dans le scénario assez paradoxal, mais dans la technique très étudiée, la photo et les décors dans lesquels évolue l’action. Nous sommes loin du scénario à « idee » genre Don Juan et Faust : l’Inhumaine est une cantatrice célèbre -€” Mme Georgette Leblanc -€” qui vit solitaire dans une étrange maison. Des hommes, autour d’elle, tentent d’attirer à soi cette femme exceptionnelle. La puissance, l’argent et l’amour lui offrent en vain leurs plus beaux trésors.

Un jeune ingénieur adore passionnément l’Inhumaine et jure de se tuer si elle le repousse. Econduit à son tour, il s’enfuit et précipite sa voiture dans la mer. Le lendemain, la cantatrice donnait un concert au milieu de l’hostilité générale car le bruit s’était répandu de ce suicide par amour. Mais l’artiste triomphait de la mauvaise humeur du public. Peu après le spectacle, un inconnu se présentait dans sa loge et, en grand mystère l’emmenait dans un laboratoire sous prétexte de lui parler du disparu. Mais bientôt l’inconnu se démasque, ce n’est autre que l’ingénieur lui-même qui a simulé le suicide.

Il nous sera permis d’ouvrir une parenthèse pour constater qu’il fallait vraiment que cette Inhumaine fût une femme bien exceptionnelle. Car, mystifiée de la sorte, elle n’a pas en l’occurrence, le geste commun à toutes les femmes : la paire de gifles ou tout au moins le sourire méprisant qui est l’« adieu, monsieur ! » que l’on adresse au fumiste qui s’est moqué de vous. Eh bien : non l’Inhumaine sourit avec indulgence et se promène, curieuse à travers le laboratoire où foisonnent des appareils très dangereux comme l’indiquent ostensiblement les écriteaux. Elle consent même à revenir voir le génial ingénieur.

Mais un rival repoussé la prévient que si elle s’obstine à revoir le beau savant, cela lui coûtera la vie. L’Inhumaine ne tient aucun compte de cet avertissement et, mordue par un reptile venimeux que le rival a introduit dans sa voiture, arrive morte au domicile de son amoureux. Aussitôt, le vaste laboratoire s’enfièvre. L’ingénieur a inventé un appareil qui « guérit de la mort », mais qu’il n’a pu encore expérimenter. Toutes ces machines sur lesquelles est écrit : Danger de Mort, se mettent en branle pour rappeler une morte a la vie. A la deuxième tentative la cantatrice ressuscite. L’ingénieur se penche pour prendre sa récompense sur les lèvres de celle qu’il aime et qui murmure : « Je savais ce qui m’attendait, mais j’ai voulu venir par amour pour… »

Ici, un gros plan des deux; lui penché sur elle : « …l’humanité ».

Nous ne discuterons pas sur la question de savoir si l’Inhumaine a fait preuve d’humanité en fournissant l’occasion de prouver l’efficacité d’un appareil capable de supprimer la mort. Nous noterons seulement qu’en dehors du scénario, il y a dans ce film une recherche extrême de la singularité, un effort parfois trop visible, la volonté de faire des finesses qui n’en sont pas. C’est très intelligent, très raisonné, mais froid et sans grande émotion.

Mme Georgette Leblanc, Jaque-Catelain et Philippe Hériat interprètent ce film avec beaucoup d’art et d’esprit. Les décors de Fernand Léger, Mallet-Stevens, Autant-Lara, sont d’un cubisme, d’une agressivité supportable. Quant à l’adaptation musicale de Darius Milhaud, elle est logique, comporte du Debussy, du Moussorgski et d’autres modernes.

L’Inhumaine passera vraisemblablement en public au début de la saison prochaine.

La Presse (26 juillet 1924)

La Presse (26 juillet 1924)

Source :

Ciné-Ressources / La Cinémathèque Française 

gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France (pour les extraits de Cinéa du 01 décembre 1924, du Petit Parisien du 10 décembre 1924, La Rampe du 30 novembre 1924, Le Temps du 07 et 10 décembre 1924, Le Figaro 09 décembre 1924, La Presse 26 juillet 1924).

 

En savoir plus :

La projection au Théatre du Chatelet de L’Inhumaine du 30 mars 2015 sur le site linhumaine.com

Une page très complète sur L’Inhumaine et la projection de la version restaurée (mars 2015) sur le blog Ch’io mi scordi di te

Une autre page sur L’Inhumaine sur le blog L’Empire des Images.

Une critique du film sur le blog annhardingstreasures.blogspot.fr

Compte-rendu du colloque Marcel L’Herbier à la Cinémathèque Française en 2011.

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