Le Helder, nouvelle salle de cinéma (Cinémonde 1936)


C’est dans le numéro 390 daté du 09 avril 1936 de la revue Cinémonde que paraît cet article sur l’ouverture prochaine du cinéma Le Helder sur les boulevards. Il était situé au 34, boulevard des Italiens dans le quartier de l’Opéra à Paris.

Il fut repris plus tard par le circuit UGC (et devint le UGC Opéra 1) avant une dernière séance début mai 1988. Il est devenu depuis un restaurant Mc Donald’s.

(cf la page sur le blog sallesdecinemas.blogspot.fr)

Une nouvelle salle de cinéma est née : Le Helder

Pour accueillir le premier film de Lily Pons, Une nouvelle salle de cinéma est née : Le Helder dont les murs sont en tapis et qui s’ouvre sous les décombres d’un immeuble encore en démolition.

Le Helder dans Cinémonde (09 avril 1936)

Le Helder dans Cinémonde (09 avril 1936)

 

Boulevard des Italiens, à coté de l’immeuble clair et blanc qui fait le coin de la rue du Helder, une vieille maison lépreuse s’est voilée en partie d’une palissade, comme si elle avait pris conscience de sa vétuste laideur. Derrière les planches bariolées d’affiches, des ouvriers s’affairent.

Le 4 avril, cinq jours avant l’inauguration du Helder, nouvelle salle de cinéma, il semble que jamais les travaux ne seront achevés en temps voulu. Pourtant, ils le seront, m’affirment l’architecte Maurice Gridaine, responsable des événements…

Un nouveau cinéma, encore un ! pense-t-on. Eh oui, malgré la crise extérieure et intérieure, le déséquilibre de tant de budgets et le noir horizon…

Devant (avant? ndlr)  que les chandelles soient allumées dans cet ultime temple de l’art cinématographique, devant qu’un dais rayé barre le trottoir du boulevard, abritant les épaules nues des belles invitées, j’ai voulu savoir ce que serait ce prochain lieu de nos divertissements. Bravant l’attente, la pluie, les contre-temps, je suis donc parti à la recherche de renseignements.

D’abord cueillis au vol, sur le chantier, puis complétés dans le calme lumineux du bureau de Maurice Gridaine, les voici :

Ce n’est pas un nouveau cinéma que nous avons voulu construire, précise tout de suite celui-ci, mais un cinéma nouveau. Il y a beaucoup de salles sur les Boulevards, les unes très luxueuses et très vastes, les autres désuètes et minuscules. Le Helder sera petit, puisque je n’ai disposé que d’un local de 7 mètres sur 25, contenant 430 places réparties en deux étages, orchestre et balcon. Mais il sera « chic », selon la formule du grand couturier qui recourt à la pureté des lignes et à la beauté des couleurs, plus qu’à la surcharge ornementale.

– En somme, vous transportez sur les boulevards l’atmosphère des salles d’exclusivité des Champs-Elysées ?

Exactement. J’ai traité ce cinéma comme un salon, cherchant à la rendre accueillant, joyeux. Il faut que les spectateurs se sentent là chez eux, que les femmes prennent leur valeur dans un décor harmonieux. je n’ai pas pu ménager d’escalier apparent et je le regrette, car j’aime beaucoup les escaliers et presque toutes les femmes adorent les descendre ! Mais vous retrouverez au Helder la ligne courbe, que j’affectionne, car elle est toujours au service de l’optimisme.

Le Helder dans Cinémonde (09 avril 1936)

Le Helder dans Cinémonde (09 avril 1936)

 

Maurice Gridaine, bien qu’il soit tout jeune, a déjà dix années de métier derrière lui et s’est spécialisé dans la construction des salles de cinéma et des cafés. Depuis trois générations, on est architecte dans sa famille, de père en fils. Le premier Gridaine, fondateur du cabinet, a signé la plupart des théâtres parisiens, le Moulin-Rouge, le Casino de Paris, le Cirque Médrano. Son fils se fit une réputation dans l’édification des brasseries et des restaurants. Maurice Gridaine, enfin, a suivi l’appel logique du progrès, et il a à son actif une vingtaine de cinémas, notamment le Paris, le Balzac, le cinéma de l’Avenue, ainsi que le Dupont du Quartier Latin et la grande Brasserie des Augustins à Bruxelles.

– J’aimerais avoir quelques détails sur l’aménagement intérieur du Helder.

Bien volontiers. Au sol, vous trouverez un tapis tête de nègre, remontant à un mètre autour des murs et formant cuvette. Il est prolongé sur les murs, jusqu’au plafond, par un autre tapis au point noué, ivoire. La salle, encore vide, donne déjà ainsi l’impression de bonbonnière moelleuse que nous avons souhaitée. Tous les fauteuils, dont les sièges sont en Dunlopillo, sont recouverts de velours uni coq de roche. Je n’ai pas prévu de scène, puisque le besoin ne s’en faisait pas sentir et l’écran apparaîtra sur la paroi qui lui est réservée, comme une fenêtre, entre deux rideaux et deux doubles rideaux s’ouvrant et se fermant exactement de la même façon que ceux d’une fenêtre d’appartement.

– Comment se présentera votre hall ?

Comme une grande niche blanche, une lanterne creusée dans la masse et servant uniquement à la publicité du spectacle projeté dans la salle. A part l’immeuble de Ford, qui est le voisin de gauche du Helder, toutes les maisons du boulevard sont plutôt sombres et tristes. j’ai voulu obtenir un violent contraste de lumière et de gaieté

C’est surtout cela que j’ai cherché, dites-le : une ambiance jeune, confortable, intime et gaie. Dans cette partie en somme extérieure de la salle, l’éclairage fluorescent, par tubes au néon, nous procure une lumière rose, chaude à l’oeil. En ce qui concerne l’éclairage de la salle elle-même, il est entièrement indirect. D’ailleurs, il a peu d’importance, puisque le spectacle est permanent et qu’il n’y aura lieu d’éclairer le Helder qu’un quart d’heure avant la première représentation, un quart d’heure après la dernière et éventuellement en cas d’accident de projection.

– Je ne veux pas me lancer dans des problèmes techniques, mais quelles sont vos dispositions à cet égard ?

Tout l’équipement sonore est en Western, le Rolls Royce des appareils de ce genre ! Quant à la projection, elle tient compte des derniers mots du progrès !

Il ne reste guère qu’une chose à faire, et à dire : souhaiter au Helder, bonne et longue vie…

Phili Valcan

Le Helder dans Cinémonde (09 avril 1936)

Le Helder dans Cinémonde (09 avril 1936)

Source : Collection personnelle.

 

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